Sélection de la langue

Rechercher EFPC

Réflexions de la Dre Samantha Nutt (LPL1-V72)

Description

Cette vidéo met en vedette Samantha Nutt, C.M., O.Ont, médecin canadienne, fondatrice et présidente de War Child Canada, qui revient sur son parcours, de Scarborough, en Ontario, jusqu'aux zones de conflit à l'international, et présente ses réflexions sur la santé publique et l'aide humanitaire, ainsi que sur l'importance de la compassion, du leadership et de la responsabilité mondiale pour bâtir un monde plus sûr et plus équitable.

Durée : 00:47:10
Publié : 8 janvier 2026
Type : Vidéo
Séries : Série Analyses et réflexions


Lecture en cours

Réflexions de la Dre Samantha Nutt

Transcription | Visionner sur YouTube

Transcription

Transcription : Réflexions de la Dre Samantha Nutt

[00:00:00 Montage d'une série d'images : des gens marchant dans des rues animées; un drapeau canadien flottant sur le côté d'un immeuble, une vue aérienne de la Colline du Parlement et du centre-ville d'Ottawa, l'intérieur d'une bibliothèque, une vue de la Terre depuis l'espace. Texte à l'écran : Leadership; Politiques; Gouvernance; Innovation.]

[00:00:16 Texte à l'écran : Voici la série Analyses et réflexions, réalisée par l'École de la fonction publique du Canada.]

Introduction : Les fonctionnaires, les leaders d'opinion et les spécialistes à l'échelle canadienne réfléchissent aux idées qui façonnent la fonction publique. Le leadership, les politiques, la gouvernance, l'innovation et bien plus encore. Voici la série Analyses et Réflexions, réalisée par l'École de la fonction publique du Canada.

[00:00:25 Dre Samantha Nutt apparaît en plein écran.]

Taki Sarantakis (président, École de la fonction publique du Canada) : Bienvenue à nouveau à la série Analyses et réflexion de l'École de la fonction publique du Canada. Aujourd'hui, fidèles à nos habitudes, nous avons une rencontre très intéressante à vous proposer. Nous accueillons la Dre Samantha Nutt. Samantha, bienvenue.

[00:00:33 Texte à l'écran : Dre Samantha Nutt, Fondatrice et présidente, War Child Canada/USA]

Dre Samantha Nutt : Merci beaucoup, Taki.

Taki Sarantakis : Où; êtes-vous née, Samantha?

Dre Samantha Nutt : Je suis née à l'hôpital général de Scarborough, en Ontario.

[00:00:44 Une photo de voitures circulant sur l'autoroute à Scarborough s'affiche avec le texte : « © EelamStyleZ, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons ».]

Taki Sarantakis : Oh mon Dieu, la Scarbérie.

Dre Samantha Nutt : Je sais.

Taki Sarantakis : Y avez-vous également grandi?

Dre Samantha Nutt : Oui, au coin de Finch et Victoria Park. Juste à la limite.

Taki Sarantakis : Savez-vous à quel point nous habitions proches l'un de l'autre? J'ai grandi à East York, au coin de St. Clair et O'Connor.

Dre Samantha Nutt : On était proches.

Taki Sarantakis : C'est proche, et plusieurs membres de ma famille vivaient à Scarborough, où; ils tenaient des restaurants et des nettoyeurs à sec.

Dre Samantha Nutt : Oui. Mes amis dans ce quartier étaient tous grecs (rires).

Taki Sarantakis : Exactement. Vous avez donc très bien mangé.

Dre Samantha Nutt : Oui. En effet.

Taki Sarantakis : Dites-nous ce que faisait votre mère? Et votre père?

Dre Samantha Nutt : Mon père était modéliste de chaussures et artiste; il travaillait pour Bata quand j'étais petite, puis il a commencé à travailler à son compte quand j'avais 14 ans.

[00:01:26 Le logo de Bata s'affiche avec le texte : « © Tomas.russek, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons ».]

Dre Samantha Nutt : Ma mère était femme au foyer, mais ils étaient tous les deux immigrés au Canada. Mon père est arrivé ici au milieu de la vingtaine et ma mère est venue ici avec sa famille alors qu'elle était encore bébé.

Taki Sarantakis : Ils ont immigré de quel pays?

Dre Samantha Nutt : Ma mère était originaire d'Édimbourg, en Écosse, et mon père est originaire de Northumberland, dans la région de Northampton, au Royaume-Uni.

Taki Sarantakis : Formidable, et un modéliste de chaussures.

Dre Samantha Nutt : Je sais.

Taki Sarantakis : Alors, il concevait des chaussures Jimmy Choo et Ralph Lauren?

Dre Samantha Nutt : Non, non, non, non, non.

Taki Sarantakis : Lesquelles?

Dre Samantha Nutt : Il a commencé dans l'industrie de la mode. En fait, son meilleur ami d'enfance était Andrew Oldham, qui est ensuite devenu le gérant des Rolling Stones.

[00:02:08 Une photo d'Andrew Oldham et de Mick Jagger s'affiche avec le texte : « © Dcameron814., Domaine public, via Wikimedia Commons ».]

Dre Samantha Nutt : En fait, il faisait partie de la scène londonienne, les « Swinging Sixties », avant d'arriver ici. Je crois qu'il travaillait dans la haute couture à l'époque. Mais dès mon enfance, il s'orientait davantage vers la mode dans les sports. Il a donc conçu des chaussures de course, les chaussures « Sesame Street » de mon enfance, et tout ce qui était destiné aux enfants.

Taki Sarantakis : Alors, vous vous souvenez de Mr. Dressup?

Dre Samantha Nutt : Oui.

Taki Sarantakis : Et Casey, Finnegan et tous les autres?

Dre Samantha Nutt : Et « Polka Dot Door ».

Taki Sarantakis : Tout ce qui représentait Toronto à cette époque : « Gentle Giant », « Green Giant », etc.

Dre Samantha Nutt : « The Friendly Giant », c'est ça?

Taki Sarantakis : « The Friendly Giant ».

Dre Samantha Nutt : Exactement, « The Friendly Giant », « Mister Rogers » et « Polka Dot Door ».

Taki Sarantakis : Alors, vous avez passé toute votre enfance à Toronto?

Dre Samantha Nutt : Non, je suis née à Scarborough, puis, quand j'avais environ six mois, nous avons déménagé en Afrique en raison du travail de mon père. Nous habitions près de Durban.

[00:03:03 Une photo de Durban est affichée.]

Dre Samantha Nutt : Ensuite, nous sommes revenus quand j'avais six ans.

[00:03:09 Une photo de Toronto est affichée.]

Dre Samantha Nutt : J'ai surtout habité à Toronto de 6 à 17 ans, mais nous avons tout de même passé environ six mois au Brésil, à São Paulo, où; mon père travaillait pour une entreprise appelée Sandak, qui fabriquait des sandales en plastique, quand j'avais 13 ans.

[00:03:15 Une photo de São Paulo est affichée.]

Dre Samantha Nutt : J'ai donc passé une bonne partie de mon enfance à l'étranger.

Taki Sarantakis : Qui étaient vos héros quand vous étiez petite?

Dre Samantha Nutt : La plupart de mes héros étaient des femmes qui accomplissaient des choses extraordinaires. Des femmes qui avaient des histoires vraiment captivantes.

[00:03:44 La couverture du livre « Le Journal d'Anne Frank » est affichée.]

Dre Samantha Nutt : J'ai lu Le Journal d'Anne Frank quand j'étais toute petite et j'ai trouvé ce livre profondément émouvant, mais j'aimais aussi beaucoup Margaret Atwood.

[00:03:53 Une photo de Margaret Atwood s'affiche avec le texte : « © Larry D. Moore, CC BY 4.0, Wikimedia Commons ».]

Dre Samantha Nutt : Je suis une véritable intello. D'ailleurs, Margaret Atwood habite désormais à seulement quelques pâtés de maisons de chez moi, et je la croise parfois dans le quartier; je suis une admiratrice inconditionnelle, je me souviens avoir lu pratiquement tous ses livres en grandissant, La Servante écarlate et bien d'autres encore.

[00:04:08 La couverture du livre La Servante écarlate de Margaret Atwood est affichée.]

Dre Samantha Nutt : J'étais aussi une enfant, non? J'ai adoré les bandes dessinées Marvel, Aquaman et tout ça.

Taki Sarantakis : À un moment donné, vous avez commencé à réfléchir à votre métier. Vous vous êtes orientée vers ce qui est sans doute le métier le plus noble qui soit : la médecine. L'avez-vous toujours su? Aviez-vous déjà la passion depuis votre enfance, ou s'est-elle manifestée avec le temps?

Dre Samantha Nutt : Non, je n'avais vraiment pas cette passion quand j'étais petite. C'est l'histoire typique de l'immigrant, surtout celui dont les parents étaient artistes, et il faut un emploi stable, pas vrai? Nous sommes venus dans ce pays et nous nous sommes sacrifiés pour vous.

Taki Sarantakis : Même si nous ne vous connaissions pas.

Dre Samantha Nutt : (rires) C'est vrai, même s'ils ne me connaissaient pas, et il y a bien sûr une volonté de réussite et de la pression, mais surtout l'envie d'avoir davantage de stabilité financière et générale que celle dont mes parents avaient pu bénéficier, eux qui ne travaillaient pas dans un secteur comme celui-là. Mais en fait, quand j'ai terminé mes études secondaires, j'ai obtenu une bourse pour étudier l'art dramatique et la littérature romantique anglaise du XIXe siècle au Royaume-Uni, et mes parents ont failli perdre toute envie de vivre (rires). Ils ont dit : « Oh non, on l'a mal élevée, elle va elle aussi avoir du mal à trouver un emploi et elle va se consacrer à des activités artistiques pour le reste de sa vie. » Mais je pense qu'au final, même si j'ai pris une autre voie, ce fut sans aucun doute une excellente formation qui m'a été utile.

Taki Sarantakis : À titre d'anecdote, pouvez-vous nous dire ce qu'étudie votre fils et quelle a été votre réaction?

Dre Samantha Nutt : (rires) Il est inscrit à l'école d'art dramatique de l'Université de la Californie du Sud, à Los Angeles, et il s'est inscrit à un programme d'études combiné dans le domaine de l'industrie musicale. Je plaisante toujours en disant que le gène artistique a sauté une génération, parce que je ne sais même pas dessiner autre chose qu'un bonhomme-allumettes; je dirais que j'ai l'oreille musicale dans une certaine mesure, mais certains pourraient penser le contraire (rires). Les personnes qui m'entendent chanter au karaoké pourront vous en parler.

Taki Sarantakis : Vous avez étudié la médecine, vous avez obtenu votre diplôme, vous êtes devenue la fierté de vos parents, et il y a des lettres après votre nom. Racontez-nous ce qui s'est passé ensuite. Parce que vous n'avez pas suivi ce qu'on pourrait appeler le parcours classique d'un médecin.

Dre Samantha Nutt : C'est intéressant. Mes parents ont voulu que je fasse mes propres choix, et ils ont toujours cru en moi; c'est comme ça qu'on a été élevés, n'est-ce pas? Surtout dans les années 1980. C'était une approche très passive. Nos parents ne savaient pas à quelle université on s'inscrivait ni à quel programme d'études. Je me suis dit : « D'accord, ça me semble bien », mais ça m'a toujours intéressée, et je pense que c'est en partie parce que j'ai vécu ces expériences formatrices dans différentes régions du monde, où; j'ai été confrontée à des violations des droits de la personne, à différentes façons de voir le monde et aux difficultés auxquelles les gens étaient confrontés. C'est pourquoi le recoupement entre la santé et les droits de la personne m'a toujours beaucoup intéressée.

[00:07:22 Une photo d'une manifestation contre l'apartheid s'affiche avec le texte : « © Rob Bogaerts / Anefo, CC0, via Wikimedia Commons ».]

Dre Samantha Nutt : J'ai participé à une manifestation contre l'apartheid en Afrique du Sud lorsque j'étais étudiante de premier cycle. J'ai fait partie de la génération Live Aid et j'ai vu tout ça. Ainsi, même pendant mes études de premier cycle, je m'intéressais beaucoup aux questions relatives aux droits de la personne et j'ai commencé à réfléchir au lien entre santé et droits de la personne. C'est l'une des raisons pour lesquelles je me suis inscrite à l'école de médecine, et c'est cette passion, cette conviction, qui m'ont finalement poussée, après mes études de médecine, à m'orienter vers la santé publique et à intégrer un programme de bourses à la London School of Hygiene and Tropical Medicine.

[00:07:54 Une photo de la London School of Hygiene and Tropical Medicine s'affiche avec le texte : « © Rob Bogaerts / Anefo, CC0, via Wikimedia Commons ».]

Dre Samantha Nutt : Où; j'ai obtenu une maîtrise en sciences de la santé publique dans les pays en développement.

[00:08:01 Le logo de l'UNICEF s'affiche avec le texte : « © Delehaye, CC0, via Wikimedia Commons ».]

Dre Samantha Nutt : J'ai ensuite été recrutée par l'UNICEF pour travailler en tant que volontaire en Somalie, un pays ravagé par la guerre, car ma thèse portait sur la violence, la santé des femmes et leur intersectionnalité. Ce n'était donc pas une décision. Je ne me suis pas lancée dans des études de médecine en pensant que je deviendrais médecin de guerre ou que je dirigerais une ONG internationale. Je ne me suis même pas lancée dans des études de médecine en pensant que je ferais un jour, d'une manière ou d'une autre, ce que je fais aujourd'hui. C'est simplement une succession de changements progressifs dans ma façon de voir les choses et ce à quoi j'ai été exposée qui m'ont conduit là où; je suis aujourd'hui.

Taki Sarantakis : Vous êtes la fondatrice d'une incroyable petite ONG – enfin, elle n'est plus si petite que ça – appelée War Child Canada, ainsi que War Child USA.

[00:08:47 Le logo de War Child s'affiche.]

Taki Sarantakis : À un moment donné – nous en avons parlé un peu plus tôt – cette organisation qui opère aujourd'hui dans le monde entier ne comptait qu'une seule employée, ou plutôt, pas même une employée : elle ne comptait qu'une seule bénévole, soit vous. Parlez-nous un peu des premiers jours.

Dre Samantha Nutt : Les débuts ont été difficiles. C'est vraiment difficile à accepter quand on est passionné par une cause, qu'on croit profondément en sa mission, qu'on en comprend le sens, qu'on peut en démontrer l'impact et en justifier la nécessité, et pourtant, il était incroyablement difficile d'expliquer à beaucoup de gens qui ne sont pas aussi impliqués que nous dans ces questions, qui n'ont pas nécessairement l'expérience personnelle ou la formation universitaire requise, pourquoi c'était nécessaire, ce qu'il était possible d'accomplir, en quoi il serait possible de faire une différence; et il y avait l'impression que ce que l'on essayait de mettre en place existait déjà, alors que ce n'était pas le cas. De nombreuses organisations se concentraient beaucoup sur des interventions humanitaires à court terme dans les domaines de l'alimentation, de l'eau, du logement et des couvertures, c'est-à-dire tout ce qui permet de maintenir les gens en vie dans des circonstances difficiles, ce qui est bien sûr indispensable. Mais ce qui manquait, c'était une organisation travaillant dans ces environnements pour véritablement favoriser et maintenir la paix, renforcer la résilience, bâtir de meilleures collectivités et offrir aux populations des possibilités susceptibles de briser le cycle et l'héritage de la guerre, et de mener, à terme, à une plus grande durabilité. Il a donc été très difficile de créer les conditions nécessaires à la mise en place d'une organisation qui se consacrerait à ces questions par le biais de l'éducation, de l'accès à la justice, de la protection des droits des femmes et des enfants, ainsi que du développement économique, et de convaincre les gens de la primauté de ces enjeux. Voilà où; nous en sommes maintenant.

Taki Sarantakis : Vous avez donc eu une excellente idée : vous avez identifié un besoin pour lequel il fallait une organisation capable de combler ce vide. Parlez-nous un peu de ce qu'il faut faire lorsqu'on crée une organisation internationale. Faut-il organiser des collectes de fonds? Faut-il frapper aux portes? Faut-il pleurer? Faut-il rire? Va-t-on à des soupers où; il faut porter un smoking? Que se passe-t-il lorsqu'on lance une organisation comme celle-ci?

Dre Samantha Nutt : Tout ce qui précède, sauf les soupers en smoking, parce qu'on n'est pas invités à ceux-là (rires), pas encore en tout cas. Le plus important, c'est d'avoir des conversations et de convaincre d'autres personnes de se joindre à nous dans cette démarche pour ne pas être seul. Idéalement, lorsque ces personnes acceptent de se joindre, elles vous ouvrent l'accès à leurs réseaux et vous offrent de nouvelles possibilités. Je n'avais pas d'argent. Je ne suis pas issue d'une famille aisée. Comme vous l'avez dit, j'étais la seule bénévole et je n'avais qu'un téléphone portable et un sac à dos. Pendant plusieurs années, j'ai utilisé les points Aéroplan que j'avais accumulés pour me rendre à des réunions et pour plusieurs autres activités. Mais petit à petit, grâce à ma persévérance, à ma présence et à des échanges avec d'autres personnes qui sont devenues un point d'ancrage et un réseau de soutien, j'ai eu accès à de nouvelles possibilités. Des personnes importantes ont accepté de participer après quelques années de sollicitations incessantes. L'une d'entre elles, comme je l'ai mentionné plus tôt, était Gord Downie, qui, avec son groupe The Tragically Hip, a organisé pour nous un immense lancement à La Fourche, à Winnipeg.

[00:12:16 Une photo de Gord Downie s'affiche avec le texte : « © Ryan Merkley, CC BY 2.0, Wikimedia Commons ».]

Dre Samantha Nutt : L'autre personne importante, c'était Denise Donlon, qui était à l'époque à la tête de MuchMusic. Je suis allée la voir pour un entretien, elle a accepté de participer, et elle a même ajouté : « On va tourner des PSA avec plein d'artistes. » Du coup, Ricky Martin tourne un PSA, les Foo Fighters aussi, Beck aussi et David Bowie aussi. Je me souviens être sortie de la réunion – je suis médecin – en me disant : « Elle ne parle pas de l'antigène prostatique spécifique, pas vrai? » Parce qu'on dirait que j'ai effectué beaucoup d'examens rectaux. C'est vraiment tout ce que je sais (rires).

Taki Sarantakis : Mais c'était des messages d'intérêt public.

Dre Samantha Nutt : Des messages d'intérêt public. J'ai dû appeler un de mes amis, Justin Poy, dont la mère était la sénatrice Vivienne Poy. J'ai dû l'appeler et lui demander : « Justin, c'est quoi un PSA? » Parce que dans mon univers, cet acronyme a une tout autre signification. Il en rit encore aujourd'hui (rires).

Taki Sarantakis : En ce moment, vous œuvrez sur deux fronts, pas vrai? Vous êtes médecin et vous vous rendez dans des zones de guerre, ce dont nous parlerons dans un instant, mais vous créez également une organisation en parallèle. Est-ce difficile? Est-ce stimulant? Avez-vous l'impression de devoir faire des compromis, ou ces tâches sont-elles complémentaires?

Dre Samantha Nutt : Je pense que quand on est jeune, on ne ressent pas forcément la fatigue de la même manière. Mais oui, avant, j'ai travaillé des quarts aux urgences. Je travaillais des quarts en clinique pour subvenir à mes besoins et payer mes factures et mon loyer. Aussi, les activités que j'effectuais à l'étranger à l'époque n'étaient bien sûr pas rémunérées.

Taki Sarantakis : C'était donc un peu comme un passe-temps pour vous?

Dre Samantha Nutt : En fait, ce n'était pas vraiment un loisir. J'essayais d'établir une organisation et je déposais des demandes de financement pour des stagiaires.

Taki Sarantakis : C'était donc un effort parallèle.

Dre Samantha Nutt : Oui. En fait, je dirais que l'effort parallèle était le travail en clinique; c'est ainsi que j'ai pu faire les autres choses, mais j'ai constaté que lorsque je parvenais à obtenir de petites subventions, c'était pour embaucher des stagiaires. Donc, pendant très longtemps, il n'y avait que moi et des gens qui avaient peut-être cinq ans de moins que moi; ils se joignaient à moi et on essayait simplement de faire en sorte que tout fonctionne. Mais ensuite, petit à petit, on commençait à obtenir des résultats, et plus on faisait preuve de persévérance et d'engagement, plus on gagnait la confiance des autres. Des personnes ont alors commencé à investir dans notre organisation, et c'est ce qui a fait la différence. Des jeunes ont vu certains de ces messages d'intérêt public. Ils ont assisté au concert de The Tragically Hip. Nous avons commencé à réaliser des documentaires diffusés sur MuchMusic, financés par les fonds cinématographiques et télévisuels disponibles, ce qui a permis de nous faire connaître et de réunir les fonds dont nous avions alors besoin pour lancer nos programmes, qui étaient très modestes et se sont développés progressivement au début, principalement grâce au financement d'organisations partenaires locales avec lesquelles nous collaborions. Puis, nous avons commencé à renforcer notre présence.

Taki Sarantakis : Oui. Vous et vos collègues, vous intervenez dans des zones où; un État a failli à ses obligations : zones de guerre, situations de famine, coups d'État, tentatives de coup d'État avortées, etc.? Racontez-nous un peu comment se sont passées vos deux, trois ou quatre premières fois dans ce genre d'environnement. Vous avez grandi à Scarborough, à Toronto, et tout à coup, vous vous retrouvez au Congo, en Sierra Leone, en Afghanistan. Parlez-nous-en un peu.

Dre Samantha Nutt : Pour commencer, rien ne nous prépare à une zone de guerre. Je pense sincèrement que c'est le genre de chose dans laquelle on ne se lancerait probablement pas du tout si on y réfléchissait trop. Pour le meilleur ou pour le pire, ma première expérience dans une zone de guerre a eu lieu en Somalie au milieu des années 1990, pendant la famine.

[00:16:28 Des photos de femmes et d'enfants en Somalie s'affichent avec le texte : « The U.S. National Archives, Public Domain, via NARA & DVIDS Public Domain Archive ».]

Dre Samantha Nutt : C'était la deuxième vague de famine qui frappait le pays, et comme je l'ai mentionné, j'ai été recrutée par l'UNICEF en raison du sujet de ma thèse. Il menait un examen majeur, juste après le génocide rwandais, des opérations menées en Somalie immédiatement après le retrait des troupes, celles-là mêmes qui avaient été déployées dans le cadre de l'opération « Rendre l'espoir ».

[00:16:50 Une photo de femmes et d'enfants en Somalie s'affiche avec le texte : « National Archives at College Park – Still Pictures, Public domain, via Wikimedia Commons ».]

Dre Samantha Nutt : Le système de santé s'était complètement effondré. Il n'y avait pas d'État fonctionnel. À cette époque, la Somalie incarnait parfaitement l'État en déroute, et j'ai postulé à ce poste parce que j'avais le sentiment que je pourrais être utile, que je pouvais continuer le travail que j'effectuais déjà, que j'aiderais l'UNICEF dans sa stratégie et sa planification globales en matière de santé maternelle et infantile, et que j'aiderais à lever des fonds; il faisait rapport au Conseil de sécurité de l'ONU, mais je ne savais vraiment pas exactement dans quoi je m'embarquais. Pourtant, cette expérience a profondément changé ma vision du monde, elle a changé ma perception de l'aide humanitaire, et je dirais qu'elle a été le point de départ de mon parcours actuel, dans la mesure où;, à partir de ce moment-là, je ne voyais plus que des occasions manquées. J'ai vu un système dangereusement déconnecté de la population locale, qui s'appuyait sur de l'expertise externe, qui se précipitait sur la crise suivante dès qu'elle surgissait, et où; les fonds des donateurs se tarissaient dès que les médias repartaient. C'est ainsi que la volonté de combler cette lacune et d'identifier ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas a mené à la création de War Child Canada. C'est donc une succession d'événements qui a conduit à cette destination. Est-ce le fait d'avoir grandi à Scarborough? Est-ce le fait d'avoir passé du temps en Afrique quand j'étais enfant? Était-ce le fait d'avoir vécu au Brésil quand j'étais adolescente? Toutes ces expériences formatrices? Je pense que c'était tout ça à la fois. Mais au final, je me suis retrouvée exactement là où; j'étais censée être.

Taki Sarantakis : Oui. Nous éprouvons tous une certaine admiration pour les médecins, les infirmiers et les professionnels de la santé, car, vu de l'extérieur, comme dans mon cas, on a l'impression qu'ils se précipitent vers le danger. C'est leur première réaction. Beaucoup d'entre nous ont tendance à fuir le danger. Avez-vous toujours été du genre à courir vers le danger?

Dre Samantha Nutt : Je dirais que j'ai toujours été un peu combative. J'étais ce genre d'enfant dans la cour de récréation : dès qu'une brute s'en prenait à quelqu'un, même si je ne suis pas très grande – je mesure un peu moins de cinq pieds quatre, mais j'étais toujours celle qui intervenait pour essayer de rétablir la situation, même si c'était moi qui finissais par me faire tabasser, me faire voler mon vélo ou subir tout ce qui pouvait arriver. D'accord, je ne dirais pas que je cours vers le danger. Je prends ma sécurité très au sérieux. Notre organisation prend évidemment la sécurité très au sérieux. Il m'est arrivé d'être prise au piège, que la première ligne se trouve juste au-dessus de moi, lors d'embuscades en voiture et d'autres situations de ce genre. Mais en général, je pense que les médecins ont cet instinct qui les pousse à vouloir aider et à préserver la vie humaine, et qu'ils ne mesurent pas forcément ni ne prennent pleinement conscience des risques que cela comporte pour eux-mêmes. Je ne dirais pas que c'est une expérience extracorporelle, mais je dirais que cette impulsion prend le dessus, et qu'au début, c'est en partie un choix, mais que ça finit par devenir instinctif.

Taki Sarantakis : Je pense que beaucoup d'entre nous, quand on voit ce genre de choses – on a grandi à peu près à la même époque – est-ce que c'est comme dans M*A*S*H? À quoi ça ressemble?

Dre Samantha Nutt : Je suis médecin de santé publique, alors mieux vaut ne pas me laisser m'approcher d'une salle d'opération. Certainement (rires). Mais ça peut arriver. Ça peut être intense. Quand je suis arrivée en Somalie, j'ai rencontré un Belge, Jean, qui était le directeur des opérations à Baidoa, l'épicentre de la famine, où; 300 000 personnes avaient perdu la vie. Nous étions en pleine séance d'information sur la sécurité, il avait un talkie-walkie posé sur la table, quand soudain, on entend des coups de feu et des détonations dans le talkie-walkie, et il a dû interrompre la séance pour parler à des membres d'une autre ONG, et ceux-ci nous expliquaient qu'ils avaient congédié leur équipe de sécurité quelques jours auparavant à la suite de certains incidents, et que cette équipe était revenue accompagnée d'une foule de miliciens qui tiraient sur le bâtiment et tentaient de leur extorquer de l'argent, ainsi que d'autres situations du même genre. On ressent donc très vite et très facilement de l'insécurité dans ces situations, mais il faut toujours garder à l'esprit, et j'y pense beaucoup, que se retrouver dans cette situation sans choix, sans accès, sans possibilité et sans le luxe – c'est vraiment un luxe – d'un passeport canadien, est beaucoup plus dévastateur et risqué. Du coup, on ne peut pas se retrouver dans cette situation et se demander : « Est-ce que je suis en danger? » Ça ressemble à du nombrilisme, et c'est du nombrilisme.

Taki Sarantakis : Vous avez mentionné le passeport canadien. S'agit-il d'un avantage particulier? Et si c'est le cas, le fait que vous ou votre organisation soyez canadienne constitue-t-il un avantage particulier? Venez-vous, pour ainsi dire, sous l'égide du drapeau canadien?

Dre Samantha Nutt : Je pense que l'identité canadienne reste très forte partout dans le monde. Je pense qu'elle a pris quelques coups : les réductions dans nos dépenses d'aide, ainsi que le fait que nous n'ayons jamais atteint nous-mêmes l'objectif fixé par Lester B. Pearson en 1969, à savoir 0,7 % de notre richesse nationale.

[00:22:44 Une photo d'un document de Lester B. Pearson est affichée, la phrase suivante étant surlignée : « Total aid should amount to 1 % of GNP, and official aid, .70 % of GNP by 1975 » (L'aide totale devrait représenter 1 % du PNB, et l'aide publique, 0,70 % du PNB d'ici 1975).]

Dre Samantha Nutt : Nous sommes déjà très loin d'atteindre cet objectif, et au cours des quatre prochaines années, nous nous en éloignerons encore davantage en raison des compressions proposées et promises dans nos dépenses d'aide. C'est de l'argent dont les gens dépendent pour survivre dans des conditions très difficiles, dans des régions où; l'État a failli à ses obligations, où; les gouvernements ont échoué, et où; ils sont la cible d'attaques. Je pense donc que la réputation du Canada en tant que démocratie, en tant que société qui valorise l'inclusion, qui protège et promeut les droits de la personne, qui fait preuve de compassion et d'empathie, et qui dispose de programmes sociaux solides, est profondément appréciée et admirée par le monde entier. Ainsi, lorsqu'on se présente comme Canadien, on ne se présente pas, surtout lorsqu'on parle de l'Afrique ou du Moyen-Orient, avec le lourd passé colonial, la politique étrangère intrusive et l'histoire d'exploitation et d'abus qui caractérisent d'autres nations — notamment les pays européens et les États-Unis, qui ont assurément cette réputation. Ça aide vraiment. On a l'impression que le Canada est un pays qui force l'admiration et que les Canadiens sont dignes de confiance dans ce contexte. On ne minimise pas notre propre histoire complexe en matière de colonialisme ni la nécessité d'une réconciliation avec les peuples autochtones, bien sûr. Malgré tout, à cet égard, le Canada figure parmi les meilleurs.

Taki Sarantakis : Nous voilà donc assis ici, en train d'avoir cette conversation au premier semestre de 2026. L'esprit du siècle a beaucoup changé maintenant en matière d'aide et de sécurité. Nous vivons désormais dans un monde où; la sécurité passe avant tout, où; elle prime sur tout le reste. Dans la mesure où; nous parlons d'objectifs liés au PIB, nous parlons d'objectifs qui se situent de l'autre côté du PIB. Dites-nous quel est, selon vous, le lien entre l'aide et la sécurité, si je peux m'exprimer ainsi.

Dre Samantha Nutt : L'aide et la sécurité sont complètement et inextricablement liées. Lorsque nous réduisons notre aide, nous rendons un très mauvais service, à nous-mêmes comme au monde entier, ce qui ne fera qu'accroître l'insécurité dans le monde; avec les menaces qui pèsent sur notre existence, nos valeurs, notre démocratie et les droits de la personne partout dans le monde s'en trouveront gravement, voire irrévocablement, compromis. Cela ne fait aucun doute. Pensons par exemple au simple fait de garder des personnes en vie, et je ne parle pas ici de l'aide humanitaire d'urgence. Il arrive parfois que ce soit absolument nécessaire. Mais quand on voit qui a l'avantage dans un environnement où; règne l'anarchie, ce sont les factions armées qui parviennent à recruter des jeunes hommes parce qu'elles seules offrent du travail, il n'y a aucune autre possibilité économique pour ces jeunes, ils ont été déplacés et maltraités, il n'y a pas d'écoles, il n'y a pas de système éducatif, il n'y a pas de possibilités d'emploi pour eux. Alors, que peuvent-ils faire d'autre s'ils veulent subvenir à leurs besoins, subvenir à ceux de leur famille et se sentir en sécurité? Il existe donc des groupes comme l'État islamique ou Daech, les talibans, les Janjawids, les rebelles opérant dans l'est du Congo et les milices Maï-Maï qui peuvent alors tirer parti de ce désespoir et de ces faiblesses. Lorsqu'elle est bien menée, l'aide constitue inévitablement un rempart, une protection contre ce genre de conséquences, et il est d'une naïveté déplorable de croire qu'un conflit, où; qu'il se déroule dans le monde, puisse être confiné par des frontières, en particulier dans des régions où; ces frontières ne sont même pas réellement reconnues ou considérées comme crédibles.

Ainsi, plus nous laissons, en tant que communauté mondiale, que des sociétés et des générations soient imprégnées d'idéologie, de ressentiment, de pauvreté et de violence, où; les gens sont contraints d'assister aux meurtres de leurs proches, tués dans le cadre d'atrocités génocidaires partout dans le monde, plus nous nous mettons tous en danger; nous ne pouvons pas, dans ce contexte, retrouver des sociétés plus sûres avec des fusils ou des bombes, car il y aura toujours une nouvelle vague. Il y aura toujours quelqu'un d'autre qui attendra dans les coulisses. La seule façon de nous protéger face à cela est de créer des environnements sûrs qui permettent aux gens d'envisager un avenir différent et de se créer des possibilités là où; ils vivent, sans qu'ils aient le sentiment d'avoir été oubliés ou que leurs proches soient traités de manière opportuniste parce que cela sert nos propres intérêts économiques; c'est là le problème lorsqu'il s'agit de trouver un équilibre entre les dépenses de défense et les dépenses humanitaires. Au niveau mondial, nos dépenses militaires annuelles représentent 12 fois ce que nous consacrons à l'aide humanitaire internationale. Soyons clairs sur ce qu'elle peut faire : veiller à ce que les enfants des régions les plus vulnérables du monde aient le droit d'aller à l'école, aient accès à de l'eau potable, puissent se nourrir et grandir à l'abri de la violence, des abus et des traumatismes. C'est honteux.

Taki Sarantakis : Votre passion pour cette cause est évidente, et c'est cette passion qui a contribué à faire de l'organisme War Child Canada/War Child USA ce qu'il est aujourd'hui. Qu'est-il devenu aujourd'hui? Tout a commencé avec une jeune femme de cinq pieds quatre avec un sac à dos et un téléphone portable. Qu'est-il devenu aujourd'hui?

Dre Samantha Nutt : Pourquoi je fais ce que je fais?

Taki Sarantakis : Non, qu'est-ce que War Child Canada est devenu aujourd'hui?

Dre Samantha Nutt : Qu'est-ce que War Child Canada est devenu aujourd'hui? C'est merveilleux. Nous avons travaillé dans plus d'une douzaine de pays à travers le monde. Nous intervenons dans plus de sept régions différentes déchirées par la guerre.

[00:29:13 Des photos d'enfants dans des salles de classe du monde entier s'affichent avec le texte : « © PeterBuenosAires, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons ».]

Dre Samantha Nutt : Nous accompagnons entre 600 000 et un million d'enfants et leurs familles chaque année. Chaque année, nous comptons plus de 1 500 employés partout dans le monde, dont 99,9 % sont originaires de zones de guerre, qui conçoivent les programmes, les dirigent et redonnent à leurs communautés. Ici, en Amérique du Nord, nous comptons 25 employés qui travaillent tous dans le même but. Une fois encore, notre priorité est de relever ces défis systémiques. Nous sommes donc très réputés dans le monde entier pour nos programmes de rattrapage scolaire. Ce sont des programmes d'apprentissage accéléré. Ainsi, les élèves qui n'ont pas été à l'école, parfois depuis six à dix ans, peuvent suivre deux années d'études en un an. Nous offrons une formation adéquate aux enseignants. Ils pourront alors être réintégrés dans le système scolaire et se remettre sur les rails. Pour ceux qui ne remplissent pas vraiment les conditions pour retourner à l'école, nous offrons toujours des programmes d'entrepreneuriat pour les jeunes, des formations professionnelles et du microfinancement. Nous menons de nombreuses actions en faveur de la sécurité alimentaire. Nous menons de nombreuses actions en faveur de la protection juridique des femmes et des enfants. Nous avons un cabinet d'avocats agréé en Ouganda, qui est le plus grand pays d'accueil de réfugiés en Afrique, et nous avions, et avons toujours, un cabinet d'avocats agréé en Afghanistan, mais depuis la prise de pouvoir par les talibans, ce processus est évidemment devenu beaucoup plus problématique.

Taki Sarantakis : Vous êtes donc désormais une entité fonctionnelle. Vous êtes une multinationale.

Dre Samantha Nutt : Oui, on est une entité fonctionnelle. C'est toujours difficile, parce qu'il y a beaucoup d'endroits où; on devrait être. Nous sommes l'une des rares organisations canadiennes qui étaient sur le terrain au Darfour, au Soudan, lorsque la guerre a éclaté il y a quelques années. Nous sommes toujours présents au Soudan, mais il a été très difficile de trouver les ressources nécessaires pour y rester. C'est toujours difficile. On est sans cesse tiraillés dans mille directions différentes, surtout en ce moment, alors que le monde est en pleine tourmente. Nous sommes donc contraints. Nous sommes limités par ce que nous pouvons faire, que ce soit sur le plan financier ou en matière de sécurité.

Taki Sarantakis : Passons maintenant à votre formation universitaire proprement dite. Parlons un peu de la santé publique. Ainsi, au Canada, ces derniers temps, nous avons connu plusieurs événements importants en matière de santé publique. Le plus important a bien sûr été la pandémie de COVID-19, mais avant cela, nous avions déjà connu d'autres épidémies comme le SRAS, la grippe aviaire et la listériose. Parlez-nous un peu de la façon dont vous voyez le monde de la santé publique en 2026, car il me semble, comme vous l'avez mentionné tout à l'heure, que bon nombre de ces situations ne s'arrêtent pas aux frontières, et que le monde n'est pas forcément aussi agréable, aussi bienveillant, ni aussi sûr que nous le souhaiterions. Comment envisagez-vous la situation en matière de santé publique dans l'avenir proche, en dehors des zones de guerre? Parlons de Toronto, du Canada, de l'Amérique du Nord et de l'Europe.

Dre Samantha Nutt : La santé publique fait partie de ces choses invisibles que l'on tient pour acquises jusqu'à ce qu'une crise éclate, comme la COVID. De plus, ces systèmes qui semblaient externes, qui paraissaient en quelque sorte superflus, qui avaient subi des coupes pendant des années, sont soudainement devenus essentiels à la survie même des gens. C'est un domaine dans lequel nous devons continuellement investir, et je pense que la pandémie, en particulier, a créé un climat de scepticisme et de cynisme qui, à long terme, s'avère finalement très néfaste pour la santé publique. Il ne faut pas oublier non plus que la santé publique est devenue tellement politisée, notamment aux États-Unis, mais aussi ici au Canada, quant aux vaccins, à la surveillance, au suivi, aux maladies et même à l'échange d'information. De nombreux gouvernements du monde entier ne souhaitent pas partager d'informations, car ils ont plusieurs inquiétudes : la responsabilité, les reproches, etc., ainsi que l'intervention étrangère. Pourtant, d'un autre côté, nous en avons besoin pour assurer notre sécurité et pour permettre aux gens de rester en vie, tout simplement.

La santé publique, par définition, c'est avant tout se demander : « Que pouvons-nous faire? De quels systèmes et structures avons-nous besoin? Quelles sont les interventions minimales indispensables, qu'il s'agisse de la gestion de l'eau potable, de l'ajout de fluor, etc., pour assurer la survie et favoriser la santé et le bien-être? » Voilà fondamentalement ce qu'elle est. Le fait qu'elle soit devenue à ce point politisée est quelque chose que je trouve assez inquiétant, et nous en payons le prix. Les enfants qui ne sont pas vaccinés contre la rougeole, que ce soit du tout ou même selon le calendrier prévu, sont aujourd'hui confrontés à la résurgence d'une maladie qui avait été presque… elle n'avait pas été éradiquée, mais son impact avait assurément été considérablement réduit, et je travaille dans différents pays déchirés par la guerre, où; je vois des enfants qui ont perdu la vue, qui souffrent de déficits cognitifs permanents après avoir contracté la rougeole, et ce sont ceux qui ont survécu. La santé publique est donc indispensable; c'est un luxe que nous tenons souvent pour acquis, et je crains que dans le contexte actuel, nous ne soyons en train de démanteler l'un des systèmes les plus importants et indispensables à notre survie même.

Taki Sarantakis : Vous travaillez également au sein de notre système de santé proprement dit. Vous travaillez au Women's College Hospital.

Dre Samantha Nutt : Je travaille au Women's College Hospital.

[00:34:57 Une photo du Women's College Hospital s'affiche avec le texte : « © Dillan Payne, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons ».]

Taki Sarantakis : Parlez-nous un peu de la situation actuelle du système de santé au Canada, telle que vous la voyez de l'intérieur.

Dre Samantha Nutt : On aborde tous les sujets brûlants (rires). J'exerce la médecine depuis suffisamment longtemps pour avoir constaté des changements assez importants qui, pour être honnête, sont assez inquiétants. Par exemple, je travaille en clinique environ un jour par semaine ou je répartis mon travail sur deux jours, et les dossiers médicaux électroniques, la numérisation, ont été mis en place, en théorie, pour faciliter ce travail et permettre de consacrer davantage de temps aux soins directs aux patients. C'est tout le contraire qui s'est produit. Il s'agit d'un système fragmenté et dysfonctionnel qui génère une empreinte numérique colossale nécessitant plusieurs niveaux de validation et qui finit par détourner les médecins des soins de première ligne pour les plonger davantage dans ce genre de paperasserie numérique. Un renvoi, qui était autrefois un processus simple — on remplissait un formulaire, on l'envoyait, on recevait un avis du spécialiste —, donne aujourd'hui lieu à une douzaine, voire entre 12 et 17 points de contact différents qu'il faut ensuite valider et qui n'ont rien à voir avec les soins aux patients; franchement, les médecins ne sont pas rémunérés pour cela, ce qui les rend de plus en plus cyniques et rend plus difficile la recherche d'un médecin de famille.

De plus, depuis des générations – et cela a commencé quand j'étais à l'école de médecine – on assiste à une réduction constante du nombre de places dans les programmes de médecine, car chaque médecin qui vient grossir les rangs du système coûte de l'argent à celui-ci. Il est donc plus facile de réduire les coûts en n'ajoutant pas de nouveaux médecins au système, mais cette approche a désormais atteint ses limites. Avec les changements démographiques, la population vieillit et les gens ont du mal à trouver des médecins; pourtant, les modèles financiers n'incitent pas ces derniers à prendre en charge des patients plus complexes, des patients âgés ou des soins plus complexes. C'est difficile. Je suis très frustrée par l'état du système de santé. Je pense qu'il y a des gens formidables sur le terrain qui font tout ce qu'ils peuvent, mais le simple fait de faire fonctionner ce système est devenu bien plus difficile qu'avant : faire en sorte qu'une personne soit prise en charge à temps, qu'elle soit examinée par un spécialiste, voire simplement trouver un spécialiste qui accepte de la voir. Un processus qui prenait autrefois plusieurs jours peut désormais prendre des semaines, voire des mois, et on joue avec la vie des gens.

Taki Sarantakis : Je pense que la plupart des Canadiens seraient tout à fait d'accord avec ce que vous venez de dire, à savoir que lorsqu'on parvient enfin à entrer en contact avec un médecin de première ligne, ces personnes sont vraiment formidables – les médecins, les infirmières, tout le monde –, mais c'est le chemin pour y arriver qui pose problème. Je sais que c'est une réponse compliquée, mais vous avez en quelque sorte laissé entendre que nous croulons sous la bureaucratie. Sommes-nous submergés par la bureaucratie?

Dre Samantha Nutt : Sur le plan médical, je dirais que nous croulons sous les avancées technologiques qui ont été mises en place avec les meilleures intentions du monde, mais qui ont engendré une charge bureaucratique extraordinaire dont on n'avait, selon moi, pas pleinement mesuré l'ampleur à l'époque, d'autant plus que le système est très fragmenté, même au sein même du secteur médical. Par exemple, un patient ne dispose pas d'une copie complète de tous ses rapports et de tous ses résultats. Elle ne le suit pas. Elle est associée au système qu'on a intégré. C'est donc au médecin de famille de décider qui utilise un système en particulier, par exemple le système PSS de Telus. Mais si on va à un autre hôpital, on nous examine et son système est complètement différent. Ce système ne communique pas avec l'autre système. On peut communiquer avec trois identifiants différents et ceci et cela, essayer de trouver et de transférer des résultats, mais on ne peut pas consacrer 20 minutes à chercher ces résultats alors qu'on est face à quelqu'un. Oui, ça fait partie du problème.

Taki Sarantakis : Notre public le sait bien, car nous abordons ce sujet dans différents contextes, notamment en ce qui concerne l'information au sein même du gouvernement du Canada : tel ministère fait ceci, tel autre fait cela, et un troisième adopte une troisième approche. Il y a une petite épingle sur le revers gauche de votre veste. Parlez-nous de cette épingle.

Dre Samantha Nutt : Eh bien, j'ai eu le grand honneur d'avoir été admise à l'Ordre du Canada.

Taki Sarantakis : Pourriez-vous nous dire quel âge vous aviez, si ça ne vous dérange pas?

Dre Samantha Nutt : 40 ans, je pense.

Taki Sarantakis : C'est plutôt jeune pour être membre de l'Ordre.

Dre Samantha Nutt : 39 ans, peut-être.

Taki Sarantakis : 39 ans. Parlez-nous de cet appel téléphonique.

Dre Samantha Nutt : C'est merveilleux quand on l'apprend. On nous appelle pour nous dire qu'un communiqué sera publié et que notre nom paraîtra dans le journal, et c'est génial. C'était une expérience formidable. Mon père est décédé il y a environ huit ans, et j'ai eu beaucoup de chance de pouvoir vivre cela de son vivant. C'était très important pour lui d'être présent à ce moment-là. Ça comptait beaucoup pour moi aussi. C'est génial. Je suis très fière d'être Canadienne, et rien ne rend plus fière de ce pays et ne permet mieux de comprendre à quel point c'est un immense privilège que de se retrouver dans certains des endroits où; j'ai eu l'occasion d'aller. Je me réveille chaque jour en sachant à quel point nous avons de la chance. Je contemple le Bouclier canadien et les paysages du Canada, et je rencontre des Canadiens aux quatre coins du pays; le fait que nous vivions dans une paix et une sécurité relatives, le fait que notre démocratie, malgré ses défauts, continue de fonctionner, le fait que notre fonction publique continue de fonctionner et soit reconnue comme un modèle d'excellence – ce qu'elle est véritablement – partout dans le monde, voilà des choses pour lesquelles il vaut la peine de se battre et qu'il faut protéger. Quand on reçoit une petite épingle comme celle-ci, on se rappelle donc ce que signifie vivre au service de ce grand pays qui est le nôtre. Il suffit de voir ce qui se passe au sud pour se rendre compte qu'on ne devrait tenir rien pour acquis.

Taki Sarantakis : La Dre Samantha Nutt, membre de la Société royale du Canada, membre de l'Ordre du Canada, médecin, fondatrice de War Child Canada/War Child USA, mais surtout, fille d'immigrés qui a réussi. Merci d'avoir passé du temps avec nous aujourd'hui.

Dre Samantha Nutt : Merci de m'avoir reçue.

[00:55:25 Le logo animé de l'EFPC s'affiche à l'écran. Texte à l'écran : canada.ca/ecole.]

[00:55:30 Le mot-symbole du gouvernement du Canada s'affiche à l'écran.]

Liens connexes


Date de modification :