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Série sur l'exploration de l'énergie au Canada : Faire le point sur la sécurité énergétique (TRN5-V71)

Description

Cet enregistrement d'événement examine la capacité du Canada à offrir de l'énergie fiable et abordable en passant en revue des points historiques marquants et en mettant en lumière la réalité de la précarité énergétique qui touche plusieurs membres de la population canadienne.

Durée : 01:24:18
Publié : 22 janvier 2026
Type : Vidéo


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Série sur l'exploration de l'énergie au Canada : Faire le point sur la sécurité énergétique

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Transcription : Série sur l'exploration de l'énergie au Canada : Faire le point sur la sécurité énergétique

[00:00:01 Un texte apparaît à l'écran : « Welcome » « Bienvenue ».]

[00:00:06 L'écran s'estompe pour montrer Isaac Gielen dans un panneau de discussion vidéo.]

Isaac Gielen (analyste principal, École de la fonction publique du Canada) : Bonjour et bienvenue à l'événement d'aujourd'hui. Le troisième volet de notre Série sur l'exploration de l'énergie au Canada : Faire le point sur la sécurité énergétique. Merci de vous joindre à nous. Je m'appelle Isaac Gielen, je suis analyste principal à l'École de la fonction publique du Canada et je suis très heureux d'animer l'événement d'aujourd'hui. Avant d'aller plus loin, j'aimerais souligner que je m'adresse à vous depuis Tiohtià:ke ou Montréal, qui est le territoire traditionnel non cédé de la nation Kanien'kehá:ka.

Je tiens à exprimer ma gratitude aux générations de Kanien'kehá:ka, passées et présentes, qui sont les premiers gardiens de l'espace que j'occupe actuellement. Je suis très reconnaissant d'être ici. Je sais que ceux et celles qui sont avec nous aujourd'hui viennent de différentes régions du pays, et travaillent donc peut-être sur un autre territoire autochtone. Je vous invite à prendre un moment pour réfléchir au territoire que vous occupez et à votre relation avec lui, en particulier à la relation historique entre les peuples autochtones et l'énergie au Canada.

En tant que pays riche en énergie, il peut être facile pour les Canadiennes de tenir leur énergie pour acquis. Il est rare pour nous de songer à la manière dont nous allons stocker la nourriture ou rester au chaud, et l'idée d'entrer dans une pièce la nuit et d'appuyer sur un interrupteur sans résultat est étrange pour beaucoup. Mais l'accès à l'énergie n'a jamais été garanti au Canada, et il reste aujourd'hui de nombreuses personnes dans tout le pays pour qui l'accès aux services énergétiques essentiels est un défi permanent.

Aujourd'hui, nous discutons de la sécurité énergétique au Canada, des moments où notre pays a été mis à l'épreuve en raison de diverses crises énergétiques et du phénomène important de la pauvreté énergétique, qui constitue une menace pour la santé publique du Canada. Pour aborder ces sujets, je suis très heureux d'accueillir les conférencières d'aujourd'hui.

[00:01:53 Petra Dolata apparaît dans un autre panneau de discussion vidéo.]

Petra Dolata est historienne de l'énergie et professeure agrégée au département d'histoire de l'Université de Calgary. Elle est la boursière invitée 2025-2026 de Naomi Lacey au Calgary Institute for the Humanities, où elle convoque conjointement le Groupe de travail sur l'énergie dans la société.

[00:02:11 Mylène Riva apparaît dans un autre panneau de discussion vidéo.]

Mylène Riva est géographe de la santé, chercheuse en santé des populations et professeure agrégée au département de géographie de l'Université McGill. Elle est également titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 2 sur le logement, la communauté et la santé.

Leurs présentations seront suivies d'une discussion, puis de questions de l'auditoire. Je vous encourage à soumettre vos questions à nos panélistes en utilisant l'interface de la webdiffusion. Cliquez sur l'icône de la fonction de clavardage, située dans le coin supérieur droit de votre écran, pour soumettre votre question dans la langue officielle de votre choix. Nous essaierons de répondre à autant de questions que le temps le permet. Sur ce, je laisse la parole à Petra pour commencer les présentations d'aujourd'hui. Bonne écoute.

Petra Dolata (Professeure à l'Université de Calgary) : Merci et bonjour. C'est toujours le matin ici à Calgary depuis le Traité 7. J'aimerais commencer par parler de la sécurité énergétique en tant que concept de politique étrangère, car c'est là que certaines discussions ont vu le jour. Nous parlerons du rôle joué par le Canada. Tout d'abord, je tiens à rappeler que l'énergie est un domaine politique extrêmement complexe, notamment parce que les ressources énergétiques, et plus précisément le pétrole et le gaz naturel, font partie des produits de base les plus mondialisés.

Elles créent souvent des espaces énergétiques transnationaux globaux ou intégrés, comme en Amérique du Nord, celui que le Canada partage avec les États-Unis. L'énergie se situe également à l'intersection de la politique et de l'économie, réunissant des logiques de décision très différentes, et séparant les objectifs de politique publique des logiques de marché et de profit. L'énergie relève également de plusieurs compétences, comme le montre l'exemple du Canada, où les provinces canadiennes ont des droits sur les ressources énergétiques.

En tant qu'historienne, je m'intéresse principalement à l'origine du terme « sécurité énergétique » et aux changements qu'il a subis depuis sa création. Ça ne veut pas dire qu'il n'existe pas d'exemples bien plus anciens que nous décrivons aujourd'hui comme des idées ou des inquiétudes concernant la sécurité énergétique. Mais je m'intéresse surtout à l'apparition de ce terme précis, à ce qu'il nous apprend sur sa signification, mais aussi à ce qu'il signifie pour un pays comme le Canada. Permettez-moi de commencer par une généalogie historique du terme, en quelque sorte.

Tout d'abord, il est important de noter qu'il apparaît à un moment très précis, lors d'une crise énergétique. Il s'agit des crises énergétiques de 1973-1974, de 1979 et de 1998 que le monde occidental a connues. Mais il s'inscrit également dans des crises plus larges comme la désindustrialisation et l'industrie du charbon. Le choc Nixon de 1971, qui a essentiellement mis fin au système de Bretton Woods ou à la convertibilité des dollars américains en or, indique clairement la fin des décennies dorées de progrès économique après la Seconde Guerre mondiale.

Il a également été principalement motivé par le débat aux États-Unis, qui étaient devenus un importateur net de pétrole en 1970 et qui avaient déjà connu l'utilisation d'un argument de sécurité stratégique pour fermer leurs propres marchés. Les chercheurs et chercheuses des études de sécurité étudient le concept de sécuritisation. Tout cela nous donne la doctrine Carter de 1980, qui stipule essentiellement que les États-Unis participeront à une action militaire hors zone, hors des États-Unis, si le flux de pétrole est entravé, par exemple, par la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran.

Je dois d'abord mentionner que lorsque le terme « sécurité énergétique » apparaît, il s'agit en premier lieu du pétrole. Il s'agit aussi principalement d'une compréhension américaine du concept de sécurité énergétique, qui était étroitement lié à la disponibilité et à l'accessibilité financière, parce qu'ils axaient leurs ressources sur les menaces à la sécurité énergétique en tant que nation consommatrice, en tant qu'importateur net de pétrole. Cette conception a aussi été intégrée à l'Agence internationale de l'énergie, fondée en 1974 par les principaux membres de l'OCDE, à l'exception de la France.

À la suite d'une initiative du secrétaire d'État américain Henry Kissinger, mais aussi du nouveau G7, et certaines d'entre vous le savent peut-être, qui a débuté en 1975 en tant que G6 sans le Canada et qui comprenait à l'origine l'Allemagne, la France, l'Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis, qui étaient tous des pays consommateurs de pétrole, contrairement au Canada, qui venait tout juste de devenir un exportateur net de pétrole à ce moment. En d'autres termes, même si le Canada a été touché de la même manière en ce qui a trait aux files d'attente dans les stations-service et en raison du marché intégré de l'énergie avec les États-Unis, il a joué un rôle plutôt unique dans ce cas particulier de l'origine de la sécurité énergétique.

Et c'est ce que nous constatons en dehors du contexte nord-américain. Le Canada, par exemple, a réussi à empêcher que la sécurité énergétique ne fasse partie de l'accord sur la nature qui a fait l'objet d'une importante discussion au début des années 1980. Le Canada s'est rangé du côté d'un grand nombre de partenaires d'Europe de l'Ouest. Si nous regardons à quel moment le concept émerge dans les discussions nationales au Canada, nous pouvons noter qu'en 1975, il y a eu une adaptation et une redéfinition du terme par les leaders du NPD dans l'Ouest, principalement le premier ministre de la Saskatchewan et le leader du NPD de l'Alberta, qui ont demandé à Ottawa de créer un « Fonds de sécurité énergétique » qui utiliserait les revenus des prix élevés du pétrole pour financer l'exploration et le forage au Canada et rendre le Canada autosuffisant en matière d'énergie.

Il s'agissait d'adapter cette idée originale, qui était motivée par l'intérêt des consommateurs et consommatrices, et d'essayer de l'appliquer à la situation particulière du Canada. Elle a été motivée par le rôle unique du Canada parmi ses alliés de l'OTAN et les membres de l'AIE et du G7. Mais ce projet a été abandonné en 1979 en raison de la baisse des prix du pétrole au Canada. Il fait toutefois partie intégrante, comme certaines le remarqueront, du funeste Programme énergétique national de 1980, dont l'objectif déclaré était de parvenir à la sécurité énergétique en moins de dix ans. Mais comme le soulignait l'une des sous-sections, il s'agissait d'indépendance énergétique.

Un projet que Nixon lui-même avait déjà annoncé en 1973 à la suite de la crise des prix du pétrole. Et cette situation s'est traduite par une propriété canadienne. Il est intéressant de noter qu'à l'exception des États-Unis, dans les années 1970, les autres pays occidentaux, qui étaient connus pour être extrêmement libéraux en termes de marchés de l'énergie, ont également abandonné leurs pratiques libérales dans les secteurs du pétrole et du gaz et ont créé des champions nationaux. Par exemple, la British National Oil Company au Royaume-Uni ou Deminex en Allemagne de l'Ouest.

C'est en quelque sorte là que tout commence. Quelle est son évolution au fil du temps, si nous examinons aujourd'hui la question de la sécurité énergétique au Canada? Tout d'abord, depuis la crise énergétique des années 1970, il y a une longue histoire de discussions bruyantes et cycliques sur la dépendance énergétique et les défis associés en matière de sécurité. Elles étaient souvent liées à la hausse des prix du pétrole. Pensons à 2008, par exemple, ou à l'instabilité des régions productrices de pétrole, l'exemple le plus récent étant celui de l'Ukraine, qui a mis en évidence l'importance stratégique du pétrole et du gaz naturel. Mais je ne serais pas une historienne si je ne mentionnais pas que les choses ne sont jamais exactement les mêmes.

À l'aube du 21e siècle, la définition initiale du concept de sécurité énergétique, telle qu'elle a été adoptée par l'AIE et d'autres, à savoir la disponibilité ininterrompue de sources d'énergie à un prix abordable, a pris une signification plus large. Tout d'abord, l'environnement durable, puis l'accessibilité et la justice. L'importance géopolitique et stratégique de l'énergie, qui fait partie intégrante de la façon dont elle émerge, ou plus précisément du pétrole et du gaz naturel, a été de plus en plus recouverte par le programme de lutte contre le changement climatique.

Depuis les années 2000, les responsables des politiques parlent davantage d'un lien entre la sécurité énergétique et le changement climatique. Pour le Canada, c'est un défi, parce qu'il est un exportateur net de pétrole et de gaz naturel, mais il doit équilibrer sa production nationale d'énergie à base d'hydrocarbures avec les engagements de décarbonisation de son économie. Les discussions sont maintenant très différentes au 21e siècle. Alors que le concept de sécurité s'est généralement élargi et approfondi pour passer d'une sécurité liée à l'État à une sécurité sociétale ou humaine, est-ce que le concept de sécurité énergétique prend un sens national pour désigner la garantie d'un bien-être énergétique sûr et fiable pour les individus ou les communautés?

Ça nous amène à parler de justice énergétique, d'accès à l'énergie et de pauvreté énergétique. Si nous comprenons que le concept lui-même n'est pas un concept essentialiste, qu'il a différentes significations dans différentes administrations et à différents moments, nous devons nous rappeler que la sécurité énergétique peut être à la fois un paradigme politique, mais aussi être utilisée comme rhétorique politique. Nous pouvons constater que l'industrie de l'énergie au Canada dans les années 1970 pourrait utiliser l'importance de la sécurité énergétique pour formuler certaines demandes. Elle pourrait également devenir un argument de politique étrangère.

Un exemple serait la façon dont le gouvernement de Stephen Harper a utilisé le concept dans la seconde moitié des années 2000 pour justifier certaines politiques arctiques, même si ce n'est pas l'Arctique canadien qui fournirait la production d'énergie et donc la sécurité énergétique, mais d'autres régions. Mais dans les discussions internationales, c'est un élément qui pouvait être amené à la table. Il pourrait également nous aider à comprendre l'histoire récente des discussions sur la sécurité énergétique, où l'idée que le Canada est une superpuissance énergétique, d'abord défendue par Stephen Harper, est aujourd'hui reprise par notre premier ministre actuel.

D'ailleurs, en 2007, Stephen Harper parlait du Canada comme d'une superpuissance énergétique, ce qui est, bien sûr, souvent le cas dans les discussions avec les alliés européens ou peut-être aussi avec les clientes asiatiques potentielles, de toujours parler du Canada comme d'un bastion de la sécurité énergétique mondiale. Le problème, cependant, c'est que depuis que nous avons constaté que la sécurité énergétique se situe à l'intersection des politiques relatives au changement climatique et des politiques énergétiques, il devient de plus en plus difficile d'en faire un argument de vente ou une rhétorique, en particulier lors de discussions avec l'Union européenne, qui se considère comme un instigateur de normes, si l'on peut dire, dans le domaine de la politique relative au changement climatique.

Je crois que ce qui s'est passé récemment, et en particulier dans le contexte canadien, c'est que ce concept, qui a débuté dans un scénario de politique étrangère, est maintenant introduit dans la politique nationale. Mais nous nous rendons également compte que la sécurité énergétique est aujourd'hui très étroitement liée aux questions de justice énergétique, à la souveraineté énergétique des peuples autochtones et à d'autres enjeux qui redéfinissent réellement qui doit être le bénéficiaire de la sécurisation de l'énergie et ce qui crée des insécurités potentielles. Et si je reviens à cette idée d'élargir la notion de sécurité énergétique, ça signifie que la politique énergétique elle-même est toujours une politique climatique, une politique d'infrastructure, une politique industrielle, une politique autochtone et nordique.

Elle transcende réellement cette opposition entre politique intérieure et politique étrangère. C'est également très complexe dans un système fédéral comme le Canada, où différentes administrations se partagent certaines de ces questions ou ont des autorités exclusives sur elles. Je terminerai cet aperçu historique de la sécurité énergétique en rappelant que les crises énergétiques des années 1970 n'ont pas seulement donné naissance au concept de sécurité énergétique, mais aussi à l'idée de transition énergétique. Et cette idée a été introduite principalement pour s'éloigner de ce concept très effrayant qu'est la crise. Nous voyons, et j'espère que vous serez d'accord avec moi, que la compréhension de l'histoire du concept nous aide également à comprendre la connotation sociale et culturelle de la sécurité énergétique. Merci.

Isaac Gielen : Merci beaucoup, Petra. C'était un excellent aperçu de la profondeur de la sécurité énergétique en tant que sujet et une fascinante perspective historique sur cette question. Mais comme vous l'avez mentionné, ce n'est pas quelque chose qui appartient uniquement à notre passé national. C'est un phénomène qui perdure aujourd'hui et qui est toujours d'actualité. Sur ce, j'invite notre prochaine invitée, Mylène Riva, à nous parler de la sécurité énergétique et de la pauvreté énergétique.

Mylène Riva (Professeure agrégée à l'Université McGill) : Bonsoir. Bonjour. Kwei. Je suis heureuse de vous rejoindre depuis Tiohtià:ke, Montréal. Excellente présentation. Je vais m'appuyer sur certains des concepts qui ont été présentés, en passant de la sécurité énergétique à la pauvreté énergétique, qui partagent les mêmes concepts. L'appellation diffère selon l'administration. J'entends par pauvreté énergétique une situation dans laquelle les ménages n'ont pas les moyens ou l'accès aux services énergétiques dont ils ont besoin à la maison pour répondre à leurs besoins, maintenir une température intérieure saine et vivre dans la dignité.

Les services énergétiques représentent ce que nous faisons avec l'énergie. Nous chauffons et refroidissons nos maisons. Nous ouvrons la lumière lorsque nous entrons dans une pièce. Nous réfrigérons et nous cuisinons nos aliments. Nous communiquons avec les autres. Nous apprenons et nous travaillons. Nous avons besoin d'énergie pour satisfaire un grand nombre de nos besoins fondamentaux. Au Canada, nous appelons cette situation la pauvreté énergétique. Aux États-Unis, on parle d'insécurité énergétique. Au Québec et dans d'autres régions francophones, comme en France et en Belgique, on parlera de « précarité énergétique ». Mais quel que soit le nom qu'on lui donne, c'est l'idée que les ménages n'ont pas accès aux services énergétiques dont ils ont besoin pour vivre décemment, ou qu'ils n'ont pas les moyens de se les offrir.

Et il existe différents facteurs qui font basculer un ménage dans la pauvreté énergétique, si l'on peut dire. Il y a le système énergétique, la gouvernance énergétique, les systèmes que nous avons qui régissent l'énergie et qui en fixent le coût. Il y a le facteur du logement, si la maison ou l'appartement est écoénergétique ou non. Nous pensons à l'état structurel du logement, à l'enveloppe, puis aux facteurs liés au ménage, comme le revenu ou le mode d'occupation.

Qu'un ménage soit propriétaire ou locataire de son logement, les besoins particuliers de ses membres peuvent nécessiter une utilisation accrue de l'énergie, comme les personnes qui dépendent d'appareils médicaux qui nécessitent de l'électricité. La taille et la composition des ménages. Ce sont autant de facteurs qui auront une influence sur la pauvreté énergétique. Je tiens à souligner que nous parlons de pauvreté énergétique, mais qu'il ne s'agit pas seulement d'une question de pauvreté. Ce n'est pas seulement une question de faibles revenus.

Si vous pensez aux personnes qui vivent dans des logements sociaux, par exemple, ou aux locataires, encore une fois, dont les factures d'électricité et de chauffage sont incluses dans leur loyer. On peut considérer que ces personnes ne sont pas en situation de pauvreté énergétique parce qu'elles n'ont pas à payer pour l'énergie, mais elles peuvent tout de même vivre dans un logement qui n'est pas écoénergétique et dont le système de chauffage ne fonctionne pas correctement. La pauvreté énergétique n'est pas seulement une question de faibles revenus, c'est une question de logement, de ménages, de système énergétique.

Et bien sûr, elle est influencée par le climat. Avec l'augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes, les ménages peuvent être privés d'électricité pendant des heures, voire des jours, ce qui peut avoir une incidence importante sur leur bien-être. J'ai parlé du concept de pauvreté énergétique. Ensuite, il y a la façon dont nous la mesurons. Il y a différentes façons de la mesurer. Je vais vous donner deux aperçus généraux. D'une part, par le biais de relevés de population. Nous pouvons demander aux Canadiennes, par exemple, de rendre compte du confort thermique de leur logement. Nous pouvons également leur demander de nous faire part des difficultés financières rencontrées pour payer leurs factures de services publics.

Une autre façon de mesurer la pauvreté est d'examiner la proportion du revenu des ménages qui est consacrée au paiement des services énergétiques pour le logement. Et nous utilisons des seuils fixes. Un seuil couramment utilisé est celui des ménages dépensant plus de 6 % de leurs revenus en services énergétiques pour le logement. Et si nous utilisons ce seuil de 6 %, nous arrivons à environ 19 %. Près d'un ménage canadien sur cinq est confronté à la pauvreté énergétique au Canada. Nous sommes parvenus à ce chiffre en analysant les données du recensement de 2016 et de l'enquête de 2017 sur les dépenses des ménages.

Nous devons actualiser ce chiffre. En raison de l'augmentation de l'inflation des prix de l'énergie et de la crise du logement, il est probable que ce chiffre soit semblable cinq ans plus tard. La pauvreté énergétique varie d'un endroit à l'autre. Elle est au plus bas au Québec, en Alberta et en Colombie-Britannique. C'est dans le Canada atlantique que le taux est le plus élevé, avec environ 30 %, soit un ménage sur trois confronté à la pauvreté énergétique. Mais même à l'échelle locale, il y aura des variations. Il y a des régions et des ménages au Québec qui sont confrontés à la pauvreté énergétique.

La pauvreté énergétique n'est pas seulement inégalement répartie dans l'espace, elle l'est aussi entre les différents groupes de population. Certains de nos travaux ont démontré que les ménages composés de personnes ayant une limitation d'activité ou un handicap, de personnes âgées, de personnes vivant seules et de familles monoparentales risquent davantage d'être confrontés à la pauvreté énergétique. Nous constatons également que la pauvreté énergétique est plus importante chez les locataires, les personnes vivant dans des maisons individuelles et les personnes vivant dans des logements nécessitant des réparations importantes et dans des logements plus anciens. Potentiellement dans des logements moins efficaces sur le plan énergétique.

Des recherches internationales, dont un rapport de l'Organisation mondiale de la Santé, ont mis en évidence le fait que l'énergie et la pauvreté énergétique constituent un facteur de risque pour la santé. La pauvreté énergétique est associée à une série de problèmes de santé, comme les maladies cardiovasculaires et respiratoires. Elle peut exacerber certaines maladies chroniques, comme l'asthme, l'arthrite et l'anémie falciforme. Elle peut créer une situation de stress qui conduit à l'anxiété et à la dépression. Elle peut avoir une incidence sur les relations sociales à l'intérieur de la maison lorsque les membres du ménage doivent faire des compromis sur le moment et la manière dont l'énergie peut être utilisée et pour répondre à quels besoins.

Elle peut avoir une incidence sur la qualité du sommeil. Elle a une incidence sur la sécurité alimentaire. De nombreux ménages devront décider entre se chauffer et manger, c'est-à-dire entre payer les factures de services publics et mettre de la nourriture sur la table. Au Canada, certaines de nos recherches indiquent que la pauvreté énergétique est associée de manière considérable à une plus grande probabilité que les adultes du Canada déclarent une faible santé générale et mentale, par rapport aux adultes qui ne sont pas confrontés à la pauvreté énergétique.

En 2023, Statistique Canada a réalisé l'Enquête sociale canadienne, axée sur l'énergie et le bien-être. J'aimerais présenter quelques diapositives concernant le Canada dans son ensemble. Ensuite, je voudrais prendre quelques minutes pour parler d'une étude que nous menons à Bridgewater, en Nouvelle-Écosse. Les résultats de l'enquête pancanadienne de 2023 indiquent qu'environ 3 % des ménages canadiens ont reçu un avis de déconnexion de la part d'une entreprise de services publics au cours de la dernière année. 10 % ont déclaré être en retard ou dans l'incapacité de payer leurs factures d'énergie, et 15 % ont dit avoir dû renoncer à des dépenses de première nécessité, telles que la nourriture et les médicaments, pour pouvoir payer leurs factures de services publics.

À Bridgewater, nous avons mené une enquête auprès d'environ 500 personnes. Bridgewater est une ville d'environ 9 000 habitantes, située à une heure à l'ouest d'Halifax. Nous avons également mené une enquête en collaboration avec la ville pour évaluer l'ampleur de la pauvreté énergétique dans la communauté. Parmi les répondantes à l'enquête, près de 40 %, soit deux sur cinq, ont déclaré consacrer plus de 6 % du revenu de leur ménage à des services énergétiques pour le logement. 20 % déclarent avoir des difficultés à payer pour le chauffage de leur logement. 35 % ont dû jongler pour payer les factures des services publics et 34 % ont déclaré qu'ils avaient dû réduire leur consommation de nourriture ou d'énergie pour pouvoir payer le reste. La pauvreté énergétique a des répercussions importantes sur différents aspects de la vie quotidienne. Elle est étroitement liée au logement et à la sécurité alimentaire.

Lorsque nous interrogeons les prestataires de services, nous entendons des histoires de personnes qui doivent maintenir la chaleur dans leur logement en hiver, par exemple en brûlant des meubles parce que c'est la dernière source de chaleur dont elles disposent. Les prestataires de services, mais aussi les personnes sans domicile, nous racontent que la pauvreté énergétique est une voie d'accès à l'itinérance et un obstacle pour en sortir. C'est une voie vers l'expulsion lorsqu'une personne perd son logement parce qu'elle ne peut pas garder la lumière allumée ou qu'elle ne peut pas le chauffer correctement. Ou encore si elle accumule des arriérés auprès de la société de services publics, si elle ne peut pas avoir de factures de services publics à son nom.

Le fait de réintégrer le marché de la location signifie qu'elle ne peut accéder qu'à des logements dont les services publics sont inclus dans le loyer. Cette pratique est moins courante dans certaines administrations. La pauvreté énergétique n'est pas à l'ordre du jour des politiques au Canada. Elle fait son chemin, mais nous sommes plusieurs à travers le pays à travailler pour la faire reconnaître un peu plus. Différentes solutions peuvent être déployées pour lutter contre la pauvreté énergétique, soit de front, en influençant ou en agissant sur les revenus des ménages, ou encore en améliorant l'efficacité énergétique des logements.

D'excellents programmes ont été lancés ces dernières années. La nouvelle version de l'initiative pour des maisons plus vertes cible les ménages à faible revenu. Mais nous devons garder à l'esprit que même si les programmes ciblent ces ménages pour atteindre les personnes que nous devons atteindre, c'est très complexe. Le message, le vocabulaire que nous utilisons, le programme que nous mettons à disposition dans certains des entretiens que nous avons menés avec différentes entités qui déploient des rénovations énergétiques à domicile à travers le pays. Elles disent : « Nous avons une série géniale de programmes qui nous permettent d'effectuer des rénovations à domicile sans frais pour les ménages à faible revenu ».

Mais pour ces ménages, c'est trop beau pour être vrai. Les gens ne nous croient pas. Alors, comment mobiliser tout le monde à la rénovation énergétique des habitations? C'est très important de cibler les ménages en situation de vulnérabilité, car nous pouvons sans le vouloir accroître l'injustice sociale et l'inégalité en matière de logement si nous ne ciblons pas ceux qui ont le plus besoin du programme. Je vais m'arrêter là, si vous le voulez bien.

Isaac Gielen : C'est super. Merci beaucoup, Mylène. C'était un regard fascinant sur la pauvreté énergétique. Ça indique bien qu'il s'agit d'une bête énorme dont les tentacules touchent des pans entiers de la société canadienne. J'aime que vous nous en démontriez la complexité. Nous allons maintenant passer aux questions de discussion pour entendre les docteures Dolata et Riva sur le sujet de la sécurité énergétique. Je commencerai par vous, Petra. Petra, vous avez décrit les transitions énergétiques et les systèmes énergétiques comme étant « intrinsèquement sociaux ». Qu'est-ce que ça signifie?

Petra Dolata : Ça signifie que la façon dont nous essayons de comprendre les systèmes énergétiques est, avant tout, une chose que nous faisons en tant qu'humains. Et ce n'est pas simple, parce que c'est nous qui décidons qui seront les acteurs d'influence (inaudibles) dans un système énergétique. Nous décidons également des priorités et nous essayons de donner un sens à ce que nous décrivons comme un système énergétique pour nous. Des personnes comme Vaclav Smil et d'autres ont suggéré qu'une façon d'envisager le système énergétique est de combiner les sources d'énergie existantes, qui peuvent être organiques ou minérales, renouvelables ou fossiles, et qui ont toutes sortes de ramifications différentes, qui sont ensuite, d'une manière ou d'une autre, transférées par l'intermédiaire de ce que l'on appelle la force motrice.

Les premières civilisations ne disposaient que de nos propres forces motrices organiques, c'est-à-dire la force musculaire humaine ou animale, ou encore des premiers moteurs mécaniques comme les voiles d'éoliennes, par exemple. Et puis nous avons les utilisations de l'énergie. Nous avons déjà mentionné qu'elle peut servir à fournir de la chaleur, permettre de cuire des aliments et aider à se déplacer. Et ça peut sembler très technologique. Nos systèmes énergétiques sont devenus de plus en plus complexes parce que nous avons de multiples sources et forces motrices qui deviennent aussi mécaniques, et les utilisations sont très variées. Et ça semble être un système très facile à gérer.

Cependant, à chacune de ces étapes, il s'agit d'une invention et d'une innovation humaines. Ce sont les choix humains en termes de politiques qui décident réellement de la manière dont ces pièces s'assemblent. Il n'y a pas de déterminisme. Il n'est pas possible de dire qu'une fois que nous aurons le charbon, nous aurons la révolution industrielle. Londres a utilisé le charbon bien des siècles auparavant, ce qui a beaucoup agacé la reine de l'époque, Élisabeth, mais il n'était utilisé que pour l'énergie thermique. Ce n'est que lorsque le charbon a été associé à la technologie de la vapeur, en tant qu'énergie mécanique, que la révolution industrielle a commencé.

Nous devons nous éloigner de ces trajectoires faciles. Et de la même manière, les technologies qui pourraient être les meilleures d'un point de vue technique ne seront pas toutes acceptées. C'est le plus grand enseignement pour tous ceux et celles qui discutent des transitions énergétiques actuelles. En ce qui concerne l'innovation sociale, nous attendons des humains qu'ils soient des êtres rationnels, ce qui n'est pas le cas. Et l'histoire peut nous le montrer. Non seulement la façon dont nous percevons un système énergétique, la façon dont un système énergétique en soi dépend des choix humains, mais aussi l'idée que le meilleur gagnera ou que tout est intrinsèquement humain.

C'est ce que je veux dire quand j'affirme que les systèmes énergétiques sont intrinsèquement sociaux. Ce que ça signifie, c'est que toute transition énergétique est une transition sociale. Si on n'inclut pas les sciences humaines et sociales, on passe à côté d'une grande partie de la transition à venir. Particulièrement quand il s'agit de déterminer qui sont les perdantes. Toute transition énergétique fait des gagnantes et des perdantes. Qui sont les perdantes? Et comment s'assurer que personne n'est laissé pour compte, ou que les groupes marginalisés en bénéficient équitablement?

Isaac Gielen : Merci, Petra. C'est une réponse captivante. Comme l'exemple de Londres. Que votre père vous en veuille parce que vous jouez avec le thermostat, c'est une chose, mais la reine d'Angleterre, c'est une autre. Mylène, la question suivante s'adresse à vous. Vous avez parlé de la pauvreté énergétique et du fait qu'elle touche davantage les locataires. Vous avez mentionné la région de l'Atlantique, mais nous savons aussi que la pauvreté énergétique est ressentie particulièrement par les peuples autochtones du Canada. Comment les savoirs et le leadership autochtones s'attaquent-ils à l'enjeu de la pauvreté énergétique?

Mylène Riva : Excellente question. Il y a tellement de façons différentes de répondre à cette question. Je ne sais pas s'ils s'attaquent à la pauvreté énergétique en tant que concept, mais ils sont clairement à la pointe de la transition énergétique. Ces dernières années, nous avons vu des exemples remarquables de leadership autochtone dans le domaine de l'énergie. Parmi les peuples autochtones du Canada, pour donner quelques exemples, Tarquti, un développeur d'énergie renouvelable au Nunavik, a été créé il y a plusieurs années. Il est à l'origine du barrage hydroélectrique d'Inukjuak.

Il y a aussi Indigenous Clean Energy (ICE), une organisation dirigée par des Autochtones qui vise à renforcer les capacités et les actions dans le cadre de la transition vers l'énergie propre. Il y a aussi Ishkoday, une autre organisation des Premières Nations à but non lucratif qui répond aux besoins énergétiques des Premières Nations de l'Ontario. L'Inuvialuit Regional Corporation a son propre plan d'action en matière d'énergie. Nous constatons que les dirigeantes autochtones abordent les besoins énergétiques, la pauvreté énergétique ou la transition énergétique de la manière qui leur convient. Du point de vue du logement, les besoins sont très importants dans de nombreuses communautés autochtones du pays. Nous devons reconnaître que l'amélioration du confort thermique et des conditions de logement fait également partie de cette discussion.

Isaac Gielen : Merci. Petra, vous avez parlé des crises énergétiques qui ont marqué la majeure partie des années 1970. Ces crises ont touché une grande partie du monde occidental, bien sûr, et pas seulement le Canada. Certains pays ont-ils réagi à cette crise de manière très différente du Canada? Et si c'est le cas, comment s'en sont-ils tiré?

Petra Dolata : Très bonne question. L'une des choses que nous avons vues partout est la recherche de solutions de rechange, mais cette recherche peut inclure toutes sortes de choses. Il peut s'agir de trouver de nouveaux endroits où il y a du pétrole. Et c'est quelque chose que l'on voit clairement au Canada avec les régions pionnières d'exploration pétrolière, qui à ce stade étaient les sables bitumineux de l'Alberta. Et puis, bien sûr, le Haut-Arctique ou le delta du Mackenzie et l'océan Arctique, ainsi que la côte de Terre-Neuve. C'est aussi ce que faisaient les Américains. Ils venaient de trouver du pétrole en 1968 sur la côte de l'Alaska. C'était une façon de trouver une solution de rechange. L'autre façon de faire était de remplacer le pétrole par d'autres ressources énergétiques.

C'est ce qui explique la résurgence du charbon dans des pays comme le Royaume-Uni, l'Allemagne de l'Ouest, mais aussi les États-Unis. C'est aussi la recherche de nouvelles énergies renouvelables. C'est également à ce moment qu'a commencé la recherche sur l'énergie éolienne et solaire. Et d'un autre côté, il y avait la recherche du schiste, des sables bitumineux ou du pétrole lourd. Il y a beaucoup de recherches de solutions de rechange. Si vous regardez le Japon, qui est massivement touché parce qu'il dépend grandement des sources d'énergie extérieures, et l'Allemagne de l'Ouest, qui dépend du pétrole, ils ont déterminé qu'il y avait une autre solution de rechange que nous oublions souvent, et c'est l'efficacité énergétique.

Ces deux pays ont investi beaucoup plus dans cet autre volet de solution de rechange, la création de logements plus efficaces qui nécessitent moins de chauffage et d'énergie. Les fenêtres à double vitrage, ce genre de choses. Et en Allemagne, on en fait une loi et tout le monde doit s'y tenir. Le Japon a décidé qu'un équipement électrique pouvait être amélioré afin de consommer moins d'électricité. Le pays est devenu un leader mondial dans des domaines comme les machines à laver et ce genre de choses, que l'on appellerait aujourd'hui des technologies intelligentes. Les investissements étaient vraiment axés sur l'amélioration des éléments qui demanderaient beaucoup d'énergie.

Et puis c'est venu jusqu'aux États-Unis et au Canada, parce que c'est à ce moment que les petites voitures produites en Europe et au Japon sont arrivées sur le marché nord-américain, des voitures écoénergétiques. Ce n'est pas surprenant que les pays qui sont extrêmement dépendants de l'énergie extérieure recherchent d'autres solutions. Et s'ils n'ont pas leurs propres sources d'énergie, l'efficacité énergétique est la voie à suivre. Et cette situation leur a vraiment donné un avantage industriel dans certaines de ces technologies. Et elle a conduit à une résurgence du charbon dans de nombreux endroits du monde occidental qui traversaient une phase de désindustrialisation.

Isaac Gielen : Merci. Petra. C'est intéressant. Alors que le Canada a eu tendance à mettre l'accent sur l'augmentation de l'offre, il semble qu'un grand nombre d'autres pays ait d'abord cherché à réduire la demande. C'est intéressant. Mylène, ma prochaine question est pour vous. Et Petra, si vous avez quelque chose à ajouter, n'hésitez pas à intervenir. La majorité de notre auditoire, des fonctionnaires au niveau fédéral, vivent dans des régions et des circonstances où l'énergie est parmi les plus sûres du pays. Bien entendu, notre tâche consiste à travailler au nom de tous les Canadiens et de toutes les Canadiennes. Comment s'assurer que les personnes en situation de pauvreté énergétique ne sont pas exclues des politiques ou des programmes fédéraux?

Mylène Riva : Oui, c'est une excellente question. Et c'est difficile. Comment atteindre les personnes difficiles à atteindre. Je crois que la présence de la communauté sur le terrain est très importante. C'est ce que nous entendons lorsque nous interrogeons les entités qui fournissent des services d'amélioration de l'efficacité énergétique des habitations à travers le pays. Le fait d'avoir un contact communautaire, une personne pour naviguer, un guichet unique, où les gens peuvent poser des questions, obtenir le soutien dont ils ont besoin, c'est l'un des éléments qui facilite le déploiement ou la mise en œuvre du programme d'amélioration de l'efficacité énergétique des habitations, en réduisant la complexité du processus de demande.

À Bridgewater, par exemple, nous avons créé un poste de navigateur, et cette personne a regroupé cinq types de programmes différents et les a mis à la disposition des ménages. Cette initiative a commencé il y a environ cinq ans. Les choses ont donc changé depuis. Mais il y a cinq ans, si on faisait une demande à certains de ces programmes, chaque programme exigeait un audit énergétique distinct. Mais si on n'avait qu'un seul audit énergétique, ça ouvrirait les portes de nombreux programmes différents. S'assurer que la langue soit accessible.

Pour ce qui est du Québec, et je serais surprise que ce ne soit pas le cas partout au pays, environ 50 % de la population n'a pas les capacités de lecture et d'écriture nécessaires pour comprendre des messages complexes et éprouve des difficultés. Nous devons en être conscientes lorsque nous essayons de recruter des gens. J'aimerais également répondre à certains commentaires de la Dre Dolata. Quand il s'agit de ménages confrontés à la pauvreté énergétique, les gens font preuve d'une grande ingéniosité dans les mécanismes ou les stratégies qu'ils déploient pour économiser de l'énergie. Débrancher tous les appareils lorsqu'ils ne sont pas utilisés, isoler des pièces, des espaces entiers d'appartements ou de maisons, pour ne pas avoir à chauffer certaines pièces.

Certaines personnes ont mentionné prendre des douches dans des centres communautaires pour ne pas utiliser d'eau chaude dans leur propre maison. Et ces récits proviennent du Québec, où nous avons les tarifs d'électricité les plus bas du pays. Ces personnes ne sont peut-être pas en situation de pauvreté énergétique, si nous utilisons les mesures que j'ai mentionnées, parce qu'elles sont si astucieuses et si ingénieuses. Elles font tellement de compromis sur leur confort pour réduire les coûts qu'elles ne dépassent peut-être pas le seuil de 6 % ou de 10 %. Mais elles font des compromis importants. Nous devons aussi y porter attention. Comment faire en sorte que davantage de personnes en situation de pauvreté énergétique participent aux discussions avec les responsables des politiques lorsque nous réfléchissons à ce que ça signifie que d'être en situation de pauvreté énergétique. Je crois qu'une approche communautaire ascendante plutôt que descendante peut être très utile dans ce domaine. Je me permets de revenir encore une fois sur les propos de la Dre Dolata.

Les travaux d'amélioration de l'efficacité énergétique des habitations visent souvent à réduire les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d'énergie. Nous perdons de vue que le confort thermique est amélioré, ce qui peut avoir une incidence très importante sur la santé et le bien-être des gens. C'est le paradoxe de Jevons, ou l'effet de rebond. C'est ce que nous constatons dans certaines maisons qui ont été rénovées. Les gens peuvent consommer plus d'énergie parce que maintenant, lorsqu'ils allument le thermostat, ils ont chaud dans leur maison, ou ils peuvent utiliser la climatisation, ce qui n'était pas le cas auparavant. C'est un facteur à prendre en compte.

Mais le simple fait de pouvoir utiliser le système mécanique, le système de chauffage, les appareils électroménagers de la manière dont ils sont censés l'être, les gens nous disent qu'ils ne voient pas d'inconvénient à payer un peu plus cher parce qu'ils sont maintenant au chaud. Leurs enfants sont maintenant au chaud, ils peuvent cuisiner et recevoir leur famille en visite. Ces interventions ne sont pas bénéfiques sur le plan énergétique et nous devrions surveiller ce point, parce que c'est peut-être là que nous aurons une incidence importante.

Isaac Gielen : Oui. Merci. Petra?

Petra Dolata : Oui, si je peux ajouter quelque chose. Je crois que la chose importante serait de travailler davantage sur la culture et l'éducation énergétiques de manière plus générale. Est-ce que les gens comprennent ce qu'on entend par sécurité énergétique? Comme je l'ai montré, elle peut signifier beaucoup de choses. Il sera utile de créer un récit qui englobe tous les différents aspects de la sécurité énergétique, et qui ne porte pas uniquement sur une situation qui n'a pas été définie nécessairement par l'expérience canadienne, mais par l'expérience des États-Unis, et qui signifie autre chose. C'est un premier point.

Également, je sais que les chiffres sont importants dans le domaine de l'énergie, mais les histoires le sont tout autant. Nous ne devons pas nous contenter de chiffres, qui peuvent cacher beaucoup de choses, mais trouver des moyens d'intégrer également les histoires et les récits sur l'énergie au Canada qui proviennent de personnes et d'endroits différents. Le dernier point que j'aimerais soulever, c'est qu'il faut veiller à ne pas faire peser la responsabilité sur l'individu. C'est si facile de rappeler aux gens qu'il suffit de perdre moins de ceci ou moins de cela. Mais c'est plus important de comprendre que, oui, nous avons des droits individuels à l'énergie, mais c'est une responsabilité commune.

C'est une responsabilité collective. Ce n'est pas l'inverse. Ce n'est pas une responsabilité individuelle, mais un droit collectif. Et c'est parfois ce qui manque. C'est si facile de demander aux gens de faire certaines choses. Un dernier point que beaucoup d'entre nous, du domaine de l'histoire de l'énergie – je pense à ma collègue Ruth Sandwell de Toronto. Nous sommes si éloignés de l'énergie, contrairement à nos ancêtres des 17e, 18e et 19e siècles, nous ne comprenons pas vraiment ce qu'il y a derrière le fait d'actionner ou non cet interrupteur. C'est pourquoi la connaissance de l'énergie est également importante.

Je fais cet exercice avec mes étudiantes, où je leur demande de tenir un journal de leur consommation d'énergie pendant une semaine. Et ce qui en ressort, c'est la quantité de choses qu'ils ou elles ne regardent même pas. Nous devons créer un discours sur la sécurité énergétique plus inclusif, mais accessible à tout le monde, et investir davantage dans l'éducation des Canadiennes, pour créer une culture de l'énergie. Il faut essayer d'équilibrer les chiffres par des histoires et des récits, et s'éloigner de l'idée que c'est à l'individu de remédier à ce genre de problèmes.

Isaac Gielen : Génial. Je vous remercie toutes les deux. Ce sont beaucoup de précieux conseils pour nos fonctionnaires. En parlant d'histoires d'énergie, Petra et Mylène, les femmes ont une relation unique avec l'énergie au Canada. La pauvreté énergétique les touche de manière disproportionnée et, historiquement, les femmes ont joué un rôle unique dans l'histoire de l'énergie au Canada. Une question pour vous deux. En quoi les récits énergétiques des femmes diffèrent-ils du récit dominant que nous entendons généralement?

[00:51:48 Mylène Riva lève la main à l'écran.]

Oui, Mylène, je vous en prie.

Mylène Riva : Oui. Une belle histoire. Dans les études que nous menons sur la pauvreté énergétique, en discutant avec des personnes au Québec, en Nouvelle-Écosse, en Alberta et dans différents endroits du pays, c'est l'idée des soins et de la fourniture de soins qui a été évoquée. Nous nous y attendions, mais pas autant. Comment l'énergie est essentielle pour fournir des soins, mais aussi pour en recevoir. Et les soins peuvent englober le fait de s'occuper d'une conjointe malade, d'enfants ou de personnes âgées. Il peut s'agir de recevoir des soins. Les soins qui sont reçus à la maison. C'est un discours que nous ne voyons pas encore beaucoup au Canada, mais certaines études scientifiques sur la pauvreté énergétique se sont penchées sur la réalité des femmes. Cette question des soins. Et ce qui m'a ouvert les yeux, ce sont les entretiens que nous avons menés à Bridgewater.

L'une de mes étudiantes en doctorat, Laurianne Debanné, a effectué un entretien et je l'ai fait venir par avion pendant un ouragan. Elle est arrivée à Bridgewater, c'était il y a quelques années. Ce n'était pas Fiona. C'était le gros ouragan d'après, dont le nom m'échappe. Elle a dû aller dans un refuge. Plusieurs personnes ont dû aller dans un refuge. Elle a donc dû adapter l'entretien. Elle a commencé à aider et à parler avec les gens. Et les gens lui disaient : « Quand les vents violents soufflent et que les tempêtes éclatent, si ma mère est sous dialyse ou si mon mari a besoin que la température à l'intérieur de la maison soit maintenue à un certain degré en raison de son état de santé, ces événements climatiques créent un stress important ».

Il s'agit d'une intersection. Je pourrais parler d'autres dimensions qui ont une incidence sur la santé des femmes. Mais pour moi et pour nous dans notre groupe, c'était un fait surprenant, parce que c'est apparu beaucoup plus souvent, disons, que ce que nous avions prévu, et en particulier en relation avec le changement climatique. C'est une question que nous allons explorer un peu plus en profondeur.

Isaac Gielen : Génial. Merci, Mylène. Petra, avez-vous quelque chose à ajouter à cette question?

Petra Dolata : Oui. De mon point de vue, qui est basé beaucoup plus sur l'analyse historique des systèmes énergétiques, le plus gros problème est que pendant longtemps, l'histoire de l'énergie a été guidée par cet intérêt particulier pour les grands innovateurs, les hommes blancs de la classe moyenne qui innovent, ou par l'histoire du pétrole et du gaz, l'histoire du charbon. Au sein de ce système énergétique, il s'agissait toujours de ces sources d'énergie. L'une des choses qui manquent, et nous en connaissons un bon exemple, est l'introduction de l'électricité. Nous pensons à Edison, à Westinghouse et peut-être à Tesla, et à tout l'incroyable travail que ces entreprises ont accompli.

Mais l'adoption et la diffusion de cette technologie ont souvent été le fait des femmes, car ce sont elles qui décidaient si l'électricité allait entrer dans leurs maisons, quel éclairage les maisons de la classe moyenne utiliseraient. Il y avait même une composante esthétique. Abigail Harrison Moore, une collègue britannique qui est historienne de l'art, s'est penchée sur les livres que les femmes de l'époque victorienne écrivaient sur la manière de décorer leur maison. Il s'agit en grande partie d'adopter ou de ne pas adopter, par exemple, l'électricité.

Et très souvent, nous avons supprimé cette partie. Et jusqu'à aujourd'hui, au quotidien, une grande partie des décisions qui tournent autour de l'utilisation ou non de l'énergie sont prises par des femmes. Mais nous ne le considérons tout simplement pas de la même manière que nous nous intéressons à l'histoire du pétrole et du gaz et aux gens qui ont découvert ou inventé les choses en premier. C'est une partie. L'autre partie, et ma collègue Sheena Wilson de l'Université de l'Alberta le souligne toujours, comme d'autres chercheurs et chercheuses, c'est que ce sont les femmes et les personnes racisées qui sont les plus touchées par le changement climatique.

C'est surprenant que dans le débat sur la transition énergétique, nous considérions qu'il s'agit d'un problème technologique. Il suffit de trouver une solution technologique, et elle nous rappelle que toute solution technologique reproduira le même type de désavantages liés à l'exclusion que ceux que nous connaissons. C'est pourquoi je pense qu'il est temps de réintégrer les femmes, les communautés racisées et les communautés autochtones dans ces histoires. C'est réellement ce dont nous avons besoin.

Je sais que la question se pose de savoir comment réécrire le volet sur la sécurité énergétique. D'une manière générale, il s'agit encore une fois d'éduquer les Canadiennes sur la signification des systèmes énergétiques en tant que systèmes sociaux et pas seulement technologiques. C'est surprenant de constater le peu d'écrits historiques sur le Canada et l'énergie. Peut-être parce qu'il y en a tellement ici, peut-être que c'est la raison, mais c'est vraiment surprenant de le constater.

Isaac Gielen : Merci, Petra. C'est vraiment génial. Nous recevons d'autres questions de l'auditoire. Je voulais encourager les membres de notre auditoire à continuer à les soumettre. Cliquez sur la fonction de clavardage dans le coin supérieur droit de votre écran, et nous allons répondre à ces questions dans un instant. Mais d'abord, je voulais vous demander à toutes les deux. Les combustibles fossiles fournissent une énergie fiable, même si elle est imparfaite, à certaines des communautés les plus vulnérables du Canada. Je pense aux personnes qui vivent dans le nord et qui ne sont pas raccordées au réseau électrique. Ma question est la suivante : « Comment le Canada peut-il réduire ses émissions de gaz à effet de serre sans menacer sa sécurité énergétique? » Je ne sais pas qui veut répondre en premier.

Petra Dolata : Je pense que si je connaissais la réponse, je ne serais pas professeure ici à Calgary. J'aurais assurément une position beaucoup plus influente. C'est précisément la question à un million de dollars. Mais je voudrais également mettre en garde contre le fait de penser que c'est le principal défi que nous devons relever. Quand nous parlons des communautés isolées, qui sont souvent des communautés autochtones dans le nord. Le premier défi que nous devons relever, c'est le processus. La souveraineté énergétique qui exige que nous laissions aux communautés le soin de prendre cette décision. Et si la communauté décide de continuer à utiliser les combustibles fossiles, nous devrons peut-être respecter cette décision et l'aider à choisir le mode d'utilisation le plus durable.

C'est l'une des choses que je mentionne toujours d'emblée. Ce n'est pas à nous de prendre la décision pour ces communautés et il y a plusieurs options possibles. Même si l'on considère certains combustibles fossiles susceptibles d'être exploités dans le nord, ce n'est pas nécessairement ce qui approvisionne la communauté. Ils sont encore alimentés par du diesel expédié ou stocké. Je travaille avec la communauté de Norman Wells dans la région du Sahtu. Et c'est quelque chose qui les touche vraiment. Je n'ai pas la réponse. Mais je crois que quiconque travaille sur la réponse doit penser de manière beaucoup plus large et en termes de processus sociaux avant même d'envisager la forme que pourrait prendre la politique.

Nous nous trouvons actuellement à un moment crucial au Canada, parce que les dernières discussions sur l'infrastructure nous amènent à revoir les questions de processus. Qui s'assoit à la table? Qui participe réellement à la prise de ces décisions? Ce n'est que si les communautés sont d'accord que l'on peut continuer avec ces technologies. Cette idée selon laquelle nous créons une technologie, nous la présentons à la communauté en espérant qu'elle l'acceptera, l'acceptation sociale de la technologie, a montré à maintes reprises, en particulier dans l'histoire, que ça ne fonctionne pas.

Comment pouvons-nous améliorer et uniformiser le processus de création de technologies en intégrant la société dès le premier jour? Je précise que la société et les communautés ne sont pas des intervenants, parce que lorsque nous parlons des intervenants, nous avons déjà décidé qui a un intérêt dans cette affaire et qui n'en a pas. Il s'agit d'une décision qui ne reflète peut-être pas très bien les personnes touchées. Je sais que je ne réponds pas à votre question, mais je crois qu'il y a des questions qui sont beaucoup plus importantes avant d'en arriver là. Et oui, si quelqu'un ici a la réponse, je pense qu'elle vaut un milliard ou plus.

Mylène Riva : Je n'ai certainement pas la réponse à cette question. Mais j'aimerais illustrer par un exemple la manière dont nous devons nous adresser aux communautés qui ne sont pas raccordées au réseau. Elles savent ce dont elles ont besoin, elles doivent être présentes à la table et elles doivent mener la discussion. Il y a quelques années, le Québec a adopté une loi qui rend désormais illégale l'utilisation de chaudières à mazout pour chauffer les maisons. Le gaz naturel est encore accepté. Le chauffage électrique est le principal mode de chauffage domestique au Québec. Il n'y a donc plus de chaudière à mazout. Au Nunavik, la région inuite du nord du Québec, les 14 communautés ont toutes une chaudière à mazout à l'intérieur de leur maison.

Ce que la décision du Québec signifie, c'est que les pièces ne sont plus disponibles si l'entretien doit être effectué. Les gens n'ont pas la formation. Les travaux d'entretien étaient déjà un problème bien avant, mais ils sont devenus encore plus complexes. Les Inuits, les Métis, les communautés des Premières Nations, les femmes, les communautés racisées, les nouveaux arrivants, tout le monde doit être présent autour de la table pour que nous puissions élaborer une politique très bien intentionnée qui aura des effets inattendus.

Isaac Gielen : C'est tout à fait vrai. Je vous remercie toutes les deux d'avoir abordé ces questions importantes. Nous allons maintenant nous tourner vers les membres de l'auditoire qui ont soumis des questions. La première question que nous aborderons est la suivante : « Selon vos points de vue respectifs, quelle est la plus grande idée fausse sur la sécurité énergétique ou la pauvreté énergétique qui façonne encore le débat public aujourd'hui? »

Mylène Riva : Puis-je commencer, pour parler de la pauvreté énergétique? Et Petra, je vous laisse parler de la sécurité énergétique. Pour nous, il s'agit toujours de justifier que la pauvreté énergétique n'est pas une question de faibles revenus, ou qu'elle n'est pas uniquement une question de faibles revenus. C'est pourquoi, au Québec, nous utilisons le terme « précarité énergétique » et nous essayons d'introduire cette terminologie dans le travail que nous effectuons à l'échelle canadienne. La précarité énergétique est également utilisée dans d'autres administrations. La pauvreté énergétique est toujours la terminologie qui prévaut, mais il y a toujours beaucoup d'explications à donner pour dire que ce n'est pas seulement une question de faibles revenus. Si tout le monde bénéficiait d'un revenu minimum de base du jour au lendemain, les gens auraient toujours du mal à accéder aux services énergétiques dont ils ont besoin et à se les payer. C'est une approche à plusieurs composantes qui est nécessaire.

Isaac Gielen : Merci, Mylène. Petra, avez-vous quelque chose à ajouter?

Petra Dolata : Oui. De mon point de vue, l'une des idées fausses qui découlent de son origine, c'est qu'elle est tellement liée à une conception géopolitique et stratégique de la disponibilité. Ça signifie qu'il s'agit en réalité de la sécurité de l'État. Il s'agit de la nécessité de sécuriser le Canada en tant qu'État-nation au sein d'un système énergétique international. C'est pourquoi c'est si difficile de voir que la pauvreté énergétique en fait tout autant partie intégrante. Les gens pensent à tort qu'il s'agit de pétrole et de disponibilité, alors que ça peut signifier beaucoup de choses différentes. L'idée fausse, c'est que ça ne signifie qu'une chose, alors que ça peut couvrir tellement d'autres choses. C'est la nature même de l'idée de sécurité.

Et ça me surprend toujours, parce que le Canada est le seul pays qui a vraiment mis en avant, dans les années 90, l'agenda de la sécurité humaine. Mais maintenant, le fait de passer de la sécurité énergétique, telle que je l'ai décrite comme un concept géopolitique et stratégique, à la pauvreté énergétique, c'est s'éloigner de l'État et de la sécurité collective, qui sont très vagues pour nous en tant qu'individus, en tant que citoyennes, à quelque chose qui concerne la sécurité individuelle en termes d'énergie. Selon moi, c'est toujours l'une des plus grandes idées fausses. La raison pour laquelle elle persiste est qu'elle peut aussi être très facilement utilisée comme rhétorique.

Je vis dans une province où l'on comprend pourquoi la sécurité énergétique est utilisée comme rhétorique, pour parler de l'importance de continuer à produire du pétrole parce que nous avons besoin d'être sûrs de notre approvisionnement en pétrole. Mais ensuite, les choses deviennent plus complexes. La question est de savoir où va ce pétrole. Ce pétrole soutient-il vraiment le Canada? Ou soutient-il le Canada parce qu'il fournit de l'énergie? Ou soutient-il le Canada parce qu'il fournit des revenus? Il s'agit là de questions beaucoup plus complexes qui sont encapsulées. Il s'agit là de quelques idées fausses. Et ça dépend aussi du domaine dans lequel on en parle.

Si l'on prend le point de vue du domaine politique de l'énergie, qui recoupe tant de domaines différents et qui, selon l'endroit où l'on se trouve, si l'on s'implique davantage dans les affaires étrangères, il sera très différent de celui d'Affaires autochtones et du Nord. Et ça pourrait s'avérer important de les réunir, de comprendre qu'ils sont liés. Et parfois, on ne peut pas tout avoir et il y a aussi des conséquences involontaires quand on regarde l'histoire des transitions énergétiques.

Isaac Gielen : Très bien. Je vais poursuivre avec une autre question que nous avons reçue, à propos des conversations sur l'accessibilité de l'énergie et la sécurité énergétique nationale. Ce sont des conversations qui se déroulent souvent en vase clos. Comment mieux relier ces deux conversations?

Petra Dolata : Je vais commencer, puisque je viens de terminer. Nous devons mieux comprendre, ou ouvrir cette boîte noire qu'est la sécurité énergétique nationale. Qu'est-ce que ça signifie? De qui s'agit-il et qu'est-ce que ça implique? Ça nous aiderait déjà beaucoup, parce que d'une certaine manière, et c'est la raison pour laquelle j'étudie l'histoire du concept, tout le monde semble se dire : « Oui, la sécurité énergétique », et tout le monde pense savoir ce que ça signifie.

Une fois que l'on commence à en parler, on se rend compte que ça signifie des choses très différentes pour des personnes très différentes. Je suis allemande. Je suis originaire d'Allemagne et je peux vous dire que la discussion sur la sécurité énergétique a une signification très différente de celle qu'elle a au Canada. Ce serait extrêmement utile d'ouvrir cette boîte noire de la sécurité énergétique du Canada. Ce serait beaucoup plus facile d'intégrer les idées de pauvreté énergétique dans cette discussion. Parce qu'en tant que nation démocratique, vous devez vous demander à qui est destinée cette énergie, si je parle de sécurité énergétique nationale.

Mylène Riva : Et à cela, j'ajouterais…

Isaac Gielen : Merci beaucoup, Petra.

Mylène Riva : Désolée.

Isaac Gielen : Poursuivez s'il vous plaît, Mylène.

Mylène Riva : Oui. J'apporterai différentes perspectives disciplinaires à la discussion. La transition énergétique est sociale, elle est politique. Elle est également économique parce qu'elle est politique. La technologie est là, mais elle est sociale. Nous ne pouvons pas avoir ces discussions dans une salle avec des ingénieures et des personnes du secteur du pétrole et du gaz, de l'électricité et de l'énergie. Nous avons besoin de perspectives différentes. Nous avons besoin de différents secteurs de gouvernements fédéraux. Nous avons besoin de provinces, de territoires et de différents groupes représentatifs.

Nous devons adopter une approche très inclusive dans ces discussions et reconnaître, comprendre et écouter. L'écoute est très importante. Être prête à entendre des choses que nous ne nous attendions pas à entendre ou des positions qui sont différentes des nôtres, parce que nous venons de secteurs différents. Mais ce n'est qu'en travaillant ensemble, en brisant les cloisons, que nous pourrons nous attaquer à la pauvreté énergétique ou à la sécurité énergétique.

Isaac Gielen : Très bien. Oui, c'est intéressant. Lorsque je vous ai rencontrées pour la première fois, quand je concevais cette série, quelqu'un a mentionné qu'il s'agirait d'un événement sur la sécurité énergétique et la pauvreté énergétique. Et vous avez toutes les deux répondu que ça pouvait signifier beaucoup de choses différentes. Et nous avons eu une discussion sur le sujet. Je crois que ça répond à la question. Je repense à notre premier événement de cette série : Comparer les contextes énergétiques internationaux. Une conférencière, Christine Wörlen, originaire d'Allemagne, a parlé de la sécurité énergétique, du fait que nous dépendons depuis si longtemps de la Russie pour notre approvisionnement en gaz naturel. Aujourd'hui, on nous décourage de le faire. Qu'est-ce que ça signifie pour notre sécurité énergétique? C'est une conversation intéressante.

Petra Dolata : Puis-je ajouter un point sur ce sujet?

Isaac Gielen : S'il vous plaît.

Petra Dolata : Le Canada se trouve dans une position délicate ici, parce qu'un producteur d'énergie qui doit en même temps s'attaquer à la décarbonisation, aux objectifs de zéro net, se trouve dans une position différente de celle de l'Allemagne, par exemple. Parce que c'est une industrie qui créera également des emplois et générera des revenus. Ce n'est pas une position enviable pour un gouvernement fédéral qui sait que l'énergie est une compétence provinciale. Le climat est une compétence fédérale. Elle génère des revenus et des emplois que d'autres pays auxquels nous comparons le Canada n'ont pas. Je suis tout à fait consciente du défi que ça représente, en particulier sur le plan de la politique publique, lorsqu'il s'agit de trouver un équilibre entre ces différents objectifs pour différentes bases politiques et économiques.

Isaac Gielen : C'est tout à fait vrai. Et Mylène, vous avez parlé un peu de la nécessité d'avoir ces différentes perspectives à la table. Vous avez toutes les deux parlé de l'importance que les sciences humaines peuvent jouer dans les conversations sur l'énergie. Je crois que ça correspond bien à l'une des questions posées par notre auditoire. Quels sont les points de départ prometteurs pour une collaboration entre les chercheurs et chercheuses et nous, la fonction publique fédérale, sur ces questions?

Mylène Riva : Je peux répondre. J'ai d'autres exemples que je n'ai pas mentionnés, mais notre étude à Bridgewater est financée initialement par Infrastructure Canada, qui est maintenant Logement, Infrastructures et Collectivités Canada. C'est ce ministère qui a manifesté un intérêt pour le travail que nous faisions. Bridgewater a également remporté le prix de 5 millions du Défi des villes intelligentes. Notre projet consiste à évaluer l'incidence du projet des villes intelligentes sur la santé et le bien-être. Mais il y a plusieurs points d'intersection. J'ai discuté avec différents secteurs du gouvernement fédéral, notamment avec des collègues de RNCan, au sujet de la pauvreté énergétique et de la manière dont nous devrions la mesurer.

Lorsque je fais des recherches, j'aime travailler avec les responsables des politiques pour m'assurer que les questions que je pose sont utiles. Les résultats pourraient servir à orienter les pratiques et les politiques. Il y a différentes façons de travailler et de faire de la recherche. Je parle du point de vue d'une chercheuse, bien sûr, mais je trouve qu'il y a tellement de liens qui peuvent se créer entre le milieu universitaire et le gouvernement fédéral quand on parle d'énergie. Il s'agit simplement d'avoir l'Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, LICC, RNCan, le CNRC, Environnement et Changement climatique Canada, et probablement beaucoup d'autres, Services aux Autochtones Canada, tous ces différents secteurs réunis autour d'une même table. C'est un défi, mais c'est possible. C'est en train de se produire.

Il y a quelques semaines, la Conférence canadienne sur l'équité énergétique domestique a été organisée à Ottawa par Efficacité énergétique Canada. Énormément de personnes du gouvernement fédéral étaient présentes. RNCan était présent en grand nombre. Il y a des intersections possibles et l'événement d'aujourd'hui est une excellente occasion de le faire. Il nous met en contact. Vous nous connaissez maintenant. N'hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions.

Isaac Gielen : Merveilleux. Merci. Petra, avez-vous quelque chose à ajouter?

Petra Dolata : Oui. Je répondrais à cette question de deux manières. Tout d'abord, notre université a vraiment soutenu les programmes de recherche transdisciplinaire, et c'est une chose que nous devons voir plus souvent. Nous voyons déjà comment les trois organismes de financement soutiennent ces projets qui ne se contentent pas d'une simple interdisciplinarité, où l'historienne que je suis peut travailler avec une politologue ou avec des ingénieures. La transdisciplinarité signifie aussi l'inclusion de la communauté. Nous devons changer la façon dont nous, chercheurs et chercheuses, et peut-être aussi toute autre personne, intégrons toute personne impliquée dans ce domaine dès le début d'un projet de recherche.

En réfléchissant davantage à la nature de la recherche transdisciplinaire. Comment la soutenir? J'ai un exemple. Je fais partie d'une initiative qui s'appelle « CanCO2Re ». Elle est soutenue à la fois par RNCan et par ECCC, et porte sur les technologies d'élimination du carbone. J'y ai été invitée en tant qu'historienne. On y a également invité un spécialiste des sciences sociales. Ça s'est avéré très utile pour aborder précisément les sujets dont je vous ai parlé aujourd'hui. Mais j'ajouterais que c'est un défi, et le défi ne réside pas tant dans le manque de volonté. Tout le monde comprend que c'est vraiment important, et que nous sommes également concernées. Le problème se situe au niveau de nos disciplines.

Nous avons été formés de manières tellement différentes en ce qui concerne ce qui constitue une preuve, ce qui est équitable et comment parler de mes recherches? Les sciences humaines sont réellement une discipline d'interprétation. Il n'y a pas de oui ou de non, de vrai ou de faux. Il s'agit plutôt de savoir si je peux étayer mes propos par des preuves. Nous sommes les personnes dans la salle qui demandent où est la nuance, et je sais que mes collègues détestent ça parfois. Ce doit être complexe, parce que bien évidemment, c'est plus facile pour moi en tant qu'historienne de me prononcer parce que je ne regarde que le passé. Si je suis impliquée dans la discussion sur ce que nous devrions faire, je serai beaucoup plus hésitante, mais c'est nécessaire.

Nous avons besoin d'une orientation en matière de décision politique. De manière générale, les choses évoluent dans le bon sens, mais nous devons peut-être aussi changer de manière beaucoup plus profonde notre façon d'envisager cette collaboration. Je serais suffisamment confiante pour travailler avec quelqu'un qui utilise des méthodes très différentes pour parvenir à des résultats de recherche ou même pour les partager. C'est une chose que j'espère voir, et que j'ai vue, si les fonctionnaires sont mobilisées dans cette voie, qu'ils ou elles insistent réellement pour y arriver et disent : « Nous devons en faire davantage dans ce domaine pour comprendre l'analyse qui est faite dans d'autres disciplines », ce qui, même si c'est le défi le plus important, prend énormément de temps. Et pour la plupart d'entre nous, c'est ce dont nous avons le moins.

Mylène Riva : Je vais poursuivre sur cette voie, parce que ça prend vraiment énormément de temps et que pour arriver à parler un langage commun, il faut du temps et du dévouement. À McGill, nous avons le Centre Énergie McGill. Moi-même, Darin Barney des études de la communication et Eric McCalla en chimie, nous participons à un projet intitulé « Just Storage ». Nous nous intéressons à la justice dans les technologies de stockage, principalement sur les batteries ion sodium. Ça fait un an et nous avons toujours de la difficulté à nous comprendre malgré des réunions fréquentes. Ça prend du temps. Ça ne se fera pas du jour au lendemain.

Nous devons faire de la place pour ces interactions. Et c'est intéressant, Isaac, je ne veux pas vous mettre sous les projecteurs, mais vous avez dit que les sciences humaines s'adressaient à Petra et moi, mais je ne viens pas des sciences humaines. Je suis une spécialiste des sciences sociales. Les sciences humaines et sociales ont une approche très différente de la manière dont elles étudient les choses. J'expliquais à un ingénieur qui fait partie de notre discussion sur le projet que je peux comprendre beaucoup plus facilement, dans une certaine mesure, mon collègue chimiste qui travaille en laboratoire, parce que son approche de l'étude empirique est semblable à la mienne quand je fais une enquête sur les données ou que je pose plein de questions à des gens et que j'analyse ensuite les données.

Le simple fait de comprendre ces différences disciplinaires prend beaucoup de temps. Plusieurs subventions soutiennent la recherche transdisciplinaire. Et souvent, des personnes des sciences humaines et sociales sont invitées à participer à ces importantes subventions. Souvent, un maximum de 20, 25, voire 30 % du financement peut aller aux sciences sociales et humaines. La majeure partie du financement est consacrée à la recherche en sciences naturelles et en ingénierie. Nous devons réfléchir attentivement à la manière dont nous voulons participer aux discussions transdisciplinaires, pour intégrer tous les types de connaissances, qu'elles soient occidentales, issues des trois conseils de recherche ou autochtones. Nous devons accorder la même valeur à chaque connaissance et ça prend du temps.

Isaac Gielen : Très bien dit, Dre Riva. Nous devons retenir de cette conversation que la sécurité énergétique et la pauvreté énergétique sont du ressort d'un grand nombre de personnes qui travaillent au sein du gouvernement fédéral. Il ne s'agit pas seulement d'une discussion au sein de RNCan. Elle concerne la santé publique, la politique étrangère, le logement et nous avons ici de nombreuses personnes qui travaillent dans toutes sortes de ministères différents et sur des dossiers différents. J'espère que notre auditoire gardera à l'esprit les considérations qui les concernent, même si l'énergie n'est pas leur principale préoccupation. Ceci étant dit, nous arrivons au terme de cet événement. C'est ce qui conclut la discussion d'aujourd'hui.

Je tiens à remercier l'équipe organisatrice de l'École de la fonction publique du Canada et, bien sûr, nos excellentes panélistes d'aujourd'hui, les docteures Petra Dolata et Mylène Riva, d'avoir pris part à cette importante conversation. J'aimerais également vous remercier, vous, notre auditoire, d'avoir soumis ces questions et d'avoir contribué à faciliter cette discussion importante. Si vous souhaitez en savoir plus sur le rôle clé que joue l'énergie au Canada et sur les défis et occasions énergétiques auxquels nous sommes confrontés, surveillez le site Web de l'école pour les prochains événements et produits de notre série sur l'exploration de l'énergie au Canada. Merci d'avoir été avec nous et bonne journée.

[01:24:10 Le logo animé de l'EFPC apparaît à l'écran.]

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