Transcription
Transcription : Approches novatrices de l'élaboration des politiques
[00:00:01 Le texte suivant apparaît à l'écran: « Approches novatrices de l'élaboration des politiques – Avec Serge Bijimine, sous-ministre adjoint des politiques, Transports Canada »]
[00:00:09 Serge Bijimine apparaît à l'écran.]
Serge Bijimine: Je m'appelle Serge Bijimine, je suis sous-ministre adjoint des Politiques à Transports Canada, et je suis aussi champion de la Communauté des politiques pour le gouvernement du Canada.
[00:00:20 Le texte suivant apparaît à l'écran: « Qu'est-ce qui a changé ces dernières années dans le monde de la politique? »]
C'est beaucoup d'affaires qui sont nouveaux, mais beaucoup d'affaires qui sont les mêmes. Puis la différence, je pense, c'est tout arrive en même temps présentement. Il y a cinq ans passés, c'était OK, le changement climatique puis la transition énergétique aussi. Puis ça, c'est juste avant que la COVID arrive. Ça fait que c'était vraiment comme un gros morceau à la fois. COVID est arrivé puis essentiellement la différence, c'est qu'en 2024, il y a toutes ces morceaux-là puis c'est tout en même temps. Fait que c'est un nouveau concept de polycrises que on est en train de tout faire, tout en même temps. Et l'autre différence que je remarque aussi, c'est que souvent… puis qu'est qu'on fait, c'est que quand t'es en mode crise, t'opères dans un mode crise.
Et ça, je pense, c'est peut-être une des erreurs qu'on est en train de faire. La meilleure affaire quand t'es dans un mode crise, c'est de penser plus long terme, puis de prendre un recul puis de pouvoir voir tout l'aspect puis de prendre un peu plus de temps.
Parce que si t'opères en mode crise à 100 % du temps, tu te rends que tu résous une crise, mais en ressoudant une crise, tu en crées un autre. Puis tu vas juste passer ton temps à passer de crise en crise en crise, si tu ne prends pas le temps de juste prendre un souffle puis regardez puis penser plus à long terme. Ça fait je vous dirais c'est ça; plus l'environnement qui a changé. C'est un environnement de « crisis management by policy » à la place de penser plus à long terme, 10, 15, 20 ans.
[00:02:00 Le texte suivant apparaît à l'écran: « En quoi les approches politiques traditionnelles ne sont-elles pas à la hauteur des défis actuels? »]
Un des enjeux que je vois, c'est que la façon qu'on approche le monde politique puis comment qu'on regarde les problèmes est resté le même. Et la différence, c'est que le… on parle de polycrises, mais on parle aussi du fait que les changements qu'on est en train de vivre sont plus fréquents et ils sont encore plus vites que jamais. Ça fait que les temps de pouvoir arriver puis prendre 18 mois, 24 mois, puis créer la politique parfaite puis le « framework » parfait, c'est fini. Le temps que tu finis d'avoir créé ton « framework », ta politique, toutes les… la base sur laquelle, que tu t'es misé, ne sont plus valides. Ça fait que c'est vraiment l'opportunité de penser à long terme, mais de bouger un peu plus vite puis de laisser de la flexibilité pour s'ajuster aussi quand ça vient à la mise en œuvre.
[00:03:05 Le texte suivant apparaît à l'écran: « Selon vous, que signifie l'expression de l'innovation en matière de politique? »]
Bien, c'est très important pour moi. Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est de donner l'espace et aussi donner la protection à l'équipe de pouvoir faire des erreurs. Innovation ça égale erreur, ça fait que les deux vont mains à mains. Ça fait que je vous dirais définitivement, il faut donner un espace pour protéger l'équipe, pour qu'ils puissent apprendre de leurs erreurs. Il y a aucune innovation, peu importe dans quel secteur que c'est, qui n'a pas commencé par des erreurs.
Puis souvent, les meilleures innovations sont des erreurs ! Des erreurs de parcours, littéralement. Ça fait que de permettre ces erreurs-là puis de permettre l'expérimentation, une affaire que j'ai compris dans ma carrière, c'est on ne peut pas contrôler l'innovation; tout ce qu'on peut faire, c'est de créer l'environnement, puis de laisser le monde puis de protéger les gens. Mais on ne peut pas gérer l'innovation, ce n'est pas quelque chose qui se gère, pas du tout.
[00:04:09 Le texte suivant apparaît à l'écran: « Comment les analystes politiques peuvent-ils trouver des occasions d'innover? »]
Le challenge dans la fonction publique, c'est de pouvoir innover dans l'environnement qu'on vit. Et là-dessus, je pense qu'est-ce qu'il faut, c'est un peu d'habilité de pouvoir travailler le système. Puis quand je vous parle de travailler le système, c'est de pouvoir s'assurer qu'on fait des check-ins quand c'est nécessaire pour qu'on puisse avoir la flexibilité de continuer à faire les projets qu'on… puis de l'innovation de la façon qu'on veut le faire. Fait que c'est vraiment un art de pouvoir faire de l'innovation dans la fonction publique, puis c'est un art que ce n'est pas tout le monde qui a été capable, puis ça dépend de plusieurs facteurs, puis il y a beaucoup des facteurs qui sont hors du contrôle de plusieurs personnes.
[00:05:01 Le texte suivant apparaît à l'écran: « Pouvez-vous partager un exemple de succès obtenu grâce à l'élaboration de politiques adaptatives ? »]
Un des exemples que j'aurais, c'est qu'est-ce qu'on a fait dernièrement quand ça venait au secteur aérien. Fait qu'en 2020, quand il y avait eu la pandémie, le secteur aérien avait complètement fermé. Et on avait deux choix, c'était on-… bien, trois choix, soit on le garde fermé, on l'ouvre au complet, ou on prend une méthode adaptative.
Puis qu'est-ce qu'on a choisi, c'était une méthode adaptative, c'est que on l'ouvre un peu, on apprend, on ajuste nos politiques. On ouvre un autre morceau international, on apprend, on ajuste nos politiques, puis on le fait de façon délibérée. Ça fait que ça, je vous dirais que c'est un exemple. Et ça a été… il y a eu des succès, il y a eu des échecs, mais ça nous a permis de pouvoir s'ajuster et s'adapter très, très, très rapidement.
[00:06:02 Le texte suivant apparaît à l'écran: « Quel conseil concret donneriez-vous aux leaders en politiques en devenir? »]
Je leur dirais d'avoir un bon réseau, premièrement. Et deuxièmement, je leur dirais comme n'hésite pas, comme vas-y. Et les gestionnaires, ils adorent les analystes qui leur montrent des nouvelles idées, qui leur amènent des nouvelles affaires puis qui veulent aider. Puis si vous avez un bon réseau, ça va permettre de savoir c'est où est-ce qu'on peut aider. Et en deuxième lieu aussi, ça va vous permettre de savoir c'est comment on peut aider.
Assures-toi de travailler pour quelqu'un qui reflète les mêmes valeurs que toi. Ça fait que si tu es quelqu'un d'innovateur, d'innovatrice, tu veux travailler pour un gestionnaire qui est innovateur, innovatrice. Ça, c'est numéro un. Numéro deux, n'hésite jamais à vouloir aider. Le monde, ils veulent toujours, puis ils vont toujours accepter que quelqu'un vienne les aider. Ça fait que si tu offres ton aide, un, tu vas être un très bon collègue, et deux, tu vas pouvoir en savoir beaucoup sur qui fait quoi et voir c'est où les opportunités. Et si t'es vraiment innovatrice, innovateur, ta façon de penser va avoir des nouvelles solutions puis de nouvelles façons de faire des affaires. Ça fait que je vous dirais que c'est les deux conseils que j'aurais.