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Soulignons le jour de Louis Riel : réalités métisses (vidéo)

Description : Apprenez-en plus sur les difficultés, les défis et les occasions qui se présentent aux communautés métisses alors qu'elles établissent des relations constructives et appuient les efforts de réconciliation avec les autres peuples autochtones.

Soulignons le jour de Louis Riel : réalités métisses

Date : 17 mai 2022

Durée : 01:35:03

Résolution : 1080p


Transcription

[Le logo de l'EFPC apparaît à l'écran.]

[Tasha Cloutier apparaît dans un panneau de discussion vidéo. Elle parle en silence quelques instants.]

Tasha Cloutier, Patrimoine canadien : J'étais en sourdine. Bon après-midi à tous. Bienvenue à l'événement d'aujourd'hui, Soulignons le jour de Louis Riel : réalités métisses. Nous vous sommes reconnaissants de prendre le temps de vous joindre à nous aujourd'hui pour cet événement. Pour ceux et celles qui ne me connaissent pas, je me présente, Tasha Cloutier. Je suis née Tasha Paul et je suis une Wolastoqey de la Première Nation de Woodstock au Nouveau-Brunswick. Je suis aussi directrice, Gestion stratégique et affaires régionales à Patrimoine canadien et j'enseigne à temps partiel ici même à l'École. C'est avec plaisir que j'anime la séance d'aujourd'hui en remplacement de ma charmante collègue Shauna. Avant de commencer, j'aimerais prendre le temps de reconnaître que je fais un appel vidéo aujourd'hui sur le territoire non cédé du peuple algonquin Anishinaabeg. Je vis ici depuis de nombreuses années et j'ai eu la chance d'être accueillie sur ce territoire, et de très nombreux Algonquins m'ont fait profiter de leur savoir, de leur amour et de leur grâce pendant tout ce temps.

Je reconnais que nous travaillons et participons tous à cet appel vidéo de divers endroits partout au pays et qu'il se peut que vous travailliez dans un territoire différent. Je vous encourage à prendre un moment pour y réfléchir ainsi qu'aux raisons pour lesquelles c'est important pour vous. Avant de commencer, j'aimerais vous faire part de certains détails administratifs pour favoriser le déroulement de votre participation à cet événement. Nous vous recommandons de vous déconnecter du RPV et d'assister à la séance à partir d'un appareil personnel si possible, afin d'optimiser la qualité visuelle. Veuillez noter que nous disposerons de la traduction simultanée pour cet événement ainsi que des services CART, c'est-à-dire des sous-titres. Veuillez consulter le courriel de rappel envoyé par l'École pour accéder à ces services. Aujourd'hui, nous allons répondre à des questions grâce à l'interface collaborative vidéo. Veuillez cliquer sur le bouton de participation dans le coin supérieur droit de votre écran et soumettre votre question avec votre adresse courriel. Nous n'aurons peut-être pas le temps de répondre à toutes les questions, mais nous répondrons au plus grand nombre possible. J'aimerais maintenant vous présenter Marie-Louise Perron, gardienne du savoir à l'Université Saint-Paul, qui prononcera le mot d'ouverture traditionnel. La parole est à vous, Marie-Louise.

[Trois autres panélistes se joignent à la discussion.]

Marie-Louise Perron, gardienne du savoir, Université Saint-Paul : [Indigenous language (Mitchif)]

Bonjour tout le monde, j'ai à juste vous dire, bonjour. Et de décliner ma généalogie, ma parenté, les familles. Vous avez reconnu les noms. Tous des non francophones. Aujourd'hui, c'est une belle journée. Le Créateur nous a donné une superbe journée ensoleillée. Peu importe ce qui est arrivé hier, peu importe ce qui arrivera demain. C'est une journée flambant neuve. Pour nous d'en faire à notre gré. Et en espérant que nous choisirons de faire quelque chose pour faire du bien dans le monde. Étant donné la situation qui sévit ici à Ottawa, c'est le temps, je crois, de se rappeler que nous sommes tous parents. Et quand je dis que nous sommes tous parents, nous sommes parents avec tous les êtres de la terre. Tous les êtres qui sont de toute nature, que ce soit nous, les deux pattes, les 4 pattes, les animaux, ceux qui ont les racines dans la terre, ceux qui ont, des ailes, ceux comme les poissons qui vivent dans l'eau. Et tous les êtres. Visible et invisible, d'ailleurs. Alors, nous allons parler des réalités métisses. Et pour ça, je rappelle, étant donné la raison pourquoi nous sommes ici rassemblés. grâce au Créateur. Pour le soleil qui a été donné. Pour nous réchauffer, er nous donner la clarté. à notre grand-mère, la lune qui régit les eaux. Des eaux de la terre, des eaux dans les corps des femmes et de tout le monde. Nous rendons grâce au Créateur.

Nous rendons grâce comme je vous ai dit, pour tous les animaux. Parce que ceux là, se sont engagés devant le Créateur pour prendre soin de nous. Donc on ait de la nourriture, des vêtements, des abris, des médecines. Donc, ils se sont engagés devant la Créateur pour se sacrifier. Jusqu'à ce point là. Pour nous aider à survivre et croître. Donc, voilà grâce. Aux Créateur et à tous ceux et celles qui sont avec nous aujourd'hui. Nos ancêtres qui sont disparus. Ils sont ici, nous les portons dans notre cœur et dans notre ADN. Donc, ils sont ici avec nous. Nous leur demandons de nous donner la parole, notre vérité juste et bien. Et pour toutes ces raisons, on se rend grâce à tous et à toutes. Et je dis merci. Merci. Miigwetch, miigwetch, miigwetch, merci, miigwetch.

Tasha Cloutier : Merci beaucoup, Marie-Louise. C'était magnifique. Permettez-moi maintenant de souhaiter la bienvenue aux trois panélistes d'aujourd'hui qui partageront leur point de vue particulier sur les réalités métisses. Tout d'abord, l'honorable Tony Belcourt, leader et défenseur des droits des Métis, qui parlera de son vécu et donnera son point de vue en tant qu'aîné. Ensuite, Marie-Louise Perron, gardienne du savoir à l'Université Saint-Paul, qui couvrira le point de vue des femmes. Enfin, Gabrielle Fayant, codirectrice générale et cofondatrice de l'Assemblée des sept générations, qui couvrira le point de vue des jeunes.

Avant de céder la parole à l'aîné Belcourt, permettez-moi de vous parler un peu de son parcours. Je ferai de même pour chaque panéliste avant que ce soit leur tour de parler. Tony Belcourt est originaire de la communauté métisse de Lac Ste. Anne, en Alberta. Au cours de sa carrière longue de plus de 50 années, M. Belcourt a compté d'importantes réalisations dans les affaires autochtones, ainsi que dans les secteurs privé, public et sans but lucratif. Président fondateur du Conseil des Autochtones du Canada, il a joué un rôle déterminant dans la création d'un organisme national pour les Métis et les Indiens non inscrits du Canada. Ses efforts ont été déterminants dans la reconnaissance des Métis comme l'un des peuples autochtones du Canada dans la Loi constitutionnelle de 1982. Tony est un négociateur respecté et, à titre de président fondateur de la nation métisse de l'Ontario, il a aidé à faire reconnaître les droits constitutionnels existants des Métis dans l'arrêt R. c. Powley de la Cour suprême du Canada en 2003. Membre de plusieurs conseils d'administration, il a participé à de nombreuses nouvelles conférences internationales, dont les négociations sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Maintenant largement considéré comme un aîné métis, il a reçu de nombreux prix, dont le Prix national d'excellence décerné aux Autochtones dans la catégorie des services publics en 2006, et il a été nommé officier de l'Ordre du Canada en 2013. La parole est à vous, M. Belcourt.

Tony Belcourt, leader et défenseur des droits des Métis : Merci, Tasha, merci, Marie-Louise, pour votre merveilleuse ouverture. Je ne sais pas si je donne mon point de vue en tant qu'aîné. Je donne mon point de vue sur ce que cela signifie d'être Métis au Canada. Je peux vous dire que la situation est bien différente de ce qu'elle était lorsque j'étais jeune, et Marie-Louise le sait. Gabrielle, vous le sauriez aussi, vous auriez certainement pris la parole à ce moment-là ou pas exactement, mais un peu plus tard. À mon arrivée à Ottawa en 1971 pour diriger le Conseil des Autochtones du Canada, mon plus grand défi a été de... J'ai sensibilisé les gens à la cause des Métis, car je pense que, particulièrement en Ontario, l'idée était que Louis Riel était mort depuis longtemps, tout comme les Métis. Je suis devenu membre du Cercle national des journalistes du Canada, et je me souviens d'y être et qu'on me posait toujours des questions au sujet des Métis et que, mon Dieu, ils ne savaient pas que vous étiez encore en vie, ce genre de choses et des questions offensantes, comme « Qu'est-ce qu'un Métis? ».

C'était assez décourageant. Cela dit, durant tout ce temps, les dix premières années de croissance du Conseil des Autochtones du Canada, nous avons pu faire affaire avec le gouvernement fédéral et régler toute une gamme de problèmes afin d'être reconnus en tant que groupe qui devait recevoir du financement fédéral réservé à la démocratie participative, comme on disait à l'époque. Dix ans plus tard, l'un de mes successeurs, Harry Daniels, était président et il a insisté pour que le mot « Métis » soit ajouté à la nouvelle constitution patriotique. À l'article 35, qui stipule que les droits existants – ancestraux ou issus de traités – des peuples autochtones sont reconnus et confirmés, Harry a insisté pour qu'il y ait un sous-article précisant que « peuples autochtones » s'entend des Indiens, des Inuits et des Métis. Il savait très bien qu'en raison de la façon dont le gouvernement fédéral nous avait traité auparavant, si ce n'était pas dans la constitution, on dirait toujours que cet article constitutionnel ne s'applique qu'aux Indiens. En ce qui concerne les Inuits, en raison de la Loi sur les Indiens et de la décision rendue par la Cour suprême en 1936, nous devons traiter avec les Inuits. On relève toujours de la compétence des provinces et il faut les solliciter pour tout besoin.

Ce fut une entreprise fructueuse et l'histoire de la façon dont cela s'est produit est fascinante. Plus tard, en 1993, un Métis de la région de l'Ontario a été accusé d'avoir chassé illégalement l'original et a décidé qu'il allait se battre. Le nouveau groupe que nous avions créé à l'époque, la Nation métisse de l'Ontario, a décidé que nous allions appuyer Steve Powley et son fils Roddy. Dix ans plus tard, en 2003, la Cour suprême du Canada a statué à l'unanimité que les droits des Métis n'avaient jamais été éteints.

Ils n'ont jamais été éteints par traité, à l'exception du traité qui avait été négocié au Manitoba en 1870. Comme les droits des Métis n'avaient pas été éteints, il s'agissait toujours de droits existants. Cette avancée a été extraordinaire pour nous. Cela voulait dire que le gouvernement fédéral ne pouvait plus dire que vos droits avaient peut-être existé à un moment donné, ce qui est l'un des arguments qu'il a soulevés au tribunal, mais qu'ils ont disparu, que vous ne les avez jamais eus au départ ou qu'ils ont été éteints d'une façon ou d'une autre. Ils n'existent pas. Eh bien, la Cour suprême a été très claire. En fait, nous avions eu gain de cause en ce sens devant tous les niveaux de tribunal. Depuis, les changements tardent à se produire, mais les Métis ne sont plus aussi harcelés qu'auparavant lorsqu'il s'agit d'exercer leur droit constitutionnel de chasser pour se nourrir.

Ces dernières années, le gouvernement fédéral a conclu des ententes sur la reconnaissance et sur l'autonomie gouvernementale avec les organisations métisses provinciales de l'Ontario à l'Alberta. En raison de la décision rendue par la Cour suprême dans l'affaire des revendications territoriales au Manitoba, des négociations sont en cours avec les Métis qui ont participé aux événements de la rivière Rouge en 1870. L'histoire et la contribution de Louis Riel au Canada ne sont malheureusement pas bien connues ou comprises. Ce n'est pas enseigné dans les écoles, ce qui est tragique à mon avis, car ce chapitre de l'histoire est tellement fascinant. La tournure des événements de l'époque a façonné le visage du Canada.

En 1869, le Canada avait conclu un accord avec la Compagnie de la Baie d'Hudson pour acheter les terres qui avaient été données en Angleterre à la Compagnie de la Baie d'Hudson. Ce transfert devait avoir lieu le 1er janvier 1870, mais cet automne là, Sir John A. McDonald tenait tellement à faire place aux colons qui voulaient venir de l'Ontario. Il a envoyé des arpenteurs et les gens là-bas étaient alarmés, parce qu'ils vivaient là-bas et suivaient le type de peuplement traditionnel le long des berges. Tout le monde avait accès à l'eau pour ses pâturages et ainsi de suite. Lorsque ces arpenteurs sont venus et ont fait un travail de quadrillage, ils ne comprenaient pas ce qui se passait. La plupart de nos gens ne parlaient pas anglais, mais Louis Riel si, car il avait fait ses études en droit à Montréal et avait obtenu son diplôme d'avocat. Il a posé le pied sur la chaîne des arpenteurs et a déclaré : « Vous n'irez pas plus loin. »

Cela a certainement provoqué un tollé à Ottawa. Sir Johnny était outré, mais le Parlement britannique a dit qu'à cause de la Proclamation royale de 1763, vous êtes tenu de négocier avec les Métis, car cette proclamation stipulait qu'aucun des sujets britanniques ne pouvait entrer sur le territoire des peuples autochtones dans leurs colonies sans le consentement et l'accord des peuples autochtones concernés. Il n'y avait eu aucune négociation de ce genre avec les peuples autochtones des Prairies, les Métis ou les Premières Nations. Tout ce territoire du Nord, qui était en fait le nord du Québec et le nord de l'Ontario, était également touché, car il s'agissait de la Terre de Rupert. Tout le territoire et tous les cours d'eau qui se déversent dans la baie d'Hudson et la baie James s'appelaient la Terre de Rupert. Ce territoire ne faisait pas du tout partie du Canada. Dans le nord de l'Ontario, ce territoire se terminait à la rivière des Français, au sud de Sudbury. Nous avons dû négocier. Riel et son peuple ont établi le gouvernement provisoire à l'automne, et ils ont établi les conditions de la négociation avec le gouvernement.

Ils avaient établi ce qu'ils considéraient être les modalités, et cela comprenait en partie que les terres que les gens occupaient à la rivière Rouge allaient être reconnues comme des terres métisses. De plus, il devait y avoir 1,4 million d'acres de plus dans ce petit territoire à l'époque, puisque nous parlons de la rivière Rouge, essentiellement juste au sud du lac Winnipeg et jusqu'à la frontière du Canada, de la frontière ontarienne jusqu'aux environs de Brandon, c'était tout. À l'intérieur de ce territoire, 1,4 million d'acres supplémentaires devaient être réservés à ceux qu'on appelait « les enfants des Métis ». C'est pourquoi il y a eu un procès, car c'était une énorme escroquerie, et les gens n'ont jamais obtenu leurs terres. Une bonne partie des terres occupées par le peuple ont été malmenées lorsque les colons sont finalement arrivés.

Dans le cadre de ces négociations, il y avait aussi les gens qui étaient majoritairement francophones, en plus des langues autochtones, bien sûr, y compris la langue métisse... Ils voulaient s'assurer que les droits de la minorité anglophone seraient respectés. Ils ont insisté pour que, tout d'abord, il y ait une province, une assemble législative qui aurait compétence sur les questions judiciaires au niveau provincial, que ce soit une province et qu'il y ait des sénateurs et des députés, etc. Mais aussi, toutes les affaires juridiques au Manitoba devaient être dans les deux langues officielles : les tribunaux, la législature, etc. Le Manitoba, à son grand regret, il y a une vingtaine d'années ou quelque chose comme ça, n'est-ce pas Marie-Louise?, a découvert qu'il n'avait pas respecté ses obligations constitutionnelles, toutes ses lois, et il a donc fallu les traduire en français ou en anglais, non, en français, parce que tout se passait en anglais. Ils ont tout simplement contesté, désapprouvé ou ignoré les responsabilités.

Louis Riel et beaucoup de gens sont partis. Louis Riel a dû partir parce que sa tête avait été mise à prix : 5 000 $, ce qui équivalait à quelques centaines de milliers de dollars canadiens il y a une vingtaine d'années. Cette somme a été entièrement versée et il s'est exilé aux États-Unis. Il est devenu citoyen américain et a enseigné au Manitoba. Lorsque les habitants de la Saskatchewan ont été envahis de nouveau par des colons et que leurs terres ont été pillées par des colons qui ne se souciaient pas de leur présence, ils sont allés chercher Riel et l'ont ramené au pouvoir. Nous savons maintenant que, selon l'histoire, il a été pendu pour haute trahison, un motif pour lequel aucun autre Canadien n'a jamais été accusé. Une accusation dont aucun autre Canadien n'a jamais été accusé, et il était citoyen américain, alors toute la question de savoir s'il pouvait être accusé était contestée, mais peu importe.

Le procès n'a pas eu lieu à Winnipeg ou dans un endroit où il y avait un juge et un jury. Il a plutôt eu lieu au Manitoba avec un magistrat, ou-- en Saskatchewan avec un magistrat et son peuple au lieu d'un jury. Riel a été pendu, mais il a laissé un héritage incroyable aux Métis. Une autre chose concernait les Premières Nations, car l'une des sources d'intrigue était que Riel et le gouvernement provisoire, les gens de la rivière Rouge, considéraient qu'il s'agissait d'un traité avec les Métis. Ils ont considéré cela comme leur traité et ont précisé qu'une fois l'accord conclu avec le Canada, ils seraient obligés de conclure des traités avec toutes les Premières Nations. Par conséquent, la totalité du territoire de la Terre de Rupert a été négociée, non pas la totalité, mais la majeure partie, dans ce que nous appelons aujourd'hui les traités numérotés de 1 à 11. Il y a aussi d'autres régions qui ne sont pas couvertes, et les gens participent encore à des négociations de traités dans les Territoires du Nord-Ouest, en Colombie-Britannique et en Ontario avec les Anishinaabeg.

C'est donc, je présume, une petite leçon d'histoire que de dire qu'être Métis au Canada aujourd'hui, pour moi, est profondément différent de l'époque où j'étais enfant. Mais d'un autre côté, je suis désolé pour les jeunes Métis qui ne reçoivent pas cette éducation. Il y a encore beaucoup de discrimination partout, et ce n'est que récemment que les gens ont commencé à se sentir libres d'être fiers et d'exprimer leur fierté d'être Métis. Alors, je vous remercie beaucoup de m'avoir invité à participer aujourd'hui. C'est toujours un plaisir pour moi de participer à des tables rondes comme celle-ci, surtout avec ces deux merveilleuses personnes, Gabrielle et Marie-Louise. Merci beaucoup, Tasha.

Tasha Cloutier : Oh, merci beaucoup, Tony. C'était excellent. Je tiens à rappeler aux internautes que vous pouvez poser des questions à tout moment pendant l'événement en utilisant la fonction « Lever votre main ». Vous serez invité à entrer votre adresse courriel dans l'interface collaborative vidéo, et les questions seront envoyées. J'aimerais maintenant présenter notre deuxième panéliste, Mme Marie-Louise Perron, avant de lui céder la parole. Veuillez noter que sa présentation aujourd'hui sera en français et que, dans certains cas, pour les participants qui souhaiteront peut-être passer au canal anglais avec interprétation simultanée, il leur suffira de cliquer sur le bouton Paramètres dans le coin supérieur droit et de choisir l'anglais. Permettez-moi maintenant de vous parler un peu du parcours de Marie-Louise.

Marie-Louise Perron est née sur les terres de son grand-père en Saskatchewan. Elle est la descendante de Métis de la rivière Rouge et Français arrivés au début de la colonie. Elle détient des diplômes en éducation et en beaux-arts de l'Université de la Saskatchewan et une maîtrise en ethnologie de l'Université Laval au Québec. Dans chacun des métiers qu'elle a exercés – enseignante au secondaire, artiste en arts visuels, autrice, archiviste et fonctionnaire – elle a su maintenir la tradition de conteur de son peuple. Maintenant retraitée, Marie-Louise poursuit ses recherches sur l'histoire et la généalogie, anime des ateliers en généalogie autochtone, apprend à jouer le violon traditionnel, et poursuit la tradition de conteuse de différentes façons. En 2015, elle a fait partie du comité ayant organisé l'exposition de l'installation commémorative primée « Walking with our Sister » à Ottawa en 2015.

Au fil des ans, Marie-Louise a joué un rôle actif dans les dossiers des collectivités autochtones, notamment à titre de conseillère et, plus tard, de présidente du Conseil métis de la région d'Ottawa et de membre du Cercle consultatif autochtone de la Banque du Canada, pour n'en nommer que quelques-uns. Actuellement gardienne du savoir à l'Université Saint-Paul, elle partage avec des étudiants de toute la communauté universitaire son expérience et sa connaissance des questions, des cultures, des visions du monde et des traditions autochtones qu'elle a apprises de ses ancêtres et de ses mentors. Madame Perron, à vous la parole.

Marie-Louise Perron : Merci beaucoup, Tasha. Merci aussi à Belcourt. L'histoire qu'il a racontée, c'est mon, c'est l'histoire, c'est l'histoire de ma famille. Les... Tout ce qui est arrivé tout ce qu'il lui a raconté, est arrivé à mes ancêtres. Mais j'étais déjà adulte quand j'ai su qu'on était métis. Parce que je ne savais pas. J'ai grandi ignorant. Le tout de ma culture métisse. Aujourd'hui, je porte la ceinture fléchée de mes ancêtres. C'est une ceinture fléchée, une vraie. Elle date du temps de Riel. Et dans le musée à Saint-Boniface, il y a une montre vitrée avec une ceinture fléchée qui ressemble exactement à celle-là. Alors quand je porte cette ceinture fléchée, je pense toujours à Riel. Et je pense à son histoire. Il a été pendu.

On a essayé de lui dire, essayer de dire à la population qu'il était fou. Et qu'on n'avait pas droit comme défense, ses avocats, ont essayé e le juger, de le faire jugé innocent parce qu'il était fou. Et quand Riel à eu vent de ça, il a refusé les services de ses avocats. Et il a décidé de se défendre lui-même. Parce qu'il avait tellement de confiance dans la justice. Il croyait que si il racontait ce qu'y est arrivé, que les gens sensés lui donnera raison. Qui avait eu un injustice, perpétrée son un métis, et que tout le monde allait comprendre. Malheureusement, c'est pas ça qui est arrivé. Mais je vais juste dire un tout petit mot sur ce qu'on appelle la folie de riel. Parce que c'est vrai qu'il a eu des périodes de maladie mentale. C'est vrai.

Il avait même passé du temps dans un asile à Québec. Quand j'habitais à Québec, je viendrai sur ce sujet-là tantôt, l'asile, où Louis Riel avait été un temps donné, était juste quelques coins de rue de chez moi d'où j'habitais. Mais tout ça là, tout ça, là, je ne savais pas. Je le savais même pas. C'était, c'était extraordinaire. Comment est ce qu'on peut cacher quelque chose d'aussi énorme? A plusieurs générations, à plusieurs générations. Parce que quand je l'ai su, j'ai dit, comment ça se fait? Comment est-ce qu'on aurait pu faire ça? D'avoir été associés, traître, un malade mental? Comment est ce que mon arrière grand-père-- Comment et pourquoi mon arrière-grand-père s'est associé à Riel en 1869-70. Dans le combat dans la résistance du Canada. À la Rivière rouge. Comment? Est ce qu'on aurait pu oublier ça? Ou est ce que c'est un oubli? Où est ce que c'était une clandestinité? Est-ce que ma famille a adapté la clandestinité comme moyen de s'assimiler à la population environnante, d'abord en français, puis ensuite en anglais ou bien, est-ce que c'était juste pour survivre? Comment cette clandestinité s'est vécu? Notre parler français pourtant, n'était pas comme le parler français de nos de la famille de ma mère par exemple, qui n'est pas métisse. Les gens nous disaient, « Va te parler bientôt. » Si il disait pas, « Vous parlez mal? » Mais je ne savais pas notre parler, c'était le français mitchif. Et juste pour vous dire un anecdote. Il y a quelques semaines, juste, il y a quelques semaines, j'ai commencé des cours de mitchif. De la langue mitchif. Et c'est ainsi que j'ai pu vous saluer dans la langue mitchif pour la première fois. Dans une assistance. Pancanadiennes. Pancanadiennes.

Donc je suis un tout petit bébé dans le réapprentissage de ma propre langue. Mais c'est quelque chose que la technologie aujourd'hui qui nous cause tellement de problèmes ailleurs dans la société. Mais aussi c'est bon côté parce que ça me permet de allez apprendre ma langue. Qui je suis dans ma propre langue à mon âge, à mon âge. Alors... Alors, comment la clandestinité est-elle vécue chez nous? Il y avait des sujets tabous. Les gens sont autocorrigés. Les gens ne faisait pas référence, à leur-- Les éléments culturels qui auraient pu les identifier comme étant autochtone. Et tout ça à continué jusqu'en 1980.

J'étais à Québec en train de faire ma thèse de maîtrise en ethnologie et mon sujet, c'était les chansons traditionnelles, les chansons traditionnelles françaises. Je voulais savoir les gens sont traditionnels français, je voulais connaître le trajet qu'ils avaient pris de la France, en mes ancêtres français au Québec, ensuite, sur le parcours canadien. Et là, je suis tombé sur les voyageurs qui ont transporté toutes ces chansons. À travers le pays, pas juste, pas juste en Saskatchewan, mais partout, partout au pays. Et drôlement, ce sont aussi les chansons qui m'ont mené à mon vrai chez moi, chez mes ancêtres Metis. Je vous ai dit, tout ça a changé en 1980, c'est parce qu'en 1980 mon père est décédé. Et comme par hasard, j'étais en Saskatchewan en train de faire du terrain pour ma thèse sur les chansons.

Alors... Avec tout le-- tout le [indistincte] et tout ça là, j'ai mis de côté mon travail, mes interviews sur ma thèse, j'ai mis de côté aussi la pensée que là, il faudra que j'en prenne le travail. Mais là, c'était le temps de rendre visite et avoir des conversations. Des conversations avec ma parenté. Et dans les conversations avec ma parenté, le la loi du silence était lever complètement. Les gens ont commencé à parler. Et quand je les ai interviewés pour ma thèse, ils ont raconter des histoires, chanter des chansons, des contes, des légendes. Parfois de la... de la source française mais autrefois, la source Parfaitement autochtone. Comment le renard est devenu roux? Pourquoi les perdrix sont achetés aujourd'hui? Pourquoi le Vautour n'a pas de plumes sur la tête? Tout ça. Ce sont des contes animaliers autochtones.

Je connaissais pas non plus l'histoire que Tony vient de raconter, je la connaissais pas. Jusqu'au temps que la cousine de mon père me dise que notre arrière grand-père, son grand-père avait participé aux événements à la Rivière-Rouge. Participer au côté de riel. Aux côtés de Riel. Puis elle m'a dit, je devrais le savoir. Parce qu'il a laissé un récit de ce qui s'est passé. Elle est partie dans dans une autre pièce, elle habitait dans une maison de retraité à l'époque. Elle est partie dans une autre pièce, puis elle est revenue avec un récit. Ce que mon arrière grand-père appellait Mémoire des événements de 1869-70. Auquel lui avait participé. Qui était là? Qu'est ce qui s'est passé? À quelle date, qui a fait quoi? Demandez-nous. Et des points de vue sur les événements qui n'était pas le point de vue au ciel que moi j'avais pris à l'école. Et ça... cette ignorance, même perduré pendant que j'étais à l'université, parce que l'histoire officielle de ce qui s'est passé au Manitoba était l'histoire des rebelles qui avait essayé de briser le pays, pas juste une fois, mais deux fois.

Mon arrière grand-père est rester au Manitoba après 1869-70 avec ses 12 enfants. Il a vécu la terreur qui est arrivé après 1885, après 1869-70 aussi. Quand les gens étaient insultés dans les rues, étaient battus, certains étaient mis à mort. Et on 1885, il est parti de l'autre côté des lignes comme on disait à l'époque, aux États-Unis avec ses 12 enfants. Et là, je me suis dit, « Ah là là, » là, ça veut dire que moi je fais partie des rebelles, des terroristes? Donc on n'a pendu le leader. Ce malade mental qui a essayé de briser le [indistincte] pas juste une fois, mais deux fois. Et ça, ça m'était grand-père dans ce groupe là, qui était associé à ces gens-là. Quand j'ai su que mon arrière-grand-père avait participé aux événements, 1869-70, et quand j'ai lu son point de vue, qu'il s'était associé à des gens qui résistait les actions d'un gouvernement, qui avait pas de légitimité dans cette partie du pays.

Là, mon esprit rebelle a dit « Voilà qui je suis, je suis. Je fais partie de ce monde là, je fais partie de ces ces rebelles là. » Parce que j'étais toujours en train de me battre pour garder ma langue française. À l'époque. Je me rappelle. le jour même où j'ai décidé que ma langue française était à moi et puis qu'il avait pas un chat qui a me l'enlever. Et je l'ai regardé et ça m'a toujours servi. Quand j'étais dans une partie du pays où on parle anglais, j'avais du travail parce que je parle français. Quand j'étais dans une partie du pays où on parle français, j'avais du travail parce que je parlais anglais. Ça m'a toujours bien servi. Une fois que les conversations avec les membres de la famille, les histoires, les contes, tout ça là, j'ai commencé à regarder mes propres souvenirs de mon enfance. Pour voir s'il y avait des indices là-- s'il y avait eu des indices là qu'on aurait pu être métisse. Et là, j'ai trouvé des mots qui n'étaient pas des mots français. L'accent qu'on avait dans notre français, c'était pas l'accent Français du Québec. Quand j'ai trouvé les documents, parce que j'ai hérité des documents de la famille, ça m'a dit voilà qui je suis.

Alors j'ai tout de suite suite dit à mes frères et sœurs, « Eh, vous autres là. On est des métisses, on a une histoire extraordinaire. Qui a... faites partie de l'histoire du Canada, nos peuples, notre peuple métis a créé une partie de l'histoire du Canada. » et mes frères et sœurs ont dit, « On parle pas de ça. » Hein? On parle pas de ça? Donc il voilà que la-- le silence continue. Alors je les ai eu pendant [indistincte]. Parce que j'avais évité les documents familiales. Y compris des lettres qu'ils avaient écrit, ils avaient écrit, enfants à leurs grands-parents, et membres de la famille. Je raconte une partie de l'histoire du Canada, l'histoire de notre famille avec. Et finalement en 2005, j'ai participé à un projet de vidéo où j'ai raconté l'histoire de mon arrière grand-père. Et j'ai posé la question à mes frères et sœurs, « Je compte faire ce projet là, qu'en dîtes vous? » Et tout le monde a dit, vas-y. Sauf une qui a rien dit. J'ai dit, six sur sept, j'y vais, je fonce. Et c'est ce que j'ai fait. Quand la vidéo est sortie, celle qui avait pas répondu, m'a écrit une lettre pour me dire, « T'avais juste à ouvrir ta grande gueule.

Maintenant, les gens vont passer chez moi, puis ils vont brûler ma maison. » En 2005, toujours des gens, des métis qui avaient toujours peur que les membres de la Communauté brûlent leurs maisons. Parce qu'ils étaient Métis. Ça, c'était en 2005. Et là. Comme Tony a raconté, nous avons abstinés comme on peut l'être comme métis. On a gardé les froisses de notre histoire, de notre rôle dans le Canada. Et aujourd'hui, on raconte notre histoire fièrement. Parce qu'on sait que même handicapé d'une maladie mental de temps à autre, Riel a pu faire des choses extraordinaires. Absolument extraordinaire.

Aujourd'hui, on reconnaît que la maladie mentale ce n'est pas une description de la personne. C'est une maladie. Mais qu'est ce qu'on peut... qu'est ce qu'on peut accomplir? Mais qu'est ce qu'on peut accomplir? Cet homme là a aider à bâtir le Canada. Et un Canada qui était censé reconnaître une place aux métis dans la fondation du Canada. Alors pour Riel, c'est un héro. Pour les métis, c'est un héro pour moi. Et c'est pour ça que je suis ici aujourd'hui pour vous en parler. De parler de qui il était pour moi, de qui il était pour notre famille. Et pour parler de toutes nos relations aussi. Et de rappeler aux gens que nous sommes tous reliés. Nous sommes comme les deux faces d'une médaille. Impossible de scinder en deux, parce que nous sommes parentés, nous sommes tous reliés par des liens de parenté. Avec la terre. Et avec les uns, les autres. Commençons à agir comme des gens qui sont parents. À se croire, à croire, à l'histoire. À croire à notre parenté. Et s'entraider les uns des autres. Parce que la terre en a besoin aujourd'hui. Et nous aussi, on en a besoin. Des fois, même aujourd'hui, je rencontre des gens qui disent, « Ah. Ton père a choisi pour toi. Va maintenant faire ton lit avec ceux qu'il a choisi. » Mais il y en a d'autres Metis et premières nations qui me disent, il y a tard. Faisons un bout de chemin ensemble sur cette terre merveilleuse à qui nous appartenons tous. Et à cela, je reprends courage. Et je fais le prochain bout de chemin qui s'ouvre devant moi. Merci de votre écoute.

Tasha Cloutier : Merci beaucoup, Marie-Louise. C'était formidable. La prochaine intervenante sera Gabrielle Fayant. Donc, donnez-moi un instant pour vous la présenter. Gabrielle est une Métisse hors réserve, dont la famille est originaire de l'établissement métis de Fishing Lake, en Alberta. Gabrielle est une femme dont le travail dans la collectivité, sur l'autonomisation des jeunes et sur la sensibilisation aux droits des Autochtones a été primé. Elle a travaillé avec plusieurs organisations autochtones et sans but lucratif et est actuellement une aide et cofondatrice de l'Assemblée des sept générations. Il s'agit d'un organisme sans but lucratif dont les fondateurs et les dirigeants sont de jeunes Autochtones qui se consacrent au soutien culturel et aux programmes et politiques favorisant l'autonomisation des jeunes Autochtones, tout en s'appuyant sur les connaissances traditionnelles et les conseils des aînés. Gabrielle se passionne pour la résurgence culturelle et la justice pour tous les peuples autochtones. Je vous cède la parole, Gabrielle.

Gabrielle Victoria Fayant, Assemblée des sept générations : Alors, bonjour à tous. Je m'appelle Gabrielle Victoria Fayant. La plupart des gens me connaissent sous le nom de Gabby, et j'ai vraiment réfléchi à la façon dont j'allais faire cette présentation et parler de ma réalité en tant que Métisse. Donc, je ne sais pas par où commencer, mais allons-y. Pour vous donner un peu de contexte, ma famille vient de l'établissement métis de Fishing Lake. Mon père, mes tantes et bon nombre de mes cousins et de mes oncles y vivent encore aujourd'hui. Fayant est un nom assez populaire à Fishing Lake, également lié aux Pronto, aux Tate et à toutes sortes d'autres personnes de ces lignées. Ma famille s'est d'abord installée en Ontario et au Québec à la fin des années 1700, puis nous avons déménagé. Nous avons continué à déménager jusqu'aux années 1900. Nous avons continué de nous déplacer vers l'ouest, et de plus en plus vers l'ouest.

Nous avons participé à la rébellion de la rivière Rouge. Nous étions les gardiens des chevaux. Nous nous occupons des chevaux depuis maintenant plusieurs générations. Et Gabriel Dumont a même écrit à notre famille pour nous demander de prendre soin des chevaux pendant la rébellion. Nous avons ensuite vécu à Batoche, un bastion métis bien connu. Si vous vous rendez à Batoche, vous verrez le nom de ma famille partout. Et j'y vais souvent une fois par année pour déposer mon tabac afin d'offrir des prières à mes ancêtres et simplement pour reconnaître tous les combats qu'ils ont menés pour que je puisse être ici aujourd'hui. Par la suite, nous avons également fait partie du peuple des réserves routières. Nous vivions dans une grande pauvreté, mais malgré cette indigence, mes kokums et mes chapans portaient toujours leurs plus belles fourrures, leur plus beau perlage et leur houppe de caribou, et ont toujours très bien paru. Qui aurait pu dire que ces gens vivaient dans une grande pauvreté et dépendaient essentiellement de la chasse et du piégeage de rongeurs, d'écureuils, de marmottes et de bêtes de ce genre?

Je viens donc d'une longue lignée de matriarches qui sont des gens très, très fiers. Des gens très, très fiers. Ainsi, plus tard, dans les années 1930, en Alberta, des familles métisses ont été appelées à venir vivre dans les établissements métis. En fait, à l'époque, on parlait de réserves de Métis. À l'époque, on nous appelait encore les enfants des Métis. Donc, des familles ont été appelées à venir vivre dans ces établissements qui avaient été créés. À vrai dire, il y en avait 12 à l'époque, mais des années 1930 à aujourd'hui, certains ont connu d'énormes difficultés. De sorte qu'aujourd'hui, il y a huit établissements métis. Fishing Lake est celui où ma famille a choisi de s'installer.

Des familles métisses vivaient déjà dans cet établissement. Alors, quand ma famille a reçu l'appel, nous avons dit : « Oui. Nous allons vivre là-bas », car ma famille à l'époque vivait dans la seule diaspora et éprouvait de grandes difficultés. Nous y sommes allés et les gens qui y vivaient déjà nous ont dit : « Vous pouvez vous installer ici, mais vous devrez travailler. Nous ne vous donnerons rien. Nous ne vous ferons pas la charité. Vous devrez construire votre propre maison. Vous devrez aussi redonner à la collectivité. » Alors, le fait de redonner à la collectivité est une valeur qui nous a été inculquée, à moi et à ma famille, jusqu'à ce jour. Nous vivons à Fishing Lake depuis les années 1930, et c'est ici que ma kokum, qui est mon homonyme, ma kokum, Victoria Fayant... Elle était vraiment connue comme la roche de Fishing Lake jusqu'à son décès.

Elle a dit : « Pas de problème. Nous allons y mettre du nôtre. » C'est une entrepreneure de toutes sortes de façons. Elle avait des vaches et des poules, et elle nourrissait la collectivité avec du lait et des œufs. Elle était aussi couturière, elle faisait des colliers. Elle était également sage-femme et, à l'époque, elle a probablement élevé une trentaine d'enfants et a également accouché de nombreux enfants, de nombreux bébés métis. D'un autre côté, elle était aussi croque-mort. Alors, quand les gens passaient dans l'autre monde, elle s'occupait d'eux aussi. Je n'arrive donc pas du tout à la cheville de ma kokum de cette façon, mais je suis vraiment connue à Ottawa comme une femme qui fait toutes sortes de choses. Et j'essaie vraiment d'être à la hauteur de ces valeurs et de redonner à la collectivité.

Je n'ai pas de bébés moi-même. Je n'ai pas d'enfants moi-même, mais j'en arrive à jouer le rôle de deuxième mère ou de tante pour de nombreux jeunes dans la région d'Ottawa. Je ne veux pas particulièrement parler au nom de tous les jeunes Métis, car il s'agit d'une population énorme, aux expériences très différentes. En plus, je suis hors réserve. Donc, ma famille vit toujours à Fishing Lake, mais je n'ai pas grandi à Fishing Lake, mais il reste évidemment que la collectivité et ma famille me réclament. Je suis très, très fière de venir des établissements métis. Ils ont une très belle histoire, une culture vraiment riche et des gens magnifiques. Le fait d'être une personne hors réserve est un privilège.

Comme la situation était de plus en plus difficile dans les établissements, de nombreuses familles les quittaient. De nombreuses familles sont parties vivre dans des villes ou des villages où cela aurait été plus facile à certains égards. Il y a encore beaucoup de racisme et de discrimination, ce qui fait qu'il est toujours difficile d'être Autochtone. Cependant, il pouvait être facile de déménager dans les villes, et certains Métis passaient pour des Blancs. Certains Métis avaient le privilège d'avoir l'air blancs ou de se présenter ainsi. Par contre, les familles qui restaient dans les établissements métis possédaient vraiment la terre. Elles en prenaient soin, et elles ont dû se battre pour s'assurer qu'il y ait des terres auxquelles je pouvais éventuellement revenir. J'ai donc énormément d'amour pour tous ces gens qui sont restés dans les établissements et qui ont protégé la terre. Ce sont les défenseurs des terres, et ce sont mes défenseurs des terres pour ma génération et les générations futures.

Il n'était donc pas facile de vivre hors réserve et d'être Métisse tout en ayant cette histoire et ce lien familial. Ce n'était pas facile d'être Métisse. C'est ma réalité. C'était tellement difficile. J'ai aussi grandi dans une grande pauvreté. Ces cycles de racisme systématique n'ont donc jamais pris fin. Ils ont tout simplement continué. J'ai vécu dans le nord d'Edmonton jusqu'à mes 13 ans environ, puis nous sommes finalement venus à Ottawa. À Ottawa, j'ai encore vécu bon nombre des mêmes réalités et j'ai vécu dans une pauvreté extrême au point où ma mère avait l'habitude de mendier. Nous avions un compte au dépanneur, car nous n'avions pas assez d'argent pour acheter du Kraft Dinner. C'est pour dire à quel point c'était difficile. Il y avait aussi beaucoup de traumatismes intergénérationnels, des traumatismes intergénérationnels découlant de situations horribles vécues pendant des générations. Le simple fait d'avoir dû fuir la GRC, qui nous considérait comme des terroristes, est un traumatisme qui n'a jamais vraiment été guéri. Puis, ce traumatisme s'est rendu aux pensionnats, aux externats et aux couvents, puis à la rafle des années 1960, qui a également eu de très graves répercussions sur les établissements métis.

Je vivais avec beaucoup de traumatismes. Donc, les traumatismes deviennent ensuite des problèmes de santé mentale. Ça se transforme en dépression, en TSPT, en anxiété, en idées suicidaires. Ça se transforme en consommation d'alcool ou de drogues. Je vivais avec tout ce bagage. C'est ce qui me posait problème quand j'étais adolescente à Ottawa. Je n'ai pas vraiment compris pourquoi. Je pensais simplement que ma famille était comme ça. C'est la situation de notre famille. Je n'avais pas pris conscience de notre histoire. Et comme Tony l'a mentionné, personne ne m'a jamais parlé de Louis Riel. Je vivais simplement avec ce vécu en tant que personne métisse. J'ai décroché à l'école secondaire. Je faisais partie de toutes les statistiques auxquelles vous pouvez penser, c'est ce que je vivais. À maintes reprises, j'aurais pu être portée disparue ou être assassinée parce que je suis une femme métisse. La crise des femmes autochtones disparues ou assassinées me tient particulièrement à cœur. J'ai une demi-sœur qui a été assassinée, et j'ai une tante qui a été assassinée. J'ai aussi grandi en présence de beaucoup d'Autochtones. À Ottawa, il y a aussi beaucoup de membres des Premières Nations et d'Inuits. J'ai des amis qui sont portés disparus.

C'est donc vraiment difficile d'être Métisse. Encore aujourd'hui, j'ai peur de sortir seule. Cela dit, je dois reconnaître que, dans certaines situations, je peux passer pour une Blanche. Cela me donne un privilège. Cela me donne un privilège dans la société d'aujourd'hui. Mais lorsque j'étais jeune, je n'ai vraiment jamais été acceptée par mes pairs blancs. On me disait toujours que j'étais un peu différente. J'étais trop pauvre. J'avais un accent bizarre. Les gens se demandaient toujours d'où cela venait. Et je disais : « Ma famille vit ici depuis des milliers d'années. »

Alors oui, c'était une période très intéressante. Je pense que plus tard dans ma vie, vers l'âge de 23 ans environ, j'ai commencé à en apprendre davantage sur les pensionnats. En fait, j'ai fait un stage à la Fondation autochtone de guérison, et je me souviens d'avoir lu un pavé sur les réalités des Métis. Il y était question des colonies et des répercussions des traumatismes intergénérationnels. Je me suis dit : « Wow, ce livre parle de moi. » Je suis finalement revenue auprès de mes tantes et de mes oncles et je leur ai posé des questions à ce sujet. Au début, ils ne voulaient pas vraiment en parler. Ils me disaient : « Oh, les choses étaient ainsi. » Mais les choses ne devaient pas être ainsi. Les traitements infligés aux Métis au cours des 200 dernières années sont inexcusables. Cette situation est inacceptable et ne devrait pas être normalisée.

Finalement, plusieurs années après avoir soulevé ces questions, de plus en plus de membres de ma famille se sont ouverts et parlent de leurs expériences. Ils sont enfin en processus de guérison et disent : « Non, ce n'est pas correct » et il y a beaucoup de traumatismes que nous devons surmonter. Maintenant, de plus en plus de membres de familles reviennent à Fishing Lake et c'est vraiment agréable d'y revenir et de voir ma marraine, mes cousins et mes tantes y vivre. Et je reviens, et nous entendons ces chansons. Et il y a encore de la pêche à la turlutte. Fishing Lake est connue comme une collectivité où il y a de très bons pêcheurs à la turlutte. Cela dit, Fishing Lake est aussi une collectivité qui a perdu beaucoup de chasseurs.

So that's the really cool thing about the settlements, is that the way we explain the eight communities and the eight settlements is that it's kind of a federation of different communities. And each community has its own strengths and even cultures in a way and even different languages because some of the Northern communities have a Dene influence. So, we're not all the same. And I really get frustrated with that idea that all Métis people are the same. As you even listen to me and Tony and Mary-Louise, we're very different. We all have different experiences. And I think that while we have a lot in common and our shared history is what connects us, we have to acknowledge that we're also different in some ways and that our family stories deserve to be heard, all of our family stories.

Ce qu'il y a de vraiment génial dans les établissements, c'est que la façon dont nous expliquons les huit collectivités et les huit établissements, c'est qu'il s'agit en quelque sorte d'une fédération de différentes collectivités. Chaque collectivité a ses propres forces, sa propre culture en quelque sorte, et même des langues différentes, car certaines communautés du Nord ont une influence des Dénés. Donc, nous ne sommes pas tous pareils. Cette idée que tous les Métis sont pareils me frustre vraiment. En m'écoutant et en écoutant Tony et Marie-Louise, vous remarquez que nous sommes très différents. Nous avons tous des expériences différentes. Je pense que même si nous avons beaucoup de choses en commun et que notre histoire commune nous unit, il faut admettre que nous sommes aussi différents à certains égards et que nos histoires familiales méritent d'être entendues, chacune d'entre elles.

Je ne sais même pas si c'est ce que j'avais prévu de dire, mais c'est ce qui est sorti. Oui, je suis vraiment très fière d'être Métisse. Dans les établissements, cependant, lors du dernier recensement, plus de 500 000 personnes se sont déclarées Métis, mais les établissements métis comptent en fait moins de 5 000 personnes. Donc, dans le contexte plus large de l'identité et de la culture métisses, j'estime que les établissements sont souvent ignorés. Le taux d'obtention d'un diplôme universitaire pour la plupart des habitants des établissements n'est pas très élevé. Beaucoup de gens qui ont quitté les établissements et qui ont bénéficié de privilèges en grandissant ont souvent un diplôme universitaire. Mais il y a un certain écart ou une certaine tension, car les gens qui ont vécu dans l'établissement et qui ont protégé ces terres ne parlent peut-être pas une langue professionnelle ou universitaire, mais ils ont encore tellement de connaissances et de compréhension du territoire. Ensuite, ce qui se passe, c'est que les gens qui ont fait des études universitaires et qui ont suivi une formation officielle ont presque une façon différente de parler. Il y a donc une certaine tension.

Je voulais simplement souligner que ce n'est pas parce qu'une personne ne connaît pas son histoire en tant que Métis, qu'elle a un fort accent métis, etc., qu'elle mérite d'être traitée comme inférieure. Aussi, le fait de faire des études et d'aller à l'université donne tellement de privilèges. Je veux simplement encourager les gens à écouter ces voix qui ne sont pas suffisamment entendues parce qu'elles ont tant de connaissances à nous transmettre. Je vais donc en rester là et dire simplement [langue autochtone]. Merci d'avoir écouté et de m'avoir invitée.

Tasha Cloutier : Wow. Merci beaucoup, Gabrielle, Tony et Marie-Louise. Toutes vos paroles m'ont vraiment touchée. En effet Gabrielle, nous ne pouvons pas toujours planifier nos réponses aux choses. Comme vous le savez, vous pensez à dire une chose, et quelque chose de complètement différent en ressort. Mais c'est toujours la bonne chose. Maintenant, passons aux questions. Elles arrivent en arrière-plan. Et j'aimerais commencer, passer directement à notre période de questions, pour vous rappeler à tous que vous pouvez soumettre vos questions. Alors, voyons voir. Je vous rappelle que vous utilisez votre bouton pour soumettre des questions. Il se trouve dans le coin supérieur droit de votre écran. Vous soumettez votre question avec votre adresse électronique et nous répondrons au plus grand nombre de questions possible. Je pense que la première question est excellente pour Tony, mais Marie-Louise et Gabrielle auront certainement l'occasion d'intervenir.

Voici la première question : pourriez-vous nous dire pourquoi les droits des Métis ont été jugés comme relevant des provinces et n'étaient pas reconnus au niveau fédéral?

Tony Belcourt : Oui. En résumé, le tout remonte au partage des compétences entre le gouvernement fédéral et les provinces dans l'ancien Acte de l'Amérique du Nord britannique, aux articles 91 et 92. L'article 91 portait sur les pouvoirs législatifs fédéraux et le paragraphe 91(24) sur « les Indiens et les terres réservées aux Indiens ». Aux termes de l'article 92, les provinces avaient plus de lois pour des sujets qui les touchaient davantage : les hôpitaux, les autoroutes, etc. Le Canada s'occupait de la défense nationale, des finances, toutes ces autres choses, des relations fédérales-provinciales et des transferts d'argent pour la perception des impôts. Passons maintenant au paragraphe 91(24) « les Indiens et les terres réservées aux Indiens ». Donc, jusqu'en 1936 ou avant que le gouvernement fédéral ne prenne position... Il avait commencé à définir l'identité indienne.

Les Premières Nations ne participaient pas à cette discussion. Alors, le gouvernement fédéral a décidé, vous allez définir qui est un Indien et qui devait vivre dans un... Eh bien, pas nécessairement, mais il fallait être inscrit par le « chef de l'effectif » des Affaires indiennes de l'époque. Si une femme de l'époque épousait un « Indien », elle obtenait un statut ou elle le perdait, si elle épousait... Si une femme épousait quelqu'un qui n'était pas un Indien inscrit. Toutes sortes de divisions avaient donc été créées. Au début des années 1930, le gouvernement du Québec a intenté des poursuites contre le gouvernement fédéral pour dire qu'il avait aussi une responsabilité à l'égard des Inuits. Il les appelait les Esquimaux. Cela a mené au Renvoi sur les Esquimaux, une décision de la Cour suprême du Canada confirmant que les Esquimaux étaient des Autochtones.

Le gouvernement fédéral a aussi une responsabilité à leur égard, mais il n'y a jamais eu de cas où l'on a dit que le gouvernement fédéral avait la responsabilité de légiférer dans l'intérêt des Métis, ce qui n'a jamais été fait. Nous y sommes arrivés en obtenant cette désignation par l'entremise de la Loi constitutionnelle et de l'arrêt Powley de la Cour suprême. Le gouvernement fédéral possède donc le pouvoir législatif et le devoir de légiférer dans l'intérêt des populations métisses. C'est pourquoi des négociations sont en cours au sein de la nation métisse au sujet de l'autonomie gouvernementale et de la prestation de programmes et de services, semblables à ceux qui sont maintenant offerts aux Premières Nations et Inuits.

Tasha Cloutier : Merci, Tony. Gabrielle et Marie-Louise, avez-vous quelque chose à ajouter?

Gabrielle Victoria Fayant : Oui, je peux ajouter quelques renseignements sur les établissements métis en particulier. La Métis Population Betterment Act relève en fait du gouvernement de l'Alberta. À ce jour, il y a une cogestion avec le gouvernement de l'Alberta. Voilà comment les pères de la Fédération ont exercé des pressions sur le gouvernement provincial pour obtenir ces terres. Il y a toujours eu une lutte avec les établissements métis parce que nous avons cette entente, et je ne sais pas si l'on peut appeler cela une entente, car nous avons cette loi avec le gouvernement provincial. Le gouvernement fédéral a ignoré les établissements métis pendant des décennies. C'est en raison de ce mépris total qu'il y a une aussi grande pauvreté et des problèmes d'infrastructures aussi graves. L'argument selon lequel « Vous êtes en fait une responsabilité provinciale » a toujours prévalu, comme les gouvernements le font pour tant de choses.

Ce dossier brûlant demeure, personne ne veut vraiment être responsable, car cela signifie plus de dépenses. Mais la décision Daniels a été une énorme victoire pour tous les Métis et même pour les établissements métis, car elle a réaffirmé que nous étions un peuple autochtone doté d'un fiduciaire fédéral. Nous avons toujours dit que le gouvernement fédéral avait une obligation fédérale, mais le tout a finalement été confirmé dans la décision Daniels. Et nous parlons constamment de cette véritable proclamation parce que tous les Métis en font partie. Voici donc une précision au sujet des établissements en particulier.

Tony Belcourt : Merci d'avoir soulevé la décision Daniels. J'ai oublié de le faire. Bien joué, Gabrielle.

Tasha Cloutier : Formidable! Il semble que, dans la conversation principale, il y a beaucoup de gens qui disent : « Merci, thank you, miigwetch » d'avoir partagé vos histoires. Il y a donc beaucoup de gratitude et d'amour. Je vais partager ça en premier. Ensuite, nous avons une question qui, à mon avis, est vraiment importante dans le cadre de cette conversation. Et je pense que vous venez de lever la main, si vous voulez commencer. Quelles ressources recommandez-vous pour en savoir plus sur l'histoire des Métis et sur leurs enjeux et priorités actuels? Quelles sont vos recommandations?

Tony Belcourt : Il existe d'excellentes sources. L'une des meilleures, selon moi, est l'Institut Gabriel Dumont. Il y a une énorme quantité de documents et de bibliothèques, etc. L'Institut Louis Riel au Manitoba est une autre bonne source. Mais Bibliothèque et Archives Canada est aussi un endroit formidable.

Tasha Cloutier : Merci, Tony. Marie-Louise.

Marie-Louise Perron : Les gens qui me connaissent savent que j'ai travaillé longtemps à Bibliothèque et Archives Canada. Les gens qui me connaissent savent que j'ai travaillé longtemps à Bibliothèque et Archives Canada. Et l'un des rôles que j'avais là-bas était... J'étais responsable de la section Généalogie et dossiers militaires et également de la création d'outils de recherche qui permettaient aux gens de trouver plus facilement des renseignements sur les communautés des Premières Nations et les Inuits. Nous avons créé des cahiers d'exercices qui expliquent aux gens qu'il est extrêmement difficile de trouver des documents sur les Autochtones à Bibliothèque et Archives Canada. Tout simplement, eh bien, pas tout simplement... Nous nous sommes retrouvés dans une situation compliquée en raison de l'évolution du ministère des Affaires indiennes au fil du temps. Le genre de restrictions qui ont été imposées aux dossiers. Dans certains cas, il y avait des dossiers vieux de plusieurs siècles pour lesquels des restrictions étaient toujours imposées.

Par conséquent, dans le secteur de la fonction publique où je travaillais, quelles que soient mes fonctions à Bibliothèque et Archives Canada pendant de nombreuses années, je devais essentiellement aider les gens à accéder à ces dossiers et à faire de l'endroit tout entier un endroit accueillant pour les chercheurs. J'ignore le nombre d'Autochtones qui m'ont dit qu'ils avaient franchi la porte et qu'ils avaient été tout simplement intimidés à la vue des gardiens de sécurité, qu'ils ont fait demi-tour et sont partis.

Et c'est l'affaire de tout le monde, c'est leur affaire, c'est notre affaire. Par conséquent, mon rôle était de rendre l'endroit moins intimidant et plus accessible, et aussi de transmettre les renseignements sur la façon dont les archives de la bibliothèque fonctionnent. J'enseignais aux gens comment faire de la généalogie et où trouver des renseignements sur leurs ancêtres. Et bien sûr, il y avait l'ascendance autochtone en raison des méandres de la Loi sur les Indiens, et Tony en a mentionné quelques-uns au sujet des femmes « n'ayant pas épousé un Indien inscrit », en ce sens qu'elles n'épousaient pas des hommes des Premières Nations ou des Métis. Elles étaient donc chassées de leur maison sur la réserve. Elles ont tout perdu. Elles ont perdu tous leurs droits. Puis, le gouvernement a adopté des règlements alambiqués pour traiter de questions comme « Qu'en est-il des enfants de ces gens? Et des petits-enfants de ces gens? ». Eh bien, certains entrent dans une catégorie alors que d'autres entrent dans l'autre catégorie au sein des mêmes familles. Cela a créé d'énormes divisions au sein des familles. C'était juste horrible. Je veux dire... et ce n'est pas encore terminé.

Nous n'en sommes toujours pas au point où les résultats et le traumatisme intergénérationnel de ces règlements se poursuivent aujourd'hui, surtout pour les femmes. En fait, les femmes ont dû se battre pour tout ce qu'elles ont accompli. Et dès le début, nous étions dans ces canots. S'il fallait pagayer, on pagayait. Si des enfants naissaient sur le sentier, ils naissaient sur le sentier. Les femmes prenaient leurs enfants et continuaient à jouer leur rôle, que ce soit dans les canots, sur le sentier, que ce soit pour s'occuper des gens qui chassent... Peu importe ce que c'était. Pensez-y à deux fois avant de contrarier des femmes métisses.

Tasha Cloutier : Merci beaucoup, Marie-Louise. Oh, désolée, Gabrielle, j'allais demander si vous vouliez ajouter quelque chose.

Gabrielle Victoria Fayant : Oui. J'aimerais ajouter quelque chose très rapidement. La première chose que je conseille au grand public, c'est de visiter le site Web du Metis Settlements General Council. Il y a beaucoup de choses, comme je l'ai mentionné, les établissements métis sont peu peuplés et la population métisse est plus importante, et le vécu est différent. Donc, une grande partie de la recherche plus vaste ne fait que masquer les petites voix. Je recommande vivement de consulter le site Web du Metis Settlements General Council pour en savoir plus sur les établissements métis. Je recommande aussi d'établir des relations avec les gens. Les établissements métis sont tellement soudés de sorte qu'il y a beaucoup de protection à l'égard de nos histoires et de notre identité. Et il faut bâtir une relation avec les gens. Ils ne vous diront pas ce qui se passe tant qu'ils ne vous feront pas confiance.

Enfin, j'aimerais renchérir sur ce qu'a dit Marie-Louise. Il y a beaucoup d'hommes semblables dans l'histoire des Métis, comme Louis Riel, Gabriel Dumont, même les établissements métis, les pères de la Fédération. Donc, regardez ça, mais sachez aussi que pour chaque homme qui est considéré comme un « héros », il y a dix femmes qui l'ont soutenu. Nous le secouons et nous le mettons en forme. Les femmes métisses sont d'une efficacité meurtrière. Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté, ce sont mes tantes qui mènent le bal. Ce sont elles qui gardent la trace des gens.

Voilà l'autre aspect important du fait d'être Métis, c'est que lorsqu'on est Métis, ce n'est pas seulement un lien de sang ou une lignée, ce sont aussi carrément des gens qui vous tiennent responsables. Donc, vous ne pouvez pas dire ce que vous voulez ou inventer des choses, car votre famille et vos tantes, surtout, vont vous tenir responsables. Le fait de s'identifier comme Métis s'accompagne de responsabilités. Voilà, c'est tout pour moi.

Marie-Louise Perron : Je veux revenir aux tantes parce que ce sont les tantes qui étaient les gardiennes de la culture. Ce sont mes tantes qui m'ont appris qui j'étais, ce sont mes tantes et mes grand-tantes. Et maintenant dans mon rôle parce que je n'ai pas d'enfants, c'est mon rôle en tant que tante d'enseigner à mes neveux et nièces. Et j'enseigne encore à mes frères et sœurs. Et à ceux et celles qui veulent m'écouter. Vive les tantes!

Tasha Cloutier : Oh mon Dieu, je pense que je vais pleurer. Les tantes, d'où je viens, les grand-tantes. L'une de mes tantes est décédée de la COVID-19 en novembre. Alors, croyez-moi, je connais cette perte et je n'ai pas de frères et sœurs. Je peux être la tante de personnes de mon choix. J'aime ça aussi. Alors merci pour ça. La qualité de vos présentations et des deux questions que nous avons pu poser avant de passer à autre chose est absolument excellente. Merci beaucoup.

Il y avait d'autres questions auxquelles nous n'avons pu répondre et nous essaierons de trouver une façon d'y répondre, mais pour l'instant, je tiens à dire thank you, miigwetch, merci. Merci pour tout ce que vous avez fait et ce que vous nous avez donné aujourd'hui en tant que groupe. Je cède maintenant la parole à Tony, qui prononcera le mot de la fin. Merci.

Tony Belcourt : Merci, Natasha, Marie-Louise et Gabrielle. Je tiens à remercier les organisateurs d'avoir organisé cette rencontre. Je suis heureux que cela soit enregistré. Et j'espère que nous pourrons voir toutes les questions plus tard et que nous pourrons ensuite essayer de répondre aux gens qui ont écrit. Ce que j'aimerais dire, c'est que nous avons différentes façons de faire, comme Gabrielle l'a mentionné, nous avons des façons très différentes de faire au sein de nos collectivités et même en tant que personnes. Bon nombre de nos gens pratiquent la religion catholique ou la religion autochtone à certains endroits, mais bon nombre de nos gens suivent aussi des traditions spirituelles qui leur ont été transmises par leurs grands-mères et leurs tantes. Quand je regarde mon histoire, je ne dis pas que je suis un descendant des hommes qui sont allés là-bas. Je suis un descendant des femmes, qui ont accueilli les hommes en visite. Et je suis extrêmement fier de tout cela.

Lorsque nous organisons des rassemblements, selon la coutume, nous voulons dire à tout le monde que nous leur souhaitons à tous un voyage sécuritaire pour aller chez eux. Eh bien, nous sommes maintenant sur Zoom. Donc, nous ne pouvons pas dire ça, mais nous pouvons souhaiter que chacun parte avec une meilleure compréhension du peuple métis. Cela aidera à établir de meilleures relations entre nos peuples et nous pourrons aussi nous pencher davantage sur les façons traditionnelles de faire de nos peuples face à nos sentiments et sur la façon dont nous voulons reconnaître nos ancêtres, et les remercier pour tout ce qu'ils ont fait et tout ce qu'ils nous ont apporté.

Cela s'applique à tout le monde, que vous pensiez à vos ancêtres, d'où vous venez, qui ils sont. Soyez reconnaissants de tout cela. Nous aussi... Beaucoup d'entre nous prient nos ancêtres lorsque nous voulons rassembler leurs esprits lors d'occasions importantes, nous le faisons et nous disons... Aussi, lorsqu'ils meurent, que nous voulons qu'ils partent en toute sécurité sur leur chemin. Nous voulons qu'ils fassent la transition vers le nouveau monde des esprits en toute sécurité, qu'ils poursuivent leur parcours. Donc, je veux souhaiter à tout le monde un bon voyage. Merci!

Tasha Cloutier : Merci infiniment, Tony. C'était magnifique. Encore une fois, je tiens à vous remercier tous d'être ici au nom de l'École, à remercier l'honorable Tony Belcourt, Mme Marie-Louise Perron et Gabrielle Fayant, ainsi que tous les autres à l'échelle du pays, d'avoir participé à la discussion d'aujourd'hui. C'était magnifique. J'espère que vous en avez tous profité autant que moi.

Vos commentaires sont également très importants pour l'école. Je vous encourage donc à remplir le questionnaire électronique qui vous sera envoyé dans les prochains jours. L'École est toujours occupée, toujours occupée, et offre plusieurs autres événements virtuels. Je vous encourage à consulter régulièrement notre site Web et à vous tenir au courant des dernières nouvelles. Inscrivez-vous aux activités à venir. Bon nombre d'entre elles portent sur des questions et des thèmes autochtones. Par exemple, des activités virtuelles vous seront proposées au cours des prochains mois. Il y en aura une sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, sur la décennie des langues autochtones, qui a été décrétée par l'UNESCO, et sur l'obligation de consulter et d'accommoder, la préférée de tous. Encore une fois, je vous remercie et je vous souhaite une excellente journée. Au revoir.

[La discussion vidéo passe au logo de l'EFPC.]

[Le logo du gouvernement du Canada apparaît et passe au noir.]


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