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Série L'avenir de la démocratie : La polarisation politique au Canada (FON1-V21)

Description

Cet enregistrement d'événement porte sur les recherches menées par l'Université de Toronto au sujet de la polarisation politique au Canada, de ses causes et de ses répercussions ainsi que des stratégies que les personnes chargées d'élaborer des politiques et les citoyens devraient considérer pour favoriser la dépolarisation.

(Consultez la transcription pour le contenu en français.)

Durée : 01:32:59
Publié : 4 novembre 2022
Type : Vidéo

Événement : Série L'avenir de la démocratie : La polarisation politique au Canada


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Série L'avenir de la démocratie : La polarisation politique au Canada

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Transcription : Série L'avenir de la démocratie : La polarisation politique au Canada

[Le logo de l'EFPC s'affiche à l'écran.]

[La vidéo montre une vue rapprochée animée d'une toile d'araignée. Une musique dramatique joue en arrière-plan. Au fur et à mesure que la vidéo progresse, la toile couvre tous les continents sur une carte de la Terre.

Le texte suivant s'affiche à l'écran : Canada School of Public Service; École de la fonction publique du Canada; And University of Toronto's Munk School of Global Affairs and Public Policy; Et l'École Munk des affaires internationales et des politiques publiques à l'Université de Toronto; Present Future of Democracy Series; Présente la série L'avenir de la démocratie; The State of Political Polarization in Canada; La polarisation politique au Canada.]

[Aiesha Zafa apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : Bonjour à tout le monde et bienvenue. Je m'appelle Aiesha Zafa, je suis membre du personnel enseignant de l'École de la fonction publique du Canada, et j'ai le plaisir de modérer la séance d'aujourd'hui de notre série sur L'avenir de la démocratie. Je vous parle de Burlington, en Ontario, une terre qui fait partie des terres visées par un traité sur le territoire des Mississaugas de Credit. Ces terres sont riches de l'histoire et des traditions modernes de nombreuses Premières Nations et des Métis, et elles s'étendent du lac Ontario à l'Escarpement du Niagara. Je voudrais également reconnaître la terre sur laquelle je suis née et j'ai grandi, où j'ai rencontré de nombreux Autochtones et où j'ai fait l'expérience de leurs traditions en grandissant. Cependant, ce n'est que lorsque je me suis jointe à la fonction publique que j'ai vraiment compris l'importance de ces terres, l'histoire du Canada et des peuples autochtones, et la réconciliation. La terre sur laquelle je suis née était un territoire traditionnel des Bisset, connu sous le nom de Thompson, au Manitoba. Et si je suis née à Thompson et que je vis actuellement à Burlington, en Ontario, vous vous trouvez peut-être sur une terre ou un territoire différent, et je vous encourage vraiment à en apprendre davantage sur les terres traditionnelles des peuples autochtones au Canada.

Au cours des 90 prochaines minutes, nous allons nous concentrer sur l'état de la polarisation politique au Canada, un sujet extrêmement d'actualité et important, auquel je suis sûre que beaucoup d'entre nous ont réfléchi au cours des dernières années. Il s'agit du deuxième événement de notre nouvelle série sur l'Avenir de la démocratie, après la première discussion sur la manière dont les gouvernements peuvent relever les défis futurs dans ce domaine. Avant de plonger dans le cœur du sujet, je veux m'assurer que, comme toujours, vous avez la meilleure expérience possible en vous joignant à nous aujourd'hui. J'ai donc quelques conseils pour vous. L'événement d'aujourd'hui sera en anglais, avec des services d'interprétation simultanée et CART. Donc le sous-titrage en temps réel est disponible si vous en avez besoin, et si vous le souhaitez, vous pouvez suivre dans la langue de votre choix. Pour accéder à ces fonctionnalités, cliquez simplement sur l'une des icônes directement à partir de l'interface de webdiffusion, ou vous pouvez consulter le courriel de rappel qui vous a été envoyé par l'École, et les instructions s'y trouvent. Pour optimiser votre expérience de visionnage, nous vous recommandons également de vous déconnecter de votre réseau privé virtuel si vous y êtes actuellement connecté, ou d'utiliser un appareil personnel pour pouvoir regarder la séance. Si vous rencontrez des problèmes techniques, voici une bonne vieille astuce informatique : il suffit de fermer et de relancer le lien de webdiffusion qui vous est fourni, cela fait généralement l'affaire. Pendant l'événement, vous pouvez également soumettre vos questions à tout moment en appuyant sur l'icône de la main levée, qui se trouve dans le coin supérieur droit de votre écran. Nous avons prévu du temps pour une période de questions et réponses, et il y aura beaucoup d'information vraiment intéressante, je suis sûre que vous avez des questions, alors assurez-vous de les soumettre lorsqu'elles vous viennent à l'esprit et je ferai de mon mieux pour les chercher pour vous.

Alors attaquons, parce qu'il y a beaucoup de choses dont nous pouvons parler. Nous allons commencer aujourd'hui par une présentation d'Eric Merkley, professeur adjoint de sciences politiques au Département de sciences politiques de l'Université de Toronto. Il va nous faire part de ses recherches qui se concentrent en gros sur les relations entre le comportement des élites, les médias d'information et l'opinion publique, en particulier en ce qui concerne les questions de consensus d'experts ou scientifique. Pensez à tout ce qui s'est passé au cours des deux premières années de la pandémie. Il travaille également actuellement sur un livre, que j'ai vraiment hâte de lire lorsqu'il sortira, parce qu'il portera sur la polarisation politique au Canada. Quelque chose dont je sais que beaucoup d'entre vous ont probablement parlé avec leurs amis ou collègues ou à table, et en examinant les données et en faisant des recherches sur ce sujet, ce qui n'a jamais vraiment été fait auparavant. Nous sommes tous vraiment, vraiment impatients d'en savoir plus à ce sujet. Alors sans plus tarder, bienvenue à Eric et merci de vous joindre à nous aujourd'hui.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Bonjour. Je m'appelle Eric Merkley et je suis professeur adjoint de sciences politiques à l'Université de Toronto. C'est un plaisir d'être invité ici pour vous parler de l'état de la polarisation politique au Canada, qui, à mon avis, est un sujet extrêmement important et qui tombe à point nommé, car on a le sentiment tenace que les choses ont changé au cours de la dernière décennie.

[La vidéo montre des coupures de titres de journaux [traduction] : « Bienvenue dans l'américanisation de la politique canadienne. »; Les choses s'effondrent aux États-Unis – et le Canada se regarde attentivement dans le miroir; « Donald Trump a déclenché une sombre politique en Amérique. Cela pourrait-il arriver au Canada? »; « Qu'est-il arrivé à la célèbre quête d'équilibre des Canadiens? »; « L'appétit des Canadiens pour l'action climatique augmente, mais soyez conscient de la polarisation »]

Eric Merkley : Certaines personnes ont sonné l'alarme sur la polarisation croissante. Par exemple, Akaash Maharaj, chef de la direction du Mosaic Institute, note que « Le milieu modéré a largement disparu. De plus en plus, le discours politique sert à inciter à la colère contre les opposants et à instaurer la peur d'élire un autre parti. » Et Susan Delacourt du Toronto Star écrit que « Les gens sont absolument convaincus qu'ils ont raison, et que tous les autres, ont absolument tort. Le milieu est l'endroit le plus effrayant dans la politique canadienne ». De nombreux autres experts ont fait allusion à des thèmes similaires et je ne me contente pas de sélectionner des anecdotes utiles, j'ai téléchargé des articles axés sur la polarisation dans les trois grands journaux.

[La vidéo montre un graphique, l'axe x montre le nombre d'articles sur la polarisation, l'axe y montre les années, de 1980 à 2018.]

[TEXTE À L'ÉCRAN : [traduction] Les 3 grands journaux : le National Post; le Globe and Mail; le Toronto Star]

Eric Merkley : Ce graphique ici sur l'écran nous montre qu'il y a eu une forte augmentation de ce sujet au cours de la dernière décennie. Et un fil conducteur dans tous ces récits est la croyance que les Canadiens pourraient se polariser, tout comme les Américains. Pendant le reste de cet exposé, je veux analyser cela. La population canadienne est-elle polarisée? Est-ce que nous nous polarisons au fil du temps? Et si oui, quelles sont les conséquences de ce phénomène, et que pouvons-nous y faire? Je présenterai huit constatations liées à ces questions pendant le reste de cet exposé. La première constatation sur laquelle je veux attirer l'attention est que les gens qui soutiennent des partis politiques détestent de plus en plus les partis et leurs partisans qui sont leurs opposés idéologiques. C'est-à-dire, par exemple, que les conservateurs détestent de plus en plus le NPD et le Parti libéral, et vice versa pour les partisans du NPD et du Parti libéral. C'est ce que les spécialistes appellent la polarisation affective.

[La vidéo montre un graphique, décrit par le narrateur.]

Eric Merkley : Et nous pouvons le voir au Canada en utilisant des « thermomètres du sentiment ». C'est là que nous demandons aux répondants au sondage quels sont leur sentiment (chaud ou froid) envers les partis politiques sur des échelles de zéro à cent. Vous le trouverez dans l'Étude électorale canadienne. Je vais beaucoup l'utiliser au cours de cette présentation, parce que c'est la meilleure étude universitaire qui nous permette d'observer les changements dans l'opinion publique canadienne au fil du temps. Ce graphique à l'écran tracera la note moyenne du thermomètre de sentiment sur une échelle de zéro à cent pour son propre parti que l'on soutient et le parti idéologiquement opposé. Par exemple, pour les partisans du Parti libéral et du NPD, ce serait le Parti conservateur, et vice versa. Au fil des élections, qui sont sur l'axe x, et comme vous pouvez le voir ici, nous avons constaté une baisse constante du sentiment des gens envers les partis opposés, ainsi qu'une chaleur croissante envers le parti qu'ils soutiennent. Et il est important de noter qu'il s'agit d'un processus à très long terme. Cela ne se limite pas aux années Harper et Trudeau, ni à l'ère des médias sociaux. Cela dure depuis des décennies.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Une cause potentielle de cette hostilité croissante entre les partis, cela m'amène à la constatation numéro deux. Il s'avère que les partisans du NPD et du Parti libéral, d'une part, et les conservateurs, d'autre part, sont de plus en plus en désaccord sur le rôle approprié du gouvernement dans l'économie et dans la vie sociale. Autrement dit, ils deviennent différents sur le plan idéologique. Et c'est ce que nous avons tendance à appeler la polarisation partisane. Vous pouvez également évaluer ce phénomène à l'aide de l'Étude électorale canadienne.

[La vidéo montre un graphique, décrit par le narrateur.]

Eric Merkley : Ici, j'utilise une question qui demande à nos répondants au sondage où ils se placeraient sur une échelle de zéro à dix de gauche à droite. Ici, je calcule une statistique qui nous indique la différence des réponses à cette question entre deux paires de partis, disons les libéraux et les conservateurs. Une valeur de un signifie que les deux partis sont parfaitement différents l'un de l'autre, et une valeur de zéro signifie qu'ils se chevauchent parfaitement. Et nous devrions nous attendre à voir une tendance à la hausse de cette statistique s'il y avait une polarisation croissante entre deux partis. Et c'est exactement ce que nous voyons. Les différences idéologiques entre les libéraux et les conservateurs ont augmenté de plus de cent pour cent depuis 1997. Les conservateurs et les néo-démocrates sont également devenus plus différents, mais ils étaient déjà assez différents au départ. Et en même temps, les libéraux et les néo-démocrates ont convergé au fil du temps dans leurs convictions idéologiques, ce qui se traduit par cette tendance à la baisse que nous voyons sur le graphique.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkel : Mais, et c'est un gros mais, il y a trois mises en garde importantes à cette analyse de polarisation. Premièrement, les Canadiens ne deviennent pas plus extrêmes dans leurs croyances. Attendez, je viens de dire que les croyances idéologiques des conservateurs d'une part, et des libéraux et des néo-démocrates d'autre part, divergent.

N'est-ce pas un signe que les Canadiens se portent aux extrêmes? Il est important de noter que ce n'est pas nécessairement le cas. Il y a beaucoup de Canadiens qui ne s'identifient pas à des partis politiques. Et les gens pourraient changer leurs loyautés partisanes pour mieux correspondre à leurs opinions idéologiques préexistantes, plutôt que de changer ces opinions elles-mêmes pour devenir plus extrêmes.

[La vidéo montre un graphique, décrit par le narrateur.]

Eric Merkley : J'utilise donc des échelles d'auto-positionnement idéologique de zéro à dix, cette mesure que je viens d'utiliser, tirée de l'Étude électorale canadienne. Ici, je calcule quelque chose appelé coefficient de bimodalité. Cela nous dira si les gens commencent à se regrouper aux extrêmes de cette échelle de zéro à dix. 0,55 sur cette échelle est le seuil de bimodalité, et cela va de zéro à un. Et ce que nous voyons, c'est qu'il y a très peu de déplacement dans le temps. Si vous plissez fortement les yeux, vous pouvez peut-être voir sur le graphique une dépolarisation initiale qui s'est inversée depuis 2008. Mais les faibles chiffres indiquent également une distribution très unimodale. Et ce que je veux dire par là, c'est que les Canadiens se regroupent au centre de cette échelle de zéro à dix. Ce sont des modérés. Il n'y a aucune preuve de la croissance de l'extrême gauche ou droite.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : La deuxième grande mise en garde à l'analyse de la polarisation concerne l'une des caractéristiques les plus notables de la polarisation américaine. C'est que les électeurs républicains et démocrates sont devenus de plus en plus socialement distincts. Les blancs évangéliques à revenu élevé se sont regroupés dans le parti républicain; les minorités racisées non religieuses et à faible revenu se sont tournées vers le parti démocrate. Ces différences ne concernent pas seulement la politique ou l'idéologie, il s'agit de quelque chose d'encore plus fondamental que cela. Et c'est un processus connu sous le nom de polarisation sociale. Alors, quelle est l'histoire ici au Canada?

[La vidéo montre une liste de corrélations, décrite par le narrateur.]

Eric Merkley : Ici, j'ai utilisé des données recueillies dans le cadre d'un projet de démocratie numérique de 2019. Ce que j'ai demandé aux répondants de faire, c'est d'indiquer les différents groupes sociaux auxquels ils appartiennent et l'importance de ces groupes pour leur sentiment d'identité. Tels que : leur région de résidence; leur classe; leur race; etc. Et j'ai examiné la corrélation entre ces identités sociales et l'intensité du soutien d'une personne à un parti politique donné. Et ce que l'on constate, c'est que, dans l'ensemble, les corrélations entre identités sociales et identités partisanes sont, en moyenne, assez faibles à l'exception de la région de résidence. Et elles sont beaucoup plus faibles que ce que nous voyons aux États-Unis. C'est donc une bonne nouvelle.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Enfin, la dernière mise en garde sur laquelle je veux attirer l'attention est que nous pensons en fait que nous sommes beaucoup plus polarisés que ce n'est le cas en réalité. Nous avons tendance à adhérer aux stéréotypes exagérés des partis politiques. Nous pensons que les conservateurs, par exemple, sont beaucoup plus riches, évangéliques et de droite, qu'ils ne le sont en réalité. Nous pensons que les partisans du NPD et du Parti libéral sont plus racisés et cosmopolites qu'ils ne le sont en réalité.

[La vidéo montre un graphique, décrit par le narrateur.]

Eric Merkley : Dans les sondages du Projet de démocratie numérique, j'ai demandé aux répondants de donner leur meilleure estimation de la proportion de partisans conservateurs, néo-démocrates et libéraux qui sont membres de certains groupes sociaux. Ces groupes peuvent être stéréotypés. Par exemple, les évangéliques sont associés au parti conservateur. Ces groupes peuvent également être contre-stéréotypés. Les minorités visibles, par exemple, ne sont généralement pas associées aux conservateurs.

Le graphique que je vais vous montrer ici va nous indiquer l'erreur nette dans les évaluations des gens. Et ce qu'il montre effectivement, c'est que des valeurs plus élevées indiquent que les gens surestiment la part de partisans d'un groupe stéréotypé donné, par rapport à leur estimation du même groupe contre-stéréotypé. Donc, juste à titre d'exemple, dans quelle mesure les gens exagèrent-ils la prévalence des conservateurs évangéliques par rapport à leur estimation des évangéliques néo-démocrates et libéraux? Et nous voyons des preuves considérables de préjugés dans tous les groupes. Les gens exagèrent la part des partisans d'un parti dans un groupe stéréotypé d'environ 10 points de pourcentage en moyenne. Ce sont de très grandes différences, bien que loin d'être aussi marquées que ce que nous avons observé aux États-Unis. Donc, pour récapituler : oui, il y a une certaine polarisation au Canada. Les partisans se détestent de plus en plus et sont de moins en moins d'accord les uns avec les autres, mais nous ne devenons pas plus extrêmes et nous ne sommes pas aussi polarisés par la race, la religion ou la classe sociale que les Américains. Enfin, et c'est aussi problématique, nous pensons que nous sommes plus polarisés que nous ne le sommes réellement, et ces perceptions erronées comptent en soi.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Cette discussion m'amène donc à la deuxième partie de cet exposé. Eh bien, pourquoi est-ce important? Si nous nous polarisons, pourquoi devrions-nous nous en soucier? Les recherches aux États-Unis ont relevé un certain nombre de conséquences sociales, cognitives et démocratiques de la polarisation. Je vais consacrer un peu de temps à évaluer l'ampleur de quelques-uns de ces problèmes au Canada, mais il reste encore beaucoup de travail à faire sur tous ces problèmes dans notre pays. Jusqu'à présent, la plupart des recherches sont effectuées aux États-Unis.

Une préoccupation qui a été soulevée au sujet de la polarisation est qu'elle peut conduire à l'aliénation sociale. Et cela est impliqué par la polarisation affective. Si vous n'aimez vraiment pas vos adversaires politiques, vous ne risquez pas de communiquer avec eux dans votre vie quotidienne. Cela pourrait saper la confiance sociale et la cohésion sociale, qui sont le fondement d'une économie de marché saine et d'une vie démocratique. Ce serait donc un gros problème.

[La vidéo montre un graphique, décrit par le narrateur.]

Eric Merkley : Dans les sondages du Projet de démocratie numérique, j'ai mesuré la volonté des gens d'avoir des partisans des partis adverses comme amis, voisins ou beaux-parents. À partir de cela, je construis un indice d'aliénation sociale, où cent est le niveau maximum d'aliénation, donc une autre échelle de zéro à cent. Et nous pouvons voir cette aliénation envers les partisans des partis adverses. Cela rivalise avec les sentiments que les gens ont envers les musulmans. Mais sur cet indice, c'est encore relativement faible, environ 27 sur une échelle de zéro à cent. Donc, plus proche de zéro, là où il n'y a pas d'aliénation sociale, que de cent. Et ces résultats sont plus mitigés que ce que nous voyons aux États-Unis. Par exemple, 24 % des Canadiens seraient mécontents dans une certaine mesure du fait qu'un partisan d'un parti adverse soit un membre de sa belle-famille, comparativement à plus de 40 % des Américains.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Et cela a des conséquences sur les relations que nous poursuivons.

Une autre chose que les chercheurs américains ont découverte est une tendance frappante à l'homogénéité politique dans les relations amoureuses. Et cela est problématique, car cela pourrait reproduire la polarisation à travers les générations lorsque les enfants sont socialisés politiquement dans des familles de plus en plus homogènes.

[La vidéo montre les données de l'expérience décrite par le narrateur.]

Eric Merkley : J'ai mené une expérience où j'ai donné aux répondants une série de profils de rencontres de personnes hypothétiques. Et dans ces profils, des attributs comme les opinions politiques et la religion ont été randomisés. Cela me permet donc de dire lesquels de ces facteurs sont importants pour façonner les décisions des gens. On leur a demandé leur volonté de répondre aux messages, d'envoyer un message, de sortir ou de nouer une amitié avec les personnes présentées dans ces profils. Alors, la politique comptait-elle? Il s'avère que oui, et cela compte au même niveau que l'alignement sur la religion, ou l'alignement sur l'éducation, ce qui est frappant. Mais il y a de bonnes nouvelles ici. Le fait d'avoir un partisan d'un parti adverse sur un profil n'avait pas d'importance en moyenne.

Les gens étaient attirés par des personnes du même bord politique qu'eux, ils n'étaient pas nécessairement repoussés par ceux du bord opposé. Et une analyse plus approfondie a montré que ce n'est vraiment qu'un petit segment de personnes qui sont intensément hostiles aux partis opposés là où cela importait. C'est donc généralement une bonne nouvelle. La polarisation peut façonner la volonté des gens de nouer des relations sociales avec des opposants politiques, mais elle n'est pas aussi extrême ici qu'aux États-Unis.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Il y a aussi les conséquences cognitives de la polarisation. Tout d'abord, ce qu'on appelle l'exposition sélective. Vous avez probablement déjà entendu cela, les gens ont tendance à choisir des informations ou des sources d'information comme les nouvelles qui soutiennent leurs propres opinions politiques et leur vision du monde. Et pire encore, les gens pourraient s'emmitoufler dans des chambres d'écho qui les protègent des informations qui les mettent mal à l'aise. Alors que l'importance de ces identités augmente avec la polarisation, l'importance de l'exposition sélective augmente également.

[La vidéo montre les données de l'expérience décrite par le narrateur.]

Eric Merkley : Je peux mettre cela en lumière avec une expérience dans le Projet de démocratie numérique. Dans ce cas, j'ai fourni aux gens quatre paires de profils de nouvelles hypothétiques. On leur demande de choisir une nouvelle qu'ils aimeraient lire. Dans ces profils, j'ai randomisé la source afin que certains reçoivent un grand média d'information national comme CBC ou CTV. Certains ont obtenu une source d'information locale, et d'autres ont obtenu des informations partisanes, de gauche ou de droite, par exemple Rebel Media. J'ai également randomisé la source des titres de l'actualité. Certains étaient orientés à droite; certains étaient orientés à gauche.

[La vidéo montre une série de graphiques, décrite par le narrateur.]

 Eric Merkley : Ce graphique ici sur l'écran nous montrera la proportion de personnes sélectionnant une nouvelle à différents niveaux de partisanerie le long de l'axe X. Si les gens sélectionnent des titres de l'actualité alignés sur leur partisanerie, nous devrions voir une ligne descendante en rouge pour les titres orientés à gauche et une ligne ascendante en bleu pour les titres orientés à droite. Et c'est ce que nous voyons.

Donc, parmi les fervents partisans du Parti libéral ou du NPD, 57 % des répondants devraient choisir le titre orienté à gauche, comparativement à 46 % des répondants pour les fervents partisans du Parti conservateur. Mais il convient de noter que ces effets sont de taille assez modeste. Et il y a encore de meilleures nouvelles de cette expérience. Il n'y a aucun engagement sélectif envers des sources d'information partisanes. Ce graphique ici tracera la part de personnes sélectionnant les nouvelles nationales, les nouvelles nationales commençant à gauche, puis les nouvelles locales et les nouvelles orientées à gauche ou à droite. Les partisans du Parti libéral et du NPD seront en rouge et les conservateurs en bleu. Et des valeurs plus élevées signifient que les gens sont plus susceptibles de sélectionner cette source. Et ce que nous voyons, c'est que les nouvelles des principaux médias d'information nationaux sont plus susceptibles d'être sélectionnées que les sites d'information partisans par les deux groupes de fervents partisans. Et en fait, les gens ne font guère de distinction entre les sources d'information orientées en leur faveur ou contre. Et c'est ainsi que les conservateurs sont tout aussi peu susceptibles de sélectionner une source de droite, par rapport à une source de gauche par rapport aux principales nouvelles nationales.

Donc, c'est un peu un paradoxe. Pourquoi nos répondants ne montrent-ils pas un certain attrait pour les nouvelles partisanes? Nous voyons cela se produire aux États-Unis, pourquoi n'est-ce pas le cas ici? C'est probablement un mélange de deux facteurs. Premièrement, ces sources sont moins connues. Les gens ne savent pas nécessairement ce qu'est Rebel News, par exemple, et il y a moins de confiance dans les nouvelles partisanes par rapport aux nouvelles principales. Il y a des preuves de ces deux choses dans les données de sondage.

Mais la grande conséquence de cela, et sur laquelle je veux vraiment attirer votre attention, c'est qu'en conséquence, la taille des auditoires des médias partisans au Canada est extrêmement petite. En 2019, nous avons suivi le comportement de recherche en ligne d'un échantillon de Canadiens au cours de deux semaines pendant l'élection. Et dans cet échantillon d'environ 750 personnes, seules sept personnes ont visité Rebel News à un moment donné pendant deux semaines. Deux personnes ont visité The Post Millennial, personne n'a visité rebel.ca, comparativement à 33 % qui ont visité CBC Radio Canada. La très grande majorité des Canadiens ne consomment aucune information partisane. Et ce résultat se confirme même lorsque l'on inclut des sources américaines comme Fox News.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Donc, en bref, les gens préfèrent les informations politiques qui soutiennent leurs opinions politiques. Cela ne devrait pas nous surprendre, mais les effets sont faibles. Et jusqu'à présent, l'environnement médiatique du Canada n'a pas vraiment répondu à cette demande. Et nous pourrions nous inquiéter de l'existence de chambres d'écho, mais elles n'existent fonctionnellement à aucun niveau au Canada, malgré une polarisation croissante. Et enfin, sans aucun doute, la plus grande préoccupation soulevée à propos de la polarisation est sa toxicité pour la démocratie elle-même. Si les citoyens sont de plus en plus en désaccord et détestent de plus en plus leurs opposants politiques, les situations de conflit politique montent en flèche. La politique devient plus qu'un simple débat sur une politique fiscale insensée, par exemple, mais porte sur les institutions, les règles et les normes,

Et les gens pourraient être moins disposés à concéder la défaite politique dans ce genre de contexte. Nous voyons cette dynamique se transformer en violence politique aux États-Unis, mais heureusement, rien ne prouve jusqu'à présent que ce soit un problème au Canada.

[La vidéo montre une série de graphiques, décrite par le narrateur.]

Eric Merkley : Personnellement, je n'ai pas encore travaillé dans ce domaine, alors je tiens à remercier l'Environics Institute de surveiller ces problèmes au Canada et aux États-Unis. Ce graphique à l'écran montre le pourcentage de Canadiens, dans ce panneau de gauche, qui sont satisfaits du processus démocratique à différents niveaux d'idéologie. Et contrairement aux États-Unis, nous ne voyons pas de gouffre croissant de satisfaction à l'égard du processus démocratique qui varie selon les résultats des élections. Le graphique suivant montre la même chose pour le pourcentage de personnes qui ont une grande confiance dans les élections. Et encore une fois, contrairement aux États-Unis, il existe des différences minimes entre la gauche et la droite. Ils sont globalement satisfaits du processus démocratique et ont confiance dans le résultat de nos élections.

En bref, les Canadiens ne sont pas nécessairement disposés à s'isoler socialement de leurs adversaires politiques, même en pleine polarisation. Bien que nous puissions préférer des nouvelles politiquement alignées qui soutiennent nos opinions politiques, ils ne se sont pas vraiment détournés des principales sources d'informations et le consensus qui transcende le sectarisme politique sur les questions liées à la démocratie demeure. Ce sont toutes de très bonnes nouvelles. Nous nous polarisons, mais peut-être que les conséquences que beaucoup de gens craignent sont tout simplement absentes.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Mais cela ne veut pas dire que ce sera toujours vrai. Les États-Unis se sont dirigés vers une polarisation de plus en plus destructrice en un laps de temps remarquablement court. Alors, y a-t-il quelque chose que nous puissions faire à ce sujet? Malheureusement, je suis plus du genre à cerner les problèmes qu'à trouver les solutions à ce stade de ma carrière. Et je crains qu'il n'y ait pas de baguette magique qui puisse être agitée pour dépolariser les Canadiens. Et je pense que c'est vrai, parce que la responsabilité repose principalement sur nos partis politiques.

La polarisation partisane et affective est probablement la conséquence du fait que nos principaux partis deviennent plus idéologiques au fil du temps. Nous voyons que les libéraux se sont déplacés vers la gauche et les conservateurs vers la droite, ce qui a laissé le centre vacant, selon le contenu des plates-formes des partis mesuré par les universitaires. Donc, le discours et les politiques chargés d'idéologie ne passent pas inaperçus auprès des Canadiens. Cela a des conséquences, cela les polarise.

Et il est également possible que les médias sociaux exacerbent davantage les conflits politiques, bien qu'ils ne soient pas une cause de polarisation en soi. Ils peuvent le faire en permettant aux gens d'entendre plus facilement des points de vue qui renforcent leurs propres croyances, mais probablement plus important encore, ils exposent les gens au contenu très incendiaire venant de l'autre côté. Nous avons donc besoin d'une plus grande transparence dans les algorithmes de recommandation sur les plateformes de médias sociaux, d'un meilleur accès pour les universitaires pour étudier ces choses. Et des changements sont nécessaires pour réduire la viralité des contenus provocateurs qui se propagent à la vitesse de la lumière sur les médias sociaux.

Et la plupart de cela n'est pas engendré par des robots, même si nous aimons les désigner comme le croquemitaine. Les médias sociaux ne sont pas seulement problématiques en raison de la diffusion de fausses informations. Ils ont également des conséquences en matière de polarisation, même lorsque des informations factuelles sont diffusées. En fin de compte, je suis assez sceptique quant aux perspectives de la dépolarisation. C'est un défi de taille. Je pense qu'il pourrait être plus pratique de se concentrer sur la réduction des défis associés à la polarisation.

D'une part, comme je l'ai dit plus tôt, les gens pensent que nous sommes plus polarisés que nous ne le sommes réellement. Les médias d'information sont presque certainement la principale source de ces perceptions erronées. Les journalistes et les rédacteurs en chef ont des incitations commerciales à exagérer les conflits politiques. Nous avons donc vraiment besoin de plus de réflexion de la part des journalistes sur la manière dont ils peuvent couvrir la politique de manière responsable. Nous devons réfléchir attentivement à la façon dont nous parlons de la polarisation, car rien qu'en en parlant, nous pourrions accroître la perception qu'il s'agit d'un problème.

Nous faisons également un très mauvais travail pour préparer les enfants, les citoyens, à être des acteurs responsables de la démocratie. Cela pourrait signifier développer des compétences en éducation aux médias pour renforcer la résilience à la désinformation sur les espaces en ligne, pour renforcer la confiance et les principales sources d'informations en éduquant les gens sur ce que font exactement les journalistes. Nous pourrions apprendre aux enfants à s'engager dans un dialogue politique sain et constructif. Nous avons des travaux en sciences politiques, par exemple, qui montrent qu'un dialogue respectueux qui transcende le sectarisme politique dépolarise. Je pense donc que la normalisation de ces types d'interactions est extrêmement importante.

Nous pouvons également faire prendre conscience aux gens de leurs propres œillères politiques, de leur tendance à préférer les informations qui étayent leurs propres convictions à s'engager dans un raisonnement motivé. C'est l'acceptation ou le rejet sélectif d'informations basé sur leur adéquation avec ses opinions politiques. Il est également très important de sensibiliser les gens à ces biais cognitifs.

Et enfin, nous devons adapter les stratégies de communication à une ère polarisée. Je pense que dans de nombreux domaines différents, il est vraiment important de créer des domaines de consensus qui transcendent le sectarisme politique. Je pense aux changements climatiques, par exemple. Et cela signifie que nous devons déterminer ceux que l'on n'arrive pas à convaincre sur une certaine question et trouver des moyens de combler ce fossé. Et cela peut être simple, nous ne devons pas trop réfléchir, cela peut être aussi simple que d'établir des relations avec des messagers de confiance dans des communautés ciblées. Nous pouvons faire valoir des arguments compatibles avec les valeurs des gens. En d'autres termes, nous devons rencontrer les gens sur leur terrain, et confronter respectueusement leurs convictions et essayer de les persuader de ce point de vue.

La polarisation n'est pas non plus nécessairement une mauvaise chose, et je veux nous laisser sur cette réflexion. La politique devrait être un combat d'idées et de valeurs où des personnes raisonnables peuvent être en désaccord. Mais nous pouvons gérer les mauvaises conséquences potentielles de cette polarisation. Nous pouvons le faire mieux pour rendre le processus plus sain et plus constructif. Donc, merci beaucoup, et j'attends avec impatience la discussion.

[Aiesha Zafa apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : Ouah, Eric! Je ne pense pas que je m'attendais à ça, honnêtement. Il y a beaucoup à réfléchir dans tout ça. Ces deux dernières années, les conversations que nous avons tous eues, encore une fois à table, avec nos amis, ne cadrent pas vraiment avec ce que vous venez de dire. Je veux donc l'analyser un peu plus.

Mais avant d'entrer dans la discussion, je veux rappeler à nos participants que vous pouvez poser des questions. Alors utilisez la fonction de clavardage, soumettez vos questions, et je pourrai les poser à nos conférenciers. L'un d'entre eux que j'aimerais vous présenter maintenant est Scott Matthews. Scott Matthews, qui se joint également à notre groupe d'experts aujourd'hui, est professeur agrégé au Département de sciences politiques de l'Université Memorial de Terre-Neuve. Scott apporte une mine de connaissances dans l'étude des élections, du vote et de l'opinion publique au Canada et aux États-Unis, et examine des choses comme la psychologie de l'apprentissage politique, le rôle de l'incertitude et du soutien aux investissements publics coûteux et comment cela nous touche. Donc, des trucs vraiment intéressants à analyser aussi. Bienvenue, Scott.

Scott Matthews : Merci, Aisha.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : Alors peut-être que je vais m'adresser à vous en premier, parce que je sais que j'ai une tonne de questions, et il y a beaucoup de choses que je veux aborder dans les constatations d'Eric. Mais après ce que vous venez de voir, pouvez-vous nous donner votre avis sur les constatations d'Eric, comment cela se rapporte à certaines des recherches que vous faites, et tout autre point pour commencer, que les décideurs politiques ou les citoyens canadiens ordinaires devraient en fait prendre en compte?

Scott Matthews : Oui, absolument! Je résisterai à l'envie de louer et d'être d'accord avec tout ce qu'Eric a dit, mais c'est il est en fait très difficile pour moi de faire autrement, parce que c'est fondamentalement vrai.

[Scott Matthews apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Scott Matthews : Mais le seul petit éloge que je ferais est qu'il y a quelques années, juste avant la pandémie, c'était mon dernier voyage. J'avais été invité en Colombie-Britannique pour donner une conférence sur la polarisation. Et dans la rédaction de ce discours, j'ai dû en fait m'appuyer presque entièrement sur des preuves provenant des États-Unis. Et les types de dimensions dont Eric parle, j'ai essayé de parler de beaucoup d'entre elles, mais il n'y avait vraiment aucune preuve canadienne, et maintenant nous les avons. Donc, ma principale réaction à ce qu'Eric a fait, et est en train de faire, c'est que c'est vraiment essentiel pour comprendre le Canada, surtout parce qu'il y a de très grandes différences ici.

Autres réactions : Je voulais m'appuyer sur le dernier commentaire d'Eric sur le fait que la polarisation n'est pas une si mauvaise chose. Je suppose que c'est une marque universitaire de vouloir être en désaccord avec tout ce que vous entendez, ou de vouloir être en désaccord avec la moindre sagesse conventionnelle. Mais, il n'y a pas si longtemps, la sagesse conventionnelle au Canada et aux États-Unis à propos des partis était qu'ils étaient trop similaires. Et quand je dis il n'y a pas longtemps, je pense aux années 1980, peut-être un peu avant les années 1980 dans le cas des États-Unis, mais les démocrates et les républicains ont parfois été critiqués comme n'étant que blanc bonnet et bonnet blanc, essentiellement interchangeables et les Américains n'avait pas vraiment le choix. En fait, il y avait un rapport très célèbre parmi les politologues qui a été écrit sur l'absence d'un système de partis responsables et idéologiques, dans les années cinquante je pense, parce que les partis étaient trop similaires, ils n'étaient pas assez polarisés.

Nous avons eu le même genre d'arguments au Canada, et beaucoup plus récents, jusque dans les années 1980. Janine Brodie et Jane Jensen, et quelques universitaires influents de la politique canadienne sont allés jusqu'à suggérer qu'il y avait une sorte de conspiration bourgeoise joignant les libéraux et les conservateurs pour essentiellement clore le débat sur toutes sortes de questions économiques afin de préserver le capitalisme. Nous n'avons pas besoin d'aller aussi loin pour voir que les partis étaient en fait beaucoup plus similaires il n'y a pas si longtemps, et tout le monde n'aimait pas ça. C'est simplement pour renforcer l'idée que la polarisation en tant que différence n'est pas une mauvaise chose en soi, et nous pourrions nous plaindre d'un manque de différences.

La dernière chose que je voulais mentionner pour commencer, qui je pense est vraiment importante et ce qu'Eric a dit, c'est que ce processus de polarisation au Canada est un phénomène à long terme. Et, d'une certaine manière, encore plus à long terme qu'aux États-Unis. C'est en fait dans les années 1990 que le système des partis a explosé. C'est la métaphore que nous utilisons tous, le Parti conservateur s'effondrant et donnant naissance à ces deux options : Le Parti réformiste, plus tard l'Alliance; et le Bloc Québécois. Dans l'ensemble, les Canadiens étaient satisfaits de cette évolution. Tout à coup, ils ont trouvé des partis plus proches d'eux sur le plan idéologique. Cela se reflète dans les données d'Eric, où vous voyez que non seulement les gens trouvent leur parti le moins aimé plus désagréable, mais le parti qu'ils aiment le plus, ils l'aiment plus qu'avant, parce que, peut-être que vous êtes conservateur et que tout à coup vous avez un vrai parti conservateur comme le Parti réformiste.

Le revers de la médaille est que les différences entre les partis ont également poussé les gens à participer à la politique. J'ai fait des travaux là-dessus dans le passé, sur la participation électorale, qui montrent notamment cela, et il y a plusieurs éléments dans cette histoire, mais l'une des choses est que les gens sont devenus moins indifférents aux autres options. Lorsque vous avez deux partis vraiment différents en compétition, cela vaut plus la peine de participer, de s'informer et de voter. C'est l'un des résultats de la polarisation. Voilà donc quelques-uns de mes commentaires pour commencer. Mais en général, je pense que ce qu'Eric présente est vraiment important, et ce sont des leçons importantes pour nous tous.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : Oui, je pense que cela surprend assurément beaucoup de gens. Je vais faire une hypothèse. Vous savez, nous avons plus de 1 500 participants inscrits aujourd'hui à cet événement, et je suis sûre que les gens consultent leur fil Twitter en ce moment, ou leur Instagram, et ils se disent : « La polarisation est claire ici. C'est vrai, j'ai perdu des amis à cause de ça ces deux dernières années ».

Donc, Eric, pour en savoir un peu plus sur votre méthodologie, comment savons-nous que lorsque les gens répondent aux sondages ou si vous posez des questions ou surveillez leur comportement, comment savons-nous qu'ils disent réellement la vérité? Et y a-t-il des raisons pour lesquelles il peut y avoir une sorte d'intentions cachées dans les réponses que vous obtenez? Ou peut-être expliquez-nous un peu votre méthodologie.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Oui, il ne s'agit que d'une méthodologie de sondage de base, qui utilise les études électorales canadiennes. Il s'agit d'une étude menée à chaque élection canadienne. Il y a un sondage pendant la campagne, un sondage post-électoral et un sondage par courrier pour la plupart d'entre elles. Bien qu'il y ait eu récemment quelques changements méthodologiques vers l'échantillonnage de sondage en ligne. En règle générale, la plupart des universitaires se préoccupent des questions qui ont des problèmes de désirabilité sociale. C'est-à-dire qu'il existe une norme dans la société selon laquelle vous êtes censé croire « X », et cela rend les gens plus susceptibles de dire qu'ils croient « X », ou qu'ils se sont comportés d'une certaine manière. Un exemple classique est lorsque nous demandons aux gens s'ils sont allés voter, beaucoup plus de gens disent qu'ils ont voté par rapport à ceux qui ont réellement voté dans les sondages.

Voilà donc un exemple de problème de désirabilité sociale. Dans le contexte de la Covid, certaines études montrent que les gens sont plus susceptibles de dire qu'ils ont adopté des comportements de précaution. Voilà un autre exemple de désirabilité sociale. Ici, nous demandons simplement aux gens de situer leur idéologie sur une échelle de zéro à dix, ou dans mon autre travail, juste leurs attitudes de base, rien de particulièrement incendiaire, juste des questions de base sur le rôle du gouvernement dans la vie sociale et la vie économique. Et nous ne voyons généralement pas de problèmes de désirabilité sociale dans ce genre de questions. Donc, assurément, il y a toujours le problème des répondants aux sondages qui ne prêtent pas particulièrement attention à leurs réponses. Tout le monde n'est pas pleinement motivé au moment de répondre à un sondage. Mais en moyenne, ces réponses ont tendance à disparaître avec une conception de sondage efficace et appropriée. Et c'est pourquoi s'appuyer sur une étude universitaire réalisée avec la meilleure discipline lors de l'élaboration de ce genre de questions, je pense que c'est vraiment important. Donc, je ne pense pas que ces problèmes surviennent avec ce que j'ai montré aujourd'hui.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : Oui. Vous avez mentionné l'idéologie, et je pense que l'une des choses qui m'a vraiment, pas nécessairement choquée, mais qui m'a frappée, c'est quand vous avez mentionné que les différences idéologiques entre les libéraux et les conservateurs ont augmenté de plus de cent pour cent depuis 1997. Et les conservateurs, les néo-démocrates, je pense que vous avez dit qu'ils étaient déjà aux extrémités opposées du spectre, mais à plus de cent pour cent! Et, si c'est l'idéologie qui est à l'origine de cette polarisation, pouvez-vous approfondir cela un peu plus?

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Oui, absolument. Donc, l'argument que j'avance dans mon travail est que le fait que les gens sont de plus en plus en désaccord les uns avec les autres sur des questions fondamentales liées au rôle du gouvernement détermine qui ils aiment et qui ils n'aiment pas. Cela génère cette réponse affective. Et c'est une estimation prudente, ce cent pour cent. Cela dépend de l'indicateur que j'utilise. Dans mon travail, j'ai cette échelle d'auto-placement que je montre. C'est l'estimation la plus prudente. Mais j'utilise aussi les opinions politiques des gens, je sépare ces opinions politiques des opinions économiques et des opinions sociales. Donc, les opinions envers, disons, le mariage homosexuel et l'avortement, ce genre de questions. Et il y a encore plus d'action sur les questions sociales. Donc, sur les questions sociales, la différence entre les libéraux et les conservateurs a augmenté de 270 % au cours de l'étude électorale canadienne. Donc, ce sont de gros chiffres, et il y a aussi un désaccord croissant entre les néo-démocrates et les conservateurs sur ce genre de questions aussi. Ce sont donc de grandes différences, et elles sont probablement les facteurs de la tendance à détester de plus en plus vos adversaires politiques.

Mais cela ne signifie pas nécessairement que les Canadiens deviennent plus extrêmes, et il y a toutes les autres mises en garde dont j'ai parlé. Être en désaccord sur le rôle du gouvernement n'est pas nécessairement une mauvaise chose en soi. Et vous pouvez gérer les conséquences de la polarisation affective de plusieurs façons. Donc, rien de ce que j'ai montré n'est nécessairement mauvais d'une manière importante. Et je suis d'accord avec tout ce que Scott a dit sur les avantages normatifs de la polarisation. Nos institutions, contrairement aux États-Unis, je dirais, sont mieux structurées pour gérer la polarisation lorsqu'elle se produit, pour diverses raisons. Et donc, rien de ce que j'ai montré ne me préoccupe sérieusement.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : Et je pense que c'est une distinction vraiment importante quand on parle de polarisation. Pas toujours une mauvaise chose, mais c'est l'extrême, le fait de devenir de plus en plus extrême dans nos convictions. Et c'est là que je pense que généralement lorsque nous parlons simplement à table, nous mélangeons ces deux choses, ou nous les utilisons de manière interchangeable. Donc, nos convictions ne deviennent pas plus extrêmes. Et ce qui est vraiment important pour les fonctionnaires, et c'est pourquoi j'aime la recherche et les données, et nous avons besoin de données pour pouvoir élaborer de bonnes politiques et présenter des options au gouvernement pour les différentes choses qui se produisent. Mais lorsque nous fondons ces politiques, ces recommandations et ces options sur des hypothèses selon lesquelles nous sommes plus extrêmes dans nos convictions et qu'il existe une énorme polarisation politique, nous ne proposons peut-être pas les bonnes politiques et recommandations.

Donc, ces données nous amènent tous, je pense, à nous asseoir humblement et à dire : bon, nous avons eu ces hypothèses pendant quelques années sur la base de tout ce qui existe, mais maintenant, des recherches et des données ont été réalisées.

Donc, peut-être une dernière question avant de passer à Scott, et de votre côté, Eric et Scott, n'hésitez pas à commenter également, si vous le souhaitez, mais en tant que fonctionnaires fédéraux, en tant que décideurs, si les Canadiens ne deviennent pas de plus en plus extrêmes dans leurs convictions, il y a une polarisation politique, que pouvons-nous apprendre des autres pays où elle s'accroît? Où y a-t-il ce renforcement des convictions, l'extrême dans les convictions et où est-ce que la polarisation s'intensifie? Et peut-être pas tant les États-Unis, parce que je veux aborder les États-Unis dans un instant, mais y a-t-il d'autres pays dont nous pouvons tirer des enseignements en matière d'élaboration de politiques?

Eric Merkley : Oui. Je pense que la leçon ici est surtout pour les politiciens. Les politiciens et les partis politiques établissent la capacité de bâtir des coalitions de personnes qui les soutiendront le jour des élections. Ils le font en adoptant des positions en matière de politiques visant à attirer certains groupes de citoyens. Ils adoptent des positions rhétoriques, même si cela ne se reflète pas nécessairement dans la politique, qui plaisent à certains groupes de citoyens. Ils peuvent choisir qui ils courtisent et qui ils ne courtisent pas. Et au Canada, au fil du temps, il y a eu de plus en plus cette tendance vers la coalition minimale gagnante. Vous motivez votre base et un peu plus simplement pour obtenir le gouvernement majoritaire.

C'est le point de départ. Je pense que les pays où vous voyez que c'est le plus toxique sont ceux où les politiciens expriment des inquiétudes concernant l'identité religieuse et raciale, ce qui inhibe leur capacité à pouvoir atteindre des groupes plus larges de la société.

Et donc, aux États-Unis, vous avez les républicains et les démocrates. En raison des signaux rhétoriques envoyés, notamment par le parti républicain, sur le fait qu'ils se polarisent sur ces dimensions sociales : la race, le revenu, la religion, de sorte que cela dépasse la politique, c'est beaucoup plus fondamental que cela. Et cela fait monter les enjeux des conflits politiques. Cela rend les choses beaucoup plus toxiques.

Et tout cela dépend des élites politiques et des choix qu'elles ont faits. Le parti républicain avait le choix de courtiser les conservateurs raciaux dans l'administration Nixon. Sous Reagan, il avait le choix de courtiser les conservateurs sociaux. Et maintenant, sous Trump, les nationalistes ethniques et les suprématistes blancs à l'extrême, et ils ont eu le choix de qui courtiser.

Et donc c'est la leçon à tirer, et là où nous devrions vraiment nous inquiéter, c'est si les partis politiques commencent à faire ces choix de cette manière. Et je ne pense pas que nous en soyons là ici, et donc il est essentiel d'éviter cela à l'avenir, je pense.

Aiesha Zafa : D'accord. Donc un peu dans la même veine, Scott, et n'hésitez pas à commenter cela, mais même en allant un peu plus loin. Donc, d'après tout ce que nous avons entendu jusqu'à présent, la situation est très différente au Canada que dans d'autres parties du monde, certainement pas comme aux États-Unis ou dans certains pays d'Amérique latine. Nous avons donc découvert qu'il semble que nous ayons plus une différence de politiques qu'une polarité. Les Canadiens se demandent en fait davantage à quel point le gouvernement devrait s'impliquer dans nos vies quotidiennes et nos vies sociales qu'autres choses.

Donc, compte tenu de cela, quel type de stratégies les décideurs peuvent-ils adopter pour que nous puissions vraiment mobiliser les Canadiens et les parties prenantes, et les décisions de politiques où il y a de fortes différences quant à la mesure dans laquelle le gouvernement devrait s'impliquer, puis s'éloigner de cette hypothèse que nous avons ces convictions extrêmes, pour se concentrer vraiment sur ce que les Canadiens pensent vraiment?

Alors, comment pouvons-nous mobiliser davantage les Canadiens? Et Scott, après vous, nous passerons directement à Eric pour des commentaires à ce sujet également.

[Scott Matthews apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Scott Matthews : Eh bien, j'ai quelques réflexions à ce sujet. La première est que, et je pense que cela complète ce qu'Eric a présenté, les faits comptent toujours. Il y a cette idée de plus en plus courante, et cela fait partie de la fausse idée de polarisation dont, je pense, les médias et les universitaires, dans une certaine mesure, sont responsables de la diffusion. Mais il y a cette idée que, fondamentalement, les gens choisissent désormais leurs propres faits. Ils sont tellement absorbés, tellement intoxiqués par, c'est la métaphore qui a été utilisée par des collègues d'Eric et des miens en sciences politiques, ils sont tellement intoxiqués par la partisanerie qu'ils sont totalement imperméables à l'information. Et qu'un ensemble d'arguments doit être préparé pour un groupe, et un ensemble différent pour un autre groupe.

Il est certain que la partisanerie et d'autres identités sociales et attitudes fortes de toutes sortes peuvent interférer avec la capacité des gens à donner un sens rationnel à l'information à laquelle ils sont exposés. Mais ce n'est pas tout. Il y a beaucoup d'information, beaucoup de preuves devrais-je dire, qui montrent que les gens réagissent à l'information, en particulier sur le genre de questions qui ne sont pas si facilement absorbées par un débat partisan. Les choses un peu ambiguës où il y a une diversité de normes morales, où la compréhension est faible, ce sont des choses où la partisanerie a en fait le plus d'influence, change le plus les choses.

Certains de mes propres travaux ont porté sur la manière dont les informations sur l'économie peuvent être une source de convergence des opinions politiques, du moins lorsque les circonstances économiques sont relativement extrêmes. Dans le travail que j'ai fait avec Mark Pickup à l'Université Simon Fraser sur les élections canadiennes, nous trouvons des preuves pas tout à fait cohérentes, mais assez fortement suggestives, qui montrent que lorsque l'économie va particulièrement bien ou particulièrement mal, l'augmentation des reportages sur cette situation économique dans les médias a tendance à rassembler les partisans autour d'une vision commune des circonstances économiques. C'est important, car la plupart du temps, les partisans ne sont pas d'accord sur la situation économique. C'est l'une des grandes choses que les gouvernements sont censés faire. Et donc, les partisans du parti qui n'est pas au gouvernement ont une forte motivation à voir les choses aller plus mal que ceux au gouvernement, et vice versa. Dans des circonstances où les conditions économiques sont plus claires, moins ambiguës, il semble que le fait de disposer de plus d'information puisse rassembler des groupes partisans.

Et juste pour prendre l'exemple américain, il y a une étude similaire antérieure à la nôtre, avec beaucoup plus de données, qui montre cela sur une très longue période de temps dans les attitudes américaines. Donc, l'économie est toujours importante pour les choix politiques, pour la prise de décision lors des élections, et il semble que ce soit un domaine où le fait de disposer de plus d'information peut changer les choses. Et il y a en fait beaucoup de constatations de ce genre.

Donc, je suppose que c'est un point un peu pédant, mais c'est un point important. Ce n'est pas tout ou rien. Tout ne se réduit pas à la partisanerie, et à des gens polarisés dans des camps sociaux divergents, ou à une rationalité totale. La vérité est en fait au milieu. Et je pense que pour le gouvernement, pour les fonctionnaires, l'information compte toujours et donc continuer à faire le genre de choses que font les fonctionnaires, soutenir l'exécutif politique mais aussi à l'échelle ministérielle et dans la fonction de service, je pense toujours que l'expertise en recherche de grande qualité, ce que possède la fonction publique, compte toujours.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Oui. Pour continuer sur ce point, Scott, je suis totalement d'accord, et il y a beaucoup de, même dans le contexte américain, il y a des preuves que des choses comme la vérification des faits sont toujours efficaces que, si vous essayez de corriger les républicains sur les faits, ils vont déplacer leurs attitudes vers l'information factuelle. Même dans le contexte d'une polarisation toxique très élevée, les faits comptent toujours.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Dans la pandémie de Covid-19, la grande majorité des Canadiens font confiance aux experts. La grande majorité des conservateurs font confiance aux experts. La grande majorité des conservateurs vaccinés, doublement vaccinés, ont de hautes opinions à l'égard des experts, sont convaincus par les experts. Et nous avons tendance à perdre de vue ces choses. Donc, les faits comptent toujours, l'expertise compte toujours. Les conservateurs ne s'opposent à rien de tout cela dans une large mesure au Canada. Nous avons tendance à exagérer ces différences à cause, en partie, de ce que nous voyons se passer aux États-Unis.

Il y a aussi le fait que nous sommes probablement tous très engagés politiquement. Il y a beaucoup de gens qui n'accordent pas beaucoup d'importance aux joutes oratoires de la politique. Donc, il y a beaucoup de gens qui ne sont pas tout le temps sur Twitter à être exposés à tout ce contenu, et il y a donc un tout autre monde qui ne reflète probablement pas nos propres cercles sociaux. Ces gens ne sont pas si polarisés que ça. Ils pourraient ne pas s'identifier fortement au parti. Cela fait beaucoup de Canadiens dont il faut également tenir compte pour les politiques et autres. Et partir de l'hypothèse que tout le monde est polarisé, que personne ne peut être convaincu, ne reflète pas la réalité à plusieurs niveaux.

Mais cela étant dit, il y a plus de désaccords dans la politique canadienne qu'auparavant.

Donc, si vous pouviez trouver des moyens de rencontrer les gens sur leur terrain et d'essayer de les convaincre, il y a une différence entre les faits et les valeurs. Certaines questions ont des fondements normatifs où les gens vont être en désaccord et dans ces cas, dire simplement : « Eh bien, les experts disent ceci » ne fonctionnera probablement pas comme vous le pensez. Donc, une certaine sensibilité est requise lorsque des questions basées sur des valeurs normatives sont en jeu, puis avoir un dialogue respectueux et tout cela. Je pense que c'est important pour les partis politiques, pour les fonctionnaires, pour les éducateurs. Dans l'ensemble, c'est quelque chose que nous devons faire mieux.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : D'accord. Alors prenons peut-être cet angle-là. Si nous parlons de leadership politique, et cela joue un rôle crucial dans l'apaisement de certains clivages, y a-t-il des exemples, et je poserai la question à tous les deux, y a-t-il des exemples dans d'autres régions ou d'autres administrations d'initiatives qui ont réellement été efficaces pour favoriser la collaboration qui transcende le sectarisme politique? Parce que, d'après ce que j'entends, si beaucoup de ce que nous croyons ou beaucoup de ce que nous voyons dans les hypothèses que nous formulons, est basé sur les partis politiques et la division entre eux, alors quels exemples existe-t-il pour combler un peu cette division?

Eric Merkley : C'est pour Scott ou pour moi?

Aïcha Zafa : L'un ou l'autre? Vous avez tous les deux l'air d'avoir quelque chose à dire, alors nous allons peut-être commencer par Scott. [Rire].

[Scott Matthews apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Scott Matthews : Donc, en réfléchissant à cette question, j'avoue que je suis ce que je suis. Je suis un politologue orienté vers la psychologie, et je réfléchis à la politique de masse, pas tellement aux dirigeants politiques, je suis préoccupé par la façon dont les citoyens réagissent à ce que les dirigeants politiques expriment. Et donc, ce que j'ai à dire à propos de quelque chose comme ça concerne en fait la façon dont les citoyens pourraient réagir à différentes approches.

L'une des constatations les plus encourageantes que j'ai vues ces dernières années provient d'une étude qui a examiné la différence que cela fait si on dit aux gens qu'il y a un certain chevauchement entre les dirigeants politiques de différents partis ou les différents côtés d'une question. Il y a une étude en particulier, et Eric saura de laquelle je suis en train de parler au moment où je commencerai à la décrire, qui compare essentiellement la sensibilité des gens aux arguments persuasifs sur une question politique dans trois conditions différentes : lorsque ces arguments ne sont pas attribués à une source partisane; lorsque ces arguments sont attribués à des sources partisanes; et lorsque ces arguments sont attribués à ces mêmes sources partisanes, mais on dit aux gens que, par exemple, la plupart des républicains sont de ce côté-ci de la question, mais il y en a quelques-uns de l'autre côté. La chose étonnante à propos de cette recherche, et ils l'ont reproduite avec quelques questions différentes, c'est que les gens étaient aussi sensibles aux arguments dans la condition intermédiaire – il y a quelques personnes de l'autre côté – que lorsqu'aucune information partisane n'était présentée.

Et c'est une leçon pratique, mais qui est liée à une idée plus large sur le plan psychologique, à savoir que l'une des choses qui incite les gens à changer d'avis et à voir le point de vue de l'autre côté, c'est que la politique est essentiellement présentée de manière absolutiste, comme étant tout ou rien, noir ou blanc, par opposition à un espace où des gens raisonnables ne sont pas d'accord, il y a de la place pour la discussion, il y a de la place pour le désaccord, vous n'êtes pas une mauvaise personne. Il se trouve que certaines personnes de mon côté sont d'accord avec les gens de l'autre côté. Ce genre d'interventions est important, parce que les gens veulent, entre autres, sentir que leurs attitudes sont justifiées, qu'elles sont logiques, qu'elles sont compatibles avec la croyance qu'elles sont une bonne personne. Et quand vous créez un environnement qui rend la politique très binaire et que les revendications politiques sont avancées de manière très catégorique, je pense que c'est assez toxique pour la capacité des gens à être ouverts et à dire : « Peut-être que je me trompe là-dessus », ou : « Je ne suis pas d'accord avec vous, mais je ne vous déteste pas. Je ne pense pas que vous soyez une mauvaise personne ». Et donc, je pense que c'est une leçon pour les leaders politiques, et pour tous les Canadiens, que la qualité de la façon dont nous parlons de conflit politique n'est pas seulement quelque chose qui sonne bien, c'est quelque chose qui est manifestement important pour la psychologie de la façon dont les gens peuvent être convaincus et peuvent se rassembler dans la politique et la société sur toute une série de questions.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Oui, et il y a certains attributs des institutions canadiennes qui accentuent ce genre de dynamique de polarisation dans laquelle les élites s'engagent. Vous avez des élections à scrutin uninominal majoritaire à un tour, à un seul gagnant, où les enjeux du conflit augmentent. Et certains chercheurs diraient : eh bien, certaines formes de représentation proportionnelle pourraient être en mesure d'étouffer une partie de cette dynamique. Que ce n'est pas tout ou rien, que vous devez être des partenaires de coalition responsables avec d'autres partis, et donc cela modère le discours et fait baisser la température. Vous pouvez imaginer que pas toutes les formes de relations publiques, mais certaines formes de relations publiques pourraient y contribuer. De toute évidence, vous voudriez avoir des garde-fous pour empêcher les partis vraiment extrêmes d'entrer. Mais cela étant mis à part, et ensuite nous avons une période de questions, toute la notion de structure parlementaire est basée sur l'opposition. Et cela engendre ce genre de conflit, mettre les caméras en marche dans les comités parlementaires, cela permet la démagogie. Donc, il y a toutes ces choses qui ont en fait attisé les choses à Ottawa et dans les assemblées législatives provinciales.

Je ne sais pas ce que l'on peut être pour adoucir ce genre de tendances? Une réforme institutionnelle qui encourage la collaboration, je ne sais pas à quoi cela ressemble vraiment. Mais il y a des caractéristiques inhérentes au système politique canadien qui aiguisent définitivement les choses.

Aiesha Zafa : Oui.

Scott Matthews : C'est en fait, ça a juste sauté, Oh, désolé.

Aiesha Zafa : Non, allez-y. Continuez.

[Scott Matthews apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Scott Matthews : J'allais juste en quelque sorte renforcer ce qu'Eric a dit, ce sont des caractéristiques inhérentes et elles se sont en fait un peu aggravées au cours des 20 dernières années environ, ou aggravées par la fréquence des élections. Vous savez, l'idée de la campagne permanente dans laquelle nous sommes toujours. Les partis sont toujours en mode électoral pour des raisons évidentes. Cela renforce le désir de faire de la démagogie ou rend plus difficile le compromis. Cela rend politiquement plus dangereux de voir l'autre côté des choses. Donc, certaines de ces choses, à une époque de gouvernements minoritaires, cela fait peut-être partie de l'histoire. Je ne dis pas du tout l'histoire se résume à cela, mais je pense que cela fait aussi partie de l'histoire.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : Je pense que ce sont des observations fascinantes et l'une des questions que nous avons reçues, je ne vais pas prendre les questions de l'auditoire pour le moment, mais si vous avez des questions, veuillez les mettre dans le clavardage et nous les poserons bientôt à nos conférenciers.

Mais l'une des questions auxquelles vous venez de répondre était : « Pourquoi y a-t-il une telle déconnexion entre les politiciens et la population? » Et je pense, ce que vous venez de mentionner, cela est en partie institutionnalisé, comme la période des questions. Oui, absolument. C'est très différent de certaines des autres administrations que nous voyons : toujours en mode électoral, le gouvernement minoritaire, « Ici, nous allons de nouveau avoir des élections ». Donc, quels sont les problèmes importants et peut-être polarisants sur lesquels nous devons nous concentrer en tant que Canadiens, ou au fur et à mesure que les élections se déroulent? Donc, quelque chose auquel je ne pense pas avoir vraiment pensé en ces termes.

Donc, quand nous sommes, en tant que fonctionnaires, je suppose que nous-mêmes, ou peut-être pas seulement les fonctionnaires, mais il y a encore beaucoup d'immigration au Canada. Nous avons de nouveaux Canadiens qui arrivent, je ne sais pas ce qu'ils pensent de l'état de la polarisation au Canada avant d'arriver ici, mais que devrions-nous en fait prendre en compte lorsque nous éduquons la nouvelle génération de Canadiens, qu'il s'agisse d'immigrants ou de nos enfants qui sont élevés au Canada, sur ce sujet. Sur quoi devrions-nous nous concentrer lorsqu'il s'agit de polarisation afin qu'ils n'aient pas les mêmes hypothèses que nous, puis peut-être analyser un peu plus profondément ce qui se passe réellement.

Eric Merkley : Je pense que la chose la plus importante, c'est probablement plus pour les enfants que pour les nouveaux immigrants, mais je me souviens de mon cours d'éducation civique en 10e année. Un cours d'un demi-crédit, le professeur a mis ses chaussures sur la table, nous a donné une lecture et c'était tout. C'était le cours d'éducation civique, essentiellement.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Nous devons faire un bien meilleur travail à cet égard. Et, je pense qu'il y a une tendance à dire : « Eh bien, d'accord, si vous voulez éviter la polarisation, vous devez simplement éviter les conflits ». Mais ce n'est pas vraiment sain ou utile. Les gens répriment simplement ce qu'ils pensent, ils en ont du ressentiment. Nous devons autoriser et éduquer les citoyens à avoir des conversations respectueuses qui mettent en évidence les désaccords et permettre une certaine forme d'accommodement à cet égard.

Nous avons des recherches qui indiquent que le dialogue qui transcende le sectarisme politique peut réduire la polarisation affective, faire en sorte que les gens aiment un peu plus l'autre côté. Cela s'explique en partie par le fait que cela réduit probablement cette fausse polarisation dont j'ai parlé, le fait que nous avons tendance à exagérer les croyances au sujet de l'autre côté. Il reste encore du travail à faire à ce sujet. Il y a toutes sortes de mises en garde basées sur la conception, la conception de la recherche, les sujets qui sont discutés et tout ça. Mais il y a là assurément une possibilité d'éduquer les citoyens, les enfants, sur la façon d'avoir ces conversations les uns avec les autres à un stade précoce, ce qui, je pense, peut être très utile.

Et aussi, reconnaître simplement leurs propres biais cognitifs. Tout le monde pense que l'autre côté est biaisé, alors que nous le sommes tous, en raison de nos propres valeurs. Et donc inculquer ce genre de notions dès le début est vraiment important, je pense. Cela ne commence pas avec les enfants, nous pourrions tous utiliser un rappel utile sur certaines de ces questions également, mais je pense que le plus tôt sera le mieux.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : Mais comment faites-vous cela à l'ère des médias sociaux où, et je l'ai déjà dit, même si j'aime penser que je suis très cultivée, et j'ai lu tout un article de presse et j'ai lu une variété de différentes sources, la réalité est que je reçois beaucoup d'informations. Et nous savons comment fonctionnent les algorithmes et tout le reste. Donc, votre vie quotidienne bien remplie, vous avez ces conversations. À la première heure du matin, j'allume mon Google et je dis : « Hé, Google, dis-moi les nouvelles ». Et c'est trois minutes de gros titres à travers le monde, et c'est ce que je vais emporter avec moi pour le reste de ma journée. Donc, les arguments que vous faites valoir Eric sont excellents. Nous devons commencer à avoir ces conversations. J'aime le dialogue qui transcende le sectarisme politique, etc. Mais la réalité est que c'est difficile pour moi, et une partie de mon travail consiste en fait à trouver les nouvelles et ce qui se passe dans le monde. C'est difficile pour moi de faire ça. Alors, comment le Canadien moyen commence-t-il à penser les choses différemment?

[Scott Matthews apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Scott Matthews : [Rires] Je vais intervenir pour dire que oui, je pense que c'est un problème très délicat de réfléchir à la façon de changer notre système médiatique. Notamment parce que nous avons un système de médias libre, une sorte de société commerciale ouverte. Et pas grand-chose de tout cela n'est entre les mains du gouvernement, c'est-à-dire qu'il ne nous appartient pas collectivement d'en faire grand-chose en tant que Canadiens.

Donc, j'aime le sens des suggestions d'Eric sur l'éducation civique. Tout ce que j'ajouterais, c'est que je pense que l'idée que l'éducation civique est la solution à nos maux démocratiques n'a pas une grande réputation en sciences politiques, mais je pense que c'est parce que nous pensons généralement qu'elle est potentiellement un lieu où les gens peuvent en apprendre davantage sur les questions de politique et apprendre à faire de bons choix de vote. Cela n'arrivera jamais.

Mais l'éducation civique comme lieu d'inculcation de valeurs, mais des valeurs de discours civique, des valeurs de démocratie, comme l'ouverture à l'autre. L'importance de présenter des arguments d'une manière que les autres peuvent au moins en principe accepter. Respecter les autres. Donc, ce genre de valeurs de processus pour la politique démocratique. Je ne dis pas qu'il n'y a rien d'autre que l'éducation civique devrait faire, mais cela me semble vraiment important, une sorte de voie à suivre.

Et puis, je pense que ce serait complémentaire avec l'éducation aux médias. Je sais qu'il y a plusieurs ONG, dont une en particulier dont le nom m'échappe totalement, qui travaillent là-dessus en particulier, qui vont dans les écoles et enseignent aux jeunes comment évaluer la crédibilité de l'information qu'ils rencontrent. La lecture latérale et ainsi de suite, ce genre de stratégies, je pense que cela devrait faire partie d'un programme d'éducation civique.

Probablement moins de détails institutionnels, plus de principes et de stratégies démocratiques de base, qui peuvent être appliqués quoi qu'il arrive à l'avenir.

Donc, je pense que c'est l'une des choses que je dirais. Ce n'est pas tant pour les nouveaux [Canadiens]. Comme Eric, je suppose que c'est pour les jeunes, pas tant pour les immigrants. Mon propre point de vue est que beaucoup de personnes qui émigrent au Canada viennent d'endroits qui sont manifestement beaucoup plus polarisés que le Canada. Et donc je pense que nous devrions respecter [rire] le fait qu'ils peuvent avoir des choses à nous apprendre sur ce qui se passe ici, et peut-être aussi des choses qui devraient être changées. Quoi qu'il en soit, c'est une remarque un peu désinvolte, mais quand je pense aux types d'étudiants que je rencontre, la plupart des immigrants que je rencontre aujourd'hui sont des étudiants, des gens qui étudient ici. Je suis un peu frappé de voir à quel point nous avons de la chance. Je sais que c'est un peu banal, mais c'est ma réaction.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : C'est en fait une réaction vraiment, vraiment stimulante, Scott, parce que généralement, en tant que décideurs ou fonctionnaires, lorsque nous allons dehors et que nous faisons notre mobilisation des parties prenantes, nous pensons souvent à qui sont les groupes à qui nous devons parler pour un certain sujet.

Et je ne sais pas, tout d'abord, pour tout dire, je ne sais pas si nous sommes allés dehors et avons fait quoi que ce soit en ce qui concerne la polarisation, mais penser immédiatement à la population immigrante ou aux immigrants récents au Canada, et à leurs opinions sur la politique canadienne et la polarisation politique ne me serait pas venu à l'esprit, mais leurs points de vue seraient vraiment fascinants étant donné qu'ils ont des expériences dans d'autres pays qui sont potentiellement très différentes des nôtres. Donc, assurément quelque chose auquel nous devons tous réfléchir en tant que fonctionnaires sur la question précédente de savoir qui mobilisons-nous et comment mobilisons-nous le public à ce sujet? Ce ne sont pas seulement les gens qui ont nécessairement des alliances avec des partis politiques et qui sont convaincus de la façon dont le gouvernement devrait être et de l'ampleur de son implication dans nos vies. Ce sont les gens qui ont des expériences ailleurs qui peuvent aussi nous aider. Eric, vouliez-vous intervenir? Je vous ai peut-être interrompu.

Eric Merkley : Oui, j'avais un petit point à ajouter à l'argument de Scott sur l'éducation aux médias. Généralement, ces types d'interventions sont principalement utilisés pour lutter contre la désinformation. Mais dans un sens plus large, les compétences en éducation aux médias pourraient également l'être. Il existe un volet de recherche qui indique que toutes les stratégies d'inculcation fonctionnent pour lutter contre la désinformation. Il s'agit essentiellement d'éduquer les gens sur les stratégies que les gens utilisent pour diffuser de fausses nouvelles, comme ce à quoi il faut faire attention, ce sont les stratégies qu'ils utilisent.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : C'est un peu ce que nous devrions rechercher, puis cela les inculque. Donc, ils peuvent voir une fausse nouvelle et se dire : « Oh, je sais comment repérer ça ». Donc, vous pouvez imaginer un analogue pour les médias sociaux. Les jeunes enfants vont être sur les réseaux sociaux, et ils vont être bombardés de contenu très incendiaire, de trucs qui deviennent viraux, de trucs qui aggravent ce conflit politique. Donc, être clair dès le début qu'il s'agit d'une image très déformée de la réalité. Les journalistes peuvent également utiliser cette leçon lorsqu'ils écrivent des articles basés sur une poignée de gazouillis qu'ils rencontrent. Mais inculquer cela tôt aux enfants est important. La recherche a montré que les jeunes ont des niveaux plus élevés d'éducation aux médias, de sorte qu'ils pourraient être en mesure de parcourir plus efficacement l'espace des médias sociaux sans nécessairement être ouvertement influencés par le contenu incendiaire qu'ils voient. J'ai donc bon espoir pour l'avenir et je pense que les choses évoluent dans la bonne direction, mais il est assurément possible d'en faire plus. Il ne s'agit pas seulement de désinformation et de fausses nouvelles, il s'agit également de toute la toxicité qui existe. Cela ne reflète pas la grande majorité du public.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : C'est un point intéressant et je n'irai pas trop loin, parce que je sais que nous voulons répondre aux questions du public, mais vous venez de mentionner que les jeunes pourraient mieux naviguer sur les médias sociaux. Je pense qu'une autre de nos hypothèses est que ce sont eux qui sont aspirés par toute la négativité et les fausses nouvelles qui circulent.

Donc, encore une fois, pour tous mes fonctionnaires, il y en a plus de 1 500 qui nous regardent en ce moment, nous avons une nouvelle génération de fonctionnaires qui arrive et je pense utiliser cette expertise que ces nouveaux fonctionnaires ont juste pour naviguer sur les médias sociaux et où aller pour les sources d'information et la détection de fausses nouvelles, je veux dire, cela serait vraiment fantastique pour nous de pouvoir ensuite savoir ce qui se passe réellement là-bas pendant que nous prenons nos décisions de politiques et formulons nos recommandations? Donc, un autre excellent point, Eric.

Bien. Donc, je pourrais continuer à poser des questions toute la matinée ou l'après-midi selon l'endroit où vous vous trouvez. Je vais m'adresser à l'auditoire, car nous avons un certain nombre de questions qui arrivent. J'en ai regroupé quelques-unes. Les premières concernent, encore une fois, votre méthodologie, Eric, donc des personnes curieuses d'approfondir un peu. Et la première question sur votre méthodologie est de savoir si votre étude inclut ou non des nouvelles ou des informations qui ont été diffusées sur Facebook ou d'autres plateformes de médias sociaux. Et si oui, comment cela influence-t-il en fait les opinions des gens lorsqu'ils répondent.

Eric Merkley : Donc, je ne sais pas à quelle partie de la myriade de constatations que j'ai présentées cela fait référence? Pouvez vous répéter la question?

Aiesha Zafa : L'étude inclut-elle des nouvelles ou des informations qui ont été diffusées sur Facebook ou d'autres plateformes de médias sociaux, et comment cela influence-t-il les opinions des gens?

Eric Merkley : Donc, certaines des données sur lesquelles je m'appuie proviennent du Projet de démocratie numérique et une partie de ce projet a également fait une recherche sur les médias sociaux comme Facebook, Twitter, tout un tas de plateformes différentes au cours de cette élection.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Et donc s'il y a une petite différence dans les constatations, c'est qu'il y a un peu plus de comportement de type chambre d'écho en matière de ce à quoi les gens prêtent attention sur Twitter. Donc, qui ils suivent, de qui ils partagent les gazouillis. Tout cela a tendance à être plus homogène que la sélection globale des nouvelles par les gens. Donc, je suppose que c'est là que les données des médias sociaux sont utiles, c'est une mise en garde.

Toutefois pas une tendance écrasante. Les gens sont, je pense pour des raisons de viralité et tout ça, ils sont exposés aux voix de l'autre côté sur les médias sociaux, pas les voix qui seront les plus constructives, mais ils y sont néanmoins exposés. Mais c'est une différence clé, je pense.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : Et pouvez-vous parler de la représentativité ou de la diversité des participants au sein des ensembles de données et des réponses, et avez-vous remarqué des différences entre ces participants ou ces réponses liées aux origines raciales ou à d'autres types de facteurs d'identification?

Eric Merkley : Malheureusement, l'une des principales limites de l'Étude électorale canadienne. C'est une excellente enquête. Elle est représentative de la population canadienne en général.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Mais certaines des questions sur lesquelles je dois m'appuyer proviennent de l'enquête par courrier, simplement en raison de la façon dont les chercheurs ont structuré l'enquête au début. Donc, une fois que vous arrivez à un échantillon d'environ 800 répondants, si vous voulez déterminer la part des minorités visibles qui en font partie, vous faites en fait un découpage de l'échantillon. Et donc, malheureusement, avec les données qui existent actuellement et pour les questions que j'utilise, il n'est en fait pas possible d'examiner les modèles avec des détails aussi fins. Ce serait très intéressant à voir. Et c'est vrai surtout depuis 1993, le pourcentage de répondants appartenant à des minorités ethniques et raciales a augmenté avec le temps. Mais à partir du début de cette série, c'est assez petit. Donc, malheureusement, il n'est pas possible d'avoir un découpage aussi fin pour évaluer cela.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Cela dit, l'EEC s'oriente maintenant vers de gros échantillons en ligne, il y a donc un compromis dont je suis heureux de parler, mais ce genre de préoccupations sera moins problématique à l'avenir. Mais malheureusement, si vous êtes intéressé par une tendance à long terme, vous devez attendre tout un tas de cycles électoraux pour pouvoir le faire.

Aiesha Zafa : [Affirmative] C'est certainement intéressant, même si je pense que vous avez mentionné que nous pensons que les conservateurs sont plus riches ou qu'ils sont de droite, etc., et nous pensons que les partisans du NPD sont de gauche et racisés, et peut-être que ce n'est pas le cas. Il serait donc fascinant de corréler les deux ou de les mettre ensemble.

Eric Merkley : Oui, c'est assurément vrai. Ces tendances sont modestes, mais elles existent quand même. Nous avons des perceptions exagérées sur ces dimensions. Et un point crucial que je n'ai pas complètement abordé dans la présentation est que ces perceptions sont également un corrélat important de l'intensité avec laquelle les gens détestent l'autre côté. Et cela tient compte des différences en matière de politiques, des différences idéologiques, de toutes ces sortes de choses. Donc, ces perceptions pourraient avoir une importance en elles-mêmes dans l'intensification de la polarisation affective.

Aiesha Zafa : Intéressant. Intéressant. Nous avons donc quelques questions sur les États-Unis, alors nous pouvons peut-être revenir à cela. Et Scott, je vais commencer avec vous. Donc, que pensez-vous de l'état de polarisation aux États-Unis et comment cela a-t-il une incidence sur la perception du conflit politique au Canada, mais en particulier des situations comme les changements fondamentaux des droits de l'homme dans le sud? Et en lien avec cela, parce que ce sont des questions combinées ou liées, dans quelle mesure ce que nous pensons être la polarisation ici au Canada est-il simplement une hémorragie culturelle de la quantité de contenu américain que nous consommons? Vous grandissez en regardant ces séries américaines, j'ai vécu aux États-Unis pendant deux ans, je me disais : « Ouah, quel choc culturel! », mais quelle part vient du contenu?

Scott Matthews : Je pense que c'est une question/observation très pointue. Je pense que les Canadiens, surtout les Canadiens anglais, sont vraiment immergés dans la culture américaine, et c'est de plus en plus la politique américaine aussi.

[Scott Matthews apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Scott Matthews : J'ai été vraiment frappé ces dernières années, j'utiliserai [rires] la chose habituelle que font les universitaires ou dans mon domaine, c'est-à-dire que ma mère connaît soudainement toutes ces personnalités de la politique américaine. Elle connaît le chef de la majorité ou de la minorité au Sénat qu'elle déteste vraiment. Et elle s'est vraiment investie dans sa course au Sénat en 2020. Je veux dire il y a 10 ans, je suis sûre qu'elle ne l'aurait pas su. Et elle n'est pas totalement indifférente sur le plan politique et c'est une personne très intelligente, mais la politique américaine ne l'intéressait tout simplement pas. Mais maintenant, elle en est obsédée de façon inquiétante.

Et je pense que beaucoup de Canadiens sont comme ça. Le conflit de la politique américaine suscite l'intérêt, à tout le moins, pour sa valeur de divertissement, mais aussi pour ce qu'il pourrait nous dire sur l'avenir de notre partenaire commercial, partenaire social le plus important. Dans tous les cas, il y a assurément eu des efforts pour essayer de documenter ces effets hémorragiques, en particulier pendant l'ère Trump. Et Eric en sait peut-être un peu plus que moi.

Une chose dont j'ai essayé de parler dans certains de mes travaux récents avec un autre chercheur à Toronto, Randy Besco, un collègue d'Eric Merkley, concerne la racialisation des opinions des Canadiens sur les partis politiques. Comment les attitudes raciales en viennent de plus en plus à guider les évaluations des partis, probablement en raison des perceptions des partis. Et c'est quelque chose qui s'est vraiment intensifié au cours des sept, huit dernières années. Cette dynamique des partis étant évaluée en matière d'attitudes raciales. Et je pense qu'il est impossible de raconter cette histoire sans reconnaître que l'ère de la présidence Trump a pris le paysage politique américain déjà assez racisé et l'a monté en épingle d'une manière vraiment remarquable avec les types de discours raciste explicite que nous avons vus à cette époque.

Mais je pense aussi que cela a entraîné le recadrage de toutes sortes de conflits politiques. Et cela va au-delà de Trump, mais le mouvement qui a surgi après le meurtre de George Floyd, un mouvement mondial pour la justice raciale, je pense vraiment que cela a aidé à faire avancer de nouvelles façons, et je dirais personnellement des façons importantes de penser à la façon dont les questions de maintien de l'ordre sont racisées. Je pense que pour les Américains, ce n'était pas nouveau. C'est une question qui est racisée depuis longtemps, mais je pense qu'elle est de plus en plus racisée au Canada et que des concepts comme le racisme systémique sont maintenant sur toutes les lèvres des politiciens et que de nombreux Canadiens comprennent ce terme maintenant aussi. C'est un fait nouveau et c'est vraiment un reflet, je pense, du paysage politique américain et de notre proximité avec celui-ci.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : Eric, avez-vous des commentaires à faire là-dessus?

Eric Merkley : Oui, je pense assurément qu'il y a quelque chose à propos de l'influence américaine au Canada et cela, dans une certaine mesure, commence avec les journalistes qui aiment les récits selon lesquels le Canada égale les États-Unis sur n'importe quoi. Donc, tout ce qui se passe là-bas, c'est : « Eh bien, quelle est l'histoire ici? Sommes-nous identiques? » Et cela imprègne tout. Beaucoup d'entrevues que je reçois de journalistes ont une sorte de cadrage comme ça. Et donc ce genre de cadres d'histoire déborde et touche également les points de vue des gens.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Mais il y a beaucoup de gens, beaucoup de Canadiens qui consomment des médias américains. Et donc, j'ai des travaux qui montrent que ceux qui utilisent les médias sociaux et consomment des nouvelles américaines, sont plus susceptibles d'avoir des idées fausses liées à la Covid-19. Il y a donc un débordement. Nous le voyons dans les données réelles observées sur les médias sociaux. Donc, ceux qui suivent davantage de comptes américains sont plus susceptibles de diffuser de fausses nouvelles sur les médias sociaux.

Donc, il y a assurément certaines choses là-dedans, mais il est difficile de déterminer vraiment un effet induit par les États-Unis sur beaucoup de ces questions. Donc, les gens qui regardent et lisent beaucoup de nouvelles américaines sont plus polarisés que ceux qui ne le font pas. Eh bien, ils regardent et lisent également beaucoup plus de nouvelles nationales et il est donc difficile d'obtenir l'effet causal de cette influence des médias américains sur quoi que ce soit. Il reste à voir quelle est l'ampleur de l'effet, où il s'applique. Je pense qu'il y a quelque chose là-dedans, mais c'est difficile à savoir.

Mais une chose à garder en tête cependant, dans la mesure où on s'attendrait à ce qu'au Québec avec un système médiatique distinct et moins dépendant des États-Unis, il y a peut-être des choses qui ne se passent pas au Québec, mais en fait tout ce que j'ai montré, cela s'applique également au Québec. Et donc on voit que cette distinction entre les libéraux et les néo-démocrates d'un côté, et les conservateurs de l'autre, la même polarisation affective, le même tri partisan, la même polarisation partisane, se passe aussi au Québec. Même ampleur, changement, même s'ils partent d'une ligne de base inférieure.

Donc, ces longues tendances à la polarisation, je ne pense pas qu'elles viennent des États-Unis.

Il y a peut-être quelque chose qui a récemment aggravé certaines choses, mais bon nombre des tendances à long terme dont je parle, je ne pense pas que cela vienne des États-Unis.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa

C'est vraiment fascinant ce que vous avez dit à propos du Québec. Parce que nous avons encore quelques questions à propos de « Sont-ce juste des tendances? » Et comme tout le reste, Scott, vous avez mentionné le racisme systémique et le fait que les Canadiens comprennent enfin ce que cela signifie et comment cela s'applique dans le contexte canadien. Donc, les questions étaient les suivantes : « Avons-nous simplement cinq ou dix ans de retard sur les États-Unis sur cette tendance, et ça va juste arriver là? » Ce que j'entends, c'est qu'il est difficile de vraiment comprendre pourquoi, si nous en arrivons là, si c'est à cause des médias et des sources médiatiques américains.

Eric Merkley : Oui, je pense que c'est un très bon point que vous soulevez. Avons-nous dix ans de retard? Et je pense qu'il est important de noter qu'il y a un, nonobstant l'environnement médiatique et le discours politique et tout cela, il y a des différences institutionnelles très importantes entre le Canada et les États-Unis qui me rendent un peu sceptique quant au fait que ce soit le cas.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Aux États-Unis, vous avez des institutions structurées pour bénéficier essentiellement aux Américains ruraux blancs et protéger leur pouvoir dans le système politique américain. Et donc le Parti républicain a pu éviter la sanction de l'opinion publique en s'adressant à ces groupes et en exploitant le collège électoral, son avantage au Sénat, le remaniement arbitraire des circonscriptions, tout ça. Nous n'avons pas cela au Canada. Et donc le Parti conservateur est beaucoup plus sanctionné par la politique électorale qu'eux. Il doit gagner des sièges indécis dans la 905. Il doit gagner des sièges indécis à Vancouver et les politiciens veulent plus que tout gagner des élections. C'est en quelque sorte le thème dominant de la politique électorale. Et donc les incitations sont importantes. Et donc, à moins que ces incitations ne changent, je ne vois pas cela se produire.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : Intéressant. Qu'en est-il des répercussions d'une éventuelle récession économique, et quelles seraient ces répercussions sur l'avenir de la démocratie, la confiance dans les institutions publiques et aussi la polarisation au Canada? Et peut-être que Scott, je vais vous la poser en premier.

Scott Matthews : Au risque de répéter ce que j'ai dit plus tôt, je pense que les récessions sont le genre d'événements dans le monde social qui rassemblent les gens.

[Scott Matthews apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Scott Matthews : Pas dans le bon sens, je suppose, mais lorsqu'une récession, en particulier celle de 2008 par exemple, qui a causé une perturbation économique vraiment profonde, lorsque ce genre d'événements se produit, les partisans ont tendance à tous reconnaître et convenir que cela se produit. Nous avons beaucoup de preuves que c'était le cas. Eh bien, j'ai des preuves pour le Canada, mais aux États-Unis et au Royaume-Uni, il y a beaucoup de preuves de cela. Lors de l'élection présidentielle de 2008, lorsque Lehman Brothers s'est effondrée dans la phase finale de la campagne, alors que la politique était à son apogée, très polarisée, l'effondrement de Lehman Brothers a conduit essentiellement à une convergence; environ les trois quarts de la différence entre républicains et démocrates sur l'état de l'économie a disparu en l'espace de quelques semaines. Donc, par rapport à la polarisation, et si la polarisation est une mauvaise chose, les récessions sont une bonne chose. Je sais que c'est une chose perverse à dire, mais je pense que c'est vrai. Bien sûr, c'est l'effet immédiat d'une récession.

À long terme, si les récessions introduisent une sorte de politique de repli, je pense qu'à moyen terme cela ne va pas très bien. Et je pense que les conflits politiques peuvent s'intensifier dans ces circonstances. Bien sûr, la récession aux États-Unis a été suivie par les six dernières années de la présidence Obama, qui ont été très conflictuelles et ont très bien préparé la présidence Trump encore plus conflictuelle. C'est une chose que je veux dire à propos de la politique américaine, c'est l'argument sur le fait que la polarisation dure depuis la fin des années 1980, le début des années 2000, il y avait déjà cette énorme littérature sur la polarisation et des débats féroces en cours. Est-ce polarisant? N'est-ce pas aux États-Unis? Je me souviens d'avoir lu un livre vers 2008 qui parlait de George Bush comme étant le président le plus polarisant de l'histoire et cela ne pouvait pas empirer, puis le président Obama est devenu [rires] président et la même histoire, puis Trump, mon Dieu! Donc de toute façon, tout ça pour dire que c'est un phénomène à très long terme. J'ai perdu le fil de ce que je voulais montrer.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Je pense que Scott a soulevé une chose qui, à mon avis, est cruciale là-dedans, la récession pourrait avoir des effets dépolarisants. Et nous pouvons également le voir avec la pandémie de Covid-19. Vous savez, l'effondrement économique.

[Eric Merkley apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Eric Merkley : Mais le gouvernement est intervenu en prenant de nombreuses mesures pour soutenir les gens qui ont fait l'objet d'un consensus très massif transcendant le sectarisme politique. J'ai des travaux qui montrent que les gens ont adopté un ton très collectiviste au début de la pandémie en soutenant la redistribution gouvernementale.

Ce qui est crucial, ce sont les conséquences de la récession. Certaines personnes se redressent plus vite que d'autres. Il y a là d'importantes inégalités. Et donc après la crise financière, après la fin des soutiens budgétaires liés à la pandémie de Covid-19 et lorsque les choses ont commencé à revenir à la normale, certains sont revenus à la normale plus rapidement que d'autres, et certaines personnes ont payé les pots cassés. Et c'est là que les tensions ont vraiment émergé. Et je pense qu'avec les coûts du logement et tout ça, il y a maintenant une tension intergénérationnelle dans la politique canadienne qui n'a peut-être pas été aussi aiguë auparavant. Et donc cela pourrait être quelque chose à surveiller. Donc, même si les récessions ne polarisent pas, leurs conséquences peuvent jouer un rôle important, jouer un certain rôle.

[Aiesha Zafa, Eric Merkley et Scott Matthews apparaissent dans des panneaux de conversation vidéo. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : Vraiment intéressant. Je sais que nous n'avons plus beaucoup de temps, mais je dois poser une autre question, parce que je pense que cela conclut en quelque sorte pour nous tous qui regardons, dont la plupart sont des fonctionnaires. Et donc peut-être que si je peux demander à Scott et à Eric, votre point de vue en une phrase ou deux.

Selon vous, quel rôle joue la fonction publique, c'est-à-dire nous, n'est-ce pas? Nous sommes distincts du gouvernement, nous sommes les fonctionnaires. Selon vous, quel rôle jouent réellement les fonctionnaires dans la gestion de la perception nationale de l'état de polarisation, des croyances extrêmes, etc.? Scott?

Scott Matthews : Bien sûr, peut-être que je reviendrai sur ce que nous mentionnions Eric et moi plus tôt. Il y a quelque chose dans la qualité du discours politique que nous avons dans ce pays que je pense que les fonctionnaires peuvent contribuer à façonner, surtout lorsqu'ils sont autorisés à communiquer directement avec les Canadiens, ce qui n'a pas toujours été le cas. Mais lorsqu'ils sont autorisés à le faire, et bien sûr à tout moment, ils produisent de l'information qui façonne la façon dont nous comprenons notre pays. Et je pense qu'en restant attachés aux valeurs impartiales, en reconnaissant l'existence d'une pluralité de valeurs et de perspectives dans ce pays, nous sommes un pays profondément diversifié à bien des égards. Et je pense que tant que la fonction publique reflète cela par son recrutement, assurément, et par la façon dont elle interagit avec la société canadienne, je pense qu'elle fait probablement la majeure partie de son travail en ce qui concerne la polarisation.

Aiesha Zafa : Quelque chose à ajouter, Eric?

Eric Merkley : Oui, juste que les gens écoutent quand les fonctionnaires parlent surtout aux niveaux supérieurs. Et lorsque nous avons traversé la pandémie, les fonctionnaires ont joué un rôle très actif dans la communication avec le public par les médias et les gens ont écouté, et ils se souciaient de ce qu'ils avaient à dire et leurs messages sont plus susceptibles d'être considérés comme crédibles que s'ils viennent d'un parti politique, etc.

Il y a donc un rôle de communication pour les fonctionnaires, et cela sera probablement encore plus important s'ils peuvent exploiter des thèmes unificateurs dans leurs messages, comme les Canadiens dans leur ensemble, rappeler aux gens leur citoyenneté commune. Ce genre de choses qui rassemblent les gens. Je pense qu'il y a eu beaucoup de bien dans ce que la fonction publique a fait pendant la pandémie, pas seulement au niveau fédéral, les niveaux provinciaux étant probablement encore plus importants pour certaines des politiques qui ont été élaborées. Mais tout cela compte et ce n'est pas parce que les Canadiens se polarisent que tout à coup ces choses n'ont plus d'importance.

Aiesha Zafa : Oui. Eh bien, le temps est écoulé. Je sais que nous pourrions en parler pendant des jours, parce que la recherche, les données que vous nous avez montrées, vos perspectives, sont très fascinantes. Certainement beaucoup de matière à réflexion pour nous.

Et je dirai la même chose que j'ai dite au début, c'est-à-dire que nous, en tant que fonctionnaires, avons absolument besoin de ces données. Nous devons mieux le comprendre. Nous devons savoir ce qui se passe réellement chez les Canadiens afin de pouvoir élaborer les bonnes politiques et faire les bonnes recommandations au gouvernement et nous assurer que nous utilisons les bonnes hypothèses et non les mauvaises.

Donc, merci beaucoup Eric et Scott, c'était super de parler avec vous. Je tiens à remercier tous nos participants de partout au pays qui se sont joints à nous aujourd'hui.

[Aiesha Zafa apparaît à l'écran. Une interprète en langue des signes apparaît dans une fenêtre plus petite sur le côté.]

Aiesha Zafa : Je vous invite également à participer et à vous inscrire à notre prochaine séance sur l'avenir de la démocratie.

Il s'agit du troisième événement, sur l'identité nationale et les défis de la coopération démocratique.

Donc, ce sera le 20 octobre. Vous pouvez assurément vous inscrire sur le site Web de l'École de la fonction publique du Canada. Vous apprendrez comment les politiques gouvernementales peuvent favoriser un sentiment démocratique unique d'appartenance nationale et, ainsi, renforcer la confiance des citoyens dans le gouvernement et les uns envers les autres, ce qui est un autre sujet important, ce sujet de la confiance du public que nous avons évoqué aussi au cours des derniers mois.

Alors merci encore une fois de nous avoir permis de faire partie de votre journée et pour tous nos participants, je vous mets au défi de communiquer un peu de ce que vous avez appris aujourd'hui à un collègue ou à quelqu'un dans votre vie afin que nous puissions continuer cette conversation importante. Merci et au revoir.

[La conversation vidéo laisse place au logo de l'EFPC.]

[Le logo du gouvernement du Canada apparaît et devient noir.]

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