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Série Café virtuel de l'EFPC : Leçons de leadership et de prévoyance, avec la Dre Theresa Tam (TRN4-V52)

Description

Dans cet enregistrement d’événement, la Dre Theresa Tam, ancienne administratrice en chef de la santé publique du Canada, fait part de ses réflexions et présente sa vision de l’avenir de la santé publique.

Durée : 00:57:50
Publié : 4 novembre 2025
Type : Vidéo


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Série Café virtuel de l'EFPC : Leçons de leadership et de prévoyance, avec la Dre Theresa Tam

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Transcription : Série Café virtuel de l'EFPC : Leçons de leadership et de prévoyance, avec la Dre Theresa Tam

[00:00:00 Le logo de l'EFPC apparaît à l'écran.]

[00:00:04 L'écran s'estompe et montre John Medcof.]

John Medcof (enseignant en chef, École de la fonction publique du Canada) : Bonjour et bienvenue à tous. Je m'appelle John Medcof et je suis enseignant en chef à l'École de la fonction publique du Canada. Je serai votre hôte aujourd'hui. Merci d'être parmi nous.

Les événements virtuels nous permettent de nous rassembler à partir de différents endroits au pays. Moi, je me joins à vous de la Région de la capitale nationale, d'Ottawa, alors sur le territoire non cédé du peuple algonquin anishinaabe. Je vous encourage toutes et tous donc de prendre un moment et penser aux territoires traditionnels sur lesquels vous vous trouvez.

[00:00:47 La Dre Theresa Tam est assise sur une chaise à côté de John Medcof.]

Aujourd'hui, nous avons l'honneur d'accueillir la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, pour une conversation qui, j'en suis sûr, sera profondément pertinente et enrichissante. Au cours des dernières années, la Dre Tam a joué un rôle essentiel dans l'orientation de l'intervention du Canada en matière de santé publique en période d'incertitude, y compris l'un des événements mondiaux les plus déterminants de l'histoire récente, la pandémie de COVID-19. Au cours de cet entretien, nous explorerons l'importance vitale des mesures intersectionnelles – en quoi la collaboration entre les secteurs de la santé, de l'éducation, du logement, de l'environnement et d'autres secteurs est vraiment essentielle pour faire progresser la santé et le bien-être globaux de la population. En tant que fonctionnaires, nous savons tous qu'aucune organisation ou discipline ne détient tous les outils, et que c'est en travaillant ensemble que nous pouvons réellement obtenir de meilleurs résultats pour les Canadiens.

Nous entendrons également les réflexions de la Dre Tam sur l'un des défis les plus pressants de notre époque, c'est-à-dire la désinformation et la mésinformation. Nous connaissons tous que à l'ère de la surcharge d'information, la capacité à séparer les faits de la fiction et à instaurer la confiance dans les preuves et dans les institutions est fondamentale pour une gouvernance efficace. La Dre Tam parlera de stratégies pour faire face à ce paysage en évolution et ce que cela signifie pour notre travail collectif en tant que fonctionnaires.

Un autre élément important dans la conversation aujourd'hui est l'ensemble des travaux de la Dre Tam dans le cadre de la série de rapports de l'administratrice en chef de la Santé publique. Il s'agit d'une collection de rapports prospectifs fondés sur des données probantes qui traversent la-… qui tracent la voie vers un Canada plus équitable, plus durable et plus soucieux de la santé. Ces rapports illustrent la manière dont la prévoyance stratégique et l'analyse fondée sur les données peut guider la réflexion à long terme et l'amélioration de l'ensemble du système. Enfin, et c'est peut-être le point le plus important, nous entendrons les conseils personnels de la Dre Tam aux dirigeants et aux futurs fonctionnaires – alors comment rester ancrée dans un objectif, comment naviguer dans la complexité et comment diriger avec empathie et vision.

Je vous invite donc à vous installer, à écouter attentivement et à réfléchir à la manière dont ces leçons partagées aujourd'hui peuvent éclairer votre propre travail, et que vous trouvez, n'importe où que vous vous trouvez dans la fonction publique.

Je vous invite donc à vous joindre à moi pour souhaiter la bienvenue à la Dre Theresa Tam.

Dre Theresa Tam (Administratrice en chef de la santé publique du Canada, Agence de la santé publique du Canada) : Merci beaucoup.

Merci beaucoup, John, de votre accueil chaleureux, et je suis très contente d'être ici aujourd'hui. Premièrement, j'aimerais parler un peu de mon parcours professionnel, c'est une question assez fréquente. Donc, mon parcours professionnel a été marquée par des rebondissements inattendus, plusieurs défis et les apprentissages incessants, continus. Donc je suis une immigrante. J'ai déménagé au Canada au début de 1990 après avoir fini mes études en médecine en Angleterre. Ensuite, j'ai été jumelée à une résidence pédiatrique à l'Université d'Alberta. Après ça, j'ai suivi un cours, une spécialisation aux maladies infectieuses. Après ça, j'ai changé de cap au direction dans ma carrière vers la santé publique, le domaine de santé publique.

Grâce à un programme à Santé Canada, j'ai obtenu un poste d'épidémiologiste de terrain. Je faisais des enquêtes sur le terrain, donc c'était une période très intéressante. Bien sûr, à cette époque-là, je n'aurais jamais pensé devenir l'administratrice en chef de Santé publique du Canada ! En fait, ce poste n'était pas encore établi. Donc c'était difficile de dire adieu à ma pratique clinique, mais finalement, je ne regrette rien de rien. J'ai eu une carrière très intéressante. C'est un honneur, c'est l'honneur d'être l'administratrice en chef de la Santé publique, à l'Agence de la santé publique. Et comme femme immigrante, j'espère que je peux inspirer, surtout les jeunes employés, les étudiantes, de devenir des leaders, des dirigeants au sein de la santé publique.

John Medcof : Merci beaucoup.

On sait-… Nous vous avons tous vue à la télévision à maintes reprises, mais c'est la première fois que je vous entends parler de vos antécédents professionnels et de votre parcours pour devenir l'administratrice en chef de la santé publique du Canada. Je suis ravi d'apprendre à vous connaître un peu mieux dans ce contexte et peut-être d'entamer la conversation que nous aurons cet après-midi. Nous pourrions peut-être commencer par parler un peu du rôle d'administratrice en chef de la santé publique que vous occupez depuis huit ans, si je ne me trompe pas. Nous aimerions tout simplement en apprendre un peu plus. Je pense que nous voyons un aspect très public de votre rôle, mais il y a beaucoup plus que cela. Pouvez-vous nous parler un peu de ce que signifie ce rôle?

Dre Theresa Tam : Oui, je vais en parler un peu.

Le faire en français. Comme la principale professionnelle en Santé publique au sein du gouvernement fédéral, ma tâche principale est de conseiller la ministre de la Santé ainsi que la présidente de l'Agence de la santé publique. Je suis chargée de fournir des conseils fondés sur la science – ça, c'est très important, fondés sur la science – et les données probantes. J'ai un rôle aussi de chef de file pour aider le Canada de se préparer pour les urgences sanitaires et à y répondre.

Bien sûr, je communique avec le grand public par les entrevues avec des journalistes, les conférences de presse, mais aussi dans les médias sociaux. Finalement, des publications en ligne, les rapports annuels par exemple. Mais je veux dire que la santé publique, c'est un travail vraiment en équipe. Je travaille étroitement avec mes homologues, par exemple les autres médecins en chef de provinciaux et territoriaux, les collègues internationaux, et aussi, le leadership autochtone, les communautés touchées par les enjeux de la santé publique, les enjeux en santé.

John Medcof : Vous avez parlé des rapports, et si je ne me trompe pas, vous avez publié dix rapports au cours de votre mandat.

Qu'avez-vous appris de cette expérience de la rédaction de ces rapports et de votre réflexion sur l'avenir de la santé publique?

Dre Theresa Tam : Ça a été tout un périple, comme vous pouvez l'imaginer. J'ai rédigé dix rapports en huit ans, et je vais en rédiger un autre cette année. Ce sera mon dernier rapport. Ce que j'ai constaté, bien sûr, c'est que chaque rapport met l'accent sur un défi qui est vraiment important pour la santé de la population à l'époque, mais ce que j'ai appris, c'est que c'est le processus, en fait, qui est presque plus important que le rapport final et les résultats finaux. Si je dis cela, c'est parce que je trouve que j'ai pu prendre des mesures pendant la rédaction des rapports. Une fois les rapports publiés, j'ai pu m'en servir pour amorcer des conversations et susciter des collaborations après la publication. Je pense que ce que j'ai appris – et cela a changé tout le temps en fait – c'est que si je rends le processus plus participatif et qu'il y a une plus grande mobilisation des experts et expertes de tous les différents domaines de la santé publique et d'autres disciplines scientifiques, mais aussi avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis, les experts et les expertes et les personnes ayant une expérience vécue, cela donne au rapport plus de vie et de durabilité au fil du temps parce que les gens se considèrent comme faisant partie de ce parcours. J'ai trouvé cela très intéressant.

L'une des leçons les plus importantes que j'ai apprises au cours de ces huit dernières années est le concept de co-création avec des experts et expertes autochtones en santé publique, par exemple. Je ne pense pas avoir vraiment su comment m'y prendre au début, dans le premier rapport, mais je crois avoir appris une leçon au fil du temps. J'espère que les gens pourront jeter un coup d'œil à ces rapports et voir comment, non seulement le contenu, mais aussi la façon dont les processus de production des rapports changent. Je pense que cela a également évolué. Par exemple, pendant toute cette période, le gouvernement fédéral avait la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones pour nous guider, nous avions les recommandations de la Commission de vérité et réconciliation, et j'ai vraiment dû en apprendre beaucoup sur mon rôle dans la défense des droits des Autochtones et le soutien de l'autodétermination.

Tout au long de mon parcours, je pense que ce qui m'a touché le plus, c'est le fait d'avoir noué des relations de confiance avec des dirigeants et dirigeantes et des aînés et aînées autochtones, et d'avoir beaucoup appris sur les systèmes de connaissance et la science autochtones. Je pense que ce genre de fondation fiable est vraiment important pour nous permettre d'aller de l'avant et de relever ensemble certains des défis complexes. Mon propre rapport ressemblait à des devoirs que je devais présenter au Parlement, mais en fait, j'ai découvert que c'était une plateforme vraiment puissante, et je pouvais également donner de l'espace sur cette plateforme à d'autres personnes qui avaient des voix différentes. J'ai donc commandé différents rapports, y compris une vision dirigée par les Autochtones de l'avenir des populations inuites, métisses et des Premières Nations en matière de santé publique. Selon moi, cela avait vraiment eu une incidence pour moi-même, mais aussi, je l'espère, pour tous ceux qui pourraient lire ces rapports et les utiliser.

Une autre approche intéressante que j'ai adoptée a été de centrer tout mon travail sur l'équité en santé. Je l'ai fait parce que je savais qu'on ne pouvait pas adopter une approche universelle pour ce que nous faisons, et que nous devions servir les personnes qui subissent le plus d'inégalités attribuables à la colonisation, à la discrimination, au système et à la structure, ce que nous appelons les déterminants structurels, sociaux et économiques de la manière dont ces facteurs aient des incidences sur les résultats des personnes en matière de santé; et ce sont ces personnes avec lesquelles nous devons vraiment travailler en partenariat et que nous devons servir. Ce thème est donc omniprésent dans le rapport. Je voulais participer à la santé publique parce que je pense que notre système de santé doit passer des traitements, bien qu'ils soient très importants, à la prévention et à la promotion d'une vie saine.

Je dis cela parce que mon premier rapport portait en fait sur la promotion de la santé. Le titre était « Concevoir un mode de vie sain », et il s'agissait d'illustrer et de documenter la façon dont notre environnement bâti, la façon dont nous bâtissons nos villes, nos collectivités, les espaces verts et bleus, influent réellement sur notre santé mentale et physique, et l'accès à la nourriture et aux services. Et si nous adoptons une approche axée sur la santé et les émotions, nous reconnaissons les iniquités, nous servons les populations qui ont besoin de ces soutiens et structures, nous pouvons favoriser la santé de la population. J'ai utilisé ce rapport pour frapper à de nombreuses portes et j'ai collaboré avec d'autres secteurs, comme les urbanistes municipaux. J'ai contacté Innovation Sciences et Développement économique Canada (ISDE). Est-ce le bon acronyme?

John Medcof : Oui.

Dre Theresa Tam : Merci. J'ai contacté ce ministère pour voir si je pouvais l'aider dans son initiative de ville intelligente qu'il lançait à l'époque pour illustrer comment ces rapports peuvent aider à transcender les frontières et les secteurs, et nous aider à travailler ensemble. Mon dernier rapport, qui porte sur le bien-être, s'inscrit dans la même logique. Comment pouvons-nous tous travailler ensemble sur des choses qui ont une incidence sur la qualité de vie des gens et sur ce qui compte pour eux? J'espère que cela stimulera encore plus le travail intersectoriel.

John Medcof : D'accord. Je vous remercie de nous en avoir fait part, parce que je pense que nous voyons tous le rapport qui en découle, mais en vous écoutant parler un peu de votre approche, de la réflexion et de l'intention qui la sous-tend, ainsi que de la façon dont votre propre pensée a évolué au cours de la préparation de ces rapports, je pense qu'il y a certainement des choses que nous pouvons lier à tous ceux d'entre nous qui travaillent dans la fonction publique et à la façon dont nous concevons notre travail. Je crois avoir mentionné au début de mon intervention à quel point la pandémie de COVID-19 a été un événement important auquel nous avons tous dû faire face. Il serait donc probablement intéressant d'entendre ce que vous avez à dire à ce sujet.

La pandémie de la COVID-19 a marqué une grande partie de votre mandat dans votre rôle et j'aimerais peut-être vous poser la question : Qu'est-ce qui vous a frappé de cette expérience ? Quelles parties de cette expérience vous ont le plus marquée, peut-être ?

Dre Theresa Tam : La pandémie de la COVID-19 a été une période exceptionnelle pour tout le monde, en fait. C'était un événement le plus marquant des derniers 100… 100 dernières années. Donc je me souviens du premier email, courriel, que j'ai reçu de mon équipe avec la nouvelle inquiétante selon laquelle il y avait une grave maladie respiratoire à Wuhan, en Chine. C'était le dernier jour de l'année 1919 (sic), la veille du Nouvel an. Ensuite, tout ce qui a été fait pour rapatrier les Canadiens et les Canadiennes qui se trouvaient à Wuhan, les personnes qui sont à Wuhan en ce moment-là, en Chine, et sur les navires de croisière, comme le Diamond Princess au bord de la mer du Japon. C'était une exemple incroyable de collaboration entre plusieurs ministères.

Donc à ce moment-là, nous n'avions pas encore réalisé l'ampleur de la dévastation qui suivait. Comme les personne qui vivaient dans les établissements de soins de longue durée, les personne âgées. Les personnes travaillant ou vivant dans les endroits bondés, bondés ou surpeuplés, qui sont plus touchés. Et je n'oublierai jamais les impacts, les répercussions graves sur les travailleurs dans la santé. Les images des infirmières, les médecins, les gens qui travaillent dans les soins intensifs.

Un souvenir positif marquant est lorsque le premier patient âgé a reçu le vaccin. C'était le 14 décembre 2020. C'était très émouvant parce que COVID causait des ravages dans les établissements de soins de longue durée, et le vaccin, le premier vaccin allait changer tout dans cet endroit. On ne pensait pas obtenir un vaccin si rapidement. C'était une collaboration énorme internationale, entre les scientifiques, le secteur privé, (inaudible) les fabricants. Le vaccin est-… les gouvernements qui investissaient beaucoup dans ce domaine. Et finalement, c'était un grand succès, la plus grande campagne de vaccination de l'histoire du Canada. Et le taux de vaccination pour les premiers deux doses était le plus haut du G7; du monde, en fait, et le vaccin a sauvé la vie de beaucoup de personnes.

Donc, notre réponse au sein de la fonction publique à la lutte contre cette pandémie était vraiment un exemple extraordinaire d'un travail en équipe de l'ensemble des gouvernements du Canada et de la société canadienne. C'est pas uniquement une réponse dans un secteur de la santé, bien sûr c'est une réponse dans les secteurs sociaux, les secteurs économiques, de transport, agricole. Donc, plusieurs personnes travaillent ensemble, mais c'est les Canadiens et Canadiennes qui sont des ingrédients très clés dans le succès de notre réponse.

Je crois donc qu'il est absolument tragique que plus de 60 000 personnes aient perdu la vie, mais je pense que dans cette tragédie, nous avons certainement vu, pour une bonne partie de la réponse initiale à la pandémie, des gens qui voulaient s'entraider, des voisins qui se soutenaient les uns les autres, des communautés qui se rassemblaient vraiment. C'est ainsi que nous avons réussi à faire face à la pandémie. Alors, oui! Il y a tellement de choses à dire.

John Medcof : Puis-je vous demander d'en dire un peu plus? Vous avez parlé de tous ces grands changements et de tous ces grands moments. Quelles sont les principales leçons que nous pouvons tirer de cette expérience et dont nous devrions tenir compte, selon vous, lorsque nous réfléchissons à l'éventualité d'une nouvelle crise de santé publique ou d'une nouvelle pandémie? Quelles sont les principales choses que vous souhaiteriez que nous retenions de cette expérience?

Dre Theresa Tam : Oui, il y a évidemment beaucoup d'aspects positifs de la réponse, mais il y a aussi des effets indésirables très importants, non seulement du virus, mais de la réaction elle-même que nous ne devons pas oublier. Je pense que nous ne devons pas oublier qu'elle était tellement axée sur l'intervention en matière de santé; nous avons besoin de toute la société, tous les différents secteurs sont capables d'intervenir et de contribuer. Par exemple, en cette période d'incertitude, nous étions confrontés à un énorme défi sociétal. Il n'y avait jamais de réponse claire et nette. Je pense que c'est une chose qu'il ne faut pas oublier. La plupart des décisions prises par nos élus sont vraiment difficiles. Il faut peser les avantages, mais aussi le compromis, des répercussions négatives de chacune de ces décisions. Je pense que nous devons faire mieux pour mesurer ces autres répercussions…

John Medcof : D'accord.

Dre Theresa Tam : ... Pour nous aider à ajuster également la réponse globale. Il n'y a pas deux pandémies identiques. J'ai toujours dit que chaque pandémie est unique. Il est donc très important de s'en souvenir, car nous devons être capables de nous adapter à la prochaine pandémie. Quand on regarde les pandémies au cours de l'histoire, certaines, notamment la pandémie de COVID-19, touchent les populations plus âgées, mais de nombreuses pandémies touchent les jeunes populations. Par exemple, les pandémies de grippe touchent souvent des populations plus jeunes parce qu'elles n'ont jamais eu la grippe dans leur vie. Cela change également la façon dont il faut réagir. Dans le cas de la COVID-19, l'impact éducatif a été très important; bon nombre des administrations locales ont fermé les écoles ou sont passées à un modèle hybride, et cela a eu des répercussions sur les enfants et les jeunes. Mais si la prochaine pandémie est grave dans la population, les gens devront peut-être réagir différemment. Cela peut s'avérer nécessaire.

En fin de compte, il ne s'agit pas seulement de penser au dernier événement quand on réagit au prochain; il faut examiner différents scénarios quand nous planifions et nous nous préparons. Étant donné que vous devez adapter votre réponse, vous pouvez mettre en pratique des trajectoires différentes et, surtout, pratiquer non seulement au sein de votre propre équipe, mais de façon plus générale à l'échelle du gouvernement et dans tous les secteurs. Je pense que nous allons prendre des décisions en période d'incertitude et guider les gens durant une période incertaine de façon répétée. Je pense donc qu'il faut former les gens, aider nos dirigeants, nos intervenants et notre main-d'œuvre à savoir comment faire, comment composer avec l'incertitude et comment prendre des décisions, prendre des mesures décisives malgré des informations imparfaites, parce que ce sera absolument le cas.

Dans le domaine scientifique, disons qu'un ministère ou un organisme comme le nôtre, l'Agence de la santé publique du Canada, est fondé sur la science. Notre gouvernance, nos comités et nos processus n'étaient pas bien organisés pour permettre à la recherche et aux données de circuler, d'être synthétisées et d'être mobilisées auprès des décideurs et du public. Nous sommes passés d'une pénurie de données à une situation où il y avait un déluge d'informations, comme un million de publications la première année. À l'avenir, nous devrons vraiment mettre les choses en place afin de savoir qui va aider à synthétiser tout cela et déterminer ce qui est crédible sur le plan scientifique, ce qui ne l'est pas, ce qui a été examiné par les pairs, puis rassembler tout cela, l'analyser, puis le présenter et faire comprendre aux gens. C'est en fait un gros système avec des fonctions et des capacités différentes que nous devons vraiment mettre au point. La conseillère scientifique en chef a rédigé un rapport, et Sir Mark Walport, du Royaume-Uni, a rédigé un rapport pour le sous-ministre de la Santé du Canada, dans lequel il a essayé de formuler des recommandations sur la façon dont nous procéderions.

Mais la communication est, bien sûr, extrêmement importante. Donc, la bonne communication sur le risque consiste à dire ce que vous savez et ce que vous ne savez pas, puis à continuer à communiquer avec les gens lorsque vous avez plus d'informations. Je pense que c'est un aspect dans lequel nous devons tous nous améliorer. Nous devons être éclairés par les sciences comportementales et sociales pour nous aider à mieux encadrer et utiliser des approches participatives. Je pense qu'il y a eu beaucoup de discussions sur le fait qu'il y a des crises multiples, qu'il n'y a pas seulement une crise, mais plusieurs crises les unes par-dessus les autres. Changements climatiques, feux de forêt, dômes de chaleur, pandémies, crises économiques. Beaucoup de choses peuvent s'assembler, et je crois – j'ai rédigé un rapport à ce sujet – que nous devons rassembler nos ressources et réfléchir ensemble à la façon de renforcer la résilience au niveau communautaire. Chaque collectivité est différente, et si nous ne le faisons pas au niveau géographique, mais aussi au niveau des collectivités qui sont liées par leurs liens sociaux ou leur expérience commune, alors nous ne serons pas en bonne position pour faire face à de multiples crises.

Je pense donc qu'en fin de compte, nos capacités techniques vont s'améliorer de manière significative. Au sein de l'organisme, nous avons de meilleurs laboratoires, nous avons maintenant des tests aux points de soins, nous avons la génomique, nous allons avoir des technologies assistées par l'IA, la surveillance des eaux usées que les gens... Donc, tout cela et les vaccins pourraient être développés encore plus rapidement si nous pouvons exploiter ce genre de technologies également. Mais je pense que des choses qui sont plus intangibles, comme le besoin de bâtir la confiance du public et qu'il faut la construire avant qu'une crise ne survienne. Il s'agit d'instaurer en permanence la confiance du public et de réfléchir à la manière d'y parvenir. C'est relationnel, c'est crédible, cela rend nos processus plus transparents, c'est plus inclusif et participatif dans la façon dont nous faisons les choses dans la fonction publique ou dans d'autres milieux. Je pense donc qu'il faut construire la confiance au fil du temps.

Ce que nous ne pouvons pas envisager – parce que nous ne savons pas quand la prochaine pandémie surviendra – c'est le paysage géopolitique, notre situation économique, par exemple. À quoi cela ressemblerait-il? Que vous soyez ou non en mesure d'exercer un contrôle, certainement pas de mon point de vue, mais je crois que le fait de bâtir la confiance, de veiller à ce que les gens aient ce dont ils ont besoin et de renforcer la résilience au niveau communautaire nous sera très utile.

John Medcof : Une grande partie de ce que vous avez dit m'a vraiment frappé, mais il y a deux choses que je proposerais peut-être d'explorer un peu plus en profondeur. Vous avez parlé des défis liés à la prise de décisions importantes lorsque l'information est incomplète ou imparfaite, et vous avez également parlé de l'importance d'établir la confiance du public, ainsi que de l'importance et de la valeur de la confiance du public en ces temps de crise.

Et dans mes mots d'introduction, j'avais parlé un peu de la mésinformation et de la désinformation. Notre environnement de communication a beaucoup changé depuis le début de votre mandat, je me demande si vous aurez des réflexions à partager par rapport à les défis reliés à la mésinformation, à la désinformation, surtout dans le secteur de la santé publique où les conséquences sont vitales.

Avez-vous des réflexions à partager avec nous sur l'évolution de cet environnement et sur la manière dont il influence notre gestion des crises?

Dre Theresa Tam : C'est une question très importante, je suis sûre que tous les ministères sont aux prises avec la désinformation. Tout d'abord, je pense que ce n'est rien de nouveau, mais c'est certainement amplifié, accéléré par les médias sociaux, l'intelligence artificielle, par ce que j'appellerais des déterminants commerciaux, comme les moteurs du fonctionnement de ces plateformes et les algorithmes et la façon dont ils encouragent; tout cela est comme un accélérateur de la désinformation. Je pense que les auditeurs et auditrices connaissent la différence : la désinformation est une situation où quelqu'un cherche délibérément à perturber, en semant de mauvaises informations dans notre société ou nos systèmes; tandis que la mésinformation est souvent faite par des gens qui n'ont peut-être pas remarqué que l'information est inexacte ou qu'elle n'est pas crédible. Ils sont souvent bien intentionnés; ils essaient peut-être d'envoyer des nouvelles aux membres de leur famille parce qu'ils les trouvent intéressantes.

Je voudrais donc insister sur le fait qu'il existe des données réelles montrant que la désinformation et la mésinformation ont un impact réel et significatif sur notre santé mentale et physique, ainsi que sur la sécurité et le bien-être en général. J'ai participé à une table ronde avec l'Association médicale canadienne, qui venait de publier ses dernières recherches par l'intermédiaire d'Abacus. Celles-ci montrent qu'au cours de l'année écoulée, l'exposition de la population canadienne à ces informations erronées a augmenté. Ceux qui utilisent les médias sociaux sont les plus vulnérables ou sensibles à la mésinformation... Vous l'êtes moins si vous suivez, par exemple, les médias traditionnels. Les participants ont reconnu que cela avait des répercussions sur leur santé. Ils ont retardé ou évité de consulter un médecin pour certaines de leurs maladies ou ce qu'ils pensaient qu'il leur arriverait. C'est terrible. Ils ont signalé une détresse mentale et de l'anxiété à la suite de la lecture de toutes ces informations. Elles ont provoqué des dissensions au sein des familles et ont eu des répercussions très diverses. Mais cela est réel; je pense qu'il est important de s'en souvenir. De plus, ces préjudices ont souvent plus de répercussions sur les populations victimes d'iniquités. Elles ont moins accès à des sources d'information crédibles, peut-être moins accès aux fournisseurs de soins de santé qui peuvent fournir ces renseignements et moins de temps pour faire le tri dans l'avalanche de choses qui passent par nos téléphones.

Je pense donc qu'il est très important d'adapter certaines mesures de soutien aux différentes populations et aux différents groupes d'âge. Certaines des stratégies auxquelles j'ai réfléchi adoptent ce que j'appelle une approche de santé publique. Tout d'abord, il faut disposer de données et effectuer des recherches, notamment en exploitant l'IA pour l'écoute sociale sur les différents canaux afin de voir ce qui se passe réellement. Il n'y a pas suffisamment de recherches sur les erreurs et la désinformation, certainement pas dans le domaine de la santé. Il y a beaucoup de publications, mais il y a des lacunes dans nos connaissances sur la façon dont tout cela fonctionne, et sur la façon dont les gens réagissent à ces interventions. Nous devons donc détecter et réagir. En temps réel, tout comme nous devons détecter les éclosions, c'est la même chose; vous détectez des fragments importants de fausses informations et vous essayez d'y remédier le plus rapidement possible. Mais c'est une chose très difficile à faire, c'est une sorte de bataille perdue d'avance. Une fois que les informations sont publiées, elles ne disparaissent pas.

John Medcof : Oui.

Dre Theresa Tam : Je suis donc du côté de la prévention; il y a un concept appelé « démystification», qui consiste à vacciner les gens contre la désinformation et la mésinformation avant qu'ils ne soient exposés. Nous pouvons souvent prédire ce qui se passera, compte tenu de l'expérience acquise en matière de désinformation, mais l'une des choses à faire est d'impliquer la collectivité. Par exemple, s'il y aura un vaccin, il faut informer les gens. Informez-les du fonctionnement de la réglementation, de la façon dont les essais cliniques sont effectués, de l'innocuité d'un vaccin et montrez-le avant. Il faut examiner les essais et les données avant que les programmes ne soient mis à la disposition de la population. Je pense donc qu'il est très important de faire preuve d'une grande transparence en ce qui concerne le fonctionnement de la science, de la technologie, des réglementations et des mesures de sécurité.

Ensuite, il y a les connaissances, c'est-à-dire les connaissances scientifiques, les connaissances médiatiques, encore une fois, des approches plus préventives, apprendre comment les algorithmes vous dupent, ou comment ne pas être sensible à la fraude – ce qui se produit tout le temps – qui est derrière cette propagation virale de l'information. Elles sont souvent très instructives. Et lorsque les gens le sauront, ils seront plus résistants à la désinformation et à la mésinformation. Je pense que les gens s'attendent à ce que le gouvernement exerce une certaine surveillance sur les plateformes de médias sociaux. Ils s'attendent certainement à ce que le gouvernement s'attaque à la désinformation ou aux acteurs qui pourraient perturber notre société. Je pense donc qu'il y a encore du travail à faire. C'est un peu comme lorsque vous conduisez, vous mettez la ceinture de sécurité de vos enfants. C'est la loi. Vous essayez de conduire les enfants, mais il n'y a pas assez de ceintures de sécurité, de mesures de sécurité et de casques. C'est donc ce genre de concept.

L'autre chose que la recherche nous dit, c'est que les fournisseurs et fournisseuses de soins de santé, les médecins, les infirmiers et les infirmières, les pharmaciens et les pharmaciennes sont encore les personnes en qui on a le plus confiance et... au Canada. Il faut donc leur donner les moyens de s'informer et de se former, car ce sont eux qui s'adresseront au grand public. Enfin, je pense qu'il y a parfois des collectivités qui ne font tout simplement pas confiance au gouvernement et aux institutions en raison de l'histoire, du traumatisme et de la discrimination lorsqu'elles ont essayé d'avoir accès aux hôpitaux. Ensuite, nous ne sommes pas les messagers. Nous devons appuyer les dirigeants communautaires auxquels la collectivité, les chefs religieux, les leaders autochtones et les aînés font confiance pour transmettre le message à leur population. Et nous avons essayé un certain nombre de collaborations pendant la conférence sur la COVID-19 sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour poursuivre nos efforts.

John Medcof : Merci beaucoup. Des stratégies intéressantes qui ont des applications assez importantes dans nos rôles de fonctionnaires quotidiens. Vous avez parlé de l'importance du leadership dans la fonction publique, mais également avec nos partenaires.

C'est peut-être un bon point de départ pour parler du leadership en temps de crise. Vous y avez fait référence au début de votre intervention. Je me demande si vous avez des conseils à donner aux dirigeants et dirigeantes de tous les paliers de gouvernement sur la façon dont nous dirigeons en ces périodes de crise, en ces temps complexes et incertains.

Dre Theresa Tam : Je pense que c'est une excellente question, car je crois qu'il y a une certaine adaptation dans la façon dont nous assurons le leadership dans le contexte actuel. Mais tout d'abord, j'aimerais souligner que le leadership peut se manifester à n'importe quel niveau et n'importe où dans la fonction publique, et qu'il peut être développé et appris. Certaines personnes sont des leaders nés. Oui, il y en a, mais de nombreuses personnes peuvent apprendre et développer des outils et des compétences en leadership. Une image que j'ai toujours à l'esprit, surtout lorsque je réponds à des urgences ou à des crises, c'est que je considère mon rôle, habituellement comme la gestion de l'urgence, en tant que chef d'orchestre.

J'utilise cette analogie et ce genre d'image parce que je jouais des instruments de musique, et j'ai joué dans des orchestres; je reconnais que le ou la chef d'orchestre et les musiciens et musiciennes s'entraînent ensemble beaucoup de fois. Plus vous vous exercez, mieux vous allez réussir, mais le ou la chef d'orchestre est là pour rassembler de nombreuses équipes différentes. Ainsi, les sections de l'orchestre, le violon et le vent en bois sont vos épidémiologistes, vos équipes logistiques, votre personnel de laboratoire, vos équipes de communications, vos services juridiques, etc., et ils sont tous excellents dans leur domaine. Ce sont des experts et expertes qui savent jouer la musique et qui s'entraînent beaucoup. Ce que vous essayez de faire, c'est de les réunir.

J'ai une note, qui correspond à mon plan d'urgence, et je l'utilise pour diriger les équipes. Il faut espérer que nous avons assez répété et que les gens connaissent leur rôle, et c'est une question de confiance entre le ou la chef d'orchestre et tous les musiciens et musiciennes. Puis, il faut avoir une très bonne oreille et être un ou une leader à l'écoute. Vous pouvez voir s'il y a quelque chose qui cloche ou si quelqu'un doit être soulevé un peu plus loin dans la section des cuivres ou quelque chose du genre. Mais vous êtes aussi là pour interpréter et adapter la musique. Lorsque le ou la chef d'orchestre agite les bras et que vous ne savez pas ce qu'il ou elle fait, il ou elle essaie en fait d'invoquer un sentiment différent pour la musique; plus lent, plus rapide, une humeur différente. Vous pouvez faire cela. Un bon ou une bonne chef d'orchestre est capable de faire confiance à ses musiciens et musiciennes, de les rassembler pour produire un beau morceau de musique, qui est une réponse cohérente, et de s'adapter au contexte du jour.

Deuxièmement, j'ai toujours dit, et les gens doivent s'en souvenir, que l'humilité est une capacité. Ainsi, surtout en période d'incertitude, personne ne peut tout savoir. Une fois de plus, j'ai parlé de communication. Personne ne s'attend à ce que vous sachiez que tout est mieux, il vaut mieux leur dire ce que vous ne savez pas aussi bien que ce que vous faites, mais continuer de vous engager à apprendre de tout le monde et à communiquer.

Troisièmement, le leadership, en particulier en période de crise, consiste à partager le pouvoir. Il est donc lié au travail en équipe. Partager le pouvoir signifie ne pas avoir l'impression d'être le sous-ministre et que c'est comme ça que ça se passe et que c'est du haut vers le bas. Le pouvoir est partagé entre de nombreux acteurs. En réalité, ce sont les provinces et les territoires qui ont des systèmes de santé. La santé publique est une affaire locale. Je ne peux donc pas faire mon travail sans collaborer avec les médecins hygiénistes en chef de tout le pays. Je dois collaborer avec d'autres ministères du gouvernement… et avec les dirigeant·es et les jeunes autochtones. Il s'agit donc de savoir comment partager ce pouvoir. Cela vous facilitera grandement la vie, car personne n'est vraiment capable de faire face seul à des situations complexes. Je me suis dit qu'il y avait de nombreux cours à suivre sur le leadership, mais c'est ainsi que j'ai adapté ma façon de penser au leadership en fonction de mes propres antécédents et de mon expérience.

John Medcof : Non, j'adore cela parce que je pense qu'il y a un lien avec quelque chose dont nous avons parlé plus tôt, à savoir que le leadership vient de tous les niveaux d'une organisation. Que vous soyez au début ou à la fin de votre carrière, je crois que nous pouvons tous nous inspirer de cet état d'esprit.

Dre Theresa Tam : Mais il faut aussi être très patient avec tout le monde.

John Medcof : Dites-nous en plus.

Dre Theresa Tam : Parce que vous êtes vous-même stressé·e et vous imaginez que vous travaillez jour et nuit, mais vous pouvez être frustré·e par des choses, vous êtes endormi, mais c'est à ce moment-là que vous devez absolument être encore plus patient avec votre personnel et dans votre travail d'équipe. Vérifiez et ayez des personnes de confiance autour de vous pour vous dire qu'au fait, vous semblez un peu stressé·e vous-même, afin que vous puissiez faire preuve de générosité et de gentillesse avec ceux qui vous entourent. Je crois que cela est très important.

John Medcof : D'accord.

Je vais peut-être vous poser une dernière question touchant sur le leadership. Évidemment, vous avez parlé de la complexité de notre environnement actuel, des défis à venir, alors d'où pouvons-nous, en tant que fonctionnaires, en tant que leaders, ou est-ce qu'on peut trouver la vision, où est-ce qu'on peut trouver l'inspiration, où est-ce qu'on peut trouver l'espoir pour relever les défis qui vont nous venir dans notre état actuel, mais aussi dans le futur ?

Dre Theresa Tam : Oui. Donc, comme nous avons déjà observé durant la pandémie, ensemble, on peut faire des choses difficiles.

Ensemble, nous pouvons faire des choses très difficiles – ce que je ne cesse de répéter au grand public. Misons sur nos forces, parce que dans les leçons apprises, nous avons tendance à tenir compte de tout ce que nous ne faisons pas bien, mais il y a beaucoup de points forts, et cette façon positive d'examiner la situation et le défi est vraiment importante. Les enseignements autochtones en parlent souvent aussi, et ils reposent sur des approches fondées sur la force positives. Sinon, nous ne parviendrons pas à surmonter toutes ces crises multiples et les autres problèmes ensemble. J'en parle également dans mes rapports. J'essaie de persister pour qu'ils soient plus positifs, car l'espoir passe par l'action.

Il y a une citation de Sir Michael Marmot, un chef de file mondial dans la promotion de la santé britannique, que je voulais laisser à tout le monde. Ce que j'ai dit, c'est que je ne suis pas une optimiste; j'ai bon espoir. Une personne optimiste prédit que ça va bien se passer, alors elle plie les bras et attend parce qu'elle sait que ça va bien aller. Cependant, quand on a de l'espoir, on comprend vraiment que les choses peuvent bien se passer, alors évidemment... on agit. Ainsi, que le résultat soit ou non à la hauteur de nos espérances, l'espoir nous permet d'agir. L'important est de le faire, d'essayer et de ne pas abandonner, car tout ce que nous faisons, surtout dans le domaine de la santé publique, c'est comme un sport d'endurance. C'est comme un marathon.

Et si nous prenons suffisamment de recul... par exemple, dans ma carrière, si je pense à ce qui se passait au début de ma carrière jusqu'à aujourd'hui, je peux voir des progrès.  Il n'y avait pas un nombre équitable de femmes en médecine à l'époque. C'est le cas de nos jours. Peut-être pas dans certaines spécialités, mais nous y arrivons. Regardez les sous-ministres; il y a plus d'équité aujourd'hui. Le groupe de dirigeants est plus diversifié. Je me souviens qu'on ne parlait pas du tout de la santé mentale. Nous avons appris ce qu'était la santé physique, la santé cardiovasculaire, la santé pulmonaire, etc. Mais aujourd'hui, nous parlons de santé mentale, peut-être parce que les employeurs se sont rendu compte que la santé mentale est importante pour leur main-d'œuvre et leur productivité. Nous en parlons donc maintenant; même les hommes parlent de santé mentale.

Et ce qui me donne de l'espoir, c'est que je crois que la société a pris conscience des histoires passées du Canada et des répercussions négatives de la colonisation et des pensionnats. Il y a donc un élan de réconciliation avec les Autochtones (les Premières Nations, les Métis et les Inuits) que je n'ai pas vu au début de ma carrière. Cela me donne de l'espoir.

John Medcof : D'accord. Il ne nous reste que quelques minutes. Aimeriez-vous ajouter quelque chose à ce dernier message d'espoir en guise de dernière réflexion pour notre auditoire?

Dre Theresa Tam : C'est certainement un honneur d'être dans la position où je me trouve... ce n'est pas ce qui était prévu, mais j'ai vraiment découvert que la vie est ce que l'on en fait. La fonction publique fédérale m'a donné une raison de me réveiller tous les jours. Voilà ce que cela signifie d'être une fonctionnaire et de servir la population de notre pays. C'est parfois difficile, mais c'est aussi une expérience incroyable, et je ne l'échangerais pour rien au monde.

John Medcof : Merci beaucoup de cette dernière réflexion. Soixante minutes se passent assez vite!

Dre Theresa Tam : Oui!

John Medcof : Enfin, ça conclut l'évènement pour aujourd'hui.

Au nom de l'école, j'aimerais vraiment vous remercier, Dre Tam, d'avoir passé du temps avec nous, de nous avoir fait part de votre sagesse et de votre expérience aujourd'hui, et de vos réflexions très honnêtes sur certains des défis que vous avez constatés au cours de votre mandat. L'espoir que vous apportez, cependant, et certaines choses que nous tous qui travaillons dans la fonction publique pouvons vraiment voir, et établir des liens avec le travail que chacun d'entre nous fait chaque jour; vos messages sur la collaboration entre les secteurs, les organisations...

Dre Theresa Tam : Arrêtons de travailler de façon isolée!

John Medcof : Effectivement! L'importance de communiquer et d'être honnête, de faire cette prévention avant de penser à la réaction. Autant de choses qui, dans les emplois que j'ai occupés au cours de ma carrière, me permettent de voir l'applicabilité de toutes ces leçons.

Alors, un gros merci d'avoir partagé ces réflexions avec nous. J'aimerais également remercier tous ceux et celles qui ont participé à cet évènement autour du pays.

Nous avons hâte de vous voir lors des prochains événements de la série Café virtuel. Nous vous encourageons à visiter notre site Web pour rester au fait de l'actualité et à vous inscrire aux prochaines occasions d'apprentissage. Sur ce, je vous dirai simplement de prendre soin de vous, de rester en contact et de poursuivre la conversation.

Merci beaucoup.

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