Transcription
Transcription : Les changements à l'échelle mondiale et l'avenir du Canada
[00:00:01 Texte à l'écran : « Série sur les défis stratégiques du Canada – Les changements à l'échelle mondiale et l'avenir du Canada, avec Anil Arora ».]
Narratrice : Le 22 septembre 2025, Anil Arora, ancien statisticien en chef du Canada, a pris la parole lors d'une séance du Programme de développement en géopolitique et sécurité nationale destiné aux cadres supérieurs du gouvernement fédéral. Au cours de la discussion, M. Arora a présenté son point de vue sur les principaux défis économiques, démographiques et sociaux auxquels le Canada sera confronté au fil des prochaines décennies, ainsi que ses conseils aux fonctionnaires qui devront les relever dans le cadre de leur travail.
[00:00:46 Texte à l'écran : « La géopolitique, la sécurité nationale et l'avenir du Canada : Technologie, confiance, démographie et changements dans l'équilibre des pouvoirs mondiaux – Anil Arora].
[00:00:52 Texte à l'écran :
« Le Canada fait face aux pressions exercées par plusieurs forces convergentes :
- Faible croissance de la productivité (Organisation de coopération et de développement économiques : parmi une des pires en 2023)
- Démographie : ratios de dépendance plus élevés (projections de Statistique Canada)
- Érosion de la confiance : baisse de la confiance du public (Baromètre de confiance Edelman)
- Changements dans l'équilibre des pouvoirs mondiaux : baisse d'efficacité des Nations Unies, du G7/G20, de l'Organisation mondiale du commerce et de l'Organisation mondiale de la santé
- Hausse de la volatilité du commerce américain, vulnérabilités des chaînes d'approvisionnement
Ces forces ont une incidence sur notre économie, notre société et notre souveraineté ».]
Anil Arora (ancien statisticien en chef du Canada) : Voici donc les sujets que je vais aborder. Je vais parler un peu de la faible productivité que nous constatons. Je vais parler un peu, comme Danielle l'a dit, des tendances démographiques. Je vais parler un peu de l'érosion de la confiance et de la dégradation de la vérité, des changements dans l'équilibre des pouvoirs à l'échelle mondiale, des tribunes multilatérales (essentiellement de leur effondrement) et, bien évidemment, de ce qui se passe avec notre principal partenaire économique au Sud et de ce que cela signifiera pour nous à l'avenir. Il n'y a pas un aspect de notre société, de notre économie, de notre bien-être et de nos orientations qui ne soit pas touché par les changements auxquels nous assistons. En quelque sorte, nous pouvons dire que ce qui nous a amenées jusqu'ici ne nous amènera pas jusque là. Nous allons donc devoir trouver de nouvelles façons de faire les choses. Et il n'y a pas de mode d'emploi; par conséquent, nous devrons, d'une certaine façon, concevoir ce mode d'emploi. Cela ne veut pas dire que nous devons tout abandonner, mais nous allons devoir regarder les choses sous cet angle. Donc, diapositive suivante s'il vous plaît.
[00:02:02 Texte à l'écran :
« Indicateur 1 : Productivité du travail
- Pourquoi est-ce important? Moteur de la croissance à long terme et capacité budgétaire.
- Signal récent : Organisation de coopération et de développement économiques : Le Canada enregistre de fortes baisses de productivité.
- Conséquence : Besoin de politiques qui accélèrent l'adoption du numérique dans les entreprises, l'investissement dans l'IA et la réforme de la réglementation.
- Source : Rapport sur la productivité de 2023 de l'Organisation de coopération et de développement économiques ».]
Tout d'abord, comme je l'ai mentionné, la productivité en général; vous en avez entendu parler maintes et maintes fois. Il s'agit essentiellement de la quantité d'intrants que vous mettez en œuvre pour obtenir une unité de production. Ce que nous constatons, et ce n'est pas propre au Canada, c'est que la différence entre les intrants et les extrants, qui est en quelque sorte ce que nous utilisons pour investir dans notre niveau de vie, dans les structures, sociales et autres, que nous avons, dans les structures sociétales, ne cesse de s'amenuiser. Autrement dit, nous ne disposons pas de la richesse nécessaire, nous ne pouvons pas réinvestir. Nous nous retrouvons donc constamment en situation de déficit. De nombreuses personnes affirment que tout ne repose pas sur la productivité, mais en fait, presque tout repose sur cela si l'on veut que le pays continue à prospérer. Donc ce que nous voulons, ce n'est pas seulement que le Canada devienne important et influent, mais aussi qu'il devienne important et riche, afin que nous puissions maintenir le mode de vie auquel nous sommes habituées. Et malheureusement, nous assistons depuis une vingtaine d'années à un déclin constant. La productivité comporte plusieurs composantes, notamment la productivité du travail, c'est-à-dire la quantité de travail nécessaire pour obtenir les extrants dont nous parlions. Du côté des intrants, il y a l'investissement en capital et puis il y a ce que l'on appelle la productivité multifactorielle, qui s'apparente à un fourre-tout où; l'on retrouve tout ce qui va de la formation à la façon dont vous vous structurez, en passant par la théorie de la gestion, et ainsi de suite.
Il y a quelques théories qui, à mon avis, sont assez pertinentes. L'une d'entre elles prétend que la productivité ne s'améliore pas parce que nous commençons maintenant à épuiser notre capital naturel. Nous avons en quelque sorte dépassé un certain nombre de points de bascule où; c'est vraiment difficile, alors que par le passé, lorsque l'on passait, par exemple, du charbon au gaz, les systèmes qui avaient subi les effets négatifs du charbon avaient une chance de se rétablir, qu'il s'agisse des écosystèmes, des emplois, des collectivités, etc. Mais avec la transition actuelle, nous avons dépassé certains de ces points de bascule et nous commençons à voir les retombées négatives. La même chose se produit en ce qui a trait à l'économie des soins associée au vieillissement de la population. Nous devons maintenant déployer d'importants efforts, et Armine va parler des deux côtés de cette médaille, de la démographie et ainsi de suite, car il faut maintenant considérablement d'énergie pour faire face au vieillissement de la population. Nous devons trouver une façon de composer avec cette réalité sans uniquement en subir les contrecoups négatifs. Il y a aussi des éléments très positifs à cela. Nous avons donc besoin de politiques qui accélèrent différents aspects, que ce soit le commerce, l'adoption du numérique, l'IA, qui est prometteuse, et nous devrons déterminer comment nous pourrions les utiliser pour possiblement modifier l'équation qui se présente à nous. Diapositive suivante, s'il vous plaît.
[00:05:09 Texte à l'écran :
« Indicateur 2 : Perspectives de croissance du produit intérieur brut
- Pourquoi est-ce important? La croissance sous-tend l'emploi, les recettes fiscales et la résilience.
- Signal récent : Le Fonds monétaire international prévoit une croissance de 1 à 2 % du produit intérieur brut pour 2024-2025.
- Conséquence : Politique budgétaire stratégique : investir dans les compétences, les infrastructures vertes et des minéraux critiques et l'adoption du numérique.
- Source : Fonds monétaire international, Perspectives pour le Canada 2024 ».]
Les perspectives de croissance ne sont pas roses. Nous parlons d'une croissance de 1 % ou de moins de 1 % de notre PIB. Nous parlons d'organisations qui, les unes après les autres, affirment que nous ne verrons pas de croissance de l'ordre de 2, 3, 4 ou 5 % pendant un certain temps encore, et il est intéressant de constater que l'on assiste également à un certain changement ailleurs dans le monde, avec l'Inde qui connaît une croissance constante de 6 ou 7 %. Il s'agit d'une petite base, certes, mais de nombreux pays développés enregistrent une croissance très, très, très faible, en particulier dans le secteur industriel. On ne peut donc pas s'attendre à un changement radical et à ce que notre croissance recommence à afficher des taux de 3, 4, 5 ou 6 %. Autrement dit, en ce qui concerne le problème de la productivité qui est à l'origine de la faible croissance, nous ne voyons rien à l'horizon qui puisse modifier cette équation de manière fondamentale et rapide. Diapositive suivante, s'il vous plaît.
[00:06:15 Texte à l'écran :
« Indicateur 3 : Démographie
- Pourquoi est-ce important? Le vieillissement de la population augmente les coûts des soins de santé et des pensions, ce qui pèse sur la capacité budgétaire.
- Signaux récents : Statistique Canada : hausse régulière de la part de la population âgée de 65 ans ou plus jusqu'en 2050
- Conséquence : Réformer les pensions et la santé, et renforcer l'apprentissage tout au long de la vie et la stratégie d'immigration.
- Source : Statistique Canada, Projections démographiques de 2023 ».]
Il y a plus d'éléments sur la diapositive, vous pouvez les lire si vous souhaitez entrer dans les détails. Passons à la démographie. Nous sommes une société vieillissante. Nous avons besoin de l'immigration, je dois le dire. Nous vieillissons constamment, notre âge médian continue d'augmenter et, comme vous le savez, nous réagissons maintenant à l'opinion publique qui dit : « Je ne sais pas si l'immigration est la bonne réponse parce que tous ces autres problèmes de logement, d'éducation, etc., sont liés à une forte immigration ». Et comme vous le savez, la plupart des pays ont renforcé leurs frontières. Vous avez vu les manifestations au Royaume-Uni et aux États-Unis, également ici à Toronto. Les gens disaient « Non, nous n'allons pas laisser entrer plus de gens ». D'un côté, il y a donc ce problème de vieillissement. Nous avons le ratio de dépendance, en d'autres termes, les personnes qui ne sont pas sur le marché du travail et qui doivent être soutenues par celles qui sont sur le marché du travail, et ce taux a baissé de manière très importante. Il y a donc des limites à ce que les personnes qui travaillent peuvent payer en impôts, etc. Et puis, il y a les coûts non tangibles ou non dérisoires que les gens doivent maintenant assumer pour prendre soin des personnes âgées, et cette responsabilité retombe en grande partie sur les femmes, qui doivent déjà s'occuper de leurs propres enfants, qui ont un travail, etc. La pression qui est exercée est donc très, très importante. Et tout cela a un prix, notamment en ce qui a trait à nos aspirations. Il va sans dire que les enjeux démographiques ne disparaitront pas. Il y aura toujours cette génération du baby-boom, ce qui signifie que cela nous prendra encore 20 ou 30 ans avant d'arriver à des ratios différents. Diapositive suivante, s'il vous plaît.
[00:08:04 Texte à l'écran :
« Indicateur 4 : Immigration et offre de main-d'œuvre
- Pourquoi est-ce important? L'immigration peut compenser le vieillissement, mais cela exige un alignement des compétentes.
- Signal récent : Le soutien à l'immigration a baissé. Conséquences négatives importantes en raison d'inadéquations des politiques dans des domaines tels que le logement, les compétences et l'éducation.
- Conséquence : Aligner l'immigration sur les compétences demandées, le logement, l'éducation et le soutien à l'intégration.
- Source : Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada ».]
Évidemment, j'ai parlé un peu de cela. L'immigration peut contribuer à redresser la situation, mais le niveau de soutien est parmi les plus bas que nous ayons connus. C'est en partie injuste, mais c'est la réalité. Les politiciennes doivent donc tenir compte de l'opinion publique et doivent faire des choix difficiles. Et bien sûr, dans un contexte mondial également, il faut prendre certaines mesures. Et même avec les immigrantes que nous accueillons, nous avons déjà un énorme problème d'inadéquation des compétences, vous pouvez le constater en discutant avec les chauffeurs et chauffeuses d'Uber. L'opinion a changé de manière spectaculaire au cours des 10 ou 15 dernières années. Avant, on se disait qu'on devait mettre les bouchées doubles et travailler très fort pour que nos enfants aient de meilleures perspectives. Maintenant, les gens ont hâte de quitter. Les gens ont une opinion très différente. Si l'on regarde le coût de la vie et les différents ratios, par exemple l'argent nécessaire pour acheter votre première maison. Auparavant, cela représentait trois à quatre fois votre salaire; aujourd'hui, c'est environ vingt fois. Le temps qu'il fallait auparavant pour rembourser un prêt hypothécaire, c'est le temps qu'il faut désormais, aux jeunes plus particulièrement, pour épargner en vue d'une mise de fonds. Il n'est donc pas étonnant que ces jeunes renoncent aux unions ou les retardent, et n'aient pas d'enfants. Notre taux de fécondité a baissé et se situe aujourd'hui à 1,25. Un taux de fécondité de 2,1 enfants par femme est nécessaire pour le renouvellement de la population. Donc les gens ont moins d'enfants, l'immigration n'est pas exactement la panacée, et cette composante démographique a un impact considérable sur notre fardeau national et sur le type d'intrants qui sont requis. Encore une fois, je ne veux pas dépeindre cet enjeu de façon négative, car la population âgée apporte une contribution très importante. L'économie des soins contribue de façon énorme à notre PIB, mais les tendances démographiques actuelles ont aussi des répercussions sur nous. Diapositive suivante, s'il vous plaît.
[00:10:08 Texte à l'écran :
« Indicateur 5 : Recherche et développement, innovation
- Pourquoi est-ce important? L'innovation favorise la compétitivité et la souveraineté.
- Signaux récents :
Baisse des dépenses intérieures brutes du Canada en recherche et développement (R-D) par rapport au produit intérieur brut du Canada et aux pays du G7 et de l'Organisation de coopération et de développement économiques.
Dépenses des entreprises en recherche et développement parmi les plus basses du G7 (baisse sur 20 ans); très peu d'entreprises font de grands investissements en R-D.
Dépenses de l'enseignement supérieur en recherche et développement : correctes, mais en baisse.
Faible niveau relatif en matière de propriété intellectuelle et de brevets.
- Conséquence : Concentrer la R-D dans les secteurs à forte incidence/croissance, la gouvernance de l'IA et la capacité d'expansion.
- Source : Statistique Canada, Organisation mondiale de la propriété intellectuelle ».]
Passons maintenant à la R-D et à l'innovation. Tout le monde dit que nous n'avons pas suffisamment investi dans la R-D, que nous ne stimulons pas assez les idées et l'idéation, etc. Et cela est en partie vrai. Nous constatons que les investissements publics dans la R-D ont augmenté en termes réels, mais pas au même rythme que le PIB ou que nos dépenses par habitant. Il est vrai que les gouvernements n'ont donc pas investi dans ce domaine, mais les investissements des entreprises dans la R-D sont vraiment, vraiment problématiques. Nous ne sommes pas du tout en phase avec les autres pays du G7. Cela s'explique en partie par la taille des entreprises que nous avons. Si l'on remonte aux années 1980, est-ce qu'il y avait des entreprises canadiennes qui figuraient au premier ou au deuxième rang, en position dominante, dans un secteur comme l'exploitation minière ou dans un autre secteur? Il y en avait 19 ou 20. Aujourd'hui, il y en a trois. Nous n'avons simplement pas cette envergure. Et lorsque vous n'avez pas cette envergure, quelle place occupe la R-D? Et puis, bien sûr, les multinationales déplaceront leur R-D littéralement à la vitesse de la lumière là où; elles auront les meilleures conditions. Cela non plus n'est pas une situation favorable, sans parler des investissements du secteur de l'enseignement en R-D, qui diminuent eux aussi comparativement aux autres pays. Je pense que vous avez entendu de nombreuses personnes dénoncer la médiocrité de régime de protection de la propriété intellectuelle. Dans un monde numérique, la protection du capital intellectuel dont vous avez besoin pour vous développer et faire respecter ce qui vous appartient est particulièrement importante. En fait, de nombreuses personnes affirment que nous avons été trop laxistes et que nous avons cédé cet avantage à d'autres pour une bouchée de pain. Je pense donc que la R-D fait partie de l'équation, mais, comme pour les autres enjeux dont nous avons parlé, il ne s'agit pas de la seule variable. Nous allons devoir trouver des façons d'établir des liens entre le gouvernement, les établissements d'enseignement, les compétences, la formation et le monde des affaires afin de déterminer comment obtenir un rendement de ces investissements. Diapositive suivante, s'il vous plaît.
[00:12:12 Texte à l'écran :
« Indicateur 6 : Confiance du public dans les institutions
- Pourquoi est-ce important? La confiance sous-tend la légitimité des décisions difficiles.
- Signal récent : Baromètre Edelman : baisse de la confiance envers le gouvernement, les médias et les entreprises.
- Conséquence : Bâtir la transparence, la supervision et les communications.
- Source : Baromètre de confiance Edelman de 2024 ».]
Et comme si cela ne suffisait pas, la confiance du public à l'égard des institutions n'a jamais été aussi faible. Si vous avez suivi le baromètre de confiance Edelman, la dernière enquête internationale a montré que les gens ne font confiance à personne, ils ne font pas confiance aux PDG, aux gouvernements ou aux ONG. Auparavant, les gens faisaient un peu plus confiance au gouvernement en période de crise, ils faisaient également confiance aux PDG, estimant que ces personnes avaient à cœur notre intérêt supérieur et qu'elles pouvaient changer les choses. Aujourd'hui, les gens ne font confiance à personne. En fait, ce qui est encore plus inquiétant, c'est que deux tiers des jeunes au Canada affirment qu'il est normal d'avoir recours à la violence et de s'en prendre physiquement aux institutions, aux organisations ou aux personnes avec qui ils et elles ne sont pas d'accord. Je ne dis pas que les jeunes vont tous et toutes agir de la sorte, mais il y a cette opinion parmi eux. Je n'ai jamais vu de tels chiffres. Il s'agit de personnes qui ne se contentent plus de dire que les choses ne fonctionnent plus pour elles, mais qu'il est normal d'entreprendre des actions de nature violente. Cela fait peur. Alors, comment reconstruire les liens, comment atténuer ces tensions que nous observons? C'est un vrai problème. Diapositive suivante, s'il vous plaît.
[00:13:31 Texte à l'écran :
« Indicateur 7 : Exposition au commerce américain
- Pourquoi est-ce important? Les États-Unis sont le principal partenaire du Canada; les changements de politique ont des répercussions directes.
- Signaux récents : 20 % du produit intérieur brut dépend des exportations de biens vers les États-Unis
76 % de toutes les exportations de biens vont aux États-Unis; 50 % sont en provenance des États-Unis
94 % des véhicules automobiles et des pièces détachées; 90 % de l'énergie va aux États-Unis
- Conséquence : Diversifier les marchés, construire des chaînes d'approvisionnement résilientes
- Source : Représentant au Commerce des États-Unis, Reuters, 2023 ».]
D'accord. Je ne pense pas que j'aie besoin de vous expliquer ce dont il est question. Vous avez toutes et tous certainement suivi l'actualité et l'évolution de la relation entre le Canada et les États-Unis. Essentiellement, 20 % de notre PIB dépend de cette relation, et 75 %, 76 % de nos exportations sont destinées à ce pays, principalement sous la forme d'énergie, d'automobiles, de produits manufacturés et de pièces détachées. Par ailleurs, 50 % de nos importations proviennent des États-Unis. Les chaînes d'approvisionnement de nos deux pays sont intégrées et dépendent l'une de l'autre. Il ne sera donc pas facile de démêler tout cela; nous ne pourrons pas nous contenter de dire que notre pays doit devenir souverain. Même pour ce qui est de la diversification de nos marchés, nous en parlons depuis 30 ou 40 ans. Nous avons fait certains progrès dans ce domaine, cela ne fait aucun doute, mais ce n'est pas vraiment une panacée ou quelque chose qui va se produire du jour au lendemain. Diapositive suivante, s'il vous plaît. Nous sommes presque arrivées à la dixième.
[00:14:27 Texte à l'écran :
« Indicateur 8 : Intégrité de la chaîne d'approvisionnement, suffisance énergétique et minéraux critiques
- Pourquoi est-ce important? Souveraineté liée aux chaînes d'approvisionnement sécurisées, aux infrastructures énergétiques et à l'accès aux minéraux critiques.
- Signal récent : La course mondiale à l'énergie (intelligence artificielle), aux chaînes d'approvisionnement résilientes et intégrées et aux minéraux critiques s'intensifie.
- Conséquence : Accélérer la capacité nationale sécurisée et les partenariats avec les alliés.
- Source : Gouvernement du Canada, Stratégie de 2023 ».]
Donc cette souveraineté liée à l'intégrité de la chaîne d'approvisionnement, à l'infrastructure énergétique, voire à l'accès aux minerais critiques, nous allons devoir envisager ces éléments de manière très différente. Quoi que vous fassiez, vous devrez y ajouter cette notion de sécurité, de sûreté et de souveraineté, ce qui n'est pas facile à faire, n'est-ce pas? De toute évidence, nous assistons à une course mondiale à l'énergie. Même l'IA nécessite d'énormes quantités d'énergie. Quel rôle allons-nous jouer? Notre pays sera-t-il un preneur? Sera-t-il un acteur? Allons-nous héberger des infrastructures? Allons-nous les construire? Il est aussi question d'infrastructure physique, je pense que vous avez entendu le premier ministre dire que les centres de données d'IA souverains allaient également faire partie de ces dépenses d'infrastructure. Nous allons donc devoir réfléchir à ces deux éléments. Nous allons devoir réfléchir à notre infrastructure physique et à notre infrastructure numérique, ainsi qu'à des questions telles que la sécurité et la souveraineté, tout en sachant que 20 % de notre PIB et 75 % de nos échanges commerciaux dépendent de notre partenaire au Sud. Et il va sans dire que c'est un exercice délicat, car personne ne veut marcher sur les pieds de qui que ce soit, et ainsi de suite. Diapositive suivante, s'il vous plaît.
[00:15:42 Texte à l'écran :
« Indicateur 9 : Cybersécurité et défense
- Pourquoi est-ce important? Hausse des attaques contre les hôpitaux, les services publics, les infrastructures de transport, les services gouvernementaux et les institutions financières. Instabilité mondiale et affaiblissement des institutions de consensus à l'échelle mondiale.
- Signal récent : La fréquence et la gravité des cyberincidents s'intensifient. Les conflits intérieurs et internationaux créent de nouvelles lignes de fracture.
- Conséquence : Investissements dans la défense nationale, la cyberdéfense, les normes et les partenariats. Manque de capacités nationales et d'antécédents positifs.
- Source : Centre canadien pour la cybersécurité, Évaluation des cybermenaces nationales de 2023 ».]
Évidemment, je n'ai pas grand-chose à ajouter. Je pense que vous avez entendu ce qui est arrivé, n'est-ce pas? L'Europe a été touchée par un incident de cybersécurité au cours de la fin de semaine. Et ce genre de situation se répète sans cesse, au point où; la population devient désensibilisée en quelque sorte et se dit « Ah bon, une autre cyberattaque », mais ce sont des défis très réels auxquels nous sommes confrontées. Il n'est pas facile de renforcer la confiance entre le public et les institutions lorsque vos données, vos actifs et la commodité de vos services sont touchés par ce type de situation. Donc, d'une part, alors que nous avons plus d'activités numériques, plus d'IA, nous avons une augmentation constante des cyberincidents. En ce qui a trait à la défense, nous avons parlé à maintes reprises de la façon dont nous avons laissé ce secteur s'éroder au point où; nous ne sommes même pas en mesure de contrôler nos propres frontières. Il faudra désormais déployer d'importants efforts pour mettre en place cette composante de défense et, espérons-le, obtenir des retombées économiques. Il faut dire que notre bilan dans ce domaine est peu reluisant. Nous ne sommes pas très douées pour construire et mettre en œuvre de grandes initiatives et de grands projets dans le respect des délais, des budgets, etc. Nous allons donc devoir trouver le moyen de nous améliorer dans ces domaines, de renforcer nos capacités et d'obtenir de meilleurs résultats si nous voulons jouer dans le club, si vous voyez ce que je veux dire. Très bien, diapositive suivante, s'il vous plaît.
[00:17:03 Texte à l'écran :
« Indicateur 10 : Inégalités et chômage des jeunes
- Pourquoi est-ce important?
Les inégalités réduisent la cohésion sociale et les possibilités.
La diminution de la confiance dans les institutions établies de longue date nuit à l'efficacité des politiques.
La mésinformation et la désinformation créent de nouveaux acteurs influents.
- Signaux récents : Détérioration du chômage des jeunes en 2024-2025
Médias et médias sociaux
- Conséquence : Créer des compétences et des parcours professionnels ciblés pour les jeunes.
- Source : Statistique Canada, Enquête sur la population active ».]
L'inégalité constitue un problème très sérieux, tant sur le plan financier qu'en ce qui a trait à la capacité d'exercer une influence sociale sur les systèmes, etc. Il ne s'agit donc pas seulement d'un enjeu économique; cette inégalité d'influence crée également de véritables tensions dans notre structure sociale. J'ai parlé du dialogue sur l'immigration, même si je dirais que la plupart des faits abondent dans le sens opposé. La mésinformation, la désinformation, les chambres d'écho, les médias sociaux, tout cela ne fait qu'exacerber la situation. Au niveau international, les mécanismes de consensus, le G7, qu'est-ce que cela signifie vraiment? Le G20 et l'ONU sont en difficulté. L'OMS, l'OMC, toutes ces organisations sont en difficulté, et il s'agit en quelque sorte de structures post-Bretton Woods. Alors, à qui s'adresse-t-on lorsque l'on souhaite faire part de notre position sur un enjeu et tenter de trouver un consensus? Et faire en sorte que cela fonctionne? On n'a qu'à penser à Paris21 et à d'autres initiatives semblables. Il est donc question des inégalités au sens large au sein du pays, mais aussi en ce qui a trait aux alliances, aux personnes avec qui vous travaillez pour que certaines de ces choses se réalisent. Les jeunes, et je veux aborder cet enjeu, font actuellement face à de véritables difficultés en ce qui a trait au chômage. À Toronto, par exemple, plus de 20 % des jeunes, soit une sur cinq, veulent travailler et sont prêtes à travailler, mais ne trouvent pas d'emploi. Qu'est-ce que cela signifie pour leur vision et leurs façons d'entrevoir l'avenir en ce qui concerne leur capacité à contribuer et à faire partie de la société? Et devinez quoi? Les jeunes ont également affirmé ne pas avoir peur d'exprimer leur point de vue à ce sujet. On voit cela également aux États-Unis, en Europe; ce n'est pas un concept étranger au Canada non plus, et les médias, les médias sociaux, comme je l'ai dit, ne font qu'exacerber certaines de ces choses. Alors, comment créer ce type d'ensembles de compétences? Comment créer des possibilités pour la prochaine génération? J'ajouterais que ce n'est pas seulement une question importante pour les jeunes. C'est une question importante pour leurs parents, c'est une question importante pour leurs grands-parents. Cela crée une grande angoisse au sein de la société. Diapositive suivante, s'il vous plaît.
[00:19:20 Texte à l'écran :
« Orientations de politique pour le Canada
- Poussée de la productivité et de l'innovation (adoption du numérique, intelligence artificielle, R-D)
- Stratégie de main-d'œuvre et d'immigration
- Résilience souveraine des chaînes d'approvisionnement
- Gouvernance numérique et cybernétique
- Cohésion sociale et confiance ».]
Quels sont donc les domaines sur lesquels nous devrons mettre l'accent? J'ai parlé un peu de la productivité et de l'innovation. J'ai parlé un peu de notre stratégie en matière de main-d'œuvre et d'immigration. Comment obtenir ces chaînes d'approvisionnement et cette résilience qui nous permettront de construire notre économie à la fois physique et numérique, tout en favorisant la cohésion sociale et le rétablissement de la confiance, ce qui n'est pas nécessairement facile? Je pense que c'est tout. Y a-t-il encore une diapositive?
[00:19:54 Texte à l'écran :
« Mesures de leadership nécessaires
- Signaler une stratégie nationale claire reliant la technologie, les compétences et la souveraineté
- Gouvernance interportefeuille éliminant les vases clos de données et de connaissances
- Capacité rapide (sécurité de l'intelligence artificielle, chaînes d'approvisionnement, infrastructures physiques et numériques, unités cybernétiques)
- Approche axée sur la confiance (supervision, transparence, mobilisation du public)
- Ambition accrue, leadership empathique et courageux axé sur les résultats
- Communications exceptionnelles, littératie en matière de données et pensée systémique ».]
Les dirigeantes devront relever de véritables défis et devront déterminer comment mettre en place une stratégie nationale claire qui relie tous ces éléments. Comment travailler au-delà de nos vases clos et éliminer ceux-ci, que ce soit en matière de connaissances ou d'intrants, et adopter davantage une pensée systémique? Comment concilier capacité et sécurité, comme je l'ai mentionné, pour ce qui est de nos infrastructures physiques et de nos infrastructures numériques? Comment parvenir à une approche axée sur la confiance, qui comporte ce type de supervision, de transparence et de mobilisation, de véritable mobilisation? Pendant longtemps, les fonctionnaires se sont assises autour d'une table et n'ont invité que les personnes dont ils ou elles souhaitaient entendre la voix. Cela doit cesser si nous voulons vraiment construire le type de structure inclusive dont nous avons besoin. Il est également question d'avoir plus d'ambition. Honnêtement, ce que j'aimerais souligner c'est que si les gens ne veulent pas faire de grandes choses en ce moment, devinez quoi? Nous serons des preneurs et des preneuses. Alors, comment accroître ce niveau d'ambition? Cela s'accompagne d'une capacité à prendre des risques et à exercer un leadership. Comment faire preuve d'empathie et comment constituer des équipes désireuses de travailler sur des sujets vraiment difficiles? Le leadership n'a jamais été aussi nécessaire qu'aujourd'hui, et vous allez devoir être des communicateurs et des communicatrices exceptionnelles. La littératie numérique sera indispensable et vous devrez commencer à adopter une pensée systémique. Ce ne sont pas des défis faciles à relever, mais c'est tout à fait faisable.
Je pense que c'était la dernière diapositive, n'est-ce pas? Surprise. Voilà, merci.
Narratrice : L'École de la fonction publique du Canada organise des événements, des ateliers et des cours stimulants et enrichissants sur la géopolitique et la sécurité nationale. Pour en savoir plus, veuillez contacter l'adresse courriel suivante :
[00:21:53 L'adresse courriel gnslp-pagsn@csps-efpc.gc.ca s'affiche.]
[00:22:03 Le logo animé de l'EFPC s'affiche à l'écran.]
[01:22:09 Le logo du gouvernement du Canada s'affiche à l'écran.]