Transcription
Transcription : Réflexions de Gary A. Bolles
[00:00:00 Une série d'images montrant des personnes marchant dans des rues achalandées de la ville; un drapeau canadien s'agitant sur le côté d'un bâtiment; une vue aérienne de la colline du Parlement et du centre-ville d'Ottawa; l'intérieur d'une bibliothèque; une vue de la Terre depuis l'espace. Texte à l'écran : Leadership, politique, gouvernance, innovation.]
Narrateur : Les fonctionnaires, les leaders d'opinion et les spécialistes à l'échelle canadienne réfléchissent aux idées qui façonnent la fonction publique : le leadership, les politiques, la gouvernance, l'innovation et au-delà.
[00:00:17 Page titre : Analyses et réflexions, logo de l'EFPC. Texte à l'écran : Réalisée par l'École de la fonction publique du Canada.]
Narrateur : Voici la série Analyses et réflexions, réalisée par l'École de la fonction publique du Canada.
[00:00:26 Gary Bolles apparaît en mode plein écran. Texte à l'écran : Gary A. Bolles, Global Fellow for Transformation, Singularity University/Auteur, The Next Rules of Work.]
Taki Sarantakis : Aujourd'hui, nous accueillons Gary Bolles, un bon ami de l'École de la fonction publique du Canada, mais ce n'est pas la raison de sa présence ici. Il est ici parce qu'il est l'une des personnes les plus intéressantes que nous ayons à l'École. Gary a de nombreux centres d'intérêt.
C'est un expert de l'avenir du travail; il est également fasciné par la technologie et les technologies émergentes; puis, il fait quelque chose que Yogi Berra avait l'habitude de qualifier de très difficile : c'est un futurologue. Je me souviens de l'une de mes citations préférées de Yogi Berra : il est très difficile de faire des prédictions, surtout sur l'avenir.
Gary, parlez-nous un peu de vous avant de commencer.
Gary Bolles : Tout d'abord, j'apprécie vraiment toutes les occasions de passer du temps avec l'équipe formidable de l'École de la fonction publique, où; j'ai rencontré des personnes fascinantes. Ce fut pour moi une occasion extraordinaire de voir comment vous préparez continuellement les personnes qui dirigeront le gouvernement du Canada.
Je cumule de nombreuses fonctions. Parfois, j'ai même du mal à en faire le suivi. J'ai ce que j'appelle un portefeuille de travail.
[00:01:55 Brève image superposée du livre The Next Rules of Work.]
Gary Bolles : J'ai rédigé un livre intitulé The Next Rules of Work (Les nouvelles règles du travail). J'y parle de l'état d'esprit, des compétences et des outils nécessaires pour diriger votre organisation en période d'incertitude, comme maintenant. Je suis le Global Fellow for Transformation
[00:02:10 Brève image superposée du logo du Singularity Group.]
Gary Bolles : d'un groupe appelé Singularity University, un groupe de réflexion mondial sur l'avenir et les différentes technologies exponentielles qui ont une incidence sur nos industries, nos organisations et nos vies.
[00:02:25 Brèves images superposées des cours de Gary Bolles sur LinkedIn, telles que décrites.]
Gary Bolles : Je dispense maintenant 10 cours sur LinkedIn Learning à plus d'un million et demi d'apprenants; notamment sur l'état d'esprit pour apprendre et la capacité d'apprentissage (je viens de mettre à jour ces cours pour l'ère de l'IA). Je suis en train de réécrire deux cours sur l'agilité stratégique et le développement de votre future main-d'œuvre à l'ère de l'IA. Il s'agit de permettre aux gens de voir comment la technologie et les événements mondiaux changent notre monde et comment ils peuvent prendre de l'avance. Quelles sont les stratégies pour être toujours pertinents?
Et puis, parce qu'il n'y a pas assez de temps dans la journée, nous avons aussi une petite, mais puissante société de logiciels,
[00:03:02 Brèves images superposées de la page d'accueil du site Web d'eParachute et du livre What Colour is Your Parachute.]
Gary Bolles : eParachute, qui s'appuie sur les connaissances d'un livre intitulé What Colour is Your Parachute (Quelle est la couleur de votre parachute?), un manuel de carrière durable, tiré à 10 millions d'exemplaires. Il s'agit essentiellement d'une méthodologie permettant de comprendre comment les gens changent de vie et de carrière.
C'est donc un mélange de tout cela. Je donne des conférences partout dans le monde, et j'ai l'occasion de rencontrer des personnes fascinantes, d'apprendre d'elles et de synthétiser bon nombre de ces points de vue. Et heureusement, bon nombre d'entre eux sont des intervenants gouvernementaux, du Brésil à la Grèce, et au-delà.
Taki Sarantakis: Que vous disent les Brésiliens et les Grecs? Est-ce une période heureuse? Les gens sont-ils angoissés? Sont-ils effrayés ou désorientés?
Gary Bolles : Tout ça. Donc, si vous étudiez les gens et la façon dont ils pensent souvent à l'avenir, qui génère beaucoup d'anxiété pour beaucoup de gens – je veux qu'ils soient pleins d'espoir et qu'ils voient toutes les possibilités qui peuvent se présenter – tout d'abord, je découvre que si les gens sont inspirés, ou au moins peuvent avoir une certaine vision des fils conducteur ou des scénarios futurs à plus long terme, ce qui les intéresse vraiment, c'est demain. L'avenir qui leur tient à cœur, c'est : « Que dois-je faire ensuite? » C'est pourquoi j'ai intitulé mon livre The Next Rules of Work (Les nouvelles règles du travail). J'utilise trop souvent le mot « prochain » dans mes écrits et mes discours.
Mais tout d'abord, le principe de base est que les gens veulent voir une vision optimiste de l'avenir, mais ils veulent aussi des informations qui les aident à prendre des décisions judicieuses concernant leurs choix de vie. Le fonctionnement de notre cerveau est un peu particulier, et je suis heureux d'en parler. Bon nombre de nos préjugés cognitifs nous permettent d'optimiser les décisions à court terme, et ils sont fortement optimisés pour eux.
La deuxième idée que je veux offrir est que, même s'il y a des exemples précis de la façon dont la technologie change le travail et l'apprentissage ainsi que les économies et les organisations, les deux choses qui ont vraiment tendance à avoir le plus d'impact sur les gens sont le rythme et l'ampleur du changement.
Ainsi, si le changement était très lent et touchait un grand nombre de personnes, nous nous adapterions tous. Si le changement ne touchait pas beaucoup de gens, mais qu'il se faisait très rapidement, ces personnes seraient directement touchées, mais beaucoup d'entre elles seraient à l'abri du changement. C'est le rythme et l'ampleur du changement. Les choses vont de plus en plus vite. Nous avons d'excellents exemples dans l'histoire récente, et cela touche de plus en plus de gens plus rapidement.
[00:05:42 Brève image superposée de la page d'ouverture de session de l'application Open AI Gpt 3.5.]
Gary Bolles : Chat Gpt 3.5 d'Open AI a été publié en novembre 2022. 2 millions de personnes l'utilisaient en l'espace de 30 jours. Et si nous revenons à l'aube d'Internet, lorsque des entreprises comme America Online devaient envoyer des CD-ROM par la poste et qu'il fallait les installer dans un lecteur de CD-ROM, que beaucoup de jeunes d'aujourd'hui n'ont jamais vu. Ils disent « Grand-père, qu'est-ce qu'un lecteur de CD-ROM? » Il aurait probablement fallu des années pour arriver à cette échelle. C'est donc ces couches de technologies différentes qui sont toutes superposées les unes aux autres qui accélèrent le rythme auquel les gens peuvent adopter ces nouvelles technologies et qui affectent de plus en plus de gens. Et cela est difficile à comprendre pour le cerveau humain. Nous ne sommes pas tous optimisés pour pouvoir faire face au rythme et à l'échelle.
Taki Sarantakis: Oui. De nombreuses personnes dans le monde sont actuellement préoccupées par le travail. Comme vous l'avez dit, nous sommes à un point tournant. Ce n'est pas la première fois dans l'histoire de l'humanité que nous sommes préoccupés par le travail. Nous sommes préoccupés par le travail pendant la mondialisation. Nous sommes préoccupés par le travail pendant l'automatisation. Nous sommes préoccupés par le travail lorsque nous passons du travail physique à un autre type de travail.
Parlez-nous un peu, plantez le décor, qu'est-ce que le travail? Quelle est cette chose qui obsède les humains?
Gary Bolles : Je parlerai un peu de l'histoire du travail et de la manière dont nous, en tant qu'êtres humains, avons utilisé nos compétences et les façons dont nous avons résolu des problèmes et créé de la valeur dans ce genre de choses. Nous pouvons ensuite voir comment cela s'applique assez facilement à l'environnement actuel.
Tout d'abord, le concept occidental du travail comme quelque chose que nous voudrions faire et que nous nous sentons motivés à faire est en fait très récent dans l'histoire de l'humanité.
[00:07:47 Brève image superposée d'un portrait de Martin Luther. Texte à l'écran : Martin Luther était un théologien et moine allemand qui a lancé la réforme protestante au début du XVIe siècle.]
Gary Bolles : Croyez-le ou non, la réforme de Martin Luther a été la première vague de la culture occidentale; Luther a essentiellement dit : « Dieu veut que vous travaillez. » Donc, cela a créé tous ces effets d'entraînement, où; nous sommes passés du travail considéré comme un anathème, c'est comme une malédiction à des époques antérieures, à quelque chose comme une obligation.
Puis, au cours des 100 dernières années environ, une philosophie s'est développée. Nous pouvons faire un travail qui nous apporterait une certaine satisfaction et un certain but.
[00:08:24 Brève photo superposée de Richard Nelson Bolles.]
Gary Bolles : Mon père était un prêtre épiscopalien qui a écrit le livre What Colour is Your Parachute, et il a ajouté un élément qu'il pensait utile : ce n'est pas seulement que vous travaillez où; vous êtes rémunéré, ou que vous travaillez bien, comme une vocation, mais c'est aussi quelque chose que vous pourriez apprécier. Vous pouvez avoir l'impression qu'il y a un but ou un sens à tout cela.
Le travail se résume donc à trois choses. Ce sont nos compétences humaines appliquées à des tâches pour résoudre des problèmes. Quand on démarre une nouvelle entreprise, quand on commence un nouvel emploi, quand on crée une nouvelle division d'un gouvernement, une nouvelle agence, il y a toute une série de problèmes à régler. En tant qu'êtres humains, nous apportons nos compétences pour accomplir des tâches afin de résoudre ces problèmes. Ce qui s'est passé dans l'histoire, c'est l'automatisation.
Taki Sarantakis: C'est une bonne chose, n'est-ce pas?
Gary Bolles : C'est une bonne chose pour certaines personnes. Cela profite à certains, puis à d'autres. Mais disons que nous allons décrire une toute nouvelle technologie qui va complètement bouleverser le travail de l'époque : la charrue à bœuf. Avant cette charrue, et vous utilisiez vos mains, et vous pouviez probablement travailler à peu près autant que n'importe qui d'autre pour planter un tas de graines dans un champ. Puis j'arrive, et je dis, eh bien, non, en fait, nous allons labourer le champ, et nous avons ce morceau de métal qui va être tiré par ce bœuf. Si vous possédez un bœuf et que vous pouvez vous offrir une charrue, vous en bénéficierez.
Mais, si vous ne pouvez pas, nous avons divisé le travail. La main-d'œuvre doit travailler pour le propriétaire de la charrue et du bœuf. Ainsi, les personnes qui en bénéficient sont celles qui peuvent posséder la méthode de production. Pour les personnes qui travaillent, ce qui finit par se produire au fil du temps, c'est que si vous ne pouvez pas posséder ces choses, vous devez travailler d'arrache-pied. On ne peut pas labourer suffisamment de champs pour être en mesure d'égaler ce que le bœuf et la charrue peuvent faire.
Ainsi, nous avançons rapidement vers des technologies telles que l'intelligence artificielle générative.
Taki Sarantakis: Faisons une pause avant d'en arriver là. Je pense donc que tout le monde comprend ce qu'est le travail par rapport au revenu. Mais nous nous identifions aussi à notre travail. L'une des premières choses que l'on fait quand on rencontre quelqu'un, c'est de lui poser la question suivante : Que faites-vous? Pourquoi est-il si important pour les humains d'avoir cette relation avec le travail qui semble s'apparenter à la relation avec nos enfants, ou avec nos conjoints, ou avec notre collectivité? Cela semble nous définir de cette façon très intéressante.
Gary Bolles : Je dirais que c'est un spectre où; il y a des gens qui veulent seulement faire leur travail. En fait, la seule chose qu'ils ont l'impression d'obtenir, c'est de pouvoir nourrir leur famille et se loger. Ce qui est très bien. C'est tout simplement génial.
Taki Sarantakis : C'est un revenu.
Gary Bolles : C'est un revenu et vous pouvez probablement ne plus penser votre emploi à la fin de la journée. Vous n'y pensez pas à la maison et vous ne vous définissez pas nécessairement par ce travail.
À l'autre extrémité du spectre, votre travail représente une part importante de votre vie. Vous êtes avocat ou avocate, vous êtes médecin, c'est ce que vous êtes en tant que personne, et c'est donc enraciné dans votre identité. Je crois que chacun trouve des motivations différentes. Cela dépend en grande partie de ce processus d'adéquation entre ce que vous pensez être, vos compétences et le travail que vous effectuez. Si vous avez le sentiment que c'est une grande adéquation, vous allez développer une identité très forte. Si vous avez l'impression qu'il y a moins de correspondance – non, non, j'ai tout ce que je fais en dehors de mon travail et des tâches que j'exécute, les problèmes que je résous, ce n'est pas une partie profonde de moi – alors vous ne serez pas aussi connecté au travail.
Taki Sarantakis : Oui. Votre identité ne résume pas qu'à la médecine ou au droit. Vous êtes médecin. Vous êtes avocat.
Gary Bolles : Mais le problème se pose lorsque ce travail n'est plus disponible. Il y a donc une variété d'industries différentes, et la fonction publique en fait partie, où; il est presque hermétiquement scellé. Cela a ses propres règles. C'est comme un père et une mère. C'est un environnement où; une fois qu'on a appris les règles, elles ne sont pas toujours aussi transférables dans d'autres domaines. Il en va de même pour la médecine ainsi que pour les enseignants, les ministres et les militaires. Une fois qu'on est dans ces institutions, dans ces environnements, la transférabilité des compétences et de l'état d'esprit, etc., peut parfois être difficile pour les gens.
C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai mentionné mon père et son livre. Il était pasteur à San Francisco dans les années 1960 et il a été licencié lors d'une crise budgétaire.
Taki Sarantakis : Les pasteurs peuvent être licenciés?
Gary Bolles : Dans l'Église épiscopalienne, il n'y a que deux façons de se faire licencier. L'une d'entre elles consiste à vous demander de chercher d'autres paroissiens. Oh, oui, il y a une église là-bas que vous devriez aller voir. Puis, l'autre église est une cathédrale. Nous avons un budget serré. Nous n'avons tout simplement pas autant d'argent. Je suis désolé, mais nous n'avons plus besoin de vos services.
[00:13:40 Brève photo superposée de la famille Bolles.]
Gary Bolles : À la fin de la quarantaine, il avait une famille de quatre enfants et une femme au chômage pendant six mois. Finalement, il a trouvé un emploi, il aidait d'autres pasteurs sur les campus des collèges, et ils étaient mis à pied. C'est donc pour les pasteurs qu'il a d'abord écrit son livre, What Colour is Your Parachute. La vocation avec un grand V, la signification avec un grand S. Et il s'agissait de savoir comment vous pouvez prendre les compétences que vous avez apprises, les problèmes que vous avez résolus et comment elles peuvent être transférables dans d'autres environnements.
C'est donc le défi et la possibilité de l'identité. Il a dit que l'une des façons de changer sa façon de penser, si on est avocat ou avocate et qu'on ne trouve pas de travail dans ce domaine, ou on est médecin et qu'on ne trouve pas de travail dans ce domaine, ou si l'on décide simplement qu'on veut faire quelque chose de différent, on prend du recul et on dit : « Je suis une personne qui a les compétences d'un avocat ou d'une avocate et les compétences d'un et d'une médecin ». Et quelles sont ces compétences? Il s'avère que bon nombre d'entre elles sont tout à fait transposables dans un autre environnement.
Il est donc merveilleux d'avoir ce sentiment d'enracinement et d'identité tant que l'on continue à faire le travail. Si ce n'est plus viable pour vous ou si ce n'est pas ce que vous voulez faire, déplacer cette identité vers les compétences que vous possédez, les problèmes que vous pouvez résoudre, est un bien meilleur moyen de s'adapter.
Taki Sarantakis : Passons maintenant à l'éléphant dans la pièce, l'intelligence artificielle. Ainsi, en tant qu'humains, nous sommes très habitués à ce que les machines, les outils et l'automatisation nous déchargent de certaines tâches et, dans de nombreux cas, à ce qu'ils prennent en charge un travail que beaucoup de gens ne trouvent pas gratifiant et à ce qu'ils nous rendent la vie un peu plus facile. Il y a ensuite une période de perturbation pour les personnes qui avaient l'habitude de planter des graines dans le sol ou d'essayer d'arracher des choses que le bœuf muni d'un outil peut maintenant faire, comme vous l'avez dit plus tôt. L'intelligence artificielle semble différente. Il semble que ce soit la première fois que l'on s'intéresse à des choses qui sont intrinsèquement humaines. Parlez-nous un peu de l'intelligence artificielle et du travail.
[00:13:40 Brève photo superposée d'un article de magazine sur la Singularity University; on y voit une photo de Ray Kurzweil.]
Gary Bolles : L'un des fondateurs de la Singularity University est Ray Kurzweil. J'ai eu de nombreuses conversations fascinantes avec Ray et bien d'autres, et cela fait des décennies que j'enseigne que cette technologie va arriver et qu'elle aura une grande partie de la capacité d'accomplir des tâches que les humains ont accomplies, en particulier en ce qui concerne le langage et ce que nous appelons parfois la pensée.
Beaucoup des mêmes prédictions ont été faites quand l'Internet a vraiment décollé au milieu des années 1990. C'est cette nouvelle technologie. Elle va lier tout le monde. À terme, le travail sera complètement perturbé. Le journalisme a été l'un des plus grands canaris dans la mine. Je suis un ancien journaliste. Dans les années 1990, j'étais directeur de la rédaction pour six magazines technologiques différents, et nous avions prédit que l'Internet éliminerait complètement le journalisme traditionnel.
C'est le cas, mais cela a pris 30 ans. Ainsi, environ la moitié des emplois dans le journalisme ont disparu, se sont évaporés au cours des 30 dernières années, mais beaucoup plus d'emplois ont été créés dans ce que nous appelons les nouveaux médias. Le marketing des médias sociaux n'existait pas. En 1995, un grand nombre d'emplois ont été créés. Mais nous devons revenir au rythme et à l'échelle.
C'est ainsi qu'arrive ChatGPT 3.5, et il y a eu d'autres technologies qui avaient des capacités similaires, mais c'était le bond en avant,
[00:17:33 Brève image superposée de la page d'accueil du navigateur Netscape.]
Gary Bolles : de la même façon que le navigateur Netscape était un bond en avant au début d'Internet. Il y a ce bond en avant, et soudainement, nous nous disons tous : « Attendez une minute. Cette technologie fait des choses que j'avais l'habitude d'associer à des êtres humains. »
Il existe des technologies qui ont permis de réaliser certaines de ces activités et de tromper les gens. Il y a 30 ans, il y avait Eliza, l'un des premiers robots conversationnels, qui n'utilisait que du texte et un ordinateur. Mais les gens ont été trompés il y a une trentaine d'années. C'était un peu comme une conversation avec ChatGPT 3.5 aujourd'hui. La technologie n'était tout simplement pas aussi polyvalente.
Donc, ce qui finit par arriver, c'est que ces technologues ont trouvé un moyen d'être en mesure de soutirer une énorme quantité de connaissances humaines. Il suffit donc de prendre ce gros aspirateur numérique Hoover, qui aspire toutes ces informations, et d'y injecter un tas d'algorithmes.
[00:18:24 Une série d'images superposées de la page d'accueil de Chat Gpt. Une conversation s'engage. Texte à l'écran : Que puis-je faire pour vous aider? Bonjour, comment allez-vous? Bonjour ! Je vais très bien, merci - et vous, comment allez-vous aujourd'hui? Je vais bien, merci ! Pouvez-vous m'aider? Avec plaisir ! Dites-moi ce dont vous avez besoin, je suis là pour vous aider.]
Gary Bolles : Et quand nous l'interrogeons, la technologie nous répond en nous écrivant, en faisant comme si c'était un peu une pensée humaine, puis en nous parlant. Elle accomplit aussi des tâches dont on pensait autrefois que seul un être humain pouvait l'accomplir, comme écrire de la poésie. Seul un être humain peut générer ces images. Seul un être humain peut écrire un livre. Aujourd'hui, nous constatons que, dans de nombreux cas, ce n'est pas excellent, mais que c'est suffisant. C'est donc un domaine dans lequel les personnes qui embauchaient auparavant des pigistes pour rédiger des textes et ce genre de choses vont probablement externaliser ces tâches grâce à la technologie.
Ainsi, ce qui se passe régulièrement, c'est qu'il y a une période de remise à zéro. Nous ne savons pas encore quel est l'impact réel sur le travail. Nous savons qu'il y a des postes à court terme où; la technologie est vraiment très bonne. Par exemple, c'est le cas du service à la clientèle. Un grand nombre de représentants du service à la clientèle devront soit acquérir de nouvelles compétences, soit se tourner vers d'autres tâches, car une grande partie de celles-ci seront automatisées. Nous commençons donc à peine à comprendre en quoi consiste une partie de ce travail.
Mais il est important – il y a deux dynamiques que je veux m'assurer que nous soulignons aux gens. Tout d'abord, ce qui est très différent dans cette technologie, c'est qu'elle peut réellement permettre aux humains d'acquérir de nouvelles compétences plus rapidement et de résoudre des problèmes plus rapidement. Un certain nombre de tests ont été effectués dans différentes fonctions. En effet, elle donne plus de pouvoir à la personne la moins formée qu'à la personne la plus formée.
Et c'est vrai pour le codage. C'est certainement vrai pour la génération d'images, pour des choses comme le développement de présentations PowerPoint. Cela ne rend pas la personne qui est vraiment douée meilleure, mais cela permet à quelqu'un qui n'a aucune formation dans ce domaine de se mettre au diapason très rapidement. La première dynamique est donc que ces technologies nous aideront à apprendre plus vite, à résoudre des problèmes plus rapidement et, éventuellement, à effectuer plus rapidement des travaux mieux rémunérés.
L'autre dynamique qu'il est important de comprendre avec toute technologie, c'est que les robots et les logiciels ne suppriment pas les emplois. Ils ne le font tout simplement pas. Ils automatisent les tâches. Les compétences humaines s'appliquent aux tâches pour résoudre les problèmes. Ils ne font qu'automatiser ces tâches. Si toutes ces tâches s'ajoutent à un emploi, c'est à l'humain de décider, du moins à l'heure actuelle, si l'emploi disparaît.
Ainsi, les entreprises les plus touchées sont celles où; les nouvelles technologies permettent d'acquérir des compétences et d'accomplir des tâches. Si elles ont une mentalité très inclusive qui consiste à maintenir les gens au travail et à leur donner un emploi bien rémunéré et à les former pour qu'ils puissent résoudre d'autres problèmes et développer de nouvelles compétences, ces technologies sont très efficaces à cet égard.
Mais s'il s'agit d'une entreprise très orientée vers les actionnaires et que tout ce qu'elle veut faire, c'est licencier des gens parce qu'elle pense pouvoir être plus efficace et rendre les gens qui restent plus productifs, elle licenciera les gens dans n'importe quelle circonstance.
Taki Sarantakis : C'est en fait l'une des grandes idées que j'ai tirées, parmi beaucoup d'autres, d'un livre que vous connaissez certainement, Co-intelligence, dans lequel l'auteur affirme que selon de nombreuses études, l'IA aide les travailleurs les moins qualifiés, ceux dont la plupart des gens s'inquiètent à l'ère de l'automatisation.
Passons maintenant à autre chose. Nous avons défini un peu le cadre de travail. J'apprécie beaucoup la façon dont vous présentez le cadre dans votre livre. Vous parlez donc de compétences, d'outils et d'état d'esprit. Pourquoi ne nous expliquez-vous pas chacune de ces recommandations dans l'ordre qui vous convient le mieux.
Gary Bolles : Permettez-moi donc de mettre un peu les choses au point en expliquant la différence entre les deux. C'est pourquoi je dis souvent que l'état d'esprit, les compétences et les outils sont les trois pieds du tabouret qui permettent à chacun d'entre nous, en tant que personne, de naviguer dans un monde en mutation exponentielle. Alors, d'un coup de baguette magique, nous nous retrouvons, vous et moi, au pied d'une montagne.
Taki Sarantakis : En Grèce ou au Brésil?
Gary Bolles : C'est à vous de choisir.
Taki Sarantakis : D'accord, en Grèce.
Gary Bolles : Nous nous trouvons au pied de... L'Etna, peut-être?
Taki Sarantakis : Oui, ou le mont Olympe.
Gary Bolles : D'accord, c'est à vous de choisir. D'un coup de baguette magique, je vous ai donné toutes les compétences d'un alpiniste. Vous avez donc escaladé une montagne 100 fois auparavant, dans les moindres détails. Mais quand on regarde le sommet, on se dit que c'est trop froid, trop haut. Vous avez donc toutes les compétences, mais pas l'état d'esprit. Vous n'allez pas escalader la montagne. Peu importe que vous soyez bon dans ce domaine. Vous n'êtes tout simplement pas préparé.
J'agite à nouveau la baguette magique et vous avez maintenant l'état d'esprit d'un alpiniste, mais aucune des compétences requises. Vous n'avez jamais escaladé une montagne, mais vous regardez le sommet et vous vous dites : « Ça ne me semble pas si difficile que ça. » Vous faites donc un pas, puis deux. Vous rencontrez des problèmes. N'oubliez pas que les humains règlent les problèmes. Et vous les réglez juste à temps et dans leur contexte. En d'autres termes, vous n'avez pas obtenu un diplôme d'alpiniste en quatre ans. Vous consultez peut-être votre appareil de distraction numérique, votre téléphone portable, et vous cherchez à savoir comment grimper un col ou vous essayez de résoudre le problème en temps réel avec seulement les informations limitées dont vous avez besoin.
Et puis, finalement, vous atteignez le sommet de la montagne, vous regardez en bas et vous vous dites : « Ce n'était pas si difficile que que ça. » C'est en grimpant que vous avez acquis les compétences nécessaires.
Nous avons donc tous besoin d'un ensemble de compétences pour le 21e siècle, et je serais heureux de parler de ce que je pense être ces compétences. Mais l'état d'esprit est plus important que l'ensemble des compétences. Si vous et votre équipe arrivez à une réunion et que vous vous dites : « Nous avons compris. Nous avons la diversité psychologique. Nous pouvons assurer la sécurité psychologique. Nous allons trouver des idées extraordinaires. » Vous avez autant raison si vous dites que nous ne pouvons pas. Cependant, si vous êtes debout devant un mur de glace – je ne sais pas s'il y a des murs de glace sur le mont Etna –peu importe votre état d'esprit ou vos compétences, vous avez besoin d'un bon ensemble d'outils. Il faut avoir le piolet et les bottes. Ainsi, vous considérez l'ensemble d'outils comme un ensemble de techniques et de technologies vous permettant d'acquérir les compétences nécessaires et de renforcer votre état d'esprit afin de résoudre des problèmes que vous n'avez jamais rencontrés auparavant. C'est pourquoi il est important de considérer que l'état d'esprit, les compétences et les outils sont très complémentaires. Mais ce que nous voulons faire, c'est aider les gens à changer de mentalité. Nous voulons les aider à s'adapter.
Dans un monde en constante évolution, si vous avez un état d'esprit qui vous permet de vous adapter en permanence, si vous avez un état d'esprit qui vous permet de résoudre des problèmes, si vous avez un état d'esprit qui vous permet d'être flexible, vous arrivez au travail et ce n'est pas ce que vous aviez prévu. C'est quelque chose de différent et vous pouvez vous adapter. Vous pouvez faire preuve de souplesse et dire : « Voilà, c'est le problème que je vais résoudre. » Vous serez bien plus à même de vous adapter.
Mais si vous pensez, non, je suis avocat ou avocate. Je suis médecin. Je vais le faire comme je l'ai toujours fait, et vous ne pouvez pas vous adapter, alors vous êtes en danger,comme c'est le cas de pratiquement tous les emplois, en particulier ceux qui dépendent de l'information. De nos jours, le travail d'un maçon n'est pas si différent. Le travail n'est pas si différent de celui d'un terrassier. Mais tout travail qui dépend de l'information est susceptible de changer radicalement. C'est donc de cet état d'esprit de flexibilité et d'adaptabilité dont nous avons besoin.
Taki Sarantakis : Qu'est-ce que cela signifie pour les bureaucraties en particulier?
[00:26:05 Brève image superposée de Max Weber]
Taki Sarantakis : Vous avez lu Max Weber. Vous avez lu toutes les grandes personnes qui ont parlé de la bureaucratie et qui ont réfléchi en profondeur à la bureaucratie. La bureaucratie semble avoir pour but de faire en sorte que demain ressemble beaucoup à hier. Parlez-nous de ce nouveau monde. La bureaucratie représente-t-elle un défi particulier? Pas seulement dans un contexte gouvernemental, mais aussi dans des organisations bureaucratiques du secteur privé ou des organisations à but non lucratif.
Gary Bolles : J'ai déjà évoqué les préjugés cognitifs, et l'un de mes collaborateurs préférés est le Dr Evian Gordon. Il possède la plus grande base de données de cerveaux au monde et il est l'une des personnes les plus étonnantes et les mieux informées sur le cerveau humain. Il dispose donc d'une base de données contenant littéralement des dizaines de milliers d'études, et il a passé toutes ces informations au crible.
J'ai déjeuné avec Evian il y a quelque temps et je lui ai dit, « Dr Evian, si vous pouviez résumer tout ce que vous savez sur le cerveau humain, quelle est la principale leçon à retenir? » Et il a répondu : « Oh, c'est très simple. Il n'y a que deux mots : La sécurité avant tout. » Notre cerveau est optimisé pour cela. Lorsque nous vivions tous dans la savane ou dans une forêt et que nous voyions quelque chose bouger au loin, nous devions décider très rapidement si c'était notre repas ou si nous étions le repas. Est-ce bon pour moi ou mauvais pour moi? Nous posons ces questions encore et encore. Nous avons tous ces préjugés cognitifs qui optimisent la sécurité. Nous voulons protéger. Si nous avons quelque chose, nous voulons le protéger.
En fin de compte, ce qui se passe avec les bureaucraties, c'est qu'il y a beaucoup de raisons très valables qui expliquent pourquoi les bureaucraties protègent. Dans les services publics, il faut des lois, des règlements, des règles, car, « quels sont les biens que l'on protège »? Ce sont les atouts de vos citoyens. Il s'agit de la vie des citoyens. Nous devons donc les protéger. Nous mettons en place des couches successives de bureaucratie, de règles et de réglementations.
Et malheureusement, le défi c'est que souvent... Les règles, les règlements et les bureaucraties ont deux instruments à leur disposition. Si je veux vous encourager à faire quelque chose, si vous voyez cela comme un lubrifiant, c'est de l'huile, si je veux vous décourager de faire quelque chose, c'est de la colle. Dans les bureaucraties, il y a donc toutes ces couches de colle et d'huile, et il est parfois très difficile de savoir ce qu'il faut faire. C'est pourquoi la sécurité d'abord vous encourage à mettre l'accent sur notre protection. Vous ne pouvez pas faire cela.
Ainsi, ce qui se passe avec la fonction publique, c'est que souvent des personnes extraordinaires qui veulent faire le bien dans le monde sont attirées par la fonction publique parce qu'elles veulent aider les citoyens, elles veulent créer une vie meilleure pour les gens. Elles entrent dans une bureaucratie où; les règles sont nombreuses et où; l'état d'esprit encouragé est celui de la protection.
Le résultat est souvent qu'il faut aider les gens à s'adapter à de nouvelles mentalités dans les bureaucraties, à trouver des moyens de continuer à protéger ces actifs, mais aussi d'aller plus vite, de résoudre les problèmes plus rapidement et d'aider plus de gens.
Taki Sarantakis : Étant donné que vous êtes un futurologue, j'allais terminer en vous posant une question à laquelle vous avez répondu tout au long de l'entrevue, mais je pense qu'il serait bon de faire une belle boucle. Qui détient l'avenir? Quels sont les types de caractéristiques qui prospéreront à l'avenir? Quels types de comportements ne nous serviront pas à l'avenir?
Gary Bolles : Je pense qu'il est un peu ironique que, compte tenu de l'étiquette de futurologue, j'ai longtemps été titulaire de la chaire sur l'avenir du travail à la Singularity University avant d'élargir mon mandat pour mettre l'accent sur la transformation. C'est pourquoi j'évite souvent le titre en essayant plutôt de montrer aux gens les lignes de passage que je vois et que vous pouvez tracer vous-même. Je vous dirai donc, sur la base de mon expérience passée et surtout récente, que certaines choses sont probablement vraies. Le rythme et l'ampleur des changements ne vont pas ralentir.
[00:30:32 Brève image superposée de Shelly Palmer.]
Gary Bolles : Mon ami Shelly Palmer, qui est futurologue, dit qu'aujourd'hui est le jour le plus lent du reste de votre vie. Vous direz à vos enfants : « Je me souviens de l'époque où; nous ne nous mettions pas une puce à l'arrière de la tête et où; nous n'appelions pas un Uber volant. » La situation va donc continuer à évoluer. Elle touchera plus rapidement un grand nombre de personnes.
Nous devons donc nous concentrer sur la conservation le plus souvent et le plus possible, ce que l'on appelle souvent un état d'esprit fixe, ce qui peut sembler négatif, mais qui est parfaitement compréhensible. Si vous avez aimé hier et que vous voulez que demain soit comme aujourd'hui, c'est tout à fait merveilleux. Mais dans un monde où; les changements sont exponentiels, il n'est pas toujours possible de s'adapter.
Je propose donc deux choses. La première consiste à s'entraîner à changer d'état d'esprit. Comment pouvez-vous développer un état d'esprit plus souple et plus orienté vers la croissance? Comment pouvez-vous, en tant que personne, vous donner continuellement les moyens d'acquérir de nouvelles compétences et de résoudre de nouveaux problèmes? Deuxièmement, comment pouvez-vous aider les autres? Car c'est ainsi que l'on apprend, que l'on démontre en montrant aux autres comment s'adapter en permanence. Enfin, le troisième est un ensemble d'outils. Il est très probable que nous devrons tous apprendre à l'utiliser.
Si je vous avais dit il y a 15 ans qu'il y aurait un appareil que nous porterons tous sur nous, cet appareil de distraction numérique, qui contiendra votre vie. Vous allez apprendre toutes ces applications. Il y a quinze ans, la plupart des gens auraient dit : « Je ne veux pas de ce truc », mais tout le monde en a un aujourd'hui, et ce sera exactement la même chose avec ce nouvel ensemble d'outils. Ainsi, si vous ne considérez pas l'informatique comme un perturbateur, mais plutôt comme un moyen d'apprendre plus rapidement, de résoudre des problèmes d'une nouvelle manière, d'aider les autres à résoudre des problèmes d'une nouvelle manière, vous serez d'autant mieux préparés pour l'avenir.
Taki Sarantakis : Gary Bolles, la plupart des gens sont très chanceux s'ils n'ont qu'un seul don. Vous en avez au moins deux. Le premier est que vous avez un esprit perspicace et curieux, et le second est que vous pouvez communiquer cette perspicacité et cette curiosité d'une manière que même les nuls comme moi peuvent comprendre.
Gary Bolles : Le troisième est que j'ai noué de grandes amitiés avec des personnes comme vous.
Taki Sarantakis : C'est très gentil. Merci beaucoup d'avoir pris le temps de nous parler aujourd'hui à l'École de la fonction publique du Canada. Je sais que les gens tireront de nombreux enseignements de cette conversation. Merci.
Gary Bolles : Merci, et merci à vous.
[00:33:10 Le logo animé de l'EFPC apparaît à l'écran. Texte à l'écran : canada.ca/ecole.]
[00:33:17 Le mot-symbole du gouvernement du Canada apparaît à l'écran.]