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Série sur la géopolitique de la région indo-pacifique : Définir la région, les tendances qui s'y observent et les incidences stratégiques de la situation sur le Canada (TRN5-V63)

Description

Cette vidéo présente le contexte géopolitique de la région indo-pacifique, les dynamiques qu'on y observe sur les plans de l'économie et de la sécurité et la façon dont le Canada peut resserrer les liens avec cette région pour assurer et renforcer sa prospérité et sa sécurité.

Durée : 00:22:24
Publié : 21 mai 2025
Type : Vidéo

Série : Série sur la géopolitique de la région indo-pacifique

Événement : Série sur la géopolitique de la région indo-pacifique : Définir la région, les tendances qui s'y observent et les incidences stratégiques de la situation sur le Canada


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Série sur la géopolitique de la région indo-pacifique : Définir la région, les tendances qui s'y observent et les incidences stratégiques de la situation sur le Canada

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Transcription : Série sur la géopolitique de la région indo-pacifique : Définir la région, les tendances qui s'y observent et les incidences stratégiques de la situation sur le Canada

[00:00:00 Vidéo de la planète Terre vue de l'espace. Titre de la page : Série sur la géopolitique de la région indo-pacifique : Définir la région, les tendances qui s'y observent et les incidences stratégiques de la situation sur le Canada : Points saillants.]

[00:00:11 Vidéo animée de la Terre, vue de l'espace, en rotation rapide. Elle s'arrête lentement pour montrer la région indo-pacifique de la planète. Texte superposé à l'écran, tel qu'il est décrit.]

Narrateur : Le 2 mai 2024, l'École de la fonction publique du Canada a lancé sa série sur la géopolitique de la région indo-pacifique en tenant un événement intitulé « Définir la région, les tendances qui s'y observent et les incidences stratégiques de la situation sur le Canada ».

Le conférencier Kai Ostwald et l'animateur Jeff Nankivell se sont penchés sur l'histoire et la diversité de la région indo-pacifique; les dynamiques qui y sont observées en matière d'économie et de sécurité; la manière dont les activités menées dans la région redéfinissent la situation géopolitique; et la façon dont le Canada peut se mobiliser dans la région pour défendre ses propres intérêts.

[00:00:46 Texte superposé à l'écran : Qu'est-ce que la région indo-pacifique?]

[00:00:50 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Jeff Nankivell : Qu'entendons-nous par « région indo-pacifique »? De quoi s'agit-il?

[00:00:52 Texte superposé à l'écran : Série sur la géopolitique de la région indo-pacifique : Définir la région, les tendances qui s'y observent et les incidences stratégiques de la situation sur le Canada.]

Kai Ostwald : Cette région du monde est immense. Alors qu'elle suscite de plus en plus d'attention, elle englobe 40 pays différents, allant du Bangladesh au Japon.

[00:01:05 Kai Ostwald apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Kai Ostwald, professeur agrégé, Université de la Colombie-Britannique.]

Kai Ostwald : Les deux tiers de la population mondiale vivent au sein de ce pôle de dynamisme économique, une région qui, selon de nombreux pays, jouera un rôle de plus en plus important auprès des générations à venir... et bien sûr du Canada.

[00:01:20 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Jeff Nankivell : Parlant de géographie, pouvons-nous dessiner une carte au bénéfice des gens?

Kai Ostwald : Oui. Imaginons que nous regardons vers l'ouest depuis la Colombie-Britannique. Nous atteignons l'extrémité supérieure de la région indo-pacifique avec le Japon, et nous défilons jusqu'à la mer de Chine méridionale. Le concept indo-pacifique tire son unicité du fait que nous y associons désormais l'océan Indien.

En termes de pays, la région englobe le Japon à une extrémité, ainsi qu'un arc qui traverse la mer de Chine méridionale et les îles du Pacifique et qui s'étire jusqu'aux pays entourant l'océan Indien.

Jeff Nankivell : La frontière occidentale de cette zone comprendrait donc le sous-continent indien, ainsi que l'Inde, le Pakistan et l'Afghanistan?

Kai Ostwald : C'est exact! Jusqu'à l'Asie du Nord-Est.

Jeff Nankivell : Oui.

Kai Ostwald : Ce qui est fascinant dans cette région, ce n'est pas seulement qu'on y retrouve les deux tiers de la population mondiale, ni qu'on y recense tous les chiffres économiques que nous aborderons certainement un peu plus tard au cours de cette séance, ni qu'on y retrouvera, sans nul doute ou d'après certaines projections, les deux tiers de la classe moyenne mondiale dans un avenir prévisible...

[00:02:30 Kai Ostwald apparaît en plein écran.]

Kai Ostwald : La diversité de cette région est également saisissante. Toutes les grandes religions du monde y sont représentées en grand nombre. On y retrouve de plus tous les systèmes politiques existants, de la monarchie absolue aux deux régimes communistes, en passant par d'autres formes d'autocratie ainsi que quelques démocraties libérales. Et, bien sûr, ce riche mélange de pays et de systèmes combine tant les caractéristiques de la démocratie que de l'autocratie.

Sur le plan économique, la région comprend certains des pays les plus et les moins développés du monde. Une très grande diversité ressort de cet éventail de pays qui offre toutes sortes de possibilités, suscitant par le fait même un éventail d'intérêts et de demandes sur lesquels le Canada peut miser. Cette situation pose toutefois également de nombreux défis que nous aborderons certainement de manière plus approfondie un peu plus tard.

[00:03:21 Jeff Nankivell apparaît en plein écran.] Texte à l'écran : Jeff Nankivell, président, Fondation Asie Pacifique du Canada.]

Jeff Nankivell : Le rôle des peuples autochtones dans la région indo-pacifique... Nous pourrions commencer, Kai, par une discussion sur le concept de peuples autochtones dans la région indo-pacifique. En ce qui concerne la Fondation Asie Pacifique du Canada, il s'agit d'une question sur laquelle elle se penche depuis plusieurs années. Pour l'aborder, nous avons établi des liens avec des partenaires dans des pays comme Taïwan, le Japon, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, qui, dans la lignée d'une forte tradition, s'efforcent de reconnaître, avec plus ou moins de succès, comme c'est le cas pour le Canada, que les peuples autochtones ont un rôle à jouer au sein de leurs Systèmes politiques.

Comme les communautés autochtones du Canada participent de plus en plus au développement économique du pays, cet aspect est sur la voie de devenir un élément très important de la participation du Canada et de l'Asie en ce qui concerne le commerce et l'investissement au cours des prochaines années.

[00:04:19 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Jeff Nankivell : Comment cette enveloppe est-elle perçue dans la région?

Kai Ostwald : Il s'agit là d'une grande question sur laquelle nous pourrions nous pencher pendant deux ou trois heures. En fait, je donne un cours qui porte précisément sur ce point et que je termine rarement dans l'heure et vingt minutes qui me sont accordées.

En quelques mots, les pays que vous avez cités sont des pays où les échanges se sont avérés très productifs. Cela s'explique en partie par la concordance entre la façon dont l'autochtonité est perçue ou interprétée dans ces pays et au Canada. Il existe d'autres parties de la région indo-pacifique où le concept d'autochtonité est compris de manière un peu différente que dans le contexte canadien.

[00:05:01 Kai Ostwald apparaît en plein écran.]

Kai Ostwald : Par exemple, en Malaisie et en Indonésie, les partis dominants qui représentent la population majoritaire se considèrent comme des autochtones, ce qui crée une dynamique très différente. Ce qui est sûr, cependant, c'est que non seulement dans les pays que vous avez mentionnés, mais aussi dans d'autres... dans certaines parties de l'archipel indonésien, par exemple... les communautés se considèrent de plus en plus comme des autochtones et considèrent leurs droits comme légitimes en tant que tels.

[00:05:38 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Kai Ostwald : En effet, une région ne renvoie jamais à une simple zone géographique. Une région est en fin de compte une construction politique. Et, en tant que construction politique, elle reflète les préoccupations et les hypothèses de l'époque en question.

[00:05:49 Kai Ostwald apparaît en plein écran.]

Kai Ostwald : En effet, si nous prenons connaissance de la stratégie indo-pacifique du Canada ou de celle des États-Unis ou d'autres pays du Dialogue quadrilatéral pour la sécurité (le Quad), par exemple, le ton est très différent.

[00:05:58 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Kai Ostwald : Il semble y avoir des frictions géopolitiques inévitables qu'il faut résoudre. Les nombreuses stratégies indo-pacifiques évoquées visent, par exemple, à contrer ou à contenir la montée en puissance de la Chine. Et encore une fois, cette idée est ancrée dans la notion selon laquelle la participation et l'intégration n'ont pas produit les résultats escomptés et que notre monde est désormais empreint de puissances perturbatrices.

[00:06:28 Kai Ostwald apparaît en plein écran.]

Kai Ostwald : Shinzo Abe, l'ancien premier ministre du Japon, s'est quant à lui exprimé devant le parlement de l'Inde en 2007 pour parler de couplage dynamique des océans Pacifique et Indien afin de créer un arc de prospérité et de commerce.

[00:06:40 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Kai Ostwald : Selon cette idée, la région indo-pacifique, formée par ce couplage dynamique de l'océan Pacifique et de l'océan Indien, créerait cet « arc », comme il l'a appelé, de prospérité qui relie les pays aux vues similaires. On entend par là les pays qui mettent en avant les valeurs démocratiques et qui croient en un ordre fondé sur des règles et en des économies ouvertes.

[00:07:13 Kai Ostwald apparaît en plein écran.]

Kai Ostwald : Cela a renforcé la coopération au sein de ce que l'on appelle souvent aujourd'hui le Quad. Quatre pays démocratiques en font partie : l'Inde, le Japon, l'Australie et les États-Unis.

En 2007-2008, ce Quad a commencé à collaborer sur le plan de la sécurité, ce qui a rapidement provoqué la colère de la Chine qui y a vu là une tentative d'entrave à son égard, un peu comme l'OTAN pour la région du Pacifique.

[00:07:49 Texte à l'écran : Avenues de développement économique.]

[00:07:53 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Kai Ostwald : Pour des raisons évidentes, le Canada a tendance à se tourner de prime abord vers son voisin du sud pour ses échanges commerciaux. Les motifs étant évidents, il ne sert à rien de s'étendre davantage sur le sujet.

[00:08:03 Kai Ostwald apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Kai Ostwald, professeur agrégé, Université de la Colombie-Britannique.]

Kai Ostwald : L'autre modèle commercial qui lui est familier est le commerce transatlantique. Et il y a de bonnes raisons de croire que la diversification est un impératif stratégique. Cela s'explique en partie par les incertitudes politiques qui règnent aux États-Unis. Il est évident que ces questions risquent de se poser avec plus d'acuité au cours de cette année électorale. C'est particulièrement préoccupant en raison de certaines tendances nationalistes économiques que nous avons vues par le passé émerger de la polarisation politique. Il convient de noter que cela est vrai dans les deux camps. En effet, tant les démocrates que les républicains sont plus protectionnistes aujourd'hui qu'il y a vingt ans.

En ce qui concerne les partenariats transatlantiques, il s'agit de marchés établis dont la croissance serait faible dans un avenir prévisible.

[00:08:57 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Kai Ostwald : Une forte dépendance à l'égard de ces marchés représente donc une vraie vulnérabilité stratégique à long terme. Il ne s'agit donc pas seulement de rechercher le profit et la croissance. Selon moi, il s'agit vraiment d'assurer la sécurité du Canada pour les deux ou trois prochaines générations en se diversifiant... et cela ne veut pas dire remplacer, bien sûr... mais veiller à ce que le commerce soit diversifié à travers un éventail suffisamment large de pays, particulièrement des pays ayant une forte croissance.

Jeff Nankivell : Oui, et je pense qu'il y a un point fondamental à tenir compte à propos de la croissance que nous observons en Asie. À l'échelle mondiale, nous savons qu'il est à peu près certain qu'environ 60 %, ou jusqu'au les deux tiers, de la croissance économique mondiale au cours des deux prochaines décennies sera observée dans la région indo-pacifique. C'est donc dans cette région que se situent au moins 60 % de cette croissance, là où se trouvent les nouvelles occasions économiques. Il ne s'agit toutefois pas seulement du volume, mais aussi de la qualité et de la nature de ces occasions. Ainsi, dans ces pays, prenons l'exemple des pays d'Asie du Sud-Est, il y a des pays comme les Philippines, le Vietnam, la Thaïlande, la Malaisie, Singapour et l'Indonésie, la plus grande économie de l'Asie du Sud-Est.

[00:10:22 Jeff Nankivell apparaît en plein écran.] Texte à l'écran : Jeff Nankivell, président, Fondation Asie Pacifique du Canada.]

Jeff Nankivell : La population de l'Indonésie se rapproche des 300 millions d'habitants. Le Vietnam et les Philippines comptent 100 millions d'habitants chacun, une classe moyenne en expansion et des taux de croissance économique qui peuvent être supérieurs à 5 % certaines années. Ainsi, un point de pourcentage de croissance dans une économie comme celle-là, qui subit une telle transformation, représente une occasion très différente pour les exportateurs canadiens de biens et de services qu'un point de pourcentage de croissance dans l'économie américaine ou dans l'économie de l'Europe occidentale.

[00:10:55 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Jeff Nankivell : Comme vous l'avez mentionné, il s'agit d'économies bien établies. Ce sont des économies où les habitudes de consommation des ménages ne vont pas changer radicalement avec quelques points de pourcentage de croissance économique. Pensons à un pays comme l'Indonésie où une croissance économique de 3 %, 4 % ou 5 % peut permettre d'atteindre différents seuils de revenus. Ainsi, dans l'archipel indonésien, qui compte 17 000 îles et 275 millions d'habitants, une croissance économique de 4 % en un an signifie que des dizaines de millions de ménages atteignent un niveau de revenu qu'ils n'ont jamais connu auparavant.

[00:11:44 Jeff Nankivell apparaît en plein écran.]

Jeff Nankivell : Ainsi, les premières choses que les gens achèteront seront peut-être une moto, puis des appareils ménagers, un réfrigérateur et une machine à laver. Ils souhaiteront par la suite acheter un appareil de climatisation et améliorer leur maison. Et ils commenceront à être en mesure de faire quelques voyages internationaux et d'envisager d'envoyer leurs enfants à l'étranger pour poursuivre leurs études. Il s'agit là tous de marchés. Ils souhaiteront consommer des aliments de meilleure qualité et ils commenceront à manger plus d'aliments emballés plutôt que d'acheter de la nourriture au marché traditionnel local de produits frais.

[00:12:11 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Jeff Nankivell : Ils s'urbaniseront, donc ils vivront un mode de vie urbain. Ils ne vivront pas sur une ferme. Les taux d'urbanisation, lesquels continuent de croître, figurent parmi les chiffres marquants de l'histoire de l'Asie au cours des cinquante dernières années.

Fondamentalement, les ménages modifient radicalement leurs habitudes de consommation, et des possibilités de marché en découlent. En Europe occidentale, par exemple, il est impossible de se battre pour gagner des parts de marché auprès d'un ménage qui utilise la même marque d'aliments pour animaux depuis 50 ans. Les compagnies peuvent envisager de vendre des aliments canadiens de haute qualité pour animaux de compagnie à des ménages qui n'ont jamais acheté d'aliments pour animaux de compagnie auparavant, mais qui se tournent maintenant vers ce marché pour répondre à leurs besoins.

Kai Ostwald : Oui, c'est exact! Je suis heureux de discuter maintenant de l'Asie du Sud-Est. Comme vous le savez, c'est à cet endroit que j'ai passé une grande partie de ma carrière. L'Asie du Sud-Est est considérée comme l'un des endroits offrant les meilleures perspectives. Vous avez également mentionné toutes les possibilités qu'offre une classe moyenne en expansion, et je pense que celles-ci sont tout à fait réelles. Il y a toutefois un autre élément qu'il convient, selon moi, de souligner... L'Asie du Sud-Est, en raison de sa situation géographique sur la ceinture de feu, dans les tropiques...

Se trouvant dans la zone d'activité volcanique et sismique, la ceinture de feu est extrêmement vulnérable aux catastrophes naturelles et aux changements climatiques. Aux Philippines, 90 % de la population vit à quelques kilomètres du littoral, et des dizaines de typhons s'abattent sur le pays chaque année. Cette situation impose également un impératif de durabilité dans la région. Une menace existentielle pèse sur ses habitants.

[00:14:08 Kai Ostwald apparaît en plein écran.]

Kai Ostwald : Je le mentionne, car je pense que les possibilités que vous avez évoquées sont bien concrètes. Il existe également toutefois de nombreuses occasions qui relèvent de l'avantage comparatif du Canada en matière de technologies vertes et de modes de croissance plus durables. Il est également important de se concentrer sur ces points dans le cadre de cette discussion.

Et cela comprend également la sécurité alimentaire. Vous avez mentionné le lien avec la Chine sur ce point.

[00:14:38 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Kai Ostwald : La sécurité alimentaire en Asie du Sud-Est suscite d'immenses inquiétudes, et le Canada est considéré comme l'un des chefs de file mondiaux dans ce domaine.


[00:14:47 Texte superposé à l'écran : Série sur la géopolitique de la région indo-pacifique : Définir la région, les tendances qui s'y observent et les incidences stratégiques de la situation sur le Canada.]

Jeff Nankivell : Oui, on estime à un peu plus d'un milliard sur la population de la région indo-pacifique le nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire.

[00:15:00 Texte à l'écran : La région indo-pacifique et l'ordre mondial.]

[00:15:04 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Kai Ostwald : Les pays d'Asie du Sud-Est ont clairement indiqué que le découplage avec la Chine n'était pas une option pour eux. Ce n'est pas par naïveté. Ils comprennent les risques et les défis que peut poser une Chine de plus en plus affirmée. Cela n'est nulle part plus évident, du moins pour les Philippines et le Vietnam, que dans la mer de Chine méridionale. Nous avons vu des rapports faisant état d'hostilités croissantes entre... le terme « hostilités » est peut-être un peu trop neutre... le harcèlement des navires philippins par des navires chinois dans la mer de Chine méridionale. Il ne s'agit là que d'un exemple parmi tant d'autres de confrontation qui remontent à deux ou trois décennies. Il est clair, selon moi, que dans un ordre international fondé sur des règles, du moins tel qu'il a été défini par la Cour d'arbitrage en 2016, les revendications de la Chine en mer de Chine méridionale n'ont aucun fondement juridique. Nous n'avons cependant pas constaté que les pays d'Asie du Sud-Est ont tiré parti de cette décision pour tenter de confronter ouvertement la Chine à ses revendications en mer de Chine méridionale.

[00:16:16 Kai Ostwald apparaît en plein écran.]

Kai Ostwald : Selon moi, cette situation illustre un certain degré de cloisonnement en Asie du Sud-Est. Au regard des priorités de nombreux pays dont le développement est au cœur, je le répète, le développement, les aspects productifs de la relation avec la Chine sur cet aspect doivent être maintenus. Et ces points chauds, qu'il s'agisse de la mer de Chine méridionale ou de l'ingérence dans la politique intérieure ou d'un certain nombre d'autres facteurs, doivent être traités, mais pas d'une manière qui mette en péril les aspects productifs et économiques de cette relation.

[00:16:59 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Kai Ostwald : Certains éléments de l'ordre international fondé sur des règles sont considérés comme essentiels, non seulement en Asie du Sud-Est, mais dans toute la région. La reconnaissance de la souveraineté territoriale est absolument essentielle. Il s'agit d'une priorité pour tous les pays de la région. L'idée selon laquelle les différends ne doivent pas être réglés par la force est considérée comme universellement importante. Nous pouvons par ailleurs souligner qu'il existe un traité d'amitié et de coopération signé par l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est, ou l'ANASE, dans les années 1970 qui établit exactement ce point. Les différends ne doivent pas être réglés par la violence, mais plutôt par le dialogue.

[00:17:40 Kai Ostwald apparaît en plein écran.]

Kai Ostwald : Ce qui me semble important... et c'est à ce niveau que le conflit de Gaza a vraiment changé la donne.. en particulier en Indonésie et en Malaisie, mais aussi, dans une certaine mesure, dans le reste du monde... c'est que la vision du monde naturelle, pour de nombreuses personnes en Asie du Sud-Est, en est une réaliste. Le monde est composé de donneurs et de preneurs de prix. Les donneurs de prix sont ceux qui peuvent dicter le cours des choses en raison de leur taille, de leurs forces militaires et de leur influence économique. Les preneurs de prix sont les petits pays qui ne sont pas en mesure de jouer ce rôle. Les preneurs de prix doivent donc s'adapter aux donneurs de prix d'une manière ou d'une autre. Il s'agit, selon moi, d'un concept qui est largement compris et estimé dans l'ensemble de l'Asie du Sud-Est.

C'est là que l'ordre international fondé sur des règles est intéressant, car il affirme essentiellement que la taille et le pouvoir n'ont pas d'importance. Ce qui compte, ce sont les règles, ce sont les normes. Qu'il s'agisse des États-Unis, la plus grande puissance militaire du monde...

[00:18:45 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Kai Ostwald : ...ou de Singapour ou de Brunei, certains des plus petits pays du monde, les mêmes règles s'appliquent. Selon moi, un certain degré de scepticisme subsiste à cet égard. Ce que le conflit dans la bande de Gaza a fait, du point de vue de beaucoup de gens en Asie du Sud-Est... car je ne veux pas trop réduire la situation à sa plus simple expression, puisqu'il s'agit d'un conflit complexe... c'est vraiment, selon moi, de montrer clairement que ce concept n'est pas vrai dans la réalité. Le conflit laisse à penser que les détenteurs de pouvoirs feront ce qu'ils veulent et, souvent, au détriment de ceux qui n'en ont pas.

Une telle situation renforce donc la vision du monde naturelle d'un grand nombre de personnes en Asie du Sud-Est et renforce le scepticisme à l'égard des affirmations selon lesquelles nous sommes tous liés par le même ensemble de règles.

Jeff Nankivell : Et ce, parce que les actions ne suivent pas les paroles.

[00:19:31 Texte à l'écran : Perceptions du Canada.]

[00:19:36 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Kai Ostwald : Une région aussi diversifiée, avec près des deux tiers de la population mondiale, signifie que le Canada est perçu différemment d'un endroit à l'autre.

[00:19:42 Kai Ostwald apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Kai Ostwald, professeur agrégé, Université de la Colombie-Britannique.]

Kai Ostwald : Je pense que l'une des tendances communes, et c'est particulièrement vrai en Asie du Sud-Est, est que le Canada bénéficie généralement d'une image de marque très positive. Dans une certaine mesure, le Canada est bien accueilli et pour des raisons qui ne sont pas surprenantes. Le Canada n'a jamais colonisé un pays d'Asie du Sud-Est. Il n'est pas considéré comme ayant eu une présence militaire dans la région par le passé, même s'il a participé à la guerre de Corée et contribué très activement au maintien de la paix ou, du moins, au maintien des tensions dans les conflits indochinois.

[00:20:25 Jeff Nankivell et Kai Ostwald apparaissent en plein écran.]

Kai Ostwald : Il y a aussi une histoire de bonne volonté dans le sens où l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne, ou AECG, a été mis en place activement dans toute la région. De plus, pendant un certain temps, le Canada a contribué dans une grande mesure à faire venir des étudiants d'Asie du Sud-Est, ainsi que d'autres zones de la région indo-pacifique, dans les universités canadiennes. J'ai été surpris d'apprendre qu'il y avait plus d'étudiants malaisiens dans les universités canadiennes dans les années 1980 que d'étudiants américains.

Il y a aussi cette impression que le Canada est une sorte « d'ami des beaux jours ». Nous avons eu des discussions sur la question de savoir si cette vision était justifiée ou non, et, selon moi, il existe des motifs pour lesquels une personne pourrait s'opposer à cette idée. La réalité est toutefois que le Canada est perçu dans la région comme une sorte d'ami des beaux jours qui fait parfois sentir sa présence dans la région, fait des déclarations sur le fait qu'il est une nation du Pacifique et s'engage à l'égard des partenariats transpacifiques, mais qui, lorsque les courants politiques intérieurs changent, redéfinit ses priorités. On a surtout l'impression que, depuis une vingtaine d'années, le Canada n'a pas été aussi présent dans la région que bon nombre d'autres pays.

[00:21:44 Kai Ostwald apparaît en plein écran.]

Kai Ostwald : Et cela a toutes sortes de répercussions, notamment en matière de réputation, mais aussi des relations que le Canada entretient.

[00:21:52 Vidéo animée de la Terre, vue de l'espace
. Texte superposé à l'écran, tel qu'il est décrit.]

Narrateur : L'École de la fonction publique du Canada organise des événements, des ateliers et des cours passionnants et éclairants sur la géopolitique et la sécurité nationale. Pour en savoir plus, veuillez envoyer un courriel à l'adresse électronique suivante :

[00:22:03 Texte superposé à l'écran : nationalsecurityprogram-programmedesecuritenationale@csps-efpc.gc.ca.]

[00:22:13 Le logo animé de l'EFPC s'affiche à l'écran.] Texte à l'écran : canada.ca/ecole.]

[00:22:20 Le mot-symbole du gouvernement du Canada s'affiche et s'estompe pour faire place à un écran noir.]

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