Transcription
Transcription : Discussion avec Valerie Gideon au sujet de la politique sur l'Inuit Nunangat
[00:00:00 Une série de clips vidéo : Vue aérienne d'une communauté inuite; enfants dévalant une colline au bord d'une étendue d'eau gelée; troupeau de caribous broutant; vue d'un paysage nordique; bateau se dirigeant vers d'énormes icebergs. Une musique douce et entraînante est diffusée tout au long de la vidéo.]
[00:00:18 Page titre. Texte à l'écran : Une conversation avec Valerie Gideon sur la Politique sur l'Inuit Nunangat.]
[00:00:25 Une photo de Valerie Gideon, avec sa biographie. Texte à l'écran : Valerie Gideon, présidente de l'Agence fédérale de développement économique pour le Nord de l'Ontario et sous-ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, s'est fermement engagée à favoriser l'inclusion et le soutien des employé·es autochtones au niveau fédéral. Elle dirige le Cercle des présidents et des champions des employés fédéraux autochtones et soutient les travaux importants du Cercle du savoir sur l'inclusion autochtone, axé sur l'amélioration de l'accessibilité pour les employé·es autochtones. Sa passion pour ces initiatives reflète sa volonté de créer des changements significatifs et de permettre aux Autochtones de se faire entendre au sein de la main-d'œuvre fédérale.]
[00:00:54 Valerie Gideon apparaît en plein écran.]
Valerie Gideon : Bonjour, je suis Valerie Gideon. Je suis sous-ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord. Je suis également présidente de l'une des sept agences régionales de développement économique du Canada, FedNor, l'agence pour le Nord de l'Ontario. Je suis membre de la Première Nation Gesgapegiag, qui se trouve dans la belle région de Gaspé, au Québec.
[00:01:13 Texte superposé à l'écran : Qu'est-ce que la Politique sur l'Inuit Nunangat et pourquoi est-elle nécessaire?]
Valerie Gideon : Cette politique visait à définir les éléments essentiels qui permettraient de rendre les relations entre les fonctionnaires du gouvernement fédéral et les Inuits plus fructueuses, plus efficaces et plus adaptées aux besoins et aux priorités des Inuits.
Pendant de nombreuses années, les fonctionnaires au niveau fédéral ont manqué de compréhension et de reconnaissance à l'égard des Inuits et de leur patrie. Cette politique est donc un outil pédagogique. Mais elle fournit également des conseils très clairs aux fonctionnaires sur ce qui doit être fait pour s'assurer que leurs politiques et leurs programmes sont adaptés, et comment les mettre en œuvre de manière à obtenir des résultats positifs pour les Inuits dans l'ensemble de l'Inuit Nunangat.
[00:02:06 Texte superposé à l'écran : Quels sont les exemples de changements transformateurs induits par les principes de la PIN?]
Valerie Gideon : C'est vraiment très impressionnant pour quelqu'un comme moi qui ai été dans la fonction publique au-dessus de 17 ans. Mais toute ma carrière, je l'ai passée dans le contexte de la revendication pour les droits des peuples autochtones à travers le Canada. C'est impressionnant pour moi de voir maintenant comment il y a une reconnaissance des besoins, les priorités, le contexte distinct des peuples inuits à travers le Canada. Ce n'était vraiment pas le cas.
Dans le passé on avait essayé différents modèles dans les organisations fédérales. On avait eu des secrétariats pour les affaires concernant les Inuits. On avait eu un secrétariat pour la santé des Inuits, à Santé Canada, par exemple. Mais ces modèles-la n'ont pas fonctionné parce que ça créait une marginalisation essentiellement de la question. Alors il n'y avait pas de pouvoir, il n'y avait pas de financement pour les fonctionnaires qui travaillaient dans ces bureaux-là.
Tandis que maintenant, ce que la politique fait, c'est qu'elle est horizontale. Ça crée une concertation entre plusieurs ministères, plusieurs agences fédérales et ça crée un sentiment d'appartenance dans la mise en œuvre de la politique. Donc maintenant il y a beaucoup plus de fonctionnaires qui sont au courant du contexte inuit, des besoins des peuples inuits, à comparer aux autres peuples autochtones, par exemple aux autres Canadiens. Il y a vraiment comme un enthousiasme pour pouvoir appuyer les communautés inuits, les peuples inuits, que l'on n'a pas vu auparavant.
[00:03:48 Texte superposé à l'écran : Quels ont été les obstacles à une mise en œuvre réussie?]
Valerie Gideon : Je pense que nous avons reçu un accueil très positif qui nous a permis d'accélérer l'élaboration de la politique, en obtenant l'approbation du premier ministre et du cabinet. Et très récemment, nous avons annoncé une directive du cabinet pour la mise en œuvre de la Politique de l'Inuit Nunangat. L'initiative a progressé de manière extrêmement rapide, grâce au soutien important dont nous avons bénéficié.
Je dirais que les obstacles se situeront davantage sur le plan de la mise en œuvre, en termes de rythme soutenu, d'élan positif continu, de veiller à ce qu'il soit maintenu en tant que priorité pour la fonction publique, de s'assurer, malgré les changements de gouvernement, à la fois du côté fédéral, avec l'ITK, par exemple, ou les organisations des traités inuits, de continuer à collaborer, à obtenir les ressources nécessaires pour former les fonctionnaires, par exemple par l'entremise de cette initiative avec l'École, mais aussi de maintenir cette voix cohérente dans les organismes centraux, par exemple, dans la préparation de divers documents du cabinet ou de présentations au Conseil du Trésor. C'est là que le bât blesse, parce qu'il s'agit de s'assurer d'obtenir les résultats directement liés à la politique et à la directive du cabinet.
[00:05:22 Texte superposé à l'écran : Quelles ont été les difficultés rencontrées lors de la création de la PIN?]
Valerie Gideon : Mais je pense que l'on n'a pas rencontré de grands défis, certainement rien que j'ai vu dans d'autres initiatives dans ma carrière. Je pense que ça démontre le fait qu'il y avait vraiment une ouverture et un besoin au sein de la fonction publique de mieux comprendre et de reconnaitre le contexte, les besoins, les priorités des Inuits. Beaucoup de fonctionnaires n'ont jamais eu l'opportunité de travailler directement avec les peuples inuits du Canada mais ils ont un intérêt et un engagement très profond envers cette initiative-là.
Cela nous a beaucoup aidés à avoir des conseils positifs vis-à-vis les ministres, le premier ministre, les agences centrales, donc tous les partenaires qui étaient vraiment critiques à sécuriser l'approbation et la mise en œuvre de la politique.
Donc je dirais qu'à comparer à plusieurs autres choses que j'ai vues dans ma carrière vraiment, les petits défis que l'on a rencontrés, on a été capable de passer par-dessus relativement rapidement. Puis je suis très contente parce qu'on a été capable de vraiment continuer d'avoir un momentum positif et une accélération dans l'adoption de l'initiative.
[00:06:42 Texte superposé à l'écran : Quels sont les risques dans le cas où la PIN ne serait pas mise en œuvre?]
Valerie Gideon : Je dirais que ce que j'ai vu dans le passé, ce sont des annonces d'initiatives de financement, par exemple, alors qu'il n'y avait pas suffisamment de ressources pour que ces initiatives soient réussies dans le contexte de l'Inuit Nunangat. Beaucoup de suppositions sont émises sur les approches panautochtones, ou même sur les programmes canadiens grand public qui ne prennent pas en compte le contexte très particulier du territoire inuit.
Ça veut donc dire que ces ressources ne sont tout simplement pas efficaces. Les résultats ne sont pas atteints. Et au final, ça peut devenir, je dirais, un manque d'encouragement pour les personnes qui réfléchissent à la manière de s'assurer que leur programme ou leur initiative atteindra les Inuits au Canada, ce qui peut devenir décourageant. Les gens diront : « Nous avons essayé, mais ça n'a pas marché. Nous ne savons pas vraiment comment y arriver ». Et les gens abandonnent.
Le risque de ne pas avoir cette politique, c'est de revenir à ce type d'approche de statu quo et que les Inuits deviennent de plus en plus frustrés de ne pas se voir dans un système démocratique canadien, de ne pas voir leurs gouvernements reconnus.
L'autre risque majeur est, honnêtement, le contentieux. Si le gouvernement fédéral n'honore pas ses obligations légales, qui se trouvent dans les traités négociés avec les Inuits de tout le Canada, nous irons devant les tribunaux. Nous serons en résolution de litiges. Nous verserons des compensations pour les violations de ces traités. Ces traités, qui constituent un atout considérable pour le Canada en tant que pays, ont été conclus à l'amiable. Ils ont été conclus d'une manière transformatrice. Qui souhaite réellement que ces traités ne soient pas mis en œuvre avec succès pour le Canada? Qui souhaite une telle situation pour les Inuits? Personne. Personne dans la fonction publique.
[00:08:45 Texte superposé à l'écran : Une dernière réflexion?]
Valerie Gideon : Je pense qu'il y a une chose que les gens se questionnent peut-être, c'est pourquoi on fait ça pour les peuples inuits, puis pas les Premières Nations ou les nations des métis, par exemple ? Puis je veux juste faire une remarque : il y a eu énormément d'appui pour cette approche de la part des Premières Nations et les nations des Inuits. Il y a une reconnaissance que les terres des Inuits, les traités avec les Inuits sont vraiment distincts et que c'est important pour nous d'avoir une approche qui va vraiment répondre à leurs besoins.
Donc ça n'enlève rien aux initiatives qui sont en cours avec les Premières Nations, les traités que nous négocions avec certaines des nations des métis, dans les Prairies, par exemple. Donc ce n'est vraiment pas une question de pourquoi eux et pourquoi pas les autres ; c'est une question de : voici ce qu'ils ont besoin, on répond à leurs besoins et on travaille avec les autres autochtones avec des modèles ou des initiatives qui vont bien répondre à leurs besoins distincts aussi.
[00:09:56 Le logo de l'EFPC apparaît à l'écran. Texte à l'écran : canada.ca/ecole.]
[00:10:02 Le mot-symbole Canada apparaît à l'écran.]