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Conférence avec la chercheuse invitée dans le cadre de l'Initiative Jocelyne Bourgon : Comment les universités stimulent l'innovation (TRN4-V54)

Description

Cet enregistrement d'événement porte sur la manière dont les politiques publiques et les établissements universitaires peuvent renforcer l'innovation, la commercialisation et l'entrepreneuriat afin de stimuler la croissance économique et d'améliorer l'écosystème d'innovation canadien.

Durée : 00:53:32
Publié : 8 septembre 2026
Type : Vidéo


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Conférence avec la chercheuse invitée dans le cadre de l'Initiative Jocelyne Bourgon : Comment les universités stimulent l'innovation

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Transcription : Conférence avec la chercheuse invitée dans le cadre de l'Initiative Jocelyne Bourgon : Comment les universités stimulent l'innovation

[00:00:00 La vidéo s'ouvre sur une vue aérienne des bâtiments du Parlement.]

[Texte superposé à l'écran : Pour commencer, nous tenons à souligner que cet événement est filmé sur le territoire traditionnel non cédé des Algonquins Anichinabés. Nous vous invitons également à prendre un moment pour réfléchir au territoire autochtone traditionnel sur lequel vous vous trouvez.]

[00:00:14 Vue de l'extérieur du bâtiment de l'École de la fonction publique du Canada. Texte à l'écran : Conférence de la chercheuse invitée Jocelyne Bourgon : Les universités, moteurs de l'innovation.]

[00:00:30 Une vidéo montrant Shiri Breznitz assise devant une rangée de drapeaux de toutes les provinces. Texte superposé à l'écran : Chercheuse invitée, Shiri Breznitz.]

[00:00:35 Une vidéo montrant Taki Sarantakis en conversation avec son invitée sur scène.]

[Texte superposé à l'écran : Discussion avec Taki Sarantakis.]

[00:00:42 Shiri Breznitz apparaît en plein écran, assise devant une rangée de drapeaux de toutes les provinces. [La caméra montre différents angles pendant qu'elle donne sa conférence.]

[Texte superposé à l'écran : Shiri Breznitz, professeure Roz et Ralph Halbert de l'innovation,à l'École Munk de l'Université de Toronto.]

Shiri Breznitz : Bonjour à tous et à toutes, je m'appelle Shiri Breznitz. Je suis professeure Roz et Ralph Halbert de l'innovation à l'École Munk des affaires internationales et des politiques publiques de l'Université de Toronto, et chercheuse invitée Jocelyne Bourgon 2026 à l'École de la fonction publique du Canada. Je vous remercie de m'avoir donné l'occasion de vous présenter mon travail aujourd'hui.

Dans la lettre de mandat du premier ministre, sept priorités gouvernementales ont été définies. Aujourd'hui, je souhaite m'attarder plus particulièrement sur plusieurs d'entre elles : renforcer l'économie canadienne, protéger la souveraineté du Canada, et attirer les meilleurs talents du monde entier pour contribuer à la croissance de notre économie. L'argument principal est que ces objectifs peuvent être atteints grâce à une politique d'innovation, notamment grâce au rôle des universités, de la commercialisation des technologies et de l'entrepreneuriat étudiant.

Donc, pourquoi les décideurs et décideuses politiques devraient-ils s'intéresser à l'enseignement supérieur? La réponse est simple : les universités forment notre main-d'œuvre. Mais la raison principale est que l'économie mondiale est désormais fondée sur les connaissances. Il ne suffit plus de compter uniquement sur les ressources naturelles ou les avantages traditionnels. Les pays et les régions se livrent une concurrence à l'échelle mondiale, et les connaissances constituent l'un de leurs atouts les plus importants. Pour vous démarquer de la concurrence, vous devez tirer parti du capital de connaissances disponible dans votre pays ou votre région. Les universités constituent la principale source de ces connaissances. Les universités contribuent à l'économie de manière à la fois directe et indirecte.

Concrètement, elles créent des emplois, achètent des biens et des services, et investissent dans les infrastructures et l'immobilier. Elles y contribuent indirectement, grâce aux diplômé·es qu'elles forment et à la commercialisation de la recherche. Certaines des technologies les plus importantes au monde trouvent leur origine dans la recherche universitaire.

L'intelligence artificielle (IA), par exemple, est issue des travaux fondateurs menés à l'Université de Toronto. Le Dr Daniel Drucker, clinicien-chercheur à l'Université de Toronto et au Lunenfeld-Tanenbaum Research Institute au Sinai Health, a mené des travaux de recherche sur l'hormone GLP-1 qui ont contribué au développement d'Ozempic.

L'Université Dalhousie, en collaboration avec Jeff Dahn, pionnier dans le domaine des batteries au lithium, a contribué à faire progresser les technologies de batteries à la fois moins coûteuses et dont la durée est plus longue. Tous ces exemples illustrent l'importance du financement public de la recherche. La politique gouvernementale contribue à créer les conditions propices à l'émergence de ce type de connaissances.

De nombreuses études montrent également que l'incidence économique des universités à l'échelle régionale dépend de la politique en matière de propriété intellectuelle. Dans la plupart des pays développés, les inventions issues de recherches financées par le gouvernement fédéral sont attribuées à l'université ou à l'employeur. L'exemple le plus connu est la Bayh-Dole Act aux États-Unis, adoptée en 1980.

Depuis lors, de nombreux pays ont adopté une forme ou une autre de modèle de propriété par les universités ou les employeurs. Partout en Europe, de nombreux gouvernements ont modifié leurs lois afin que les résultats des recherches financées par l'État appartiennent à l'employeur, ce qui, dans le cas de la recherche professorale, désigne généralement l'université. Il existe deux exceptions principales : la Suède et le Canada.

En Suède, c'est l'inventeur ou l'inventrice qui détient les droits de propriété intellectuelle, et les universités ne participent généralement pas à la commercialisation. Au Canada, il n'existe aucune politique fédérale définissant la propriété des inventions issues de la recherche financée par le gouvernement fédéral. Au contraire, chaque université a élaboré sa propre politique en matière de propriété intellectuelle et, dans de nombreux cas, la propriété revient à l'inventeur ou l'inventrice.

Cela a des conséquences importantes. De nombreuses inventions mises au point grâce du financement public ont fini par devenir la propriété de particuliers. Par conséquent, lorsque ces technologies sont vendues ou commercialisées, les bénéfices reviennent souvent à l'inventeur ou l'inventrice individuel·le plutôt qu'au système public qui a contribué à financer la recherche au départ. Cela a contribué à des pertes en matière de rétention des connaissances, de capital humain et de disponibilité des produits au Canada. Dans certains cas, des technologies mises au point au Canada ont été commercialisées à l'étranger avant même d'être largement accessibles ici.

D'autres pays ont abordé cette question de manière plus directe. Israël, par exemple, a mis en place une politique obligeant les inventeurs et inventrices et les entreprises à rembourser un multiple du montant de l'aide publique au développement si l'invention est vendue à l'étranger. L'Ontario a également pris des mesures dans ce domaine. Au printemps 2019, le gouvernement de l'Ontario a mis en place le Comité d'experts en matière de propriété intellectuelle chargé d'examiner l'approche adoptée par la province pour protéger la commercialisation des idées issues de la recherche financée par les fonds publics.

Ce comité était présidé par Jim Balsillie, ancien codirecteur général de BlackBerry, et réunissait des spécialistes du droit, de la politique et du secteur privé. Son objectif était de mettre en place un cadre permettant à l'Ontario de tirer davantage parti de la valeur économique de ses propres investissements en recherche et développement, plutôt que de voir des inventions prometteuses vendues trop tôt à des entreprises étrangères. Les conclusions du Comité étaient frappantes. Il a constaté un manque général de connaissances en matière de propriété intellectuelle dans l'ensemble du système d'innovation et a relevé que des connaissances précieuses demeuraient souvent inexploitées, ce qu'il a qualifié de « tablettes des universités ».

Pour remédier à cette situation, le Comité a recommandé la création d'une structure provinciale centralisée, désormais baptisée Propriété intellectuelle Ontario (PIO) et chargée d'apporter un soutien juridique et stratégique. Il a également préconisé une formation obligatoire en matière de propriété intellectuelle pour les chercheurs et chercheuses et les entrepreneurs financés par les fonds publics, ainsi qu'un cadre de gouvernance plus cohérent pour les organismes de soutien à l'innovation. Il s'agissait là de recommandations importantes. Cependant, comme la plupart des recherches universitaires sont financées par le gouvernement fédéral, le Canada demeure confronté à un problème plus vaste : nous ne disposons pas encore d'une politique fédérale en matière de propriété intellectuelle.

Maintenant, même lorsqu'une politique en matière de propriété intellectuelle est en place, elle ne suffit pas à elle seule. Aux États-Unis, la Bayh-Dole Act a été conçue pour inciter les universités à jouer un rôle plus actif dans la commercialisation et pour faciliter la mise en application des inventions issues du milieu universitaire. Le débat sur le succès de la Bayh-Dole Act est toujours en cours, mais une chose est claire : À elle seule, la politique en matière de propriété intellectuelle ne garantit pas la commercialisation. Le processus de commercialisation lui-même revêt une grande importance. C'est là que les bureaux de transfert de la technologie (BTT) jouent un rôle essentiel.

Les BTT contribuent à faire passer la recherche de l'université à l'économie. Leur travail consiste généralement à évaluer les inventions, à gérer le processus de dépôt de brevets, à octroyer des licences de technologies à des entreprises et, parfois, à soutenir la création d'entreprises dérivées. Ces fonctions sont courantes dans toutes les universités, mais leur efficacité varie considérablement. Les ressources et l'expertise constituent l'une des principales raisons de cet écart.

Les BTT ont tendance à obtenir de meilleurs résultats lorsqu'ils sont composés de personnes qui maîtrisent à la fois les sciences et les affaires. Cette combinaison est importante, car la commercialisation se situe à la croisée de deux univers très différents : le milieu universitaire et l'industrie. Les membres du personnel qui maîtrisent les deux langues sont davantage capables d'évaluer les possibilités, de négocier des ententes et d'instaurer un climat de confiance entre les chercheurs et chercheuses, et les entreprises.

Le professionnalisme et la crédibilité du personnel des BTT influencent également le comportement du corps professoral. Les chercheurs et chercheuses sont plus enclin·es à divulguer leurs inventions et à en poursuivre la commercialisation lorsqu'ils ou elles bénéficient d'un accompagnement efficace et personnalisé.

Un exemple comparatif nous permet de le voir clairement. Le BTT de l'Université de Yale a souvent été considéré comme particulièrement efficace, en partie parce que l'Université a su proposer des salaires compétitifs et attirer au sein de son BTT des personnes possédant une expérience du monde des affaires. En revanche, Cambridge Enterprise, le BTT de l'Université de Cambridge, avant de devenir indépendant en 2006, était confronté à davantage de contraintes institutionnelles, et était souvent critiqué pour son manque d'expertise commerciale.

La capacité en matière de développement commercial est également importante. De solides compétences en marketing, en négociation et en évaluation technologique sont indispensables à une commercialisation réussie. Il est également important de disposer de processus administratifs clairs et de faire preuve d'une diligence raisonnable rigoureuse. La capacité financière et juridique joue également un rôle important. Certaines études indiquent que les universités qui investissent davantage dans l'expertise juridique externe concluent peut-être moins d'ententes, mais il s'agit d'ententes plus rentables, car leur personnel peut se concentrer sur la recherche des bons partenaires plutôt que de se contenter de maximiser le nombre d'ententes.

Au Canada, cela représente un défi. Seul un petit nombre de BTT emploie des agent·es de brevets, et de nombreuses universités disposent de budgets limités en matière de brevets. Les conditions de travail ont aussi leur importance.

Les universités capables d'offrir des rémunérations compétitives sont mieux placées pour recruter et maintenir en poste des professionnel·les qualifié·es qui, autrement, pourraient se tourner vers le secteur privé. Certaines institutions ont remédié à ce problème en créant des organismes de transfert de la technologie semi-autonomes ou privés. On peut citer, par exemple, Oxford University Innovation et Yissum à l'Université hébraïque de Jérusalem.

L'expérience permet également de renforcer les capacités au fil du temps. Les universités qui ont réussi à commercialiser leurs innovations s'améliorent souvent dans ce domaine par la suite, car elles ont acquis une expertise, des ressources, et une mobilisation interne. L'expérience de Yale avec Zerit, un médicament contre le VIH/sida, en est un exemple. Les redevances tirées de ce brevet ont permis de consolider le soutien à long terme apporté par l'Université au transfert de la technologie.

Donc, dans l'ensemble, la littérature indique que la réussite du transfert de la technologie ne dépend pas seulement des règles nationales officielles en matière de propriété intellectuelle, mais aussi de la capacité institutionnelle de chaque université. Au Canada, nos recherches montrent que les ressources institutionnelles et les régimes de propriété intellectuelle sont complémentaires. En d'autres termes, l'un ne remplace pas l'autre. Les universités disposant de ressources internes plus solides, notamment sur le plan de personnel spécialisé et de capacités de gestion des brevets, ont davantage de chances de tirer profit de leurs politiques en matière de propriété intellectuelle.

En parallèle, plusieurs défis subsistent. Peu d'universités canadiennes proposent une formation systématique en matière de propriété intellectuelle aux membres de leur corps professoral et à leurs étudiant·es. La plupart d'entre elles disposent de budgets consacrés aux brevets limités. De plus, bon nombre d'entre elles ne disposent pas des ressources nécessaires pour maintenir leurs brevets en vigueur pendant de longues périodes lorsqu'aucun preneur de licence n'a encore été trouvé. De nombreuses institutions ne disposent pas non plus d'une stratégie de commercialisation claire. Dans de nombreux cas, les politiques en matière de propriété intellectuelle et de redevances semblent avoir évolué de manière réactive plutôt que dans le cadre d'une vision institutionnelle plus large. Nos résultats indiquent également que le montant total des dépenses de recherche a son importance. Les universités bénéficiant d'un financement plus important pour la recherche ont tendance à obtenir de meilleurs résultats en matière de commercialisation, en particulier lorsqu'elles utilisent ces ressources de manière efficace.

Le financement est donc important, mais la stratégie l'est tout autant. Cela rejoint une idée plus générale développée dans la littérature consacrée à l'université entrepreneuriale : les universités contribuent plus efficacement à la prospérité régionale lorsque leur mission, leurs politiques et leurs pratiques sont harmonisées. Pour le Canada, renforcer cette harmonisation grâce à un soutien politique ciblé, à des ressources accrues et à une orientation stratégique plus claire constitue une étape importante pour mieux tirer parti de la valeur publique générée par l'innovation universitaire.

Permettez-moi maintenant d'aborder un autre rôle important que jouent les universités dans l'écosystème de l'innovation. Les universités jouent un rôle central dans les systèmes d'innovation régionaux. Elles ne se contentent pas de générer de nouvelles connaissances, des brevets, des jeunes entreprises, et des diplômé·es hautement qualifié·es. Elles soutiennent également l'innovation et l'entrepreneuriat de manière plus directe au moyen d'incubateurs, d'accélérateurs et de services connexes.

Les politiques jouent également un rôle important dans ce domaine. Afin de mieux comprendre comment les universités contribuent aux systèmes d'innovation régionaux, nous avons étudié le Programme des accélérateurs de l'entrepreneuriat sur les campus de l'Ontario. En 2013, le gouvernement de l'Ontario a investi 20 millions de dollars sur deux ans pour soutenir les accélérateurs de l'entrepreneuriat sur les campus (ALEC) dans les universités et les collèges de la province. Ce financement a été offert jusqu'en 2019.

Notre analyse a montré que ce soutien avait un effet positif direct sur la croissance des entreprises, tant sur le plan de l'emploi que celui du développement de produits. Mais en parallèle, le Programme ALEC n'a imposé aucun modèle particulier. Il n'a pas défini de parcours spécifique que les accélérateurs devraient suivre ni établi un ensemble uniforme d'attentes pour les entreprises participantes. Au contraire, il a largement favorisé l'entrepreneuriat et a permis à chaque accélérateur de concevoir ses propres programmes.

En conséquence, nous avons constaté des différences considérables d'un accélérateur à l'autre, tant sur le plan de la conception que de la gestion des programmes. Nous considérons cela comme une forme d'expérimentation politique, mais cela soulève également un point important pour les décideurs et décideuses politiques. Lorsqu'il s'agit de financer ce type d'organisations, des lignes directrices plus claires pourraient contribuer à améliorer les résultats.

Alors, qu'est-ce qui fait qu'un accélérateur est efficace? Tout d'abord, le leadership est essentiel. La manière dont un accélérateur ou un incubateur est géré peut avoir une incidence réelle sur le rendement de l'entreprise. En particulier, les cadres ayant une expérience entrepreneuriale parviennent souvent mieux à mettre les jeunes entreprises en relation avec des partenaires du secteur et à leur ouvrir des possibilités. Dans nos études, les entreprises qui ont bénéficié des services d'accélérateurs dirigés par des entrepreneurs chevronnés (c'est-à-dire des cadres ayant fondé plusieurs entreprises) ou qui y ont été hébergées ont connu une croissance plus rapide, tant sur le plan d'emploi que du développement de produits.

Deuxièmement, la conception du programme a son importance. Les programmes plus intensifs semblent avoir davantage d'incidence sur la croissance de la production que sur celle de l'emploi. Cela s'explique peut-être par le fait que la mise en place de réseaux solides entre entreprises nécessite du temps et des communications régulières. Des programmes plus intensifs pourraient aider les entreprises à développer ces relations de manière plus efficace.

Mais les avantages ne se limitent pas au réseautage. Les entreprises qui participent à ces programmes tirent également profit d'un accompagnement continu et d'un soutien concret, en particulier lorsqu'elles y demeurent mobilisées à long terme. Les entreprises ont indiqué avoir eu recours à un large éventail de services proposés par les accélérateurs, et ont particulièrement apprécié le soutien concret qui leur a été apporté, notamment l'orientation du personnel, l'aide à la recherche de financement, l'élaboration de plans d'affaires, le développement de produits, et l'accès à des espaces de travail. D'une manière générale, les services qui semblaient revêtir le plus d'importance étaient ceux qui aidaient les entreprises à progresser de manière concrète et opérationnelle. Nous avons également constaté que les accélérateurs dotés d'un processus de sélection, en particulier ceux qui exigent des candidat·es qu'ils ou elles démontrent la preuve de concept, avaient tendance à générer un meilleur rendement pour les entreprises.

La question de savoir si tous les accélérateurs universitaires devraient adopter cette norme demeure ouverte. Cela dépend des objectifs du programme. D'une manière plus générale, il n'existe toujours pas de conséquences claires concernant la manière dont les accélérateurs devraient être définis, notamment par rapport aux incubateurs. Une chose est toutefois claire : lorsque les gouvernements élaborent des politiques visant à soutenir les jeunes entreprises au moyen d'accélérateurs, d'incubateurs ou d'autres intermédiaires, ils doivent réfléchir attentivement à la manière dont ces organisations sont structurées et à la façon dont les fonds publics sont utilisés.

J'en viens maintenant au troisième domaine : les collaborations en matière de recherche. La collaboration en matière de recherche constitue un autre moyen important par lequel les universités contribuent à l'économie, car ces collaborations favorisent la production de nouvelles connaissances. L'un des principaux moteurs de la collaboration scientifique est l'intervention extérieure, notamment le financement public. Le raisonnement est simple : la création de connaissances génère des retombées et des avantages pour la collectivité; c'est pourquoi les intervenant·es privé·es y investissent souvent insuffisamment, en particulier lorsque les risques sont élevés. Le gouvernement est intervenu pour favoriser la collaboration et soutenir l'innovation.

Nous avons étudié cette question dans le cadre de la médecine régénérative. La médecine régénérative est un nouveau domaine qui rassemble des biologistes, des chimistes, des ingénieur·es, des informaticien·nes et d'autres spécialistes afin de mettre au point des méthodes permettant de régénérer les cellules, les tissus et les organes humains. Nous avons étudié l'évolution des réseaux de collaboration parmi les chercheurs et chercheuses ayant participé à l'initiative Medicine by Design, une initiative soutenue par les gouvernements et menée à l'Université de Toronto.

Ce cas est particulièrement intéressant, car le programme a été explicitement conçu pour contribuer à la création d'un nouveau domaine grâce à la collaboration. Sa mission consistait à soutenir le développement de la recherche en médecine régénérative et à renforcer le réseau scientifique qui s'y rattache à Toronto. Le financement était réservé aux chercheurs et chercheuses rattaché·es à l'Université de Toronto et à son réseau d'hôpitaux affiliés, le Toronto Academic Health Science Network.

À partir des données de l'initiative Medicine by Design, nous avons constitué un ensemble de données du Comité couvrant la période 2015-2022 pour l'ensemble des 168 chercheurs et chercheuses financé·es. Nous avons ensuite suivi l'évolution de la collaboration au fil du temps à l'aide de réseaux annuels de coauteurs et coautrices issus de la base de données Web of Science. Nous avons recoupé ces données avec des renseignements concernant la catégorie professorale, l'affiliation à un hôpital, le parcours professionnel et d'autres formes de financement public destiné à la recherche. Cela nous a permis d'étudier l'évolution de la collaboration, tant d'un point de vue général que, plus spécifiquement, dans le domaine de la médecine régénérative.

Alors, qu'avons-nous découvert? Nous avons constaté que les chercheurs et chercheuses financé·es par l'initiative Medicine by Design avaient considérablement renforcé la collaboration entre les chercheurs et chercheuses en médecine régénérative et élargi leur réseau de coauteurs et coautrices auprès de partenaires universitaires, cliniques et internationaux. Nous avons également constaté que certaines caractéristiques individuelles, telles que la catégorie, le genre et l'expérience antérieure, étaient associées à des différences dans l'étendue du réseau de collaboration, tandis que les liens organisationnels permettaient d'expliquer où; ces collaborations avaient lieu. Il est important de noter que ce programme semble également avoir renforcé les liens entre les chercheurs et chercheuses et les institutions canadiennes et non américaines, ce qui montre à quel point un financement ciblé peut contribuer à façonner la géographie de la collaboration.

Avant de conclure, permettez-moi de souligner un point plus général. Nous attendons de plus en plus des universités qu'elles ne se contentent pas de mener des recherches. Nous attendons également d'elles qu'elles commercialisent leurs découvertes, qu'elles soutiennent l'entrepreneuriat étudiant, et qu'elles proposent des services d'innovation au moyen des BTT, d'incubateurs, d'accélérateurs et de formations en entrepreneuriat. Mais au Canada, la plupart de ces activités sont financées en interne par les universités elles-mêmes. De nombreux établissements ne disposent tout simplement pas des ressources nécessaires pour leur apporter le soutien attendu aujourd'hui.

En parallèle, lorsque les universités ne détiennent pas les droits de propriété intellectuelle issus de la recherche financée par les fonds publics, elles perdent une source potentielle de capitaux qui pourrait contribuer à financer ces travaux; il ne s'agit donc pas uniquement d'une question de propriété intellectuelle. C'est également une question de capacité. Cela affecte la capacité des universités à mettre en place et à maintenir les infrastructures d'innovation à grande échelle sur lesquelles les décideurs et décideuses politiques s'appuient de plus en plus.

Je terminerai en soulignant quelques thèmes abordés lors de la présentation d'aujourd'hui. Tout d'abord, les universités constituent un maillon essentiel de l'écosystème de l'innovation, en particulier à l'échelle régionale.

Deuxièmement, la politique d'innovation est importante, mais elle est plus efficace lorsqu'elle est claire, précise et harmonisée avec des objectifs bien définis.

Troisièmement, la politique en matière de propriété intellectuelle est importante, mais elle doit aller de pair avec la capacité des universités à commercialiser efficacement leurs technologies.

Quatrièmement, les politiques peuvent jouer un rôle majeur dans le soutien à l'entrepreneuriat grâce à des incubateurs et des accélérateurs.

Et cinquièmement, les politiques peuvent également renforcer la collaboration en matière de recherche, contribuant ainsi à la création de nouveaux domaines scientifiques et de nouvelles formes d'innovation. Merci.

[00:24:17 Une vidéo floue montrant Taki Sarantakis en conversation avec Shiri Breznitz sur scène.] Texte superposé à l'écran : Discussion.]

[00:24:25 Taki Sarantakis en conversation avec Shiri Breznitz sur scène. Au fur et à mesure que la discussion avance, la caméra montre différents angles.]

[Texte superposé à l'écran : Taki Sarantakis, président, École de la fonction publique du Canada.]

Taki Sarantakis : Bon retour parmi nous, Shiri. Je m'appelle Taki Sarantakis. Je suis le président de l'École de la fonction publique du Canada. Vous venez d'entendre le discours de la chercheuse invitée Jocelyne Bourgon 2026, qui porte sur un sujet d'une importance capitale pour tous les Canadien·nes : l'innovation.

Et beaucoup d'entre vous se disent peut-être : « Bof, l'innovation. Pourquoi s'en soucier? » Mais l'innovation, sa commercialisation, le transfert de la technologie (de l'idée au prototype, puis à une activité commerciale), c'est en réalité, croyez-le ou non, l'un des aspects les plus importants qui déterminent non seulement votre qualité de vie, mais aussi celle de tous les Canadien·nes. Alors, Shiri, allons droit au but. Qu'est-ce que l'innovation?

Shiri Breznitz : Donc, contrairement à l'invention, l'innovation consiste à partir d'une nouvelle idée pour créer concrètement un procédé ou un service qui peut être utilisé.

Taki Sarantakis : D'accord. Et donc, vous venez de nous parler d'innovation. Alors, qu'est-ce qu'une idée? Qu'est qu'une invention?

Shiri Breznitz : D'accord, alors l'invention, c'est découvrir ou mettre au point une nouvelle façon de faire les choses.

[00:25:54 Texte superposé à l'écran : Shiri Breznitz, professeure Roz et Ralph Halbert de l'innovation, à l'École Munk de l'Université de Toronto.]

Shiri Breznitz : Donc, si l'on pense aux grands modèles de langage (LLM) et à l'IA, on introduit désormais ses renseignements dans une machine, et celle-ci fait le travail à notre place. C'est un nouveau processus. Le travail est le même, mais le processus permettant d'obtenir le même produit est différent. C'est la même chose pour un nouveau médicament. Lorsque nous découvrons une nouvelle technologie ou un nouveau médicament, ce n'est qu'après l'avoir testé pendant longtemps que nous pouvons réellement l'utiliser. Cela peut donc aller de la simple modification d'une méthode à la création de quelque chose de totalement nouveau.

Taki Sarantakis : D'accord. Donc, si je comprends bien ce que vous dites (et corrigez-moi si je me trompe), il y a en réalité une grande différence entre avoir une idée et la commercialiser pour en faire un produit et en tirer un bénéfice économique. C'est bien ça?

Shiri Breznitz : Tout à fait. Il existe de nombreuses idées qui circulent. La plupart d'entre elles ne sont jamais développées d'une manière ou d'une autre. Soit parce que le marché n'est pas prêt, soit parce qu'elle est trop chère. Mais il est certain que, surtout dans les universités, si vous consultez le site Web de n'importe quelle université et que vous recherchez des brevets, vous verrez une longue liste de brevets disponibles, mais nous ne pouvons rien en faire, car nous n'avons toujours pas trouvé de client·e.

Taki Sarantakis : C'est intéressant, parce que je ne sais pas pour vous, mais dans mon cas, il me vient plein d'idées lorsque je me brosse les dents. Tout le temps, d'habitude : une idée après l'autre, encore et encore. Et j'ai envie de vous confier un secret. En fait, j'avais eu l'idée d'Uber bien avant la création d'Uber. Un jour, je me suis dit : « Oh, ce serait génial si je pouvais suivre la position du taxi, non? » Je n'avais même jamais pensé à payer dans l'application. Je me suis dit : « Mais ce serait génial si je savais vraiment que le taxi allait arriver, non? » C'était ma grande innovation, mais je n'en ai rien fait.

Shiri Breznitz : Exactement.

Taki Sarantakis : En fait, ce n'était pas vraiment une innovation. C'était une idée, mais elle n'a pas abouti à une commercialisation. Je pense donc qu'au sein de cet écosystème canadien, on nous considère généralement comme très doués pour trouver des idées. Est-ce que c'est vrai?

Shiri Breznitz : C'est très vrai. Oui. Nous avons mis au point certaines des nouvelles technologies et inventions les plus intéressantes qui existent actuellement. Donc, à l'extérieur du Canada, la plupart des gens ignorent sans doute que le bras de la station spatiale est une invention canadienne.

Taki Sarantakis : Le Canadarm. Oui.

Shiri Breznitz : Bon, je suis sûr qu'on ne l'appelle pas comme ça à l'extérieur du Canada. Mais ce que les gens ignorent aussi, par exemple, c'est que c'est un Canadien qui est à l'origine d'Ozempic. Donc, Ozempic a d'abord été commercialisé comme médicament contre le diabète. C'est d'ailleurs grâce aux recherches du professeur Drucker, de l'Université de Toronto, qu'un composé permettant de traiter le diabète a été découvert dans la peau de lézard.

Taki Sarantakis : Formidable.

Shiri Breznitz : Il s'agit donc d'une invention issue de la recherche fondamentale classique dans le milieu universitaire. Elle était encore à un stade précoce. La licence de ce produit a été octroyée à une entreprise danoise. Je ne crois pas qu'il s'appelait Novo Nordisk à l'époque. Et ils l'ont utilisé dans le cadre d'essais cliniques pour mettre au point un médicament contre le diabète. Lorsqu'ils ont mené l'essai clinique, ils ont constaté des différences par rapport à la perte de poids, ce qui a ensuite conduit au développement de Wegovy et des autres technologies qui ont vu le jour.

Taki Sarantakis : Et c'est ironique, car c'est aussi au Canada qu'est née l'idée de l'insuline. La découverte de l'insuline est d'ailleurs également le fruit des travaux menés à l'Université de Toronto (par Banting et Best), un fait que tous les petits enfants au Canada… j'allais dire « apprennent à l'école primaire », mais qu'ils « apprenaient autrefois à l'école primaire ». Je ne sais plus très bien ce qu'ils apprennent.

Bon, nous avons une idée et, comme vous l'avez dit, nous sommes vraiment, vraiment doués pour trouver des idées. Nous avons un secteur universitaire vraiment formidable. Nous consacrons beaucoup d'argent à la recherche, et nous en consacrons également beaucoup à ce que l'on appelle, je crois, la « recherche libre ». Parlez-nous un peu de ce que c'est.

Shiri Breznitz : La recherche fondamentale est donc ce à quoi se consacrent la plupart des conseils de recherche, comme le CNRC ou, si l'on prend l'exemple des États-Unis : NIH, NIA, NSF…

Taki Sarantakis : Je ne connais pas ces acronymes.

Shiri Breznitz : Oh, pardon. La National Science Foundation, les National Institutes of Health, le Département de la Défense… toutes ces recherches, ou du moins une grande partie d'entre elles, constituent de la recherche fondamentale. Donc, on ne réfléchit pas à une solution, on résout les problèmes.

Taki Sarantakis : Donc, « fondamentale », non pas dans le sens « de base », mais « fondamentale » dans quel sens?

Shiri Breznitz : Elle n'a pas encore été développée. Donc, quand on parle, en langue universitaire, de recherche fondamentale, on la mène parce qu'on est curieux, parce qu'il y a un problème à résoudre. Dans le domaine des mathématiques, on continue d'essayer de résoudre des problèmes mathématiques qui ne peuvent pas être résolus. La plupart d'entre nous ne pourraient probablement même pas regarder ces choses-là.

Taki Sarantakis : Moi y compris.

Shiri Breznitz : Oui. Mais ce genre de problèmes revient sans cesse. Donc, l'avantage de la recherche fondamentale, c'est qu'elle a permis de mettre au point certaines des technologies les plus extraordinaires au monde. Bon, si on prend l'exemple du GPS. Au départ, ce n'était pas un GPS. Quand on y réfléchit, comme je l'ai dit, Ozempic n'a pas été conçu à l'origine pour la perte de poids. Il a été initialement développé comme un autre composé destiné au traitement du diabète. Donc, la recherche fondamentale consiste à travailler en laboratoire, sans chercher à résoudre un problème commercial…

Taki Sarantakis : C'est ça, quelque chose de concret…

Shiri Breznitz : Un problème concret, quelque chose que vous allez vendre. Il peut s'agir d'un problème pour lequel il pourrait y avoir un intérêt, mais vous ne le savez pas.

Taki Sarantakis : Donc, pourquoi la lumière est-elle déviée? Pourquoi, si je prends un verre d'eau et que j'y verse ce composé, pourquoi cela se produit-il? Mais si j'y verse deux des composés, pourquoi cela ne marche pas? Je m'interroge à ce sujet.

Shiri Breznitz : Ces évolutions, par exemple pour les téléphones équipés de différents types de verre, sont issues de la recherche fondamentale sur le verre. Je crois que c'était dans le domaine de la chimie. Ce n'est pas un problème pour lequel on cherche automatiquement une solution, contrairement, par exemple, aux laboratoires pharmaceutiques qui se disent : « Tiens, il y a cette maladie, et on essaie de trouver une solution spécifique pour y remédier. »

Taki Sarantakis : Je vais préciser un peu plus mon propos, et encore une fois, n'hésitez pas à me corriger si je me trompe. D'un côté de l'équation, vous faites quelque chose qui n'a aucune application pratique, et de l'autre, vous dites : « Voici un problème concret. Je vais investir de l'argent, des moyens de recherche et des ressources pour essayer de trouver comment soigner la conjonctivite, comment traiter l'hypertension artérielle, comment remédier à tous ces problèmes que les laboratoires pharmaceutiques prennent en charge. »

Shiri Breznitz : Quand Apple passe d'Apple 16 à Apple 17, il s'agit d'un produit précis qu'ils cherchent à modifier.

Taki Sarantakis : D'accord. Je crois donc qu'au Canada, selon les statistiques, nous disposons de la main-d'œuvre la plus qualifiée au monde. Nous avons certaines des meilleures universités au monde par rapport à la taille de notre population. Nous avons même l'université où; vous enseignez, qui figure parmi les meilleures universités de recherche au monde, au même titre que celles dont tout le monde parle, enquête après enquête. Harvard, Yale, Oxford… l'Université de Toronto se situe dans la même catégorie.

Mais en même temps, si l'on écoute notre discours politique, si l'on examine nos statistiques économiques, si l'on regarde nos chiffres de productivité, si l'on analyse notre produit intérieur brut (PIB), si l'on examine notre PIB par habitant, et ainsi de suite, on constate que nous avons un problème. Donc, comment faire pour concilier ces deux aspects? D'un côté, nous menons ces recherches extraordinaires, nous générons toutes sortes d'idées, de projets de laboratoire et autres initiatives, et pourtant cela ne semble pas se traduire par des retombées économiques.

Shiri Breznitz : Donc, il y a deux choses différentes ici. D'abord, notre marché n'est pas si vaste, non pas parce que nous n'avons pas assez de consommateurs et consommatrices, mais parce que, lorsque l'on vend un produit, on cherche à le commercialiser à l'échelle mondiale. La population des États-Unis compte 300 millions de personnes. Nous ne sommes que 38 millions.

Taki Sarantakis : Maintenant, 41 millions.

Shiri Breznitz : Quarante et un millions maintenant? D'accord.

Taki Sarantakis : Et pour la toute première fois, notre croissance démographique présente un aspect négatif. Donc, pour la première fois depuis la Confédération, le Canada est devenu un peu plus petit.

Shiri Breznitz : Bon, ce n'est pas de ça qu'il s'agit, mais si l'on parle un peu de la différence entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée, si l'on regarde nos entreprises, elles n'ont pas tendance à mener beaucoup de recherches; nos dépenses en recherche et développement sont donc très faibles, ce qui signifie que ces entreprises se concentrent probablement sur un ou deux produits. Elles ne se développent pas et ne continuent pas à croître, ce qui constitue l'un des principaux problèmes lorsqu'on aborde les questions économiques et l'adoption des technologies.

Dans le secteur financier, par exemple, lorsqu'on y adopte de nouvelles technologies, on préfère recourir à des technologies qui ont déjà fait leurs preuves ailleurs. Eh bien, malheureusement, si vous êtes une jeune entreprise du secteur financier ou des entreprises de technologie financière, par exemple, il n'y a nulle part où; tester votre produit au Canada. Aux États-Unis, si vous êtes une entreprise de technologie financière américaine, il existe ce qu'on appelle des caisses populaires, c'est-à-dire des banques de plus petite taille qui peuvent prendre leurs propres décisions. Donc, elles ont tendance à les tester.

Taki Sarantakis : Oui, de l'épargne et du crédit, une propriété plus diversifiée.

Shiri Breznitz : Exactement.

Taki Sarantakis : Au Canada, on a tendance à concentrer la propriété.

Shiri Breznitz : Donc, lorsque nous avons mené un projet avec le secteur financier (cela fait maintenant près de 10 ans), ils nous ont dit : « Oh, nous serions ravis d'acheter de la technologie canadienne, mais il faut d'abord qu'elle soit testée. » J'ai dit : « Mais vous êtes justement les endroits où; il faut les tester. » Donc, nos entreprises ne parviennent pas à percer au Canada. La plupart du temps, c'est facile pour eux (je ne dirais pas « facile », en fait, je devrais plutôt dire « plus facile »), mais les autres pays vont essayer d'adopter cette technologie, et alors nous la perdrons.

Taki Sarantakis : Nous entendons souvent cela dans le domaine des politiques publiques : à un certain moment, vous avez l'idée, vous avez mené des projets pilotes, vous commencez à vous développer, vous commencez peut-être à proposer un produit générateur de revenus, et tout à coup, c'est comme si le Canada ne permettait plus de transformer cette idée en innovation. Soit je dois aller aux États-Unis, soit je dois trouver des capitaux en Europe, soit je dois… est-ce que c'est…

Shiri Breznitz : Oui, donc le capital est aussi… je ne dirais pas que c'est un problème si grave, car dans n'importe quel pays, les sociétés internationales de capital risque n'investissent pas s'il n'y a pas une entreprise locale qui s'associe à elles. Nous sommes donc confrontés à un petit problème : nous manquons d'entreprises locales, mais je n'ai pas suffisamment étudié la question pour pouvoir m'étendre sur le sujet. Mais le revers de la médaille, c'est la commercialisation de ce dans quoi nous excellons. Il s'agit de transformer la recherche fondamentale en produits commerciaux.

Taki Sarantakis : Parlons donc un instant d'un exemple illustrant ce dont nous avons parlé jusqu'à présent concernant l'idée et sa commercialisation. Et je pense que l'exemple classique du moment, celui dont tout le monde entend parler et dont on discute, c'est que l'IA a été inventée au Canada, que ses pionniers et pionnières sont canadien·nes, et pourtant, nous n'avons pas vraiment beaucoup d'entreprises au Canada qui sont à la pointe de l'IA. Nous en avons bien une. Mais il faut également noter qu'une grande partie des retombées économiques générées par l'IA profitent en réalité à des pays autres que le Canada.

Je vais donc vous donner un exemple tel que je le comprends. Le Dr Hinton est donc venu ici, si je me souviens bien, soit du Royaume-Uni, soit des États-Unis. J'oublie. Je pense qu'il vient des États-Unis. Il est arrivé à l'Université de Toronto, où; il a mené des recherches motivées par la curiosité sur les réseaux neuronaux. Et pendant qu'il menait ces recherches, beaucoup de gens lui disaient : « Mais pourquoi faites-vous ça? Les réseaux neuronaux ne se transformeront jamais en quoi que ce soit. » Mais il était très curieux, et il avait envie de le faire. Et puis il a eu une sorte de révélation, du genre : « Waouh, en fait, si on procède comme ça, on peut commencer à attribuer des pondérations différentes aux mots, ce qui donnera des résultats différents, et ça permettra de reproduire le fonctionnement du cerveau. »

Alors, la recherche? C'est fait. Passons directement à « Voilà, j'ai trouvé quelque chose. Maintenant, j'ai un produit. » Que s'est-il finalement passé? En gros, il a été vendu à Google, qui investit actuellement des milliards de dollars dans l'IA. Et nous savons qui ils sont. Ce sont les AWS, les Microsoft, les Google… et aucune de ces sociétés n'est canadienne. Et tous les bénéfices de cette invention, qui a vu le jour dans votre université, reviennent désormais à quelqu'un d'autre. Est-ce habituel? Ou inhabituel?

Shiri Breznitz : Eh bien, comme les universités ne sont pas propriétaires des technologies financées par le gouvernement fédéral, celles-ci appartiennent aux inventeurs et inventrices dans la plupart des universités canadiennes. À l'Université de Toronto, il s'agit d'une propriété conjointe. Mais dans ce cas précis, le professeur Hinton a créé son entreprise aux États-Unis et l'a vendue à Google aux États-Unis. L'Université de Toronto n'a donc pas participé à ce processus. Mais si l'on prend d'autres exemples, il arrive effectivement que l'on développe une technologie. Donc, par exemple, à l'Université Dalhousie, le professeur Dahn a mené pendant de très nombreuses années des travaux de recherche financés par le gouvernement fédéral, qui ont abouti à cette technologie unique destinée aux batteries de véhicules électriques. Il y a quelques années, Tesla est intervenue et a racheté les droits liés à ces recherches pour trois millions de dollars, ce qui lui a permis de poursuivre ces travaux, mais c'est elle qui détient désormais la technologie.

Taki Sarantakis : Donc, c'est désormais Tesla qui détient le concept, l'idée, et son application pratique.

Shiri Breznitz : Exactement. Et elle la mettra en œuvre dans ses automobiles. Mais oui.

Taki Sarantakis : Nous avons connu la même situation avec Huawei il y a quelques années : des professeurs d'université faisaient des découvertes et établissaient des liens entre les circuits imprimés, l'optique, les lasers,et les commutateurs. Et puis différentes entreprises sont en quelque sorte intervenues en disant : « D'accord, je vais vous donner un million de dollars pour financer la prochaine étape de votre laboratoire, voire deux millions, mais votre idée m'appartient désormais. »

Shiri Breznitz : D'accord. Donc, lorsque nous commercialisons une technologie, notre objectif est de la vendre.

Taki Sarantakis : D'accord.

Shiri Breznitz : Et nous voulons conserver les droits de recherche. Le problème, c'est que si l'université n'en est pas propriétaire, elle ne peut pas négocier en votre nom. Si votre université dispose d'un BTT professionnel, ce dernier devrait, espérons-le, être davantage en mesure de déterminer le montant à facturer ou de prendre en considération les sommes investies par les Canadien·nes dans cette invention afin de parvenir à un certain équilibre.

Maintenant, il faut toutefois garder à l'esprit que la plupart des inventions issues des universités en sont encore à un stade très précoce. Donc, comme dans le cas d'Ozempic, personne n'avait prévu que ce médicament allait déboucher sur autre chose. Mais c'est là tout l'avantage d'avoir un BTT professionnel, que ce soit au sein d'une université ou au sein du gouvernement.

Taki Sarantakis : Est-ce que les autres pays procèdent différemment?

Shiri Breznitz : Aux États-Unis, la Bayh-Dole Act a été adoptée en 1980; selon cette réglementation, toute recherche financée par le gouvernement fédéral appartient à l'université, car l'idée est que celle-ci disposera de…

Taki Sarantakis : L'université, et non le ou la professeur·e.

Shiri Breznitz : Exactement, et c'est l'université qui devra s'en charger. Aux États-Unis, il existe généralement une entente de partage des redevances. C'est généralement en faveur de l'université : 30 % au département; 30 % à l'administration centrale; 30 % à l'inventeur ou à l'inventrice.

Taki Sarantakis : Alors, faisons une pause ici un moment. Donc, en ce qui concerne les fonds publics qui ont été consacrés à la recherche, il existe un mécanisme permettant de récupérer une partie des bénéfices si cette idée venait à déboucher sur une application commerciale.

Shiri Breznitz : Oui. Et contribuer à la commercialisation de cette technologie et d'autres technologies, car les fonds sont réinvestis. Aux États-Unis, de nombreux BTT sont gérés de manière indépendante, si vous préférez, et les recettes sont reversées à l'université afin que celle-ci puisse recruter du personnel en dehors du cadre habituel.

Taki Sarantakis : Donc, vous avez dit 1980?

Shiri Breznitz : Oui.

Taki Sarantakis : Donc, c'est une fenêtre de 45 ans. Est-ce que cela fonctionne bien, ou pas? Est-ce que l'ensemble des chercheurs et des chercheuses ont quitté Harvard et Stanford?

Shiri Breznitz : Non, tous et toutes sont encore là. Ils et elles travaillent tous dans le cadre de cette entente. Et ce n'est pas tout : la majeure partie de l'Europe a connu la même situation. Le meilleur exemple est celui de l'Université de Cambridge, qui a été l'une des dernières à effectuer ce changement, malgré une forte résistance du corps enseignant. Et ils et elles collaborent désormais avec l'université, qui dispose d'un BTT hautement qualifié.

Taki Sarantakis : Que font les autres pays dans ce domaine?

Shiri Breznitz : Alors, la plupart d'entre eux fonctionnent selon un modèle similaire. En Israël, outre les BTT, il existe également une règle selon laquelle, si vous avez reçu un financement pour soutenir le développement de votre invention ou votre entreprise, et que vous l'avez vendue à une société internationale...

Taki Sarantakis : Donc, elle n'est peut-être pas…

Shiri Breznitz : Donc, nous la perdons. Elle ne sera plus en Israël.

Taki Sarantakis : Nous avons donc créé cette entreprise du secteur numérique en nous appuyant sur les intervenant·es.

Shiri Breznitz : Ce qui correspond tout à fait au modèle israélien, sachant qu'il n'y a pas de marché en Israël. Mais il y a deux raisons qui expliquent ce qu'ils font. En somme, ce qu'ils demandent, c'est un retour sur investissement six fois supérieur. Et cela s'explique par deux raisons : premièrement, pour vous assurer de ne pas la vendre trop tôt. Et puis, si vous attendez un peu et que la valeur de votre entreprise augmente, vous en tirerez davantage. Mais j'espère que vous resterez aussi pour créer une autre entreprise, car vous avez désormais suffisamment d'argent à votre disposition.

Taki Sarantakis : Pour alimenter votre prochain projet. On dirait donc que le Canada fait un peu figure d'exception, peut-être pas dans le bon sens du terme. Nous faisons figure d'exception dans la mesure où; cela ne semble pas nous préoccuper, et je ne dis pas cela dans un sens négatif, mais nous semblons indifférents à ce qu'il advient de la recherche une fois celle-ci achevée.

Shiri Breznitz : D'accord. Je ne pense pas qu'il s'agit de ne pas s'en soucier. Je pense que c'est parce que son développement reflète vraiment l'esprit canadien : si l'on pense à ce que Banting et Best voulaient faire avec l'insuline, c'était pour le bien du monde entier. Le problème, c'est que le monde n'est pas juste. Le monde ne s'amuse pas avec ce genre d'esprit. Les gens possèdent des choses. Prenons l'exemple d'une autre entreprise canadienne qui, pendant des années, n'a pas détenu de brevets : Shopify, notre plus grande entreprise de TI, et celle qui connaît le plus grand succès. Mais pendant des années, ils n'ont pas eu de brevets, jusqu'à ce qu'ils soient poursuivis en justice pour leurs propres brevets, car un chasseur de brevets avait racheté ces brevets et les avait exploités, les obligeant ainsi à se défendre.

Taki Sarantakis : Attendez une seconde. Shopify, par pure bonté d'âme, a déclaré : « Je ne vais pas breveter ceci, je ne vais pas breveter ceci, je ne vais pas breveter cela. »

Shiri Breznitz : Je ne sais pas si c'était par pure bonté d'âme ou s'ils ne trouvaient pas cela important parce qu'il s'agissait d'un logiciel.

Taki Sarantakis : D'accord. Donc, laissons de côté la question de la motivation, mais ils n'ont pas déposé de brevet, et quelqu'un est venu racheter ces choses en déclarant « Maintenant, ils m'appartiennent », et poursuit aujourd'hui Shopify en justice pour l'utilisation de ces choses.

Shiri Breznitz : Il a intenté un procès contre Shopify. Je pense que cela a été clarifié depuis, mais oui. Personne ne s'intéresse à vous tant que vous ne gagnez pas d'argent.

Shiri Breznitz : Une fois que vous avez réussi…

Taki Sarantakis : Intéressant.

Shiri Breznitz : Et malheureusement, il existe ces entreprises que l'on appelle des chasseurs de brevets, et dont la seule activité consiste à collecter des renseignements, à acheter ces petits brevets et à créer des familles de brevets sans se plonger dans tous les…

Taki Sarantakis : Ils achètent un ensemble de brevets.

Shiri Breznitz : Oui, et ensuite ils pourront vous poursuivre en justice en disant : « J'ai tous ces renseignements. »

Taki Sarantakis : D'accord. Maintenant, si nous faisons figure d'exception et que nous ne faisons rien dans ce domaine, pourquoi n'avons-nous rien fait dans ce domaine jusqu'à présent? Nous parlons de tout cela depuis bien plus longtemps que je ne suis au sein du gouvernement du Canada, et j'y suis depuis l'époque où; les dinosaures parcouraient la Terre. Alors, pourquoi n'avons-nous rien fait ici?

Shiri Breznitz : En somme, d'après les explications que l'on m'a données, tout repose sur les conventions collectives en vigueur dans les universités, ce qui empêchera la mise en place au Canada d'un dispositif similaire à la Bayh-Dole Act. Si j'ai bien compris, c'est incorrect.

Taki Sarantakis : D'accord, donc vous dites qu'il y a un enjeu économique dans cette affaire, et que cet enjeu économique, c'est que le corps professoral n'a pas intérêt à changer le système?

Shiri Breznitz : Peut-être, mais le fait est que nous devons trouver un moyen à la fois de faire progresser cette technologie et de la protéger. Car ce qui est regrettable, et cela me tient personnellement davantage à cœur que l'aspect financier, c'est que nous disposons de technologies et de médicaments développés au Canada qui ne sont plus accessibles aux Canadien·nes aujourd'hui. Et c'est ça qui est triste. Et quand on regarde les membres de notre propre corps professoral, qui ont mis au point certaines de ces technologies, ils et elles sont eux-mêmes et elles-mêmes stupéfait·es que nous n'ayons pas accès à certains examens d'imagerie par résonance magnétique (IRM) ou à certains médicaments, car ceux-ci appartiennent à différentes entreprises et ne sont pas disponibles au Canada.

Taki Sarantakis : Donc, je vais jouer l'avocat du diable ici. Imaginons qu'une personne ait agité sa baguette magique et que je sois désormais responsable de l'ensemble du financement de la recherche au Canada, qu'il provienne du CRSH, du CRSNG, d'autres conseils subventionnaires ou encore de programmes spécifiques mis en œuvre par différents ministères du gouvernement du Canada. Je vous dirais ceci. Je dirais : « Pourquoi voudrions-nous mettre fin à un système qui fonctionne? Nous générons beaucoup d'idées. Vous venez d'en parler. C'est ici qu'est né Ozempic. C'est ici que l'insuline a vu le jour. C'est ici que l'IA a vu le jour. Pourquoi devrions-nous mettre fin à un système qui, de toute évidence, apporte beaucoup de bienfaits aux Canadien·nes et peut-être aussi à d'autres personnes dans le monde entier? »

Shiri Breznitz : Parce que c'est nous qui avons investi dans ces technologies.

Taki Sarantakis : Et que voulez-vous dire par « nous »? Les contribuables?

Shiri Breznitz : Oui, les contribuables, sans aucun doute. C'est notre source de financement, et nous devons trouver un moyen d'être rentable, si on veut, pour la société. Nous devons veiller à ce que, si nous procédons de manière judicieuse, nous puissions également réinjecter une partie de ces fonds dans le système. Pour être claire, cela ne couvrira pas le financement de la recherche. Le MIT finance environ 3 % de ses dépenses de recherche grâce à la commercialisation. Donc, ce financement ne servira pas à financer la recherche, mais permettront à garantir la transparence quant à l'utilisation des investissements, et de s'assurer que les bénéfices reviennent à la collectivité, et non à une ou deux personnes ayant participé à la dernière étape du développement du produit.

Taki Sarantakis : Oui. Donc, depuis combien de temps travaillez-vous dans ce domaine en tant que spécialiste universitaire? Parce que votre spécialité universitaire, c'est le transfert de la technologie, en gros.

Shiri Breznitz : Oui. Je suis donc géographe économique; j'ai commencé à m'intéresser au développement économique régional, et j'ai pris conscience du rôle important que jouent les universités dans ce domaine. L'un des principaux moyens consiste à passer par la commercialisation.

Taki Sarantakis : Et qu'avez-vous appris qui, en tant que spécialiste universitaire dans ce domaine, vous souhaiteriez que des personnes comme moi, qui ne sont pas des spécialistes universitaires dans ce domaine, retiennent vraiment à l'issue de cette entrevue?

Shiri Breznitz : Je veux que les gens comprennent que les universités jouent un rôle important. Je crois que l'une des choses que j'ai souvent entendues depuis mon arrivée ici, c'est que les universités ne cessent de réclamer de l'argent. Et nous en demandons beaucoup aux universités. Nous leur demandons de mener des recherches, d'enseigner, de fournir des services, de commercialiser la technologie et de prendre en charge tous ces coûts à l'interne. C'est impossible. Soit on suit l'exemple de la Suède, qui est l'autre pays où; il n'existe aucune règle en la matière, et on dit : « Vous n'êtes pas responsables. Vous n'avez qu'à vous occuper de vos cours et de vos recherches, et c'est bon. » Ou bien, si nous continuons à avoir ces attentes élevées par rapport aux universités, nous devons alors les aider à commercialiser cette technologie. D'autre part, n'oublions pas que les universités jouent un rôle important dans notre écosystème économique. Tout comme le gouvernement et le secteur privé, elles jouent un rôle essentiel en transmettant leurs connaissances à l'ensemble de nos travailleurs et travailleuses. Et, en tant qu'universitaires, nous excellons à mettre en relation les différent·es intervenant·es d'un écosystème.

Taki Sarantakis : Merveilleux. Professeure Breznitz, merci beaucoup d'être la chercheuse invitée Jocelyne Bourgon 2026. Et merci beaucoup d'être venue nous aider à démystifier un peu un monde qui regorge d'acronymes, un monde plein d'opinions, et un monde qui ne repose peut-être pas autant sur des faits qu'il le devrait, car il y a beaucoup de, appelons-les ainsi, d'intérêts qui veulent nous faire penser différemment selon leurs propres intérêts.
Merci beaucoup.

Shiri Breznitz : Merci de me recevoir.

[00:53:22 Le logo de l'EFPC s'affiche à l'écran. Texte à l'écran : Canada.ca/ecole.]

[00:53:28 Le mot-symbole du gouvernement du Canada s'affiche à l'écran.]

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