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Réflexions par Janice Stein (LPL1-V45)

Description

Cette vidéo met en vedette la professeure Janice Stein, première directrice de l'École Munk des affaires internationales et des politiques publiques de l'Université de Toronto, qui parle de moments et d'événements historiques qui continuent de façonner le monde politique de nos jours.

Durée : 00:59:06
Publié : 10 juillet 2025
Type : Vidéo
Séries : Série Analyses et réflexions


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Réflexions par Janice Stein

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Transcription : Réflexions par Janice Stein

[00:00:10 Les mots « Leadership », « politiques », « gouvernance » et « innovation » apparaissent en séquence à l'écran, suivi du titre « Analyses et réflexions ».]

[00:00:20 Le logo de l'EFPC apparaît.]

Narration : Les fonctionnaires, les leaders d'opinion et les spécialistes à l'échelle canadienne réfléchissent aux idées qui façonnent la fonction publique : le leadership, les politiques, la gouvernance, l'innovation et au-delà. Voici la série Analyses et réflexions, réalisée par l'École de la fonction publique du Canada.

[00:00:25 Après un fondu, la professeure Janice Stein apparaît à l'écran.]

Taki Sarantakis : Professeure Janice Stein, bienvenue. Merci de vous joindre à nous.

Janice Stein : Quel plaisir d'être avec vous, Taki!

[00:00:29 Le texte « Janice Stein, directrice fondatrice, École Munk / spécialiste des affaires internationales / Professeure, Université de Toronto » apparaît.]

Taki Sarantakis : Parlez-nous un peu de vous. Où êtes-vous née?

Janice Stein : Je suis née à Montréal, la petite-fille d'immigrants venus d'Europe de l'Est. Ma mère était l'enfant unique de l'un de ces couples de grands-parents et a été l'une des premières femmes à étudier le droit à McGill dans les années 1930, alors que les femmes n'étaient pas admises au barreau.

Taki Sarantakis : Et que faisaient vos parents? Votre mère était-elle professeure?

Janice Stein : Non, elle ne pouvait pas exercer le droit parce que les femmes n'y étaient pas autorisées avant la fin de la guerre, et à ce moment-là, elle a eu des jumeaux, mais l'expérience la plus formatrice de ma vie a probablement été de lui demander : « Pourquoi as-tu des études en droit si tu ne pouvais pas exercer? » Elle m'avait alors répondu : « Parce que c'était très intéressant. »

Taki Sarantakis : Que faisait votre père?

Janice Stein : Avocat.

Taki Sarantakis : Avocat. Il exerçait la profession d'avocat parce qu'il était un homme?

Janice Stein : C'est exact. Il exerçait la profession d'avocat parce qu'il était un homme, et pour les Montréalais ou les Québécois qui nous écoutent, mes parents ont étudié le droit avec Philip Vineberg. C'est un cabinet d'avocats très connu au Canada aujourd'hui, et ma mère est allée à Québec avec les deux hommes, les a préparés à leur examen du barreau et est restée dans la chambre d'hôtel lorsqu'ils sont allés passer l'examen.

Taki Sarantakis : Où avez-vous fait vos études?

Janice Stein : Je suis allée à l'Université McGill, où mes parents avaient fait leurs études.

[00:02:21 Une image de l'Université McGill s'affiche.]

Et puis, l'histoire se répète, j'ai été de la première promotion de femmes à entrer à l'Université de Yale.

[00:02:34 Une image de l'Université de Yale s'affiche.]

Il s'agissait de la première promotion de femmes admises aux études supérieures, et c'était aussi tard qu'en 1964.

Taki Sarantakis : Qui vous a particulièrement impressionné ou vous a semblé mémorable à Yale?

Janice Stein : La faculté était vraiment formidable, et j'ai choisi un programme qui me permettait de ne pas avoir à choisir entre l'histoire et les sciences politiques, car j'adorais les deux. Je ne voulais pas choisir. Un merveilleux historien de l'Asie du Sud-Est, Harry Benda, a eu une influence considérable sur ma façon de concevoir l'histoire, car il n'enseignait pas que de l'histoire de la guerre et de la diplomatie, bien que ça en faisait partie, mais aussi l'histoire de la culture, de la culture populaire, de la société, des familles et de tout le reste. Ça a été l'une de ces expériences formatives où l'on m'a ouvert les yeux. On ne voit jamais le monde de la même manière, après coup.

Taki Sarantakis : C'est probablement la meilleure définition de ce qu'est un·e enseignant·e : quelqu'un qui vous fait voir le monde différemment. C'est une bonne chose que vous ayez étudié l'histoire, parce que je vais vous interroger sur l'histoire, sur des dates et des événements. Vous allez nous faire une sorte de tour d'horizon intellectuel, principalement du 20e siècle, mais nous en évoquerons d'autres. Nous allons donc commencer en 1648, avec le traité de Westphalie.

[00:04:28 On montre une image du traité de Westphalie à l'écran, à côté du texte suivant : « Le traité de Westphalie a mis fin à la guerre de Trente Ans. Il reconnaît également les Pays-Bas en tant que nation indépendante et promet la tolérance religieuse dans le Saint-Empire romain germanique. »]

Janice Stein : Vous n'avez même pas eu besoin de le nommer le traité, Taki, car 1648 se démarque vraiment par celui-ci. C'est une chose tout à fait remarquable qui s'est produite. Nous pourrions digresser longuement sur la cartographie et sur l'importance des cartes, et elles importent pour les raisons que vous et moi venons d'évoquer. Elles importent de la même manière que l'art importe. Elles vous font voir le monde différemment. Si vous regardez les cartes médiévales, la ville est toujours au centre, les villages sont autour de la ville, et c'est ainsi que les cartographes voyaient le monde à cette époque. Mais ce qui se passe en 1648? Un énorme changement dans la cartographie. Tout à coup, on a tracé des lignes que nous appelons aujourd'hui des frontières. On a délimité des territoires, les a inscrits sur des cartes, et des études fantastiques montrent que la cartographie telle qu'on la connaît, où l'on trace des lignes et délimite des territoires, est antérieure au traité de Westphalie et à la création d'États. Ce sont donc les cartographes qui menaient la politique.

Taki Sarantakis : C'est assez incroyable, car les cartes et les lignes sur les cartes que nous tenons pour acquises aujourd'hui sont des inventions relativement récentes dans l'histoire de l'humanité. Ainsi, avec le tracé des lignes, quelque chose d'autre est apparu, soit la notion que vous, qui que vous soyez, êtes maintenant responsable des choses qui se passent à l'intérieur de ces lignes, et que vous, qui êtes à l'extérieur de ces lignes, n'avez en quelque sorte rien à dire sur ce que fait l'autre. Dites-nous en plus à ce sujet.

Janice Stein : C'est ce qu'on appelle la souveraineté.

Taki Sarantakis : C'est ce qu'on appelle la souveraineté. Dites-nous en plus sur la souveraineté.

Janice Stein : Ce n'est pas arrivé par accident. À nouveau, regardons la racine du mot « souverain » : roi. Il existe un contrat entre un roi – ce sont généralement des rois, bien qu'il y ait eu quelques reines, mais c'était généralement des rois – et son peuple, et voici le marché qui a été conclu en échange de la sécurité à l'intérieur de ces frontières. C'est le contrat le plus fondamental qui existe entre les gouvernants et les gouvernés. En échange, vous pouvez percevoir des impôts et nous les accepterons parce que vous assurez la sécurité collective des personnes qui vivent à l'intérieur de ces frontières ou de ces lignes. Mais au fait, personne d'autre ne peut s'en prendre à qui que ce soit à l'intérieur de ces lignes. Aucun souverain étranger n'a le droit de s'y ingérer et de s'en prendre aux personnes qui se trouvent à l'intérieur de ces lignes.

Taki Sarantakis : Et donctout de suite, nous avons une sorte d'État-nation moderne. Avant, les frontières étaient plus perméables, plus fluides. Pendant une grande partie de l'humanité, nous avons été nomades. Nous allions où nous voulions. Mais en 1648, d'une manière générale, le monde a commencé à se figer. Il a commencé à se solidifier.

Janice Stein : C'est le cas, vous avez tout à fait raison. C'est une invention. C'est le résultat d'une création humaine. C'est nouveau et cela limite la mobilité, ce que nous ne réalisons pas.

Taki Sarantakis : Oui, parce que nous pensons que nous vivons à l'ère de la mondialisation, mais nos ancêtres, d'une certaine manière, avaient une plus grande liberté de mouvement.

Janice Stein : Tout à fait. Pour rendre cette histoire encore plus personnelle, lorsque mon grand-père est venu à Montréal depuis l'Ukraine, sans documents ni papiers, il est descendu du navire à son premier arrêt parce qu'il avait le mal de mer, et c'était à Montréal. Il ne connaissait rien. Il ne parlait pas les langues et n'avait pas de passeport. La mobilité de la main-d'œuvre était plus libre avant 1914 qu'elle ne l'est aujourd'hui.

Taki Sarantakis : C'est tout à fait incroyable. Nous allons maintenant faire un saut dans le temps. Ce sera notre seul saut quantique dans le temps, alors ne soyez pas pris de vertiges, et tous les autres se feront par paliers beaucoup plus petits. Nous allons donc faire un bond en avant de 300 ans. Parlez-nous un peu de 1945. La guerre, la Seconde Guerre mondiale, vient de finir.

[00:09:25 Une série d'images de groupes de personnes à la fin de la Seconde Guerre mondiale défile.

Dans quel état se trouve l'Europe? Dans quel état se trouve l'Amérique du Nord? Dans quel état se trouve l'Asie? Parlez-nous un peu de 1945.

Janice Stein : En 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, tout le monde était convaincu que c'était la guerre qui mettrait fin à toutes les guerres, mais pourquoi? Parce que dans ces 30 années, c'est si difficile pour nous de penser à ça, Taki, mais 100 millions de personnes ont été tuées au cours de ces 30 années, plus de… les chiffres varient un peu, mais on en compte environ 60 millions au cours de la Seconde Guerre mondiale, si l'on compte les morts civiles. Et donc, après toute cette dévastation, l'Europe était à plat. Pour en dresser un portrait en langage moderne, une grande partie de l'Allemagne ressemblait à Gaza. Les rues n'étaient que des ruines.

[00:10:27 Une série d'images des restes d'un bâtiment détruit s'affiche.

Il n'y avait pas de nourriture. Les gens mouraient de faim. Il n'y avait pas un espace de combat défini comme c'était le cas avant que ces lignes souveraines ne soient tracées, lorsque les rois et leurs armées royales s'affrontaient de manière très limitée sans jamais impliquer les civils, et d'ailleurs, à l'époque, vous pouviez régler tout cela par un duel si vous ne vouliez pas faire la guerre. Ici, nous sommes à l'autre extrémité du spectre pour ce qui est de l'ampleur de la dévastation. Mais qu'est-ce qui ressort de tout cela? Deux choses. Premièrement, un ensemble d'institutions internationales qui ont défini, je crois, pour être juste, la période de 1945 à 2015, si on est généreux et je le suis probablement un peu trop, mais c'est une longue période : les Nations Unies, l'UNICEF, que beaucoup, beaucoup de gens connaissent, toutes les agences spécialisées, l'Organisation mondiale du commerce.

Taki Sarantakis : Oui, vous prenez de l'avance… nous y reviendrons.

Janice Stein : Toute cette famille d'institutions de Bretton Woods est soutenue par des personnes convaincues que la solution consiste à mettre en place de grandes institutions internationales. Cela ne se reproduira plus. Et puis, une institution très différente est fondée en 1948 ou 1949 : l'OTAN, qui était une organisation de sécurité collective, une alliance qui était un peu différente, n'est-ce pas? Dans le ressenti. L'idée, c'est que nous ne pouvons peut-être pas tout miser sur la collaboration internationale, que les choses peuvent encore mal tourner et que, si c'est le cas, nous avons un groupe d'États partageant les mêmes idées et épris de liberté qui s'uniront, selon laquelle une attaque contre l'un d'entre nous est une attaque contre nous tous, et que ferons-nous? Nous nous consulterons.

Taki Sarantakis : Il ne s'agit pas d'une institution, mais quelque chose d'autre est né de cette période.

[00:12:51 Une image du général George C. Marshall s'affiche à côté d'une de ses citations : « Il est logique que les États-Unis fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour favoriser le retour du monde à une santé économique normale sans laquelle il ne peut y avoir ni stabilité politique ni paix assurée. ».

Le général Marshall, qui n'était pas encore général à l'époque, s'est rendu, je crois, à Harvard, où il a prononcé un discours. Parlez-nous un peu de ce discours et du plan qui en a découlé.

Janice Stein : Il était déjà secrétaire d'État à l'époque. Il avait quitté l'armée et, à bien des égards, il était en avance sur son temps, car pendant ce discours… Ce discours était un appel à fournir une aide financière massive à une Europe dévastée. Il comprenait que les institutions internationales ne suffisaient pas, qu'une organisation de sécurité collective ne suffisait pas, que si les Européens ne parvenaient pas à redresser leurs économies, à reconstruire leurs sociétés, ils seraient un terreau fertile pour ce qu'il avait déjà identifié comme la radicalisation, c'est-à-dire l'attrait du communisme, dont la Russie était l'exemple. Il fallait donc des sociétés prospères. La garantie de sécurité la plus importante est celle de sociétés prospères et saines, et il savait que l'Europe n'avait pas les ressources nécessaires à l'époque pour se relever. Le plan Marshall, comme on l'appelait, est l'exemple le plus réussi d'aide au développement que nous ayons eu, et j'affirme ceci, soit dit en passant, au moment même où le président Trump vient d'annuler, ou de mettre en suspens, toute l'aide au développement.

[00:14:30 Une image du président américain Donald Trump s'affiche.

Taki Sarantakis : Oui, et pour rendre les choses plus personnelles de mon côté, mon père était enfant, entre cinq et huit ans, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et son principal souvenir au fil des ans, et presque le seul souvenir qu'il en garde, c'était la faim. Juste la faim, la faim constante. Le plan Marshall est très différent – revenons un peu en arrière – à la fin de la Seconde Guerre mondiale de ce qu'il était à la fin de la Première Guerre mondiale. À la fin de la Première Guerre mondiale, les vainqueurs, au lieu d'aider à la reconstruction des peuples ou des nations, punissaient presque les agresseurs, n'est-ce pas?

Janice Stein : Oui, et quel contraste intéressant. Même si, soit dit en passant, les causes de la Première Guerre mondiale sont beaucoup plus obscures. Il est plus difficile de trouver les agresseurs que lors de la Seconde Guerre mondiale, où il s'agissait franchement d'une agression pure et simple, sans aucune ambiguïté à débattre, mais cela n'a pas eu d'importance. Il y avait… dans un sens, nous avons gagné la guerre. Nous imposerons des sanctions, et l'aspect le plus controversé de la stratégie a probablement été les réparations punitives imposées à l'Allemagne, qui ont entraîné une hyperinflation en Allemagne, la destruction de la classe moyenne allemande et exactement ce dont George Marshall parlait : l'appauvrissement et la radicalisation de l'Allemagne, qui ont créé un terrain fertile pour la montée des nazis. Ce chemin est facile à tracer.

Taki Sarantakis : Je pense que lord Keynes a appelé cela les conséquences économiques de la paix.

[00:16:24 Une image de John Maynard Keynes s'affiche.]

Bon, j'ai oublié l'année exacte. C'était à la fin des années 1940, après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Winston Churchill a prononcé un discours.

[00:16:39 Une image de Winston Churchill s'affiche.

Vous souvenez-vous de la phrase qu'il a prononcée?

Janice Stein : « Le rideau de fer est tombé. »

Taki Sarantakis : Parlez-nous un peu du rideau de fer.

Janice Stein : Alors, très rapidement, pendant la Seconde Guerre mondiale, il y a eu une alliance entre la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis. C'était une alliance critique, soit dit en passant. En tant qu'historiens, nous savons que c'est… et ce n'est pas très populaire de dire cela, mais la Russie a gagné la guerre.

Taki Sarantakis : Oui, absolument.

[00:17:13 Une image d'Adolf Hitler s'affiche.

Janice Stein : C'est lorsque Hitler a tourné ses armées contre la Russie, lors de cette gigantesque bataille terrestre, que les Russes ont montré leur extraordinaire capacité à supporter la douleur, ce qui est… et nous le constatons à nouveau à notre époque, mais ils peuvent supporter la douleur et la souffrance. En fin de compte, cette armée russe, nombreuse, encombrante, maladroite, de second ordre et mal entraînée, a triomphé contre l'armée allemande, bien mieux entraînée, mobile, rapide, capable de mener une guerre éclair, grâce à son nombre. C'est simplement en raison de son nombre et de sa profondeur stratégique. Ils ont été des partenaires essentiels pendant la guerre, mais dès la conférence de Yalta, il était évident que Staline avait des objectifs personnels, et très rapidement, entre 1945 et 1948, l'armée russe occupe des pans entiers de l'Europe de l'Est. Churchill l'a vu venir et il a parlé… c'est ce qu'il entendait par « rideau de fer » et ce nom est resté, et c'est en partie ce qui a donné naissance à l'OTAN. Dans les deux ans qui ont suivi la guerre, parmi les personnes qui étaient convaincues que la Grande Guerre était la guerre qui devait mettre fin à toutes les guerres, on a consacré toutes nos énergies à la prise de conscience que la guerre pouvait revenir, même si les États-Unis étaient encore à l'époque la seule puissance nucléaire et que l'objectif était d'empêcher une autre guerre, mais la guerre était envisageable.

Taki Sarantakis : Je ne sais pas s'il l'a écrit à l'époque ou plus tard, mais pour en revenir à votre remarque sur la Russie, Churchill a écrit que la Seconde Guerre mondiale a été gagnée – n'oubliez pas qu'il est britannique – grâce aux cerveaux britanniques, à l'argent américain et au sang russe. Je m'en souviens toujours parce que ce n'est pas nécessairement tout à fait vrai, mais cela exprime beaucoup de choses.

Janice Stein : C'est vrai, et, vous savez, je mentionnerais aussi l'endurance et le courage britanniques, car nous oublions que depuis le début de la Seconde Guerre mondiale avec l'invasion de la Pologne en septembre 1939, jusqu'en décembre 1941, aux États-Unis, FDR, malgré sa compréhension des enjeux, n'avait aucune marge de manœuvre à l'intérieur des États-Unis ou très peu, et le pays était soumis à une tendance isolationniste très forte, et j'insiste sur ce point pour une raison, parce que cela nous aidera à comprendre.

Taki Sarantakis : Les États-Unis d'abord.

Janice Stein : Les États-Unis d'abord, voilà ce que c'était. Et jusqu'à ce que les Japonais attaquent Pearl Harbor, les gens disaient : « Je ne veux pas m'ingérer dans ces guerres étrangères, c'est leur guerre, pas la nôtre », comme Donald Trump vient de le dire.

Taki Sarantakis : Maintenant, une dernière chose avant d'aborder la guerre froide, parce que je pense que cela prépare bien le terrain pour la guerre froide : parlez-nous du long télégramme. Télégraphe? J'ai oublié si c'était un télégramme.

Janice Stein : C'était un télégramme. C'était un câble diplomatique. C'est un télégramme, sauf qu'il s'agit d'un télégramme secret qu'un ambassadeur envoie au pays, et il s'agissait de George Kennan.

[00:20:40 Une image de George Kennan s'affiche.

Pendant de très nombreuses années, on l'a appelé le « câble X » parce qu'il était secret et que les gens ne pouvaient pas écrire à son sujet, mais George Kennan était, encore une fois, un observateur avisé de l'histoire. Je crois vraiment que les meilleures personnes à lire sont les historiens, même si je n'en suis pas professionnellement une, et son argument était très sophistiqué. C'est lui qui a préconisé une stratégie, qu'il a appelée l'endiguement, consistant à ne pas engager l'Union soviétique dans une guerre directe, car elle s'effondrera en raison de ses propres contradictions. Vous voyez ici l'inversion d'un argument léniniste, n'est-ce pas?

Taki Sarantakis : Selon lequel le capitalisme va s'effondrer.

Janice Stein : Oui, parce que le document léniniste est, bien sûr, que le capitalisme financier à un stade avancé s'effondrerait en raison de ses propres contradictions. George Kennan a renversé la situation : non, non, non, c'est l'Union soviétique et le communisme qui s'effondreront. Alors, que doit-on faire? Vous les endiguez. Croyez-le ou non, il s'agissait d'une stratégie modérée par rapport aux faucons de la guerre qui voulaient une confrontation directe avec l'Union soviétique.

Taki Sarantakis : En parlant de l'Union soviétique, un événement s'est produit en 1957.

Janice Stein : Avant de passer à 1957, parlons d'un autre événement qui s'est produit en 1948-1949, les procès de Nuremberg, et qui est également pertinent pour notre situation actuelle.

[00:22:16 Une image du procès de Nuremberg s'affiche, à côté d'un texte qui dit : « Le procès de Nuremberg, tenu par les Alliés, a jugé des représentants de l'Allemagne nazie pour avoir planifié et exécuté des invasions à travers l'Europe et commis des atrocités pendant la Seconde Guerre mondiale ».]

Les vainqueurs ont jugé des figures nazies, principalement aux États-Unis avec une participation britannique symbolique, mais des procès ont eu lieu et des personnes ont été tenues pénalement responsables de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

Taki Sarantakis : Des individus.

Janice Stein : Des individus en leur qualité individuelle, exactement, vous avez raison, que l'on a jugés pour les ordres qu'ils ont donnés, car il s'agit du premier génocide du 20e siècle à une échelle aussi massive, et les procès de Nuremberg deviennent… ils sont le lieu de formation d'un corpus de droit international, que l'on a appliqué à nouveau que 50 ans plus tard.

Taki Sarantakis : En 1957.

Janice Stein : En 1957, l'année du Spoutnik.

[00:23:21 Une image de Spoutnik 1 s'affiche, à côté d'un texte qui dit : « Spoutnik 1, parfois appelé simplement Spoutnik, a été le premier satellite artificiel de la Terre. Il a été lancé en orbite terrestre basse elliptique par l'Union soviétique le 4 octobre 1957 dans le cadre du programme spatial soviétique ».]

L'année où les Soviétiques ont envoyé Spoutnik, nom qu'ils ont donné à ce qu'on pourrait appeler un satellite très primitif tournant autour de la terre, et qui a crié un choc aux États-Unis : « Oh, mon Dieu! Nous sommes à la traîne. »

Taki Sarantakis : Parce qu'ils étaient… nous étions censés être en avance sur eux.

Janice Stein : Nous étions censés être en avance, et vous savez quoi? « Mon doux, quelqu'un y est arrivé le premier! Nous sommes à la traîne. Il s'agit d'une question de sécurité nationale fondamentale. » Mais que font-ils en 1957 lorsque cela se produit? Ils financent la science et l'éducation dans les universités. L'ampleur du retard est discutable, mais laissez-moi vous dire que lorsqu'une injection massive de fonds est consacrée à l'enseignement des sciences et à la recherche avancée, l'économie et la société américaines s'en trouvent stimulées. C'est une histoire remarquable, vraiment.

Taki Sarantakis : C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés avec la DARPA, qui existe encore aujourd'hui.

[00:24:35 Le logo de la DARPA apparaît sur l'écran d'un téléphone intelligent, à côté du texte suivant : « La DARPA (Defense Advance Research Projects Agency) est une agence de recherche et de développement du département américain de la Défense, spécialisée dans les technologies de pointe. Fondée en 1958, elle a contribué à des innovations telles que les débuts de l'Internet (ARPANET), la technologie furtive et l'IA. »]

Janice Stein : La Defense Advanced Research Projects Agency qui était… et c'est en fait, à bien des égards, une belle histoire parce que le gouvernement n'est généralement pas la source de l'innovation et de la créativité, mais un groupe de personnes au sein du Pentagone a reçu le mandat de trouver les meilleurs scientifiques à l'extérieur, de trouver les meilleures idées, de les financer et de s'écarter de leur chemin, ce qui est l'élément vraiment critique, s'écarter de leur chemin. Mais ensuite, une fois que ces innovations deviennent importantes pour la sécurité, nous nous associons à eux, et l'innovation la plus connue issue de la DARPA est probablement l'Internet, l'autoroute de l'information.

Taki Sarantakis : 1962.

Janice Stein : Mon doux, c'est la fois où nous avons frôlé de plus près l'extinction : la crise des missiles de Cuba.

[00:25:31 L'image d'un missile apparaît à côté du texte suivant : « La crise des missiles de Cuba, en octobre 1962, a été une confrontation directe et dangereuse entre les États-Unis et l'Union soviétique pendant la guerre froide. »]

En effet, Nikita Khrouchtchev voulait défendre Cuba contre ce qu'il pensait être une attaque américaine certaine, et il avait de bonnes raisons de le croire. Il ne se faisait pas d'illusions, car les É.-U. avaient déjà essayé et échoué dans la baie des Cochons.

[00:25:45 Une image de Nikita Khrouchtchev apparaît.

Je pense donc qu'il est très important que les gens comprennent qu'il ne s'agissait pas d'une stratégie délirante. Il disposait d'armes et de navires nucléaires, de missiles nucléaires, qu'il a envoyés à Cuba, et des soldats russes ont aidé les Cubains à les installer et à les camoufler. C'est un avion d'espionnage relativement récent à l'époque, l'U-2, qui les a découverts.

[00:26:11 Une image de l'ancien président américain John F. Kennedy apparaît.

Le président Kennedy, dans le discours probablement le plus célèbre de tous les présidents américains, selon moi, des 75 dernières années, est passé à la télévision, ce qui était nouveau à l'époque, et a déclaré : « Nous traversions une crise existentielle, la période la plus dangereuse qui soit, et que les Russes devaient retirer leurs missiles de Cuba, faute de quoi nous les envahirions. » Il s'est alors produit un événement remarquable, auquel j'ai participé. En 1987, un groupe d'historiens et d'historiennes a réuni tous les décideurs vivants et survivants à Moscou et à Washington, et nous avons organisé des conférences, deux à Washington et une à La Havane parce que nous avions manqué les enfants de Pedro Pan, et ce fut l'une des expériences les plus remarquables de ma vie. Aucune des deux parties ne savait à quel point nous étions proches du gouffre. La personne la plus étonnée a été Robert McNamara, secrétaire à la Défense à l'époque.

[00:27:17 Une image de Robert McNamara apparaît.

Taki Sarantakis : Le petit génie, la brume de guerre.

Janice Stein : Oui, tout ça. Lui qui croyait que l'on pouvait utiliser la science et l'ingénierie avancées pour améliorer la prise de décision, et que tout était rationnel et que l'on… et l'idée, en un sens, que la science, en particulier les sciences de l'ingénieur, pouvait générer le contrôle. Et quand il a appris – je n'oublierai jamais ce moment – qu'il y avait un commandant naval soviétique local déployé et que tous ces commandants, qui avaient des missiles à disposition, avaient reçu des ordres selon lesquels, s'ils sentaient que leurs navires étaient attaqués, ils avaient l'autorité déléguée de tirer, il ne savait absolument pas que c'était le cas. Et bien sûr, s'ils les avaient lancés, cela aurait probablement…

Taki Sarantakis : Nous ne serions pas en train d'en parler aujourd'hui.

Janice Stein : Nous ne le ferions probablement pas, et je pourrais continuer à en parler jusqu'à la fin de notre rencontre, mais il y a eu deux ou trois quasi catastrophes ici, Taki, et qu'est-ce que j'en ai retenu? Jamais, comme l'a dit John F. Kennedy, et c'est probablement la meilleure expérience, je pense, la meilleure déclaration d'un haut dirigeant au sujet de la guerre : « Il y a toujours un enfant de chienne qui n'a pas reçu le mémo. » Pas vrai? Tant que vous comprenez que, lorsque vous êtes un leader, il y a toujours un enfant de chienne qui ne reçoit pas le mémo, vous n'avez pas le contrôle, vous n'avez jamais le contrôle total sur quoi que ce soit. Prévoyez de ne pas avoir le contrôle et prévoyez suffisamment de protection pour ne pas entraîner tout le monde dans votre chute.

Taki Sarantakis : Voilà une belle transition indirecte vers quelqu'un qui aimait dire « enfant de chienne ». Que s'est-il passé en 1972 à Washington?

Janice Stein : Mon doux (rires), c'était le Watergate. C'était le Watergate.

[00:29:35 Une image de l'ancien président américain Richard Nixon apparaît à côté du texte suivant : « Le scandale du Watergate (1972-1974) est une controverse politique impliquant l'administration du président Nixon, qui a commencé par un cambriolage du siège du Comité national démocrate par des membres de sa campagne de réélection. Les tentatives de Nixon pour dissimuler son implication ont conduit à sa démission. »

Je dirai, et je ne suis pas clinicienne, mais lorsqu'une personne, un président, Richard Nixon en l'occurrence, qui présentait manifestement des symptômes de paranoïa et était alcoolique, en passant. En fait, il n'était techniquement pas alcoolique, mais c'est très intéressant. Il ne supportait pas l'alcool. Ainsi, lorsqu'il avait… S'il prenait deux verres, il était ivre, et il l'a été de nombreuses nuits à la Maison-Blanche, depuis le Watergate jusqu'à la guerre du Kippour, la guerre d'octobre 1973, lorsque les armes nucléaires sont revenues sur le devant de la scène. Il était ivre cette nuit-là. Il a encouragé des membres de son personnel à s'introduire dans le complexe d'appartements du Watergate pour obtenir des documents qui, selon lui, compromettraient les démocrates. Ils ont été découverts et il a tout nié, et nous avons débattu pendant une année sur ce que le président savait et quand, et il y a eu révélation après révélation, des reportages captivants à la télévision, et c'est la première fois que la confiance du public envers les décideurs commence à s'affaiblir.

Taki Sarantakis : C'est là où je voulais en venir. J'allais vous demander : quel effet cela a-t-il eu sur la psyché américaine, sur la psyché nord-américaine, de voir de la politique brute, du pouvoir brut, des cambriolages, des mensonges sous serment, etc.?

Janice Stein : Je ferais une distinction entre le pouvoir brut et le cambriolage. Je les mets dans un même panier, puis dans l'autre panier, je mettrais le mensonge. Jusqu'alors, les gens croyaient le président, et le fait de mentir sous serment comme certains… il y a eu des phrases célèbres.

[00:31:34 Une image du secrétaire à la Justice John Newton Mitchell apparaît.

Le secrétaire à la Justice, Mitchell, avait cette phrase merveilleuse, je ne sais pas si vous vous en souvenez, avec laquelle il commençait chaque réponse : « pour autant que je m'en souvienne ». En réalité, ça signifiait qu'il allait dire n'importe quoi, parce qu'il allait continuer à prétendre qu'il ne se souvenait de rien, n'est-ce pas? C'était sa « carte de sortie de prison ». C'est on ne peut plus corrosif, et cela a eu des conséquences terribles, terribles, au cours des 50 années qui ont suivi, franchement. Tout d'un coup, on a cessé de faire confiance à ce que disaient les plus hauts responsables du gouvernement, et les Canadiens et Canadiennes, comme toujours, étaient rivés à leurs télévisions. Nous avons toujours eu cette frontière très poreuse entre le Canada et les États-Unis, et nous commençons à perdre confiance en l'honnêteté et l'intégrité de nos dirigeants. C'est un facteur corrosif pour la démocratie.

Taki Sarantakis : Oui, et je ne suis pas sûr que nous ayons récupéré cette confiance.

Janice Stein : Non, non.

Taki Sarantakis : En 1989, quelque chose a pris fin, en théorie ou en pratique.

Janice Stein : Quelque chose s'est terminé. C'était… remettons les choses dans leur contexte.

[00:32:43 Une image de l'ancien président américain Ronald Reagan Mitchell apparaît.

Ronald Reagan, un acteur doté d'un sens profond de la théâtralité, peu importe ce qu'il avait ou n'avait pas, se rend à Berlin et prononce un discours célèbre : « Abattez le mur, M. Gorbatchev. »

Taki Sarantakis : Ce que tous ses conseillers lui ont dit de ne pas faire.

Janice Stein : « Ne dites pas ça, c'est provocateur », n'est-ce pas? Non, il a prononcé le discours. « Abattez ce mur ».

[00:33:11 Une image du mur de Berlin apparaît.

Eh bien, le mur de Berlin, construit en 1962 par les Russes, a en fait stabilisé la crise la plus dangereuse. Il a mauvaise réputation, ce mur. Il a vraiment mauvaise réputation, parce que Berlin a été un point chaud au plus fort de la guerre froide, et quand il a construit ce mur, toute… leur crainte de voir les Européens de l'Est traverser la frontière pour entrer en Allemagne de l'Ouest et échapper au rideau de fer s'est envolée. Ça a permis de faire baisser la température. C'était aussi un obstacle insurmontable pour les Européens de l'Est, qui ont perdu toute chance de s'échapper. Ce mur est tombé en 1989, après quatre années sous le joug de Gorbatchev.

[00:34:09 Une image de l'ancien président de l'Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, apparaît.

Il a ouvert le système, permis l'apparition de deux concepts célèbres, la glasnost et la perestroïka, mais c'est arrivé par accident, d'ailleurs. Encore une fois, ce n'était pas prévu. Les gardes-frontières d'Europe de l'Est… d'Allemagne de l'Est n'ont pas reçu le mémo.

Taki Sarantakis : Oui, ils ne savaient pas quoi faire.

Janice Stein : Ils ne savaient pas quoi faire, et c'est par pure coïncidence qu'ils ont permis à un groupe de jeunes d'avancer jusqu'à ce mur.

Taki Sarantakis : Un jeune officier du KGB y était en poste.

Janice Stein : Oui.

Taki Sarantakis : Comment s'appelait-il?

Janice Stein : Comment s'appelait-il, Taki?

Taki Sarantakis : Vladimir Poutine.

Janice Stein : Oui, cet officier du KGB. Parce qu'il y a un autre officier et c'est sur lui que je pensais que vous m'interrogiez, mais ce n'était pas cette année-là… vous connaissez la grande histoire de Petrov en 1983? Oh, mon Dieu, vous devez raconter l'histoire. C'est une histoire tellement super. Lui, Petrov, se trouvait dans le centre de commandement et de contrôle nucléaire à Moscou… à l'extérieur de Moscou, et il a reçu une alerte sur le système indiquant que les États-Unis avaient lancé sept missiles en direction de Moscou.

Taki Sarantakis : En 1983.

Janice Stein : En 1983, n'est-ce pas? Une période de fortes tensions entre Reagan et Gorbatchev, qui n'était pas encore au pouvoir. C'était tendu… et il est légalement obligé. Il reçoit l'alerte du centre de commandement et de contrôle nucléaire. Il doit l'annoncer, il doit l'annoncer parce qu'il ne reste que 30 minutes entre le lancement et l'arrivée des missiles à ce moment-là. Et donc, à l'agonie, il prend une décision. Il ne va pas envoyer d'avis à la chaîne de commandement pour signaler que ces missiles sont en route, parce qu'il n'a pas confiance en ce que feront les dirigeants russes. Il était persuadé qu'ils ordonneraient le lancement de missiles russes, et il attend les 30 minutes et rien ne se passe. C'est probablement lui, qui, à lui seul, nous a tous sauvés, et qu'est-ce que c'était, d'ailleurs? Nous savons maintenant que c'était la faute d'un dysfonctionnement du système radar et d'oiseaux. Il est traduit en cour martiale par les Russes.

Taki Sarantakis : Parce qu'il n'a pas suivi la chaîne ou le protocole.

Janice Stein : Parce qu'il n'a pas suivi les ordres et qu'il est… comment savons-nous tout cela? Il est finalement libéré en 2016, et plusieurs d'entre nous avons eu la chance de l'interviewer. Il s'agit d'histoires incroyables sur le rôle que les individus peuvent parfois jouer, mais il y a un message plus large ici, un message pour notre époque, sur l'importance de laisser les humains en contrôle, n'est-ce pas? Même si les humains sont des décideurs imparfaits et qu'il y a toujours quelqu'un qui ne reçoit pas le mémo, il y a souvent quelqu'un qui exerce un jugement qui est démenti par ce que les machines vous disent. Et si vous retirez l'humain du processus, vous augmentez le risque d'avoir un terrible, terrible accident.

Taki Sarantakis : Revenons maintenant au jeune officier du KGB.

Janice Stein : Vladimir Poutine.

Taki Sarantakis : Vous souvenez-vous du fameux appel téléphonique qu'il a passé et de ce qu'il en a retiré?

Janice Stein : Même à l'époque, lorsqu'il a vu ce mur s'effondrer, il était choqué, après tout ce pour quoi il avait travaillé au cours de sa carrière. Et il a décrit cet événement comme la plus grande catastrophe qui se soit jamais produite. La plus grande… Je crois qu'il a parlé de la plus « grande catastrophe jamais survenue dans l'histoire ».

Taki Sarantakis : Et la réplique était « Moscou est silencieuse ».

Janice Stein : Oui.

Taki Sarantakis : Ce qui, pour lui, revient à dire « nous nous sommes effondrés et que nous sommes livrés à nous-mêmes ».

Janice Stein : « Nous avons échoué. »

Taki Sarantakis : « L'Union soviétique n'est plus. »

Janice Stein : Il a eu raison, car deux ans plus tard, l'Union soviétique n'existait plus, mais il ne s'en est jamais remis. Il ne s'en est jamais remis.

Taki Sarantakis : Nous sommes dans les années 1990, c'est Bill Clinton qui est président, et non George Bush, héros de guerre. On pense parfois aux années 1980 comme étant houleuses, mais ce sont les années 1990 qui l'ont été.

Janice Stein : Les années 1990.

Taki Sarantakis : Parlez-nous de la mondialisation. Parlez-nous des années 1990. Parlez-nous de…

Janice Stein : Les années 1990 ont été l'âge d'or, franchement. Si vous avez eu la chance d'être jeune dans les années 1990, c'était la meilleure époque pour vivre. C'est la « fin de l'Histoire ». Francis Fukuyama nous a dit que c'était la fin de l'Histoire. La démocratie avait triomphé. Le commerce allait unifier le monde entier. Le libre-échange allait nous unifier… la paix était proche. Les dividendes de la paix étaient énormes. La Chine a été admise à l'OMC dix ans plus tard, en 2002. Le monde entier était tissé serré.

Taki Sarantakis : Exactement, mais tissé serré, avec Coca-Cola, Disney, McDonald's. C'était un peu comme si les Américains s'étaient tissés ensemble.

Janice Stein : En effet, parce que les grandes entreprises mondiales étaient toutes américaines. L'économie américaine s'est effondrée, et ce n'est pas la première fois. Cette économie est remarquablement innovante en dépit de son leadership. C'est vraiment incroyable, le dynamisme de l'économie américaine. Il y avait ces entreprises mondiales, et probablement le pire article de Thomas Friedman (rires), parce qu'il en a écrit de très bons, mais c'était son pire, dans lequel il disait que son indicateur, vous vous souvenez, c'était les arches de McDonald's. Où qu'il aille dans le monde, s'il y avait des arches McDonald's, ces pays n'allaient attaquer personne d'autre. Ainsi, la mondialisation avait apporté, pensaient-ils, la paix au monde.

Taki Sarantakis : Or, cette paix a été brisée par une littérale détonation, un beau jour de septembre où le ciel était dégagé. Que s'est-il passé ce jour-là? En fait, nous savons tous ce qui s'est passé ce jour-là. Quelles ont été les conséquences de cette journée?

Janice Stein : Donc, pensez à ça : les États-Unis n'avaient pas été attaqués, la patrie n'avait pas été attaquée, depuis que nous, au Canada, avec nos amis britanniques…

Taki Sarantakis : En 1812.

Janice Stein : C'est vrai, nous sommes allés à Washington.

Taki Sarantakis : Et à Detroit. Nous avons pris Detroit.

Janice Stein : Nous avons pris Detroit, nous sommes allés jusqu'à Washington et nous avons brûlé de grands pans de Washington.

Taki Sarantakis : Ce qui, je crois, n'est pas enseigné aux États-Unis, mais c'est une autre…

Janice Stein : Non, mais nous devons le faire, car il n'est pas étonnant que nous ayons des problèmes avec les États-Unis. Ils ont une loi. Ils l'enseignent.

Taki Sarantakis : C'est vrai.

Janice Stein : Ils le font, mais nous ne l'enseignons pas, et ç'a été traumatisant pour les États-Unis.

[00:41:30 Une image de l'effondrement du World Trade Center le 11 septembre apparaît.

Trois mille personnes sont mortes dans l'effondrement du World Trade Center. Ce n'est pas le nombre de victimes. C'était : « Oh, mon Dieu… »

Taki Sarantakis : « C'est arrivé ici. »

Janice Stein : « C'est arrivé ici. » N'oubliez pas que la Seconde Guerre mondiale n'a jamais eu lieu en territoire américain. Pearl Harbor…

Taki Sarantakis : La guerre du Vietnam ne s'est jamais rendue ici.

Janice Stein : Jamais.

Taki Sarantakis : La guerre de Corée ne s'est jamais rendue ici.

Janice Stein : Rien, rien de tout ça. Alors, comment est-ce arrivé? Quelqu'un a été assez inventif pour penser à utiliser des avions de ligne civils contre nous. C'est là que commence toute cette discussion, Taki, sur l'immigration en tant que menace. Elle commence le 11 septembre. Ça a promu le retour de la sécurisation des États-Unis. C'est ce qui a commencé… Ce que la mondialisation a fait… C'est l'une des moins bonnes répliques de Tom Friedman : « Le monde est plat. » Le monde n'était pas plat, mais il croyait que la mondialisation effaçait les lignes dont nous avons parlé. Le 11 septembre les a remis sur la carte, et nous, au Canada, l'avons compris parce que nous avions aminci notre frontière avec les États-Unis. Si vous étiez Canadien ou Canadienne, vous pouviez passer la frontière en voiture, baisser votre vitre, et l'inspecteur des frontières vous disait : « Bonjour, comment allez-vous? Quel est votre nom et combien de temps resterez-vous aux États-Unis? » Pas de documents, pas de papiers, « au revoir, amusez-vous! »

Taki Sarantakis : Je me souviens qu'une fois, alors que je revenais de Buffalo à la frontière, le garde-frontière m'a demandé : « Quel est le numéro de téléphone de Pizza Pizza? » J'ai répondu « 967-1111 » et il m'a répondu : « Bonne journée, monsieur ».

Janice Stein : Oui.

Taki Sarantakis : Et vous passiez en voiture, sans passeport, sans rien.

Janice Stein : Et donc, ça a remis les lignes sur la carte.

[00:43:13 Une image de John Manley apparaît.

Et si vous vous souvenez bien, notre propre dirigeant, John Manley, a travaillé nuit et jour avec les Américains pour empêcher l'épaississement de la frontière et pour leur assurer, en passant, deux choses : nous pouvions contrôler la frontière et il n'y aurait pas de terroristes qui passeraient du Canada vers les États-Unis. Vous pouvez compter sur nous, nous pouvons contrôler cette frontière de manière fiable.

Taki Sarantakis : En 2008, le monde commence à se dérégler. General Electric, Lehman Brothers, Bear Stearns, les sociétés d'assurance… Que se passe-t-il?

Janice Stein : Nous avons connu probablement la pire crise financière mondiale. D'ailleurs, faisons la distinction entre crises financières mondiales et récessions, d'accord? Ce ne sont pas les mêmes choses. Les récessions sont des ralentissements. Je pense que la définition technique, comme vous me le direz, je pense qu'il s'agit de deux trimestres successifs de…

Taki Sarantakis : De croissance économique négative.

Janice Stein : De croissance économique négative. La crise financière mondiale est d'un tout autre ordre. Il s'agit d'un blocage du système financier mondial. C'est beaucoup, beaucoup plus grave et ses conséquences s'étendent. Lorsque cela s'est produit en 2008, le problème est devenu mondial en l'espace de quelques jours, car les banques sont des institutions mondiales. Comment cela a-t-il commencé? L'avidité. L'avidité des banquiers locaux qui ont prêté des hypothèques à des personnes dont ils savaient qu'elles ne pourraient pas les rembourser.

Taki Sarantakis : Comment appelaient-ils cela? Des prêts garantis?

Janice Stein : Non, ça, c'est après. Tout d'abord, ils ont prêté des hypothèques à des personnes en sachant qu'elles n'auraient aucune chance de les rembourser et qu'ils prendraient simplement possession de leurs maisons en cas de défaut de paiement. Ensuite, ils ont fractionné ces hypothèques locales et les ont appelées « titres garantis par des créances ». C'est ça, et ce qui était le… et ensuite, vous pouviez les reconditionner ces tranches, et quel était l'avantage de faire cela? Le premier, c'est qu'il était possible d'atténuer le risque et, l'autre, encore mieux, c'est que personne ne savait ce que contenaient ces titres. Il fallait faire preuve d'une incroyable diligence, et nous les avons vendues.

Taki Sarantakis : Ils recevraient également des honoraires.

Janice Stein : Chaque fois que vous en vendiez, vous perceviez des honoraires, pas vrai? Les plus grandes banques ont donc acheté des titres sans savoir ce qu'ils contenaient. Puis, lorsque ces prêts hypothécaires se sont effondrés, la crise financière mondiale a fait l'effet d'un château de cartes et les États-Unis se sont effondrés, ou presque.

Taki Sarantakis : Nous avons parlé du Watergate et du facteur de confiance du côté des politiciens. Est-ce que… la crise financière était-elle un peu analogue à ça, mais pour le système économique, du fait qu'il est truqué, qu'on ne peut pas jouer ou gagner dans ce système parce que les banques gagnent toujours, que les assureurs gagnent toujours? Ils ne renflouent pas les créanciers hypothécaires. Ils renflouent le propriétaire de l'hypothèque.

Janice Stein : C'est tout à fait exact. Alors, qu'a-t-on dit après le Watergate? « Mon Dieu, les dirigeants mentent. » Avec la crise financière mondiale, non seulement les dirigeants mentaient, mais le système était truqué contre le petit peuple. Ils n'agissent pas en faveur des déposants des banques. Ils n'agissent pas en faveur des personnes qui ont perdu leur maison, qu'elles n'auraient jamais dû pouvoir acheter de toute façon parce qu'il était si évident qu'elles allaient perdre leur maison. Qui a-t-on renfloué? Les personnes les plus riches de la société, les banquiers. C'est ainsi que les économistes ont inventé à l'époque une phrase qui est criante de vérité : « On socialise le risque », c'est-à-dire que nous assumons tous le risque, et « on privatise les gains ». Je crois, Taki, que c'est le début de la vague populiste que nous connaissons aujourd'hui. On peut remonter directement à ce fait, et le fait que l'administration Obama n'ait pas poursuivi un seul banquier pour malversation est ce qui l'a déclenché… ce sont les premiers germes du populisme.

Taki Sarantakis : Nous allons conclure sur le populisme et c'est notre dernier sujet. Mais avant de conclure sur le populisme, passons à notre avant-dernier sujet : la crise des réfugiés syriens de 2015.

[00:48:02 Des images de groupes de personnes pendant la crise des réfugiés syriens apparaissent.

Je crois que c'est un, deux ou trois millions de personnes qui fuient la Syrie. C'est horrible, horrible.

Janice Stein : Et l'Afghanistan.

Taki Sarantakis : Et l'Afghanistan. Ils subissent des horreurs et ils essaient de fuir en majorité vers l'Europe. Que se passe-t-il ici?

[00:48:24 Une image d'un groupe de réfugiés sur un bateau apparaît.

En quelque sorte, l'Europe en quelque sorte dit… Que dit l'Europe, alors que deux ou trois millions de personnes frappent à sa porte?

Janice Stein : Bon, c'est l'Europe de l'euro, du traité de Schengen où les frontières sont éradiquées à l'intérieur du continent. C'est l'Europe qui croit qu'elle est l'avant-garde de la civilisation, que si le reste du monde a échoué, l'Europe, elle, a réussi à mettre fin à la guerre en son sein. C'est l'Europe des Lumières. C'est l'arc de l'histoire qui va s'infléchir et dont l'Europe va fixer la direction. L'Europe ne manquait pas de confiance en elle à l'époque, et les Européens nous considéraient, nous, les Nord-Américains, comme des cousins cadets. Nous ne comprenions pas les choses comme les Européens. Et un million de réfugiés se présentent aux portes de l'Europe, principalement dans deux pays, l'Italie et la Grèce, qui sont submergés par le flux de réfugiés.

Taki Sarantakis : Peut-on dire que ce million de personnes a mis l'Europe à genoux?

Janice Stein : Eh bien, voici ce qui se passe, et ça vaut la peine d'y consacrer une minute ou deux.

[00:49:42 Une image de la chancelière Angela Markel apparaît.

La chancelière Angela Merkel, qui est la chancelière de l'Allemagne, accepte le défi et admet un million de réfugiés en Allemagne. Ça suscite une réaction publique réfractaire. Il y a un million de réfugiés pour lesquels il n'y avait pas de plans d'absorption, pas de plans adéquats de logement, pas de plans adéquats de reconversion, et tout cela d'un seul coup. Cela déclenche la vague de populisme de droite anti-immigration en Europe et, d'une certaine manière, l'Europe d'aujourd'hui a relevé ses frontières. L'existence de l'Union européenne n'a pas d'importance. Tout à coup, ces lignes réapparaissent sur toutes les cartes, comme en 1648. Les frontières sont contrôlées. Une grande partie des progrès réalisés en Europe ont reculé, et regardez l'Europe d'aujourd'hui. En Allemagne, l'AfD a le vent dans les voiles. Il s'agit d'un parti cryptofasciste. Appelons les choses par leur nom. C'est ce qu'il en est. C'est un parti populiste cryptofasciste de droite.

[00:50:56 Une image de Marine Le Pen apparaît.

En France, Marine Le Pen et le Rassemblement national mènent un parti populiste de droite qui a des racines fascistes. Son père, qui en était le fondateur, a été exclu du parti, mais nous connaissons sa descendance, et il y a le premier ministre Meloni, en Italie.

[00:51:18 Une image du premier ministre italien Giorgia Meloni apparaît.

Taki Sarantakis : Et la Hongrie.

Janice Stein : Et la Hongrie. Donc, l'Europe d'aujourd'hui, en 2025, serait méconnaissable pour les dirigeants européens d'il y a dix ans. Pourquoi? Qui a déclenché cela? Un million d'immigrants syriens et afghans.

Taki Sarantakis : Pour arriver à une base de population de quoi? 400 millions de personnes?

Janice Stein : Oui.

Taki Sarantakis : 380?

Janice Stein : Oui, les plus riches du monde, les plus riches du monde avec des économies florissantes, dont la plupart, bien sûr, ont la capacité de les absorber.

Taki Sarantakis : Et certaines choses horribles, terribles, se produisent dans ce que vous avez appelé il y a un instant une sorte d'avant-garde « illuminée » du monde. Par exemple, des gens en Grèce, d'où mes parents sont originaires, ont été mis en cage.

Janice Stein : Oui.

Taki Sarantakis : En Méditerranée, des bateaux sont renvoyés d'où ils viennent, ce qui est tout à fait remarquable. Je pense que cela montre à quel point le vernis de la civilisation est mince. Nous allons conclure…

Janice Stein : Une dernière chose, Taki, une dernière. Les Européens ont payé le président Erdogan.

[00:52:26 Une image du président turc Recep Tayyip Erdogan apparaît.

Ils l'ont payé pour arrêter ces immigrants et les empêcher d'atteindre les côtes européennes. Qu'est-ce que cela vous apprend?

Taki Sarantakis : Exactement. Nous allons conclure ici, nous concluons avec le mot en « P », le populisme. Le populisme existe depuis longtemps, mais il semble particulièrement fort en ce début d'année 2025. Premièrement, qu'est-ce que le populisme? Deuxièmement, pourquoi revient-il en force aujourd'hui?

Janice Stein : Bien entendu, les historiens, les politologues et les sociologues se disputent sur ce qui constitue le populisme. Quelle que soit la définition que je vous donne, Taki, il y en a cinq autres. Permettez-moi de vous l'expliquer ainsi, il peut y avoir un populisme de gauche et un populisme de droite. Ce n'est pas le monopole de la droite, c'est un populisme public, c'est-à-dire du peuple, de révolte contre les élites. C'est là, je dirais, son essence : la méfiance à l'égard des élites.

Taki Sarantakis : Et des institutions?

Janice Stein : Et des institutions que le peuple considère comme truquées contre lui. Ce qui donne de l'oxygène au populisme, c'est la conviction que le système est injuste, qu'il est par définition injuste, et que les gens honnêtes et travaillants ne peuvent pas réussir parce que les règles du jeu sont injustes et qu'elles sont truquées par les riches qui manipulent le système, par les élites.

Taki Sarantakis : Je ne veux pas terminer négativement. Alors, parlez-nous de quelque chose de positif alors que nous sommes de nouveau assis ici en 2025.

Janice Stein : Pour être franche avec vous, je pense que nous vivons une période difficile. La guerre est de retour en Europe, dans le continent qui a mis fin à la guerre, et nous venons de traverser 75 ans d'histoire. Nous avons assisté à une guerre où les Russes perdent, avec 1 500 morts et blessés par jour, et où l'Ukraine se bat pour sa survie. Nous venons d'assister à une guerre épouvantable au Moyen-Orient. La guerre est de retour. Les institutions internationales n'ont jamais été aussi affaiblies et je crois en fait, Taki, que certaines d'entre elles ne survivront pas à cette période et que nous devrons mettre en place une période de créativité institutionnelle, mais nous ne pouvons pas continuer à nous appuyer sur des institutions qui sont pratiquement mortes. C'est une erreur. Les institutions démocratiques sont prises d'assaut. Il faut sonner l'alarme en constatant qu'un président des États-Unis gracie des personnes qui en ont agressé d'autres et, dans certains cas, qui ont participé au meurtre d'un policier, et qu'il n'y voit rien de mal. Cela ne peut que saper la confiance envers l'État de droit, et la trajectoire des États-Unis suscite beaucoup d'inquiétude. Je pense donc qu'il est très important que les gens comprennent la gravité du moment, qu'ils le prennent très au sérieux et qu'ils réfléchissent très sérieusement au type de contribution qu'ils peuvent apporter au renforcement de la société civile et de l'État de droit dans leurs propres communautés locales, car nous vivons une époque très, très astreignante.

Taki Sarantakis : Peut-être pouvons-nous agir comme ces personnes lors de la crise des missiles de Cuba. En 1983, nous n'avons pas lancé les missiles.

Janice Stein : Nous avons un moment pour le Canada avant de terminer. Paradoxalement, je pense que nous vivons un moment intéressant au Canada, et nous verrons si j'ai raison. Mais pour la première fois, les Canadiens et Canadiennes sont dans l'œil du cyclone. Donald Trump nous a placés en tête de son programme pour des raisons que nous ignorons tous. Nous pourrions spéculer et nous le faisons, mais nous sommes dans cette situation. Nous sommes passés en tête de programme et il nous menace de droits de douane qui, d'une part, violeraient totalement l'accord de libre-échange que nous avons conclu avec les États-Unis et le Mexique, mais qui, d'autre part, plongeraient notre économie dans une grave récession. Qu'est-ce qui ressortira de ça? C'est peut-être le moment où le Canada se réveille, où il commence à prendre au sérieux l'argument selon lequel le monde n'est pas un endroit sûr, que pour naviguer dans ce monde, il faut être adulte, investir dans sa propre sécurité, ses propres institutions et sa propre prospérité, que les traitements de faveur doivent cesser et que s'engager dans des banalités stupides et partisanes est un luxe que ce pays ne peut plus se permettre. C'est ce que me disent les Canadiens et Canadiennes depuis plusieurs semaines, et si ce que j'entends est exact, il s'agit peut-être paradoxalement d'un moment, d'une crise, d'une occasion trop belle pour être gâchée, et peut-être que le Canada ne la gâchera pas.

Taki Sarantakis : Professeure Janice Stein, je vous remercie pour le temps que vous m'avez accordé, pour votre sagesse et pour la richesse des connaissances que vous avez apportées à ce public. Je ne suis pas sûr que beaucoup d'êtres humains ont l'envergure nécessaire pour parler de ce pan de l'histoire, et nous avons beaucoup de chance que vous soyez l'un d'entre eux et que vous soyez canadienne.

Janice Stein : Merci, Taki. J'ai vécu la plupart des choses dont vous avez parlé, mais c'est l'avantage : pas d'être âgée, mais d'être vieille. Je ne me souviens pas de 1648, mais de presque tout ce dont nous avons parlé. C'était un plaisir d'être avec vous.

Taki Sarantakis : Professeure Janice Stein, merci.

[00:58:56 Le logo de l'EFPC apparaît à l'écran.]

[00:59:02 Le logo du gouvernement du Canada apparaît à l'écran.]

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