Transcription
Transcription : La Conférence Manion : Au service du Canada en 2025
[00:00:00 Page titre. Texte à l'écran : Conférence Manion; Au service du Canada en 2025; mettant en vedette l'honorable Jocelyne Bourgon.]
[00:00:16 Une série d'images : la Terre vue de l'espace; une carte du monde mettant en évidence les liens entre les grandes villes; le drapeau canadien.]
Narratrice : Le monde est en train de changer. Les alliances mondiales sont mises à l'épreuve et les nations réfléchissent à leur position sur la scène internationale. Le Canada ne fait pas exception.
[00:00:26 Une série d'images de personnes dans un environnement urbain en train de marcher dans une place achalandée; des enfants jouent près d'une fontaine; vue aérienne de la Colline du Parlement.]
Narratrice : En tant que pays, en tant que peuple et en tant que fonction publique, nous avons traversé des moments cruciaux de notre histoire.
[00:00:36 Une série d'images de Jocelyne Bourgon aux négociations de l'Accord de Charlottetown avec Brian Mulroney; sa photo officielle; avec Jean Chrétien; des copies des troisième, quatrième et cinquième rapports annuels au premier ministre sur la fonction publique du Canada, rédigés par Jocelyne Bourgon.]
Narratrice : Des négociations entourant l'accord de Charlottetown à la réforme de la fonction publique, Jocelyne Bourgon, ensuite devenue greffière du Conseil privé, a joué un rôle déterminant dans des moments historiques ayant façonné le Canada et notre fonction publique.
Narratrice : Son leadership s'étend au-delà des frontières du Canada. Grâce à son travail à l'OCDE, à la CAPAM et à l'ONU, Mme Bourgon a pu observer de près les changements mondiaux qui influencent notre avenir.
[00:00:48 Une série d'images de Jocelyne Bourgon avec Jean Chrétien et d'autres hauts fonctionnaires; une photo de groupe avec des collègues sur les marches du Parlement; des photos de groupe prises lors du Colloque de haut niveau de la CAPAM, les 4 et 5 octobre 2005, à New Delhi, et aux Nations Unies.]
[00:01:03 Une série d'images : Deux ouvrages, The New Synthesis of Public Administration Fieldbook et The New Synthesis of Public Administration: Serving in the 21st Century; Jocelyne Bourgon lors d'une réunion avec d'autres hauts fonctionnaires.]
Narratrice : Ses efforts dans le cadre du projet « New Synthesis » soulignent l'importance d'apprendre non seulement de nos propres expériences, mais aussi des leçons tirées par d'autres personnes dans le monde entier.
[00:01:13 Une série d'images : divers groupes de personnes en discussion; une personne fait de la randonnée sur un glacier; une personne marche le long d'un trottoir enneigé; photos de Tommy Douglas, Lester B. Pearson, Pierre Elliott Trudeau, Brian Mulroney, Jean Chrétien, Jocelyne Bourgon, Paul Martin et Stephen Harper.]
Narratrice : Une fois de plus, nous nous préparons à relever les défis et les changements qui se pointent à l'horizon. Le chemin à parcourir exigera non seulement la sagesse de l'expérience, mais aussi la volonté d'apprendre de ceux et celles qui ont dirigé durant des périodes de changement.
[00:01:30 Une série d'images : la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982; des scientifiques effectuent une expérience dans un laboratoire; vue aérienne du drapeau canadien.]
Narratrice : Des réformes passées aux innovations futures, le rôle de la fonction publique reste une force vitale pour guider le Canada dans l'incertitude.
[00:01:37 Texte sur la diapositive : Les idées du passé peuvent-elles aider à façonner un avenir meilleur?]
Narratrice : Les idées du passé peuvent-elles aider à façonner un avenir meilleur?
[00:01:43 Texte sur la diapositive : Bienvenue.]
Narratrice : Bienvenue à Manion 2025.
[00:01:50 Le public applaudit. Écran partagé : Nathalie Laviades Jodouin prend la parole devant un lutrin sur scène; une diapositive de la photo officielle de Nathalie Laviades Jodouin. Texte sur la diapositive : Maître de cérémonie Nathalie Laviades Jodouin.]
Nathalie Laviades Jodouin : Bonjour à tous et bienvenue à la Conférence Manion, Au service du Canada en 2025. Merci énormément de vous être joints à nous cet après-midi.
[00:02:02 Nathalie Laviades Jodouin apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Vice-présidente principale, Direction générale des opérations du secteur public et de l'inclusion, École de la fonction publique du Canada.]
Nathalie Laviades Jodouin : Mon nom est Nathalie Laviades Jodouin, je suis vice-présidente principale à l'École de la fonction publique et je serai votre maître de cérémonie cet après-midi.
Nathalie Laviades Jodouin : Je tiens à saluer et à respecter la nation algonquine Anishinaabeg, à qui appartient les terres non cédées où nous nous trouvons. Nous rendons hommage à leur richesse historique, culturelle et linguistique, et nous reconnaissons leur lien continu en tant que gardiens de ces terres et de ces eaux. Prenons un instant pour apprécier les terres, les populations et l'histoire. Nous sommes reconnaissants de vivre, de travailler et d'apprendre sur ces terres, et nous rendons hommage à leur présence durable et à leur intendance. Alors que nous continuons de reconnaître l'importance de la réconciliation, nous sommes déterminés à établir des relations respectueuses et significatives avec les peuples autochtones et à reconnaître les contributions importantes des collectivités autochtones.
J'ai le plaisir de vous accueillir encore une fois à la Conférence Manion de cette année : Au service du Canada en 2025. L'événement d'aujourd'hui comprendra un exposé de notre conférencière principale, l'honorable Jocelyne Bourgon, suivie d'une table ronde avec des invités de marque qui partageront leurs points de vue uniques, notamment en ce qui concerne les défis et les opportunités de la réforme de la fonction publique.
Je tiens également à saluer la famille Manion, qui peut être fière de l'héritage laissé par John Lawrence Manion, premier directeur du Centre canadien de gestion, dont le nom est honoré dans le cadre de cet événement.
Depuis plus de 30 ans la conférence Manion est l'un des événements annuels les plus distingués de l'École. Elle nous offre l'occasion d'échanger avec d'éminents conférenciers et conférencières d'horizon, profession et de point de vue divers. Elle offre aussi aux dirigeants de la fonction publique fédérale l'occasion d'être mis au défi par d'autres professionnels qui remettent en question le statu quo, s'interrogent sur l'avenir et grâce à leurs perspectives, nous aident à élargir nos horizons.
Notre conférencière principale de cet après- midi s'inscrit parfaitement dans la tradition des conférences Manion.
Cependant, avant de lui donner la parole, je dois admettre que j'ai gardé un petit secret.
Nous avons un invité très spécial qui était impatient de participer à l'événement d'aujourd'hui pour nous aider à donner le coup d'envoi à la prochaine réunion. C'est une personne qui tient à cœur à notre conférencière d'honneur et qui la connaît d'une façon vraiment unique et personnelle. Veuillez accueillir avec moi sur la scène son fils, Francis Bilodeau, qui est ici pour faire une présentation très spéciale.
[00:04:33 Le public applaudit. Écran partagé : Francis Bilodeau monte sur scène; diapositive de la photo officielle de Francis Bilodeau. Texte sur la diapositive : Invité spécial Francis Bilodeau.]
Francis Bilodeau : Bonjour à tous, bonjour maman.
[00:04:51 Francis Bilodeau apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Francis Bilodeau, Sous-ministre délégué, Innovation, Sciences et Développement économique Canada.]
Francis Bilodeau : Ceux qui ne me connaissent pas, mon nom c'est Francis. Je suis sous-ministre associé au ministère de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique ; ce qui n'a rien à voir avec ma raison d'être ici aujourd'hui. Je suis ici pour honorer et présenter ma mère, Jocelyne Bourgon, notre conférencière cette année (inaudible).
Pour moi, c'est plus qu'un privilège de te présenter aujourd'hui. Plus que tout, tu m'as fait part de ton amour pour les institutions, la fonction publique et les Canadiens que nous servons. Tu m'as toujours rappelé que la fonction publique appartient à tous les Canadiens. C'est par l'entremise de la fonction publique que nous atteignons nos buts et nos objectifs collectifs en tant que pays. Tu m'as souvent dit que les institutions publiques solides sont importantes. Mais cela n'arrive pas tout seul. C'est grâce à des gens.
Tous les gens qui sont dans cette salle, qui ont décidé de dédier leur carrière et leur vie professionnelle à la fonction publique au pays, au Canada, à ses citoyens.
Jocelyne, ma mère, a indéniablement laissé un héritage important et a contribué à façonner la fonction publique et, par extension, le pays. Mais dans mon cas, le parcours a été un peu plus personnel.
Je me souviens encore des voyages – j'étais très jeune – Alors que ma mère était au ministère des pêches et océans où elle m'amenait voir le travail qu'elle faisait.
Je me souviens d'avoir dessiné le Parlement dans son bureau, au BCP; il était visible de la fenêtre. J'ai certainement été façonné par les nombreuses discussions que j'ai eues avec mes parents sur les politiques et ce que signifient être fonctionnaire et Canadien. Ce sont des expériences formatrices pour moi
Et aujourd'hui, maman, alors que tu continues tes réflexions sur la fonction publique, sur les institutions, sur la gouvernance, je suis heureux d'être capable de partager cette passion-là avec toi et de faire partie du cheminement. Donc j'aimerais vous présenter à vous tous ma mère, l'honorable Jocelyne Bourgon à la Conférence Manion de cette année. Merci.
[00:07:12 Le public applaudit. Écran partagé : Jocelyne Bourgon monte sur scène; diapositive de la photo de Jocelyne Bourgon. Texte sur la diapositive : Conférencière d'honneur; L'honorable Jocelyne Bourgon.]
Jocelyne Bourgon : Apportez les Kleenex. Taki, il ne faut pas déstabiliser un conférencier juste avant de faire un discours. Pour ceux qui ne me connaissent pas, et vous êtes possiblement nombreux, je suis la mère de Francis Bilodeau.
[00:07:40 Jocelyne Bourgon apparaît en plein écran. Texte à l'écran : L'honorable Jocelyne Bourgon, Présidente fondatrice de Gouvernance Publique Internationale; présidente émerité de l'École de la fonction publique du Canada et chef du projet de la "New Synthesis Initiative".]
Jocelyne Bourgon : C'est très émouvant! Merci Francis. Merci d'être là. C'est un immense plaisir d'avoir la chance de vous adresser la parole. Apportez les Kleenex ! Et c'est un honneur d'avoir la chance d'être conférencier à la conférence Manion qui est un événement fort dans le calendrier des événements de l'École de la fonction publique sous la direction de Taki Sarantakis. Alors parlons administration publique.
En novembre dernier, j'ai donné une conférence à Singapour – Taki y était – sur les défis à relever lorsqu'on est au service du Canada dans le deuxième quart du XXIe siècle. À l'époque, j'ai fait valoir que les gouvernements se heurtaient à une convergence des menaces existentielles qui interagissent entre elles et qui rendent le rôle des gouvernements encore plus difficile.
Par exemple, les changements climatiques sont la menace existentielle à laquelle ma génération n'a pas pu faire face. Le risque de pandémie est plus élevé que jamais. L'IA arrive et se développe rapidement, tout comme la bio-ingénierie et la géo-ingénierie, et ces technologies génèrent de nouveaux risques et de nouvelles possibilités. J'avais déclaré qu'être au service du Canada dans le deuxième quart du XXIe siècle se traduisait par évoluer dans un monde plus dangereux et à une période plus difficile. C'était il y a seulement six mois. Mais aujourd'hui, j'ajouterais qu'être au service du Canada en 2025, c'est se retrouver en plein milieu de la plus importante réorganisation géopolitique de notre époque.
Lorsque l'avenir est incertain, lorsque les idées et les pratiques qui nous ont été utiles jusqu'à présent semblent tomber à l'eau, c'est à ce moment-là que le rôle du gouvernement est le plus important et que la possibilité de se réinventer est à son apogée.
Le défi que devront relever les dirigeantes et les dirigeants de la fonction publique, au Canada et ailleurs, sera de s'assurer que leur pays fera partie des quelques pays qui traverseront avec succès une période de changement sans précédent. Vous devrez veiller à ce que le Canada figure parmi ces pays; c'est votre défi. Honnêtement, vous n'auriez pas pu choisir un meilleur moment pour faire partie de la fonction publique. Voilà ce que signifie être au service du Canada en 2025.
Pour guider le changement dans une période difficile, il faut être conscient des défis à relever. Alors, à quoi est confronté le Canada? J'aurais pu choisir plusieurs dimensions et j'ai réduit le discours à une seule, qui est liée à l'actualité.
[00:11:12 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et diapositive. Texte sur la diapositive : Un bouclier protecteur.]
Jocelyne Bourgon : Voici donc mon cheminement dans une courte période de l'histoire. Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que le consensus suivant s'est dégagé : la meilleure façon d'accomplir des progrès et de parvenir à la paix est d'adopter des normes, des règles et des institutions communes : les Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l'homme, l'Organisation mondiale du commerce, pour ne nommer que quelques exemples, sont toutes des institutions nées des cendres des deux guerres mondiales. Collectivement, elles agissent comme un bouclier de protection.
[00:11:48 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et diapositive. Texte sur la diapositive : Un bouclier protecteur.]
Jocelyne Bourgon : Les gens de ma génération ont eu la chance de travailler sous ce dôme protecteur; ce n'est pas votre cas.
Ces mesures n'ont jamais constitué un système international. Elles n'ont jamais été universellement acceptées, mais elles étaient suffisamment respectées pour avoir une incidence sur les comportements des pays.
Le principe d'intégrité territoriale a réduit les risques d'invasion, un commerce mondial régi par des règles de droit, ont contribué à une longue période de prospérité tout en réduisant les risques de conflit. Les pays comme le Canada qui sont dotés d'un système de gouvernance qui allie démocratie, état de droit, économie de marché et filet de sécurité sociale ont tenu les meilleurs résultats comparativement à tous les autres régimes de gouvernance tout au long du 20e siècle.
Aujourd'hui, ce bouclier de protection est en train de s'effondrer. Le libéralisme commercial accuse du recul, et le protectionnisme est en hausse. Le système mis en place au cours des 80 dernières années a contribué à la plus longue période de croissance de l'histoire moderne et à la plus longue période de paix.
C'est une réalisation extraordinaire. Les États-Unis d'Amérique ont été le principal architecte, pas le seul, mais le principal architecte de ce système. Ce qui est remarquable dans les événements en jeu et les changements récents, c'est que le système ne s'effondre pas à cause de ses opposants, et il y a des adversaires, la montée de régimes autoritaires dans des États libéraux, etc. Il s'effondre à cause des actions de son principal architecte. C'est tout à fait remarquable. L'Europe est en train de découvrir que sa dépendance à l'égard des États-Unis la rend vulnérable et qu'elle pourrait être amenée à défendre l'Ukraine à elle seule.
Cela provoquera un effet domino dans le monde entier. Le Japon, la Corée du Sud ou Taïwan n'ont aucune raison de croire aux garanties américaines en matière de sécurité. La position de Taiwan face à la Chine est considérablement diminuée et affaiblie. Les pays africains qui comptaient sur l'aide américaine devront se rapprocher de plus en plus de la Chine.
[00:14:24 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et diapositive. Texte sur la diapositive : Un nouveau monde.]
Jocelyne Bourgon : C'est un monde différent. L'administration américaine a également amorcé un virage commercial. Les Canadiens connaissent bien ce phénomène. L'administration américaine estime que le libre-échange dans le cadre d'un système de règles internationales ne sert plus les intérêts des États-Unis. Selon cette nouvelle doctrine, l'accès au marché américain est un privilège qui peut être monnayé. Le Canada découvre que sa dépendance vis-à-vis du marché américain peut être utilisée comme une arme. Le monde a appris et n'oubliera pas que les États-Unis sont un partenaire peu fiable, voire même un partenaire hostile, lorsque cela sert ses intérêts.
Les mois et les années à venir seront marqués par de nombreux rebondissements, beaucoup de désordre et de la confusion. Il y aura des tentatives d'apaisement et de persuasion pour rétablir un certain niveau de stabilité. Mais, au bout du compte, le monde fera l'objet d'une reconfiguration et le Canada doit en faire partie.
[00:15:42 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et diapositive. Texte sur la diapositive : Un nouveau monde.]
Jocelyne Bourgon : Alors, à quoi est confronté le Canada? Il ne s'agit pas d'un enjeu commercial. Il ne s'agit pas d'un problème à court terme ou d'une aberration. La tendance isolationniste américaine a pris forme sous des administrations antérieures et le protectionnisme continuera sous d'autres administrations. Alors ce serait une grave erreur, une erreur colossale pour le Canada de tenter de gagner du temps en espérant que tout cela passera. Le Canada pourrait se retrouver plus isolé que nous ne le sommes aujourd'hui. Il doit donc travailler avec les États-Unis lorsque cela est mutuellement bénéfique, travailler sans eux lorsque cela sert les intérêts canadiens et travailler avec d'autres pays pour protéger sa souveraineté.
[00:16:35 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et diapositive. Texte sur la diapositive : Guerre: économique; politique; psychologique; technologique; conventionnelle.]
Jocelyne Bourgon : Le Canada est déjà exposé à une guerre économique, politique et psychologique. Le Canada est particulièrement vulnérable à une guerre technologique et il ne faut pas sous-estimer le risque de méfait pour miner l'unité canadienne. Et c'est peut-être notre plus grand risque.
Vous travaillez donc dans un monde de politique réelle et dans une relation asymétrique, comme celle qui existe entre les États-Unis et le Canada. Le plus petit joueur n'a pas le dessus. Il doit être plus intelligent et jouer son propre jeu à long terme. Le Canada peut le faire.
[00:17:28 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et diapositive. Texte sur la diapositive : Programme de gouvernance.]
Jocelyne Bourgon : La campagne électorale a été, à plusieurs égards, fascinante. Elle a révélé des consensus forts sur plusieurs fronts. La réduction des barrières interprovinciales, l'ouverture au marché mondial, la sécurité de l'Arctique. Le gouvernement du Canada, dans les prochaines semaines, les prochains mois devra identifier les interventions clés qui aideront le Canada à reconquérir sa souveraineté économique. Vous serez aux premières loges, les discussions avec les ministres, le gouvernement, le cabinet, qui mèneront au premier discours du Trône, un premier budget et tous les autres.
Mais en vous préparant à ces discussions avec votre ministre, n'oubliez pas que les circonstances actuelles offrent la possibilité d'accélérer les changements qui s'imposaient de toute façon. Saisissez les occasions que présente une crise. Elle nous permet de nous attaquer à des problèmes que nous n'étions pas en mesure de régler auparavant. Vous avez la possibilité de résoudre des problèmes que vos prédécesseurs n'ont pas pu résoudre. Pour être juste, la situation n'était pas parfaite au Canada avant l'élection du président Trump.
Par exemple, la population canadienne considère que son pays fait partie du G7 et, en effet, le Canada était la septième économie la plus importante au moment où il a rejoint ce forum en 1976. Aujourd'hui, il se classe au dixième rang et vient d'être dépassé par la Corée du Sud. Il arrive au dix-neuvième rang pour ce qui est du PIB par habitant et au trentième rang en ce qui concerne la parité de pouvoir d'achat. Il suit une tendance à la baisse depuis le milieu des années 1980.
Alors, non, ce n'est pas un problème qui découle des actions du gouvernement des 10 dernières années. Ces problèmes ont eu une longue période d'incubation. Gardez à l'esprit également que…assurer la prospérité future du Canada signifie générer des produits et des services dont le monde a besoin à des conditions que le monde est prêt à payer. Il s'agit de créer des produits et des services à très forte valeur ajoutée que les autres pays auront du mal à imiter.
Le défi n'est donc pas de préserver ce qui était là avant en espérant qu'on pourra revenir à la normale, car cela aussi va disparaître. Il ne devrait pas y avoir de retour à une époque où 75 % des exportations du Canada étaient destinées à un seul marché. C'est une façon de renoncer à notre propre souveraineté. Le défi consiste à accélérer l'adaptation tout en évitant de prendre des mesures qui retarderaient les ajustements inévitables et nécessaires.
Gardez à l'esprit également que le Canada est en meilleure posture que ses pairs pour faire face aux circonstances présentes et investir dans son avenir. La dette du Canada s'élève à peu près à 50 pour cent du PIB. Ce n'est pas la position la plus glorieuse, mais quand on se compare on se console rapidement. Cela se compare à 92 pour cent pour la France, 100 pour cent pour le Royaume-Uni et 205 pour cent pour le Japon. Le Canada dispose de ressources naturelles, d'une diversité énergétique, de l'eau et de l'espace en abondance, de conditions climatiques favorables, d'une main d'œuvre hautement qualifiée et de recherches de pointe.
Contrairement à d'autres pays, le Canada a la capacité et les moyens de bâtir une économie moderne, avancée sur le plan technologique et verte. C'est donc une crise, certes, mais une occasion de corriger le cap.
[00:21:37 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et diapositive. Texte sur la diapositive : Programme de réforme.]
Jocelyne Bourgon : Qu'en est-il de la fonction publique? Encore une fois, ce n'était pas parfait dans la fonction publique avant l'élection du président Trump. Elle comptait 7 000 fonctionnaires par million de Canadiens et Canadiennes en 2000 et 9 000 en 2024. Le nombre de cadres a doublé, ou plus que doublé, au cours de la même période. Je sais qu'il y a eu une crise liée à la COVID-19, mais rien n'indique que nous allons revenir à un ratio différent.
Cela signifie que les citoyens et les citoyennes sont en droit de poser des questions approfondies sur une croissance aussi rapide. La question qu'ils se posent est la suivante : qu'obtiennent-ils en retour? Vue de l'extérieur, cette croissance ne s'est pas traduite par un meilleur service aux Canadiens. La population canadienne a été confrontée à des défaillances des services, à de longs délais d'attente et à des pannes de systèmes. Plus étonnant encore, le Canada figurait parmi les dix pays les moins corrompus au monde jusqu'en 2019. Il est maintenant au quinzième rang. De plus, les cas de corruption ont sapé la confiance du public dans l'institution. Un indicateur que je trouve troublant est que le Canada s'est classé au sixième rang pour le gouvernement en ligne et les services numériques en 2003, et ce après une période intense de réduction de la main-d'œuvre. À l'heure actuelle, malgré la croissance rapide, le Canada se classe au quarante-septième rang.
Donc, nous avons une institution solide, mais des corrections de cap sont nécessaires, et une crise est un bon moment pour repenser certaines de nos pratiques. Tôt ou tard, on demandera à la fonction publique du Canada de réduire son empreinte financière. Mais la façon d'y parvenir revêtira une importance cruciale. Elle pourrait propulser la fonction publique vers l'avant et la préparer pour l'avenir et apporter les corrections nécessaires, ou elle pourrait nuire à sa capacité de remplir ultérieurement sa mission à l'avenir.
[00:24:09 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et diapositive. Texte sur la diapositive : Programme de réforme.]
Jocelyne Bourgon : C'est là que certaines leçons tirées du passé peuvent s'avérer utiles pour vous aider à éviter les erreurs que nous avons commises et à inventer votre propre trajectoire. Je sais que vous ne pouvez pas lire ceci. Je vous guiderai. Il est toujours bon de garder un œil sur le cadre fiscal.
[00:24:31 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et un tableau détaillé. Titre : Gestion fiscale 101.]
Jocelyne Bourgon : Un cadre fiscal est un système dynamique, un pipeline avec une entrée - généralement le résultat de mesures de taxation; un flot, qui alloue les ressources à différents grands objectifs publics; et une allocation pour le fonctionnement du gouvernement et les programmes administrés par les ministères et agences. La différence entre l'entrée et la sortie est le déficit. Ce diagramme est basé sur le budget de 2024. Les recettes à l'époque étaient de l'ordre de 500 milliards. Les dépenses un peu plus et le déficit, juste avant les élections, étaient de l'ordre de 50 milliards. Ce flot vous aide à garder à l'esprit que la majorité des dépenses gouvernementales sont des transferts à d'autres gouvernements.
Il s'agit de la santé, de la péréquation, des transferts sociaux, de la garde d'enfants, des transferts à des particuliers, des prestations aux aînés, des prestations pour enfants ou des prestations d'assurance-emploi. Dans un souci de simplification et de discussion, supposons qu'une période d'instabilité et d'incertitude n'est pas le meilleur moment pour modifier le filet de sécurité sociale dont dépend la population canadienne. N'y touchons donc pas.
C'est le budget de fonctionnement du gouvernement. Il était de l'ordre de 123 milliards de dollars au dans le budget de 2024. C'est là que l'on pourrait adopter des mesures d'austérité, si telle est la décision du gouvernement du Canada. Maintenant, gardez à l'esprit l'échelle de ce que vous regardez par rapport à l'échelle de ce domaine. Les ministères ont des programmes de toutes sortes. La plupart d'entre eux sont également transférés aux entreprises, aux associations, aux provinces et aux municipalités pour l'infrastructure, la recherche, le soutien universitaire, etc. C'est là qu'un examen des programmes aurait lieu si le gouvernement du Canada en décidait ainsi.
Ce système fluctue constamment. On annonce une baisse de… On élimine une taxe, vos revenus baissent, votre déficit augmente. Vous avez une récession, vos dépenses augmentent. Vous avez de l'inflation, vos dépenses augmentent, votre déficit augmente. Vous annoncez des nouveaux programmes, votre déficit augmente. Il s'agit d'un système dynamique et c'est important de le garder à l'esprit parce que ça aide à prendre de meilleures décisions.
Lorsque les déséquilibres deviennent importants, entre les intrants et les extrants ou la répartition, il devient nécessaire d'apporter des mesures correctives. Cela dit, permettez-moi de vous ramener dans le temps.
[00:28:00 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et un tableau détaillé. Titre : Apprendre: de 1984 à 1993.]
Jocelyne Bourgon : Quels enseignements pouvons-nous tirer de la période de 1983 à 1993? Le déficit a atteint un peu plus de 8 % du PIB. Pour vous situer, vous vous situez dans la fourchette de 2,5 %. C'est énorme. Le gouvernement a pris un certain nombre de mesures. Des examens des dépenses ont été lancés. Entre 1983 et 1994, il y a eu 22 exercices de réduction des dépenses.
Cela pourrait être une cible, et vous le savez. On vous demande de réduire votre budget de 5 %. Mais le fait que le Conseil du Trésor négocie des conventions collectives sans rajustement de votre base est une réduction. L'inflation sans ajustement est une réduction. Le gel des effectifs est une coupure. Le gel des salaires est une réduction. Au cours de cette période, il y a eu 22 exercices de réduction des dépenses. Maintenant, tirons les leçons de cette période. Les examens des dépenses – ou le recentrage des dépenses gouvernementales 1 et 2 – reposent sur la supposition qu'il est possible de réduire les dépenses gouvernementales tout en préservant ou en maintenant tous les programmes et services existants.
Cela a des conséquences importantes. Les mesures d'austérité ne permettent pas d'améliorer les services offerts aux citoyens. Elles ne permettent pas d'augmenter la productivité ni de moderniser le gouvernement. Les compressions ne sont pas des économies qui découlent de pratiques exemplaires produisant de meilleurs résultats à moindre coût. Et conduit généralement à prendre les mauvaises décisions : On coupe ce qui est facile plutôt que ce qui aurait une capacité pérenne. On coupe la formation, la participation à des conférences internationales, des déplacements, des voyages ; toutes sortes de mesures qui auraient pour effet d'accélérer le rythme auquel on apprend et bâtir notre capacité d'adaptation.
Le plus grand succès, les plus grands succès de cette période aura été d'introduire des mesures structurelles, une réforme de la taxation TPS, la négociation de l'accord Canada/États-Unis. Ce n'était pas une erreur de le négocier, c'est une erreur de devenir dépendant de cet accord.
[00:30:30 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et un tableau détaillé. Titre : Apprendre: de 1984 à 1993.]
Jocelyne Bourgon : Il y a donc des leçons à tirer. Les mesures d'austérité ont leur place. Il y a lieu de réduire les dépenses, mais cela doit se faire d'une manière qui vous donne la capacité durable d'offrir de meilleurs services, et non pas seulement l'érosion du tissu du secteur public.
[00:30:49 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et un tableau détaillé. Titre : Apprendre: de 1984 à 2000.]
Jocelyne Bourgon : Faisons un zoom sur 1994 à 2000. Le déficit était meilleur, légèrement inférieur à 6 % du PIB, mais la dette avait continué d'augmenter au cours de cette période. La dette avait atteint 70 % du PIB. Vous êtes dans la fourchette de 50, ce qui vous laisse une marge de manœuvre. Vos prédécesseurs ont inventé une approche différente. Nous avions appris que les mesures d'austérité ne nous permettaient pas de faire ce qu'il fallait, alors nous avons inventé l'examen des programmes.
Un examen des programmes part du principe que, pour réduire l'empreinte du gouvernement de façon durable, il faut prendre des décisions concernant le rôle du gouvernement dans la société et mettre fin à certains programmes et services. L'examen des programmes de 1995 a permis d'éliminer un déficit de 6 % du PIB. Par la suite, nous avons connu 12 années de budgets excédentaires et de réinvestissements massifs dans la santé, la recherche, l'innovation, les infrastructures, etc.
À première vue, c'était un grand succès, et ce fut effectivement le cas. La fonction publique peut être fière de sa contribution à la reconquête de la souveraineté financière du Canada. Mais nous pouvons tirer d'autres enseignements de cette période. La nécessité de procéder à un examen des programmes à une telle échelle révèle en effet l'incapacité de réaffecter les ressources de manière continue. C'est un exercice perturbateur, qui a touché directement 50 000 membres du personnel et indirectement tout le monde. Il prend du temps. Il a dominé le programme du gouvernement pendant la majeure partie du premier mandat de M. Chrétien. Apprendre du passé ne signifie pas de le reproduire. Il s'agit d'en tirer des leçons pour inventer une meilleure voie.
Des avenues s'offrent à vous qui n'existaient pas auparavant et possible, j'en suis persuadée, d'inventer, de mettre en place une approche qui permettrait de réallouer et de redéployer des ressources de façon continue; un exploit que vos prédécesseurs, moi incluse, n'ont pas réussi à accomplir.
[00:33:24 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Faire mieux.]
Jocelyne Bourgon : Votre quête d'une meilleure façon de faire pourrait commencer par l'élargissement des options qui s'offrent à vous. En fait, plus la portée est vaste, mieux c'est. Vous aurez le temps de réduire votre liste à l'endroit où vous déciderez de vous concentrer, en fin de compte. Mais tout d'abord, je vous conseillerais d'élargir la liste ou de l'allonger. Je vais vous donner trois exemples pour illustrer mon propos.
[00:34:02 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Faire de la place aux engagements]
Jocelyne Bourgon : Les engagements ou les engagements en cours. Un nouveau gouvernement est parfaitement justifié de réexaminer les promesses qui ont été faites juste avant et pendant la campagne électorale. Certaines initiatives peuvent être reportées, échelonnées sur une plus longue période, ou carrément annulées. Il pourrait y avoir de meilleures façons d'obtenir les objectifs visés et à moindre coût ; et de plus, je dirais que certains des engagements qui sont pris normalement dans une campagne électorale sont contradictoires.
Donc, revoir ces engagements est de la saine gestion. Il s'agit de réconcilier un engagement, à créer de la richesse, de la prospérité avec un engagement canadiens à la solidarité collective avec une responsabilité fiscale. Comme je le mentionnais, certains des engagements de tous les partis ont un certain degré de tension et de contradiction. Alors une possibilité, c'est de revoir les engagements.
[00:35:11 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Faire de la place aux engagements – au financement temporaire]
Jocelyne Bourgon : Une autre possibilité c'est de revoir les programmes à financement temporaire.
Je dois admettre que cette pratique n'est finalement pas si sage. Au fil des ans, le nombre d'initiatives bénéficiant d'un financement temporaire a augmenté. Vous les connaissez? Certains programmes sont financés pour deux, trois, quatre ou cinq ans. Il y a des programmes temporaires, des programmes qui doivent sans cesse être progressivement éliminés – ils meurent et reviennent. J'ai trouvé toutes sortes de noms pour les décrire, c'est vraiment intéressant. Mais fondamentalement, cette pratique fausse la réalité quant à l'ampleur du déficit. Cela donne l'impression que le déficit diminue. Mais si vous savez que vous répéterez leur financement, ce n'est pas un portrait fidèle. La pratique privilégie les annonces, mais laisse à d'autres, comme vous, le fardeau de gérer la situation lorsque le financement est épuisé.
Un examen des programmes dotés d'un financement temporaire pourrait donc présenter un certain nombre d'avantages. Premièrement, vous pourriez les examiner et déterminer lesquelles appuient les priorités du gouvernement. Vous êtes sur le point de les découvrir, car ils sont en train de rédiger le discours du Trône. Lequel pourrait réduire la dépendance à l'égard des États-Unis? Lequel pourrait aider à regagner la souveraineté économique du Canada? Et les autres pourraient être éliminés progressivement. Ce serait difficile, mais cela libérerait des ressources. N'oubliez pas que pour certains ministères, le financement temporaire représente entre 20 % et 30 % de leur budget. C'est énorme.
[00:36:49 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Faire de la place aux engagements – au financement temporaire – à la fiscalité – aux dépenses fiscales.]
Jocelyne Bourgon : Qu'en est-il de la fiscalité? Et qu'en est-il des dépenses fiscales? La fiscalité n'a pas été revue depuis les années 1960 (David le saurait mieux que moi). Les dépenses fiscales, y compris le crédit d'impôt, l'exemption fiscale et ainsi de suite, n'ont pas été examinées sérieusement depuis le milieu des années 1980.
Exposer ces mesures au grand jour et les soumettre à l'examen du Cabinet présenterait un certain nombre d'avantages. Cela pourrait contribuer à faire en sorte qu'elles appuient le programme du gouvernement, que tous les programmes fonctionnent de façon convergente, mais cela pourrait aussi libérer plus de ressources que n'importe quel examen des dépenses ou des programmes. Cela illustre le fait qu'il faut se donner de la marge, se donner de l'espace pour reconstituer le trésor de guerre du gouvernement, mais aussi pour reconstituer sa propre réserve d'urgence parce qu'on aura besoin de flexibilité. La liste des possibilités est beaucoup plus longue et il vous incombe de trouver des moyens prometteurs dans votre domaine de responsabilité respectif.
[00:38:09 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Simplifier]
Jocelyne Bourgon : Prenons un autre angle. Simplifier, simplifier, simplifier. Simplifier l'organisation du gouvernement, l'organisation du travail, les systèmes gouvernementaux, les lois, les règlements et les exigences en matière de rapports. Toutes ces mesures pourraient générer des économies importantes. En plus de cela, elles aideraient à mettre en place des mesures correctives qui sont nécessaires de toute façon.
Encore une fois, voici quelques exemples pour inspirer votre réflexion.
[00:38:39 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Simplifier: Une revue des agences]
L'expérience nous apprend—enfin, c'est mon expérience et au Canada et à l'étranger, qu'un système de gouvernement basé sur la responsabilité ministérielle fonctionne mieux avec un nombre réduit de ministres. Cette décision appartient au premier ministre et on verra quelles seront les décisions dans les prochaines semaines. Mais en plus, un nombre réduit de ministres nous assure que les ministres ont plus de flexibilité, une gamme plus large de responsabilités. Ça permet également de réduire les coûts.
Lorsque j'étais greffière, on comptait environ 100 ministères et organismes de la Couronne de toutes sortes. Aujourd'hui, il est presque impossible de déterminer le nombre exact. Selon les chiffres du Conseil du Trésor, il y en a environ 250. En utilisant d'autres sources, y compris les conflits d'intérêts, repertoire, etc., le chiffre est plus proche de 300. Si j'exclus toute la magistrature, plus de 2 000 hauts fonctionnaires travaillent dans des organismes à temps partiel ou à temps plein. Chacun de ces organismes dispose d'une gamme complète de services internes.
Rien ne semble indiquer que la prolifération des organismes ait permis d'obtenir de meilleurs résultats pour la population canadienne. Tous ces organismes ont-ils encore leur raison d'être? Pourrait-on consolider centaines d'entre elles et produire de meilleurs résultats? Pourrait-on intégrer certaines d'entre elles aux ministères hiérarchiques et économiser ainsi des ressources limitées?
[00:40:17 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Simplifier: Une revue des agences – De haut en bas]
Une approche possible et flexible serait de demander aux sous-ministres responsables dans un portefeuille de travailler de concert avec le ministre pour revoir périodiquement ses agences dans le but explicit d'en réduire le nombre, les coûts et de consolider leurs activités.
[00:40:38 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Simplifier: Une revue des agences – De haut en bas]
Jocelyne Bourgon : Une autre suggestion, qui n'est pas forcément du goût de tout le monde. L'examen des dépenses a toujours été axé sur les ministères. Cela vaudrait-il la peine de commencer par le haut pour une fois? Comme elles proviennent d'une fonctionnaire, la suggestion qui suit pourrait manquer de crédibilité auprès du personnel politique, mais prenons tout de même le temps d'y réfléchir. N'oubliez pas que votre liste de possibilités et votre éventail d'options doivent être aussi larges que possible. Il y aura toujours un moment où l'on dira : « Non, nous ne sommes pas prêts à examiner cette question ».
On comptait plus de 700 membres du personnel exonéré en décembre 2024. C'est 60 % de plus qu'en 2011. Ce chiffre est six fois supérieur à celui du Royaume-Uni, un État unitaire de 68 millions d'habitants. L'explication de la différence entre le Royaume-Uni et le Canada est très simple. Au Royaume-Uni, le rôle du personnel exonéré est de faire ce que les membres de la fonction publique n'ont pas le droit de faire. Au Canada, le rôle s'est étendu bien au-delà de l'intention initiale. Il y a lieu de craindre que cette expansion ait contribué à l'érosion des pouvoirs ministériels et, d'une certaine façon, qu'elle ait miné le système de gouvernement du Cabinet.
Je pense donc qu'il est possible de réduire le nombre de membres du personnel exonéré. Et surtout, il y a lieu de recentrer leur rôle sur la politique. La politique de l'unité des partis; travailler sans égard aux lignes de partis; obtenir le soutien de la Chambre et du Sénat; établir des alliances politiques avec les premiers ministres et les Premières Nations. Les économies ne seraient pas énormes, mais la valeur symbolique serait significative et l'impact, important.
[00:42:34 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Simplifier: Une revue des agences – De haut en bas – Le personnel politique – Les agences centrales.]
Qu'en est-il des organismes centraux? Le centre de gouvernement a connu une croissance déconcertante. Entre 2000 et 2024, le budget du BCP a augmenté de 250 %, celui du Conseil du Trésor de 540 % et celui du ministère des Finances s'est accru de 220 %. Dans le cas du Conseil du Trésor, il ne faut pas oublier qu'il a reçu un transfert de responsabilité de la part de la Commission de la fonction publique. Mais derrière cette croissance se cache un problème non résolu. Au sujet du rôle du centre et du rôle des ministères.
C'est pourquoi, sur la base de mon expérience au Canada et à l'étranger, je proposerais ce qui suit. Lorsque le centre du gouvernement devient opérationnel, il perd sa capacité à rester au-dessus de la mêlée. Lorsqu'il devient transactionnel, il perd sa capacité à être stratégique. Lorsqu'elle perd de vue l'excellence, elle accuse du retard. Alors, il ne faudrait pas sous-estimer l'importance d'un signal que l'assainissement des finances publiques est une responsabilité collective qui engage la responsabilité des plus puissants comme des nouvelles recrues et des débutants.
En résumé, toute une série de possibilités s'offre à vous. Par conséquent, votre quête pour trouver une meilleure façon de faire commence par accroître l'espace des possibilités, faire de la place, simplifier et explorer des moyens qui n'ont pas été envisagés par votre prédécesseur.
[00:44:18 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Au service du Canada ET des Canadiens.]
Jocelyne Bourgon : Cela dit, vous êtes maintenant prêts à examiner ce que serait un examen des dépenses ministérielles. Il vient en dernier. On ne commence pas par là; on finit par là. Lorsqu'il s'agit de moderniser le gouvernement, d'améliorer les services offerts à la population canadienne et de réduire les coûts, le gros du travail à la fin sera fait par les ministères.
Les ministères sont des plateformes de savoir, de production et d'innovation. C'est leur soutien aux initiatives du gouvernement qui retient le plus souvent l'attention ; ce sont les services gouvernementaux qui comptent le plus aux yeux des citoyens, des usagers ; et ce sont leurs travaux de recherche qui permettent au gouvernement de prendre des décisions éclairées.
La capacité de la fonction publique du Canada à répondre n'est pas et n'a jamais été mise en doute. Aujourd'hui, quand je compare notre fonction publique à celle d'autres pays, c'est la capacité de prestation de services des ministères qui me préoccupe. Il est frappant de constater que, dans une période où les dépenses gouvernementales ont connu la croissance la plus rapide, c'est aussi la période où la fonction publique a perdu le plus de terrain par rapport à ses pairs. Il est difficile pour la population canadienne, fière de son pays, de réaliser que le Canada se classait au sixième rang pour ce qui est du gouvernement en ligne en 2003 et se classe au quarante-septième rang aujourd'hui, entre la Mongolie et l'Arménie.
Le fait que le Canada accuse du retard par rapport aux autres pays du G7 devrait nous préoccuper tous. Le Canada, par exemple, est le seul pays du G7 à ne pas avoir de système fédéral d'ouverture de session en ligne, qui est essentiel pour offrir des services centrés sur le citoyen et pour réduire les coûts. Le programme du gouvernement et le programme de réforme de la fonction publique doivent converger et se renforcer mutuellement. Une fonction publique avancée sur les plans technologique et numérique est nécessaire pour soutenir une économie et une société modernes avancées sur les plans technologique et numérique.
Au milieu des années 1990, on a demandé à la fonction publique d'aider le Canada à retrouver sa souveraineté financière. En 2025, on demande à la fonction publique d'aider le Canada à retrouver sa souveraineté économique et de s'occuper des questions qui nous ont été dévolues par le passé. Alors, à quoi pourrait ressembler une revue des dépenses des ministères qui tiendrait compte des leçons du passé et des circonstances particulières de cette période. Elle pourrait être axée sur les services aux citoyens, aux Canadiens, aux usagers.
[00:47:16 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Services aux Canadiens.]
Jocelyne Bourgon : Un examen axé sur les services aux citoyens et aux usagers peut commencer par une conversation entre gestionnaires au sujet de la contribution fondamentale d'un ministère, d'un programme, d'un service et d'une unité au bien-être du Canada et de sa population à l'avenir. La modernisation du gouvernement et l'amélioration des services ne commencent pas par des compressions. Il faut d'abord se concentrer sur ce qui doit être préservé.
[00:47:49 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Protéger.]
Jocelyne Bourgon : Il faut ainsi préserver les connaissances essentielles et les biens publics essentiels pour prendre des décisions d'une importance cruciale pour le Canada. Les enjeux complexes et les menaces existentielles dont nous ne discutons pas aujourd'hui ne disparaîtront pas parce que le monde vit une crise commerciale qu'il s'est lui-même infligée. La fonction publique doit bâtir une base de connaissances et y avoir accès pour servir l'intérêt public dans des circonstances encore inconnues. Les connaissances scientifiques, les connaissances démographiques, les connaissances sur les risques permettent de prendre des décisions éclairées et de protéger le public.
Les biens publics essentiels prennent plusieurs années à construire, mais peuvent être détruits en quelques jours. Les États-Unis nous donnent un puissant exemple de ce qu'il ne faut pas faire : ils sont en train de démanteler le National Oceanographic Service ou de réduire de moitié le financement des activités scientifiques de la NASA.
[00:48:52 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Se délester.]
Jocelyne Bourgon : Savoir ce qui doit être protégé nous donne des précisions sur les programmes et services qui peuvent être éliminés, mais j'ajouterais qu'ils peuvent être éliminés avec fierté. Cette étape est extrêmement importante. Les programmes ou les services prennent fin non pas parce qu'ils laissent quelque peu à désirer, mais parce qu'ils ont atteint leur objectif ou parce que les gouvernements ont des besoins plus urgents. Dans tous les cas, ils ont rempli leur mission. La situation à laquelle vous êtes confrontés en 2025 offre une occasion sans précédent de réaffecter des ressources, de réaliser des progrès et de réduire au minimum les perturbations. Cela n'a pas toujours été le cas.
La fonction publique aura en même temps, de façon simultanée des zones de croissance rapide et des zones qui seront exposées à une décroissance rapide. La croissance dans les secteurs de la défense, de la gestion des frontières, de la sécurité dans l'Arctique ou du commerce peut être mise à bon escient pour faciliter la transition dans les secteurs qui subissent une réduction des effectifs ou un programme qui sera fermé. En travaillant en équipe, on peut procéder à la réaffectation grâce à un certain nombre de mesures relativement simples :
Des délais longs avant l'épuisement du financement de certains programmes permettraient au personnel de se pencher sur de nouvelles possibilités de carrière. L'ouverture de concours pour doter les postes vacants. Ouvrir la possibilité de redéployer des employés sans mises à pied inutiles. Il n'est pas inconcevable de concevoir une approche qui permettrait de réaffecter des ressources et de renforcer la capacité d'adaptation aux besoins et aux circonstances en évolution rapide.
Ce serait une réalisation importante et, en fait, un ajustement nécessaire à l'avenir, parce que le rythme du changement ne va pas ralentir. Il arrive un moment où nous devons apprendre à sortir de l'approche d'expansion et de récession que nous avons utilisée pour établir le budget au Canada, et dans d'autres pays, pour adopter une approche qui renforce la capacité d'adaptation du gouvernement et du secteur public.
[00:51:25 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Inventer.]
Jocelyne Bourgon : Être au service du Canada est un processus d'invention, et chaque programme bénéficierait d'être repensé de temps en temps. On peut reconceptualiser la gestion des passeports, les demandes d'asile, les octrois de visa ; il n'y a rien qui empêche de standardiser les systèmes administratifs, qu'il s'agisse d'accès à l'information, de recherche de données ou de traduction. Mais si l'on fait le lien entre le programme de gouvernement et le programme de réforme, des services publics de qualité permettent à un pays d'avoir des avantages comparatifs pour attirer les investissements. Cela sera particulièrement important dans les années à venir.
Que pouvez-vous donc faire pour que le Canada soit reconnu comme un pays où il est facile de faire des affaires? Que peut-on faire pour offrir des services fluides aux Canadiens et aux Canadiennes en cette période de grande anxiété et insécurité publiques?
[00:52:28 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran: Apte à l'avenir: Redistribuer – Réinvestir – Réinventer. La technologie est votre alliée.]
Jocelyne Bourgon : En 2025, la technologie est de votre côté. Ce n'était pas le cas dans les années 1980 ni au milieu des années 1990. Aujourd'hui, il est possible d'accélérer la transition technologique au gouvernement, dans l'économie et dans la société. Par conséquent, la solution que vous recherchez, pour réduire l'empreinte du gouvernement dans la société, mais de façon responsable, n'est probablement pas une mort à petit feu comme dans les années 1980, et ce n'est pas par une contraction draconienne de l'échelle de ce qui a été fait dans les années 1990. Votre défi consiste à faire plus dans certains domaines et moins dans d'autres.
[00:53:16 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran : Apte à l'avenir: Redistribuer – Réinvestir – Réinventer. La technologie est votre alliée.]
Jocelyne Bourgon : Réaffecter les ressources et réinvestir pour moderniser à la fois le gouvernement et la société.
[00:53:23 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte à l'écran : Service aux Canadiens.]
Jocelyne Bourgon : Les services aux Canadiens est le centre de gravité d'une fonction publique performante qui est adaptée aux besoins de l'avenir.
Il est donc temps de conclure.
Sur la scène internationale, le Canada est un petit miracle qui a réussi de manière exceptionnelle. C'est une société moderne, démocratique, inclusive et pacifique, régie par la primauté du droit. Il a, mieux que la plupart des pays, réussi à équilibrer la prospérité, la solidarité et une responsabilité financière. Le Canada a attiré et continuera d'attirer les talents. Le Canada vaut la peine qu'on se batte pour lui.
L'économie canadienne progresse moins bien à certains égards. Il faut donc revoir la trajectoire. On peut y arriver. La fonction publique accuse du retard à certains égards. Il faut donc revoir la trajectoire et on peut y arriver. Retrouver la souveraineté économique du Canada sera difficile. Cela prendra du temps et coûtera cher à l'ensemble des Canadiens et des Canadiennes. Il n'y a aucun doute là-dessus. Mais aussi difficiles que les circonstances puissent être, cela nous donne l'occasion de concevoir un programme de gouvernement ambitieux et un programme de réforme solide pour mettre le Canada et la fonction publique sur une meilleure trajectoire pour l'avenir.
Ce chapitre vous appartient. Pour conclure, je vous offre ces quelques réflexions tirées d'une vie au sein de la fonction publique et de ses réformes au Canada et à l'étranger.
[00:55:25 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte sur la diapositive : Le facteur VOUS.]
Jocelyne Bourgon : Au bout du compte, tout tourne autour de vous. La façon dont vous pensez a un impact direct sur les solutions qui seront trouvées et les résultats qui seront obtenus. Que pouvez-vous faire, dans votre rôle actuel et avec l'autorité qui vous est accordée, pour améliorer les choses à l'aide des ressources et de l'autorité dont vous disposez et de rien d'autre? Quelles sont les idées inspirantes que vous pouvez proposer dans le cadre d'un effort collectif visant à mettre le Canada et la fonction publique sur une meilleure trajectoire?
Ne demandez pas la permission pour faire ce que vous avez déjà l'autorisation de faire. N'attendez pas qu'on vous le demande ou que d'autres se lancent en premier. Exploitez à fond votre pouvoir et vos capacités afin de proposer des idées brillantes.
Et dans quelques années, moins que vous le pensez, vous vous souviendrez avec fierté d'avoir contribué à un effort collectif pour que le Canada soit un des pays, un des rares à avoir traversé avec succès une période de changements sans précédent.
Il y a beaucoup de travail à faire, mais croyez-moi, la chance d'écrire une nouvelle page de l'histoire de notre pays nous procure aussi la fierté et l'énergie nécessaires pour s'y atteler.
[00:57:00 Écran partagé : Jocelyne Bourgon et une diapositive. Texte sur la diapositive : Un grand sage a dit, "Il n'y a pas d'opportunités pour ceux qui n'ont rien à offrir." – J. Bourgon.]
Jocelyne Bourgon : Comme une personne sage l'a dit un jour, « Aucune possibilité ne s'offre à ceux qui n'ont rien à proposer. » Merci à vous tous.
[00:57:13 Le public applaudit. Écran partagé : Jocelyne Bourgon quitte la scène, et une diapositive montre le livre de Mme Bourgon, A Public Servant's Voice. Texte sur la diapositive : À venir.]
[00:57:30 Nathalie Laviades Jodouin revient sur scène. Texte à l'écran : Nathalie Laviades Jodouin, Vice-présidente principale, Direction générale des opérations du secteur public et de l'inclusion, École de la fonction publique du Canada.]
Nathalie Laviades Jodouin : Wow. Merci, Mme Bourgon. Nous venons d'entendre un appel à l'action très convaincant qui nous rappelle qu'en cette période d'incertitude et de transition, les fonctionnaires ont la possibilité et la responsabilité de façonner l'avenir. Ce que j'aime vraiment, c'est l'impression que ce potentiel de réinvention est réel, et le travail que nous faisons maintenant aidera à tracer la voie de l'avenir du Canada.
Bien. On va passer maintenant au panel de discussion où nous allons justement poursuivre la réflexion et approfondir les thèmes abordés dans la présentation de Mme Bourgon. Nous avons l'honneur d'accueillir un groupe de panélistes distingués qui apportent un large éventail de points de vue et d'expertise à la table. Ensemble, leurs contributions enrichiront la conversation, particulièrement quand nous nous penchons sur les défis et les possibilités entourant la réforme de la fonction publique. Je n'ai aucun doute que ce sera une discussion animée qui suscitera la réflexion.
Donc, pour nous guider dans cette conversation, veuillez vous joindre à moi pour accueillir tout d'abord notre modérateur. Donc en tant que président de l'École de la fonction publique du Canada et fort d'une longue carrière en politique publique au sein du gouvernement fédéral, Taki Sarantakis apporte une richesse d'idées et d'expériences à cette discussion. Veuillez vous joindre à moi pour souhaiter la bienvenue sur scène.
[00:59:09 Le public applaudit Taki Sarantakis, qui monte sur scène.]
Nathalie Laviades Jodouin : Nous sommes également très honorés de la présence de David Dodge parmi nous aujourd'hui. En tant que sous-ministre des Finances à la retraite, ancien gouverneur de la Banque du Canada et l'un des leaders économiques les plus respectés au pays, David a joué un rôle essentiel dans l'élaboration de la politique financière nationale et internationale. Et avec une carrière si distinguée, ses perspectives apporteront sans aucun doute une précieuse profondeur à la discussion. Je vous invite à vous joindre à moi pour lui souhaiter la bienvenue.
[00:59:43 Le public applaudit David Dodge, qui monte sur scène.]
Nathalie Laviades Jodouin : Nous sommes également ravis d'accueillir Jonathan Fried, un porte-parole très respecté dans le domaine du commerce international et de la diplomatie. Jonathan possède des décennies d'expérience dans certains des rôles économiques et diplomatiques les plus importants du Canada, notamment en tant qu'ambassadeur du Canada auprès de l'Organisation mondiale du commerce et représentant du premier ministre auprès du G20. Plus récemment, l'empereur du Japon lui a décerné l'Ordre du Soleil levant, témoignant d'un hommage à son influence durable dans le domaine des affaires internationales, Jonathan Fried.
[01:00:20 Le public applaudit David Dodge, qui monte sur scène.]
Nathalie Laviades Jodouin : Bien sûr ce panel ne serait pas complet sans la voix qui a contribué à fasciner la conversation d'aujourd'hui dès le début, je vous invite à vous joindre à moi pour souhaiter à nouveau la bienvenue à la mère de Francis Bilodeau.
[01:00:40 Le public applaudit Jocelyne Bourgon, qui monte sur scène.]
[01:00:43 Écran partagé : Le panel prend place; Texte à l'écran: Conférencière d'honneur, l'honorable Jocelyne Bourgon.]
[01:00:49 Écran partagé : Les panélistes et une diapositive avec leurs noms et leurs photos.]
[01:00:51 Taki Sarantakis apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Taki Sarantakis, Président, École de la fonction publique du Canada.
Taki Sarantakis : Bienvenue. Nous allons avoir une petite conversation et établir un lien entre le passé et le présent, mais surtout avec l'avenir. Nous avons trois invités de marque qui ont énormément contribué à la politique publique du Canada au cours de la dernière génération.
Nous commencerons par David. Ce que je retiens de l'exposé de Jocelyne, c'est que nous sommes dans une période cruciale en tant que pays et en tant que fonction publique. Nous avons connu des périodes différentes auparavant : la TPS, l'ALENA, l'accord de libre-échange ou les événements du 11 septembre dans le domaine de la sécurité, dont nous parlerons un peu.
[01:01:51 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Taki Sarantakis : En quoi cette période est-elle similaire ou différent de certaines de nos périodes précédentes?
David Dodge : Eh bien, le monde est différent, comme l'a dit Jocelyne.
[01:02:03 David Dodge apparaît en plein écran. Texte à l'écran : David A. Dodge, ancien sous-ministre des Finances et gouverneur de la Banque du Canada.]
David Dodge : Les contraintes sur ce que vous pouvez faire de l'extérieur sont très différentes. Nous ne sommes plus dans une période de l'histoire favorable aux petites économies ouvertes. Nous sommes dans une période de l'histoire où les petites économies ouvertes comme la nôtre vont éprouver des difficultés. La situation est donc différente de ce qu'elle était auparavant. Mais ce qui est identique, à bien des égards, c'est que l'objectif du gouvernement est de fournir un cadre permettant aux revenus réels des Canadiens d'augmenter au fil du temps. Qu'il s'agisse de possibilités ou simplement de croissance du PIB, cette croissance est absolument essentielle pour notre pays et pour nous en tant qu'individus.
Lorsqu'il entrera en fonction, le nouveau gouvernement devra se concentrer sur cette question sans exclure les préoccupations relatives à la distribution ou à la stabilité dans notre société, mais il doit vraiment être le point de mire principal, car,
[01:03:41 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
David Dodge : comme l'a souligné Jocelyne, nous avons dérapé, en particulier en ce XXIe siècle, et depuis la grande crise financière de 2008,
[01:03:49 David Dodge apparaît en plein écran.]
David Dodge : nous sommes sur une trajectoire descendante. Et nous avons tous besoin d'une occasion de croissance.
Cela signifie qu'il faut mettre l'accent là-dessus, changer d'orientation et envisager ce qui peut effectivement nous amener à faire les choses de nouvelles façons et à trouver des solutions plus efficaces essentiellement en augmentant notre productivité en tant que contributeur. Et nous devons surtout augmenter la capacité du secteur privé à contribuer et sa volonté d'épargner et d'investir pour promouvoir cette croissance qui profitera aux citoyens.
C'est donc, selon moi, notre défi fondamental pour l'avenir. Ce n'est pas un nouveau défi, mais le monde qui nous entoure est moins favorable, et il faudra faire preuve d'imagination pour trouver de nouvelles façons d'aborder les anciens problèmes afin d'accroître notre productivité, notre niveau de vie et notre satisfaction collective à l'égard de notre pays.
[01:05:28 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Taki Sarantakis : Merci. Jonathan, David a mentionné que l'environnement est différent. L'environnement est toujours différent,
[01:05:37 Taki Sarantakis apparaît en plein écran.]
Taki Sarantakis : mais notre relation avec nos voisins du Sud est particulièrement différente. Au cours de votre carrière, vous avez passé beaucoup de temps à interagir avec les États-Unis d'Amérique sur des questions comme le commerce, l'investissement et la libéralisation. Dites-nous ce que vous voyez aujourd'hui, par rapport aux États-Unis et aux États-Unis avec lesquels nous avons grandi, du moins sur le plan intellectuel?
[01:06:06 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Jonathan Fried : On peut en parler longtemps, ce que je ne ferai pas.
[01:02:03 Jonathan Fried apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Jonathan Fried, conseiller principal du groupe Albright Stonebridge à Washington, DC.]
Jonathan Fried : Il convient de noter que les États-Unis ont eu une tendance isolationniste et un point de vue continentaliste et mercantiliste tout au long de leur histoire. Ces tendances ont pris de l'importance et se sont consolidées autour du président Trump et de son cercle immédiat d'amis, malgré les avantages remarquables qu'une collaboration positive avec le monde procure à la population, aux consommateurs et aux entreprises américains. Cela ne nous est pas étranger. En fait, pour parvenir à l'accord de libre-échange initial en 1988, le Canada a dû se faire le défenseur des idées créatives et il a dû recommencer à être inventif et créatif, comme le greffier l'avait souligné.
Donc, pour évoluer vers un ALENA modernisé et élargi, et ce que certains appellent l'accord 0.8 de l'ALENA, c'est le demi-pas en arrière qu'on aurait pu faire en acceptant le mandat de l'ACEUM, qui a aussi bien servi les intérêts américains et canadiens.
[01:07:34 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Jonathan Fried : Encore une fois, comme notre conférencière l'a fait remarquer, nous ne sommes pas en mesure de prévoir un retour à quoi que ce soit. Ce sera notre environnement pendant un certain temps; il faut donc s'y retrouver.
[01:07:48 Jonathan Fried apparaît en plein écran.]
Jonathan Fried : Cela dit, il n'y a pas de tendance antagoniste ou guerrière entre nos deux pays si l'on considère la relation globale qui existe depuis la fin d'une administration au-delà d'un accord commercial. Lorsqu'on additionne toutes les interconnexions, qu'il s'agisse des réseaux électriques; du transport; des Grands Lacs; de nos rivières transfrontalières; de la gestion de nos pêches respectives sur chaque côte; de l'Arctique. Nous avons une cause commune. Nous avons des intérêts communs en matière de sécurité, notamment la sécurité de l'Amérique du Nord et de nos frontières de l'Atlantique, du Pacifique et de l'Arctique.
[01:08:39 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Jonathan Fried : Cela remonte à la Seconde Guerre mondiale, plus précisément la déclaration de Hyde Park, qui a débouché sur les accords de partage de la production et du développement de la défense.
[01:08:48 Jonathan Fried apparaît en plein écran.]
Jonathan Fried : Nous faisons partie non seulement de cette vision militaire de la sécurité, mais aussi, comme le montrent les Accords sur la production de défense, et comme le monde d'aujourd'hui nous le rappelle, la sécurité économique fait partie de la sécurité nationale. Nous avons les ressources, les matériaux essentiels, l'énergie et la potasse qui nourrissent les agriculteurs américains, ce qui est essentiel au bien-être des Américains et à leur capacité de défense.
Donc, comme le propose le premier ministre, un dialogue sur l'interdépendance entre l'économie et la sécurité est une façon logique d'encadrer les enjeux. S'agit-il d'une seule table? S'agit-il d'un accord anticipé?
[01:09:37 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Jonathan Fried : S'agit-il d'un dialogue en plusieurs volets qui devra se dérouler au fil du temps, avec les difficultés et les perturbations auxquelles nous devrons faire face pour nous y adapter? Probablement cette dernière option.
[01:09:48 Jonathan Fried apparaît en plein écran.]
Jonathan Fried : Et cela n'empêche pas l'autonomie souveraine de pouvoir faire deux choses en même temps en diversifiant et en explorant les possibilités avec nos autres partenaires du monde entier.
[01:10:04 Taki Sarantakis apparaît en plein écran.]
Taki Sarantakis : Absolument. En parlant d'autres partenaires dans le monde, Madame Bourgon, en plus d'être la mère de Francis, la plupart des gens ici présents vous connaissent comme greffière du Conseil privé.
[01:10:16 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Taki Sarantakis : Mais vous avez passé beaucoup de temps dans le monde de l'administration publique internationale. Parlez-nous un peu des autres pays que vous avez examinés. Comment traversent-ils cette période? Vous pourriez peut-être nous parler de quelques-unes des mesures que vous trouvez intéressantes, non pas parce que c'est ce que le Canada devrait faire, mais nous voulons connaître l'état d'esprit que ces pays ont adopté pour relever leurs propres défis.
[01:10:45 Texte à l'écran : L'honorable Jocelyne Bourgon, Présidente fondatrice de Gouvernance Publique Internationale; présidente émerité de l'École de la fonction publique du Canada et chef du projet de la "New Synthesis Initiative".]
Jocelyne Bourgon : Taki, j'y reviendrai dans une minute. Mais pour poursuivre sur la lancée de mon ami, vous savez ce qui me dérange? Le monde était positionné pour avoir un atterrissage en douceur, n'est-ce pas? La lutte contre l'inflation... Le monde était en position de connaître une période de croissance raisonnablement décente. Nous avons donc eu l'occasion de nous concentrer sur les vrais problèmes, les préoccupations liées aux changements climatiques que j'ai mentionnées; la transformation des communications; les migrations massives; une population vieillissante qui détruit le moteur économique dans certains pays; etc.
[01:11:23 Jocelyne Bourgon apparaît en plein écran.]
Jocelyne Bourgon : Et au lieu de nous occuper de ce qui est important, nous sommes dans cette crise artificielle qui est totalement auto-infligée. Cela me gêne.
[01:11:35 Le public applaudit. Écran partagé : Les panélistes et une diapositive avec leurs noms et leurs photos.]
Jocelyne Bourgon : D'accord, maintenant...
[01:11:40 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Taki Sarantakis : Vous vous sentez mieux maintenant?
Jocelyne Bourgon : Je me sens mieux, mais je suis la conversation.
[01:11:47 Jocelyne Bourgon apparaît en plein écran.]
Jocelyne Bourgon : Je travaille avec un portefeuille de pays, et ce depuis de très nombreuses années pour certains d'entre eux. Vous m'avez rejoint lors de mon dernier voyage à Singapour. Je travaille avec eux depuis 30 ans. Je travaille avec le Danemark depuis 25 ans et avec la Finlande depuis 20 ans. J'ai régulièrement travaillé avec la France ou la Grande-Bretagne, etc. Il y a des endroits dans le monde où je vais pour apprendre ce qu'il ne faut pas faire, mais je n'en parlerai pas.
Mais les pays que je viens de mentionner suscitent parfois la réaction suivante chez les Canadiens : « Oh, mais ils sont si petits ». Que pouvons-nous apprendre d'eux?
[01:12:27 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Jocelyne Bourgon : Cet état d'esprit est si étroit et tellement dangereux parce qu'une bonne idée est une bonne idée, que vous pouvez choisir n'importe où, à n'importe quel niveau, n'importe quand, n'importe où.
[01:12:38 Jocelyne Bourgon apparaît en plein écran.]
Jocelyne Bourgon : La clé est de s'en emparer et de la réinventer dans son contexte.
Certains pays ont fait face à la transition technologique dont j'ai parlé il y a 25 ans. D'autres pays ont remanié leur filet de sécurité sociale pour mieux l'adapter aux circonstances actuelles. Certains sont mieux positionnés aujourd'hui grâce aux investissements qu'ils ont réalisés.
Alors, à ce sujet, je vois un mélange, et il n'est pas lié à la taille ni à la géographie. Il est souvent lié à un groupe de personnes. Je suis impressionnée à mesure que je vieillis. Derrière toute réforme importante, il y a une demi-douzaine de personnes qui la mettent en œuvre. Et peu importe où dans le monde. En fin de compte, vous disposez d'une capacité institutionnelle. Mais la plupart des réformes importantes sont le fruit d'un réseau de personnes à l'origine d'un changement.
Alors, ce que je retiens du monde, c'est qu'il ne faut pas sous-estimer l'importance des personnes qui construisent l'institution. Cela fait toute la différence. La magie est réunie par un groupe de personnes qui poursuivent un objectif précis. Ils commencent souvent par se dire qu'il doit y avoir une meilleure façon de procéder. Ce n'est pas qu'ils savent quelle est la meilleure façon de procéder, mais ils reconnaissent qu'il doit y avoir une meilleure méthode. Alors les conversations commencent. Ils cherchent ailleurs. Ensuite, ils capturent des idées, puis ils les réinventent. Et devinez quoi? Ils essaient. Il y a des pays qui écrivent les plus beaux documents.
[01:14:19 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Jocelyne Bourgon : Quel est le problème? Quel est le contexte? Quelle est la compréhension académique? Certains pays ont mis en place des projets pilotes et obtenu des résultats.
[01:14:32 Jocelyne Bourgon apparaît en plein écran.]
Jocelyne Bourgon : Et le Canada n'est pas toujours équilibré entre les deux. Nous avons tendance à rédiger des documents phénoménaux, mais nous ne conduisons pas toujours le processus de changement aussi rapidement que nous le pourrions. Et pourtant, il y a des moments où personne ne peut battre le Canada dans certains cas. Lorsque la volonté politique et la capacité professionnelle s'alignent, on peut accomplir des choses incroyables.
[01:14:54 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Taki Sarantakis : David, il y a une histoire : Un jour, vous êtes rentré chez vous, ou vous êtes arrivé au travail et vous avez dit :
[01:15:04 Taki Sarantakis apparaît en plein écran.]
Taki Sarantakis : J'ai trouvé mon successeur au poste de gouverneur de la Banque du Canada. La personne que vous avez choisie pour vous succéder au poste de gouverneur de la Banque du Canada est devenue notre premier ministre.
[01:15:20 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Taki Sarantakis : Il y a des gens dans cette salle qui sont sous-ministres et qui vont informer votre successeur à la Banque du Canada. Que diriez-vous à votre successeur aujourd'hui?
[01:15:32 Taki Sarantakis apparaît en plein écran.]
Taki Sarantakis : Je sais que vos propos sont consignés. En mars, vous avez écrit un article sur la surconsommation au Canada et sur les choix difficiles que nous allons devoir faire. Comment formuleriez-vous certains de ces choix difficiles?
[01:15:51 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
David Dodge : C'est tout à fait exact. Je pense que M. Carney.
Taki Sarantakis : Le premier ministre Carney.
[01:16:05 David Dodge apparaît en plein écran.]
David Dodge : Le premier ministre Carney. Je continue à vouloir dire Mark, mais je ne peux plus le faire. Je pense qu'il a parfaitement compris que ces changements doivent être apportés, que ce sera difficile, que nous devons bâtir et que pour construire, nous devons investir. Je pense que vous devez vous adresser à lui dans le cadre de votre travail sur les questions particulières dont vous êtes responsable, en réfléchissant à ce que vous pouvez mettre de l'avant qui correspond à cet effort d'investir, d'accroître la productivité et d'augmenter notre contribution future.
Réfléchissez également aussi à ce que vous pouvez faire, de votre point de vue, pour mobiliser le secteur privé dans cette entreprise. Car, après tout, la plupart des investissements qui devront être faits à l'avenir ne seront pas faits par le secteur public, mais par le secteur privé.
Alors, dans les règles que vous rédigez et dans les programmes que vous administrez, qu'est-ce que vous pouvez faire pour améliorer la capacité du secteur privé à faire cette contribution et pour l'inciter à le faire, et supprimer les mesures dissuasives qui existent actuellement?
Quand vous vous adressez au premier ministre, je pense qu'il est très important de garder cette réflexion à l'esprit lorsque vous présentez vos idées dans les domaines dont vous êtes responsables.
[01:18:10 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Taki Sarantakis : Jonathan, comment formuleriez-vous les conseils que vous donneriez au premier ministre Carney dans les domaines que vous connaissez?
Jonathan Fried : Je ne suis pas d'accord avec votre affirmation. Il se peut que je ne sois pas bien informé.
[01:18:26 Jonathan Fried apparaît en plein écran.]
Jonathan Fried : J'ai étudié l'ancien gouverneur.
[01:18:31 Taki Sarantakis apparaît en plein écran.]
Taki Sarantakis : C'est très <inaudible> de votre part d'être en désaccord avec l'affirmation.
[01:18:35 Jonathan Fried apparaît en plein écran.]
Jonathan Fried : Comme l'a dit David, la croissance est essentielle. Nous sommes un pays qui ne compte que 40 millions d'habitants, mais qui a la capacité et l'aptitude avérée de produire pour bien plus que cela. Nous dépendons beaucoup de notre engagement à l'échelle internationale pour avoir des marchés, et de notre transition vers le libre-échange, comme la Commission MacDonald nous l'a conseillé dans les années 1980, pour nous ouvrir aux meilleurs du monde et accroître notre productivité grâce à la concurrence au pays.
[01:19:09 Taki Sarantakis et Jonathan Fried sur scène.]
Jonathan Fried : Sommes-nous donc ouverts uniquement aux États-Unis? Non. Sommes-nous ouverts au monde? Oui. Le Canada est le seul pays du G7 qui a un accord de libre-échange avec tous les continents, notamment l'accord global avec l'Union européenne, avec environ 22 pays
[01:19:30 Jonathan Fried apparaît en plein écran.]
Jonathan Fried : en Asie dans le cadre du PTPGP et nos négociations avec l'Indonésie et l'ANASE, qui comptent sur le plan économique. Mettez de côté la petite taille géographique. Nous devons en tirer parti, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ce sont d'énormes sources de capitaux. Il est donc essentiel d'agir au niveau national pour créer l'environnement le plus accueillant possible pour les investissements légitimes et productifs, tout en préservant notre sécurité économique,
[01:20:02 Taki Sarantakis et Jonathan Fried sur scène.]
Jonathan Fried : vous ne voulez pas que vos adversaires possèdent vos minéraux critiques. Il est important de ne pas perdre de vue la cybersécurité ou la technologie.
[01:20:14 Jonathan Fried apparaît en plein écran.]
Jonathan Fried : Cela ne concerne pas seulement les États-Unis. Il s'agit d'un intérêt commun de l'Occident pour assurer notre avenir économique, ainsi que l'environnement plus traditionnel du renseignement et de la défense.
Il faut donc adopter une attitude aussi proactive que possible. Mais les gouvernements, rappelons-le, créent les règles du jeu fondées sur des règles pour le monde moins un, ou la Chine moins deux, la Russie moins trois. Mais c'est le secteur privé qui doit agir en ce sens. Nous devrons peut-être améliorer notre façon de procéder et le guider pas à pas pour qu'il cesse de se reposer sur ses lauriers et pour qu'il prenne plus de risques en cherchant des occasions dans d'autres marchés.
[01:21:05 Taki Sarantakis et Jonathan Fried sur scène.]
Jonathan Fried : Pour terminer, il ne s'agit pas seulement du commerce dans le cadre des accords commerciaux traditionnels.
[01:21:14 Jonathan Fried apparaît en plein écran.]
Jonathan Fried : Il s'agit des investissements commerciaux, des investissements de portefeuille et de l'infrastructure qui les entoure au fur et à mesure que les services financiers et les flux de capitaux sont ouverts. Avons-nous des accords de double imposition à cet égard?
Il faut donc une vision économique plus globale qui ne relève pas uniquement des délégués commerciaux et d'Affaires mondiales Canada. Elle relève également des ministères des Finances et du Transport. Avons-nous des liaisons aériennes, maritimes, etc.? Et nous nous soucions de l'environnement. Est-ce un commerce propre? C'est un processus multidisciplinaire, fédéral-provincial et multipartite.
Pour conclure, Mike Froman, l'ancien représentant des États-Unis pour le commerce et conseiller de la Maison-Blanche qui dirige maintenant le Council on Foreign Relations des États-Unis, a dit ceci au sujet de notre transition d'un G1 à un monde multipolaire : « Il nous incombe à tous d'être polyamoureux. » Ce n'est pas que nous ayons besoin d'amis permanents sur plusieurs fronts, mais nos intérêts sont permanents et nous devrions saisir toutes les occasions qui se présentent.
[01:22:39 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Taki Sarantakis : C'est intéressant. Je vais citer un de vos anciens collègues, le regretté Richard Dicerni, qui a qualifié les fonctionnaires de « monogame en série ». Le Canada se situe entre les polyamoureux et les monogames en série.
Madame Bourgon, entre la fonction publique et la classe politique,
[01:23:00 Taki Sarantakis apparaît en plein écran.]
Taki Sarantakis : des choses importantes vont devoir se produire pour le meilleur ou pour le pire dans les années à venir, et probablement le plus tôt possible.
Cependant, dans cet environnement, Edelman fait le suivi des indices de confiance sur de longues périodes. Il porte en particulier sur quatre institutions au Canada : les médias, le gouvernement, les entreprises et les ONG.
[01:23:31 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Taki Sarantakis : Et nous sommes au Canada. De toute évidence, quelle est la principale institution digne de confiance parmi ces institutions?
Public : <Inaudible>
Taki Sarantakis : Non. Et quelle est l'institution la plus fiable?
Public : L'entreprise.
Taki Sarantakis : L'entreprise. C'est surprenant.
[01:23:49 Taki Sarantakis apparaît en plein écran.]
Taki Sarantakis : La moins fiable de ces quatre institutions? Et encore une fois, nous sommes au Canada, c'est évident. C'est le gouvernement.
[01:24:00 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Taki Sarantakis : Nous vivons maintenant dans un monde où les Canadiens, collectivement, et nos maîtres politiques, nous font moins confiance que les médias, les entreprises et les ONG. Donc, en plus de toutes les autres choses que vous avez mentionnées, nous avons aussi un manque de confiance et de crédibilité. Comment allons-nous commencer à surmonter cela? Comment allons-nous faire de grandes choses si, collectivement, nous ne sommes pas aussi dignes de confiance que nous le pensons?
[01:24:42 Jocelyne Bourgon apparaît en plein écran.]
Jocelyne Bourgon : Je dirais que oui, il s'agit de croissance, mais aussi de personnes. Et la croissance sans une forme d'équilibre, où les gens sentent qu'ils en bénéficient, et que leur travail acharné pour contribuer à une économie performante est récompensé, mène au genre de situation polarisée que nous avons aux États-Unis.
Et le Canada avait un peu de génie dans l'équilibre entre la prospérité économique, la solidarité et la responsabilité financière. Cet équilibre n'est jamais stable, il évolue sans cesse, mais nous devons rester vigilants.
Je pense que nous devons corriger la perception du secteur privé avec tout le respect que j'ai pour mes collègues du secteur privé.
[01:25:46 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Jocelyne Bourgon : La raison pour laquelle nous dépendons à 75 % d'un seul marché pour nos exportations a quelque chose à voir avec le rendement du secteur privé.
[01:26:00 Jocelyne Bourgon apparaît en plein écran.]
Jocelyne Bourgon : Le mot « complaisance » que vous utilisez est tout à fait approprié dans mon esprit. Et ce n'est pas par manque d'incitatifs de la part du gouvernement pour encourager la recherche et le développement ainsi que l'investissement dans la technologie moderne. Ce n'était pas une lacune, mais cela ne s'est pas produit.
Donc, je pense que nous devons parler un peu plus de ce qui est fait, qui le fait, qui fait le gros du travail et ce qu'il faut faire différemment. Parce que je pense vraiment que nous devons agir différemment. L'idée qu'il suffit de réduire les impôts et de déréglementer, et que tout ira bien si seulement on laisse cela au marché ne me semble pas être la voie à suivre. Cela n'a jamais été la façon de construire le Canada, et ce n'est certainement pas la voie à suivre. Je pense donc que des explications s'imposent.
[01:26:54 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Jocelyne Bourgon : Je ne dis pas que le gouvernement est parfait. J'ai été la première aujourd'hui à entendre toutes sortes de témoins. Donc, être clair d'esprit, ce n'est pas seulement une question de rendement personnel; il s'agit aussi du rendement des autres. Un partenariat solide exige que les partenaires se parlent entre eux de ce qu'ils voient de l'autre côté et [des] correctifs qui seraient nécessaires.
Taki Sarantakis : David, qu'en pensez-vous?
David Dodge : Oui. Mais c'est le gouvernement qui fixe les règles selon lesquelles le secteur privé doit agir.
[01:27:24 David Dodge apparaît en plein écran.]
David Dodge : Et ces règles peuvent contraindre ou encourager l'innovation. Je dirais que le point de vue qui prévaut dans le secteur privé à l'heure actuelle, c'est que l'effort a été davantage axé sur la contrainte que sur l'encouragement. Je pense qu'il est vraiment important que nous changions cette façon de faire dans ce que nous faisons, mais plus important encore, dans la façon dont nous le faisons. Dans la mesure où vous avez la possibilité, dans votre vie professionnelle quotidienne, d'avoir une interaction ouverte avec les personnes du secteur privé, et d'encourager ce dialogue au moment de la rédaction des règles, vous y apportez une compréhension de ce qui peut fonctionner ou mieux fonctionner, en encourageant l'innovation de l'autre côté.
[01:28:47 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
David Dodge : Je pense donc qu'il s'agit d'un partenariat entre les secteurs public et privé, et nous ne devrions jamais l'oublier. Malheureusement, il arrive que les personnes du secteur privé l'oublient également.
[01:29:03 David Dodge apparaît en plein écran.]
David Dodge : Mais je pense qu'il est important que nous (au secteur public) nous en souvenions vraiment et que nous fassions de notre mieux pour rester ouverts et encourager ce dialogue dans notre travail quotidien. Ce dialogue contribuera à la confiance. C'est donc à nous tous qu'il incombe d'essayer de construire cela. Je pense qu'il s'agit là d'une voie importante à suivre.
[01:29:34 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Jocelyne Bourgon : Je pense qu'il faut encourager les règles, mais je soupçonne qu'il faudra aussi un peu d'élan.
[01:29:42 Jocelyne Bourgon apparaît en plein écran.]
Jocelyne Bourgon : Les gouvernements ont besoin d'un coup de pouce pour corriger le tir lorsque nous prenons du retard, et le secteur privé a besoin d'un peu d'élan lorsque le niveau de dynamisme et d'énergie n'est pas ce dont on a besoin à l'heure actuelle. Donc, peut-être qu'une ouverture à encourager <inaudible>, combinée à un échange franc dans les deux sens et un peu d'incitation l'un pour l'autre permettrait de bâtir un partenariat plus fort.
[01:30:10 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
David Dodge : Pouvez-vous donner ce point à quelqu'un?
Taki Sarantakis : Le premier ministre Carney!
Jocelyne Bourgon : La seule chose dont nous n'avons pas parlé, et qui devrait figurer sur l'écran radar de tout le monde, c'est l'unité.
[01:30:23 Jocelyne Bourgon apparaît en plein écran.]
Jocelyne Bourgon : La seule chose qui pourrait faire dérailler bon nombre des initiatives, c'est la fragilité – si la fragilité émerge sur ce front. Je conseille donc à tous les membres de la fonction publique de ne pas perdre de vue l'unité nationale. C'est une condition pour progresser sur de nombreux aspects dont nous avons parlé.
[01:30:44 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Taki Sarantakis : Malheureusement, nous devons conclure parce que non seulement le temps est écoulé, mais nous l'avons dépassé.
[01:30:51 Taki Sarantakis apparaît en plein écran.]
Taki Sarantakis : Mais, madame Bourgon, pas seulement aujourd'hui, mais dans la vidéo « Réflexions sur le leadership des sous-ministres » que vous avez eu la gentillesse de tourner à l'École, vous avez cité une série de problèmes, puis vous avez terminé en disant : « Et j'envie le fait que vous soyez ici pour les traiter, et je suis triste de ne pas être là pour aider dans cet environnement. »
[01:31:10 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Taki Sarantakis : Parlez-nous des raisons pour lesquelles vous enviez les gens dans cette salle, et pourquoi vous enviez certaines personnes en ligne qui vous ont entendu parler aujourd'hui.
Jocelyne Bourgon : Je ne suis pas envieuse, je suis là.
[01:31:24 Jocelyne Bourgon apparaît en plein écran.]
Jocelyne Bourgon : Si quelqu'un le souhaite, je suis disponible et accessible et toujours prête à partager des idées, etc. Je ne me sens pas séparée de votre parcours. Je crois profondément à l'importance du rôle de l'État. J'ai travaillé dans suffisamment d'endroits pour savoir qu'il n'y a pas de pays performant sans un gouvernement et des institutions publiques performants. Cela n'enlève rien à l'importance des organisations privées ou de la société civile.
[01:31:59 Taki Sarantakis, Jonathan Fried, Jocelyne Bourgon et David Dodge sur scène.]
Jocelyne Bourgon : Les pays qui n'en ont pas ont énormément de difficulté à régler leurs problèmes et à réaliser des progrès. Je suis donc de ce côté-là. Je suis convaincue de l'importance du rôle de l'État. Mais c'est dans les périodes de changement intense qu'il est le plus excitant. Si vous croyez qu'il est possible de construire un avenir meilleur, de résoudre des problèmes et d'inventer des solutions – j'utilise la phrase, quand les choses se détachent, c'est l'espace idéal pour l'innovation. Quelqu'un, quelque part, est en train d'inventer quelque chose de très important. Cela pourrait être nous, et c'est nous.
C'est ce que je veux dire lorsque j'affirme que je ne serai jamais loin de la fonction publique. Je ne serai jamais loin du rôle de l'État. Je ne serai jamais loin de l'administration publique et des personnes qui ont à cœur de mener des réformes importantes.
Taki Sarantakis : Absolument. Au nom des personnes présentes dans cette salle et des gens en ligne, je tiens à vous remercier tous les trois pour cette merveilleuse discussion, mais surtout pour votre conférence de 2025 sur ce que nous devons faire en 2025, le fait de servir en 2025 et au-delà. Veuillez vous joindre à moi pour remercier nos panélistes. Merci beaucoup.
[01:33:35 Le public applaudit. Écran partagé : Les panélistes, Nathalie Laviades Jodouin, et une diapositive avec leurs noms et leurs photos.]
[01:33:48 Nathalie Laviades Jodouin apparaît en plein écran.]
Nathalie Laviades Jodouin : À l'instar de Taki, je tiens à remercier encore une fois en mon nom et au nom de tous ceux qui se sont joints à nous aujourd'hui nos distingués panélistes, notre conférencière d'honneur, et je remercie le public d'avoir pris le temps d'être ici. Nous sommes vraiment reconnaissants que vous ayez pris le temps d'être avec nous cet après-midi et en espérant que cette discussion se poursuive au-delà de cet événement. Donc merci encore à toutes et à tous et je vous souhaite une très belle fin de journée. Merci.
[01:34:18 Le public applaudit. Écran partagé : Les panélistes, Nathalie Laviades Jodouin, et une diapositive. Texte à l'écran: La Conférence MANION au service du Canada en 2025 — École de la fonction publique du Canada.]
[01:34:25 Le logo de l'EFPC apparaît à l'écran.]
[01:34:32 Le logo du gouvernement du Canada apparaît à l'écran.]