Transcription
Transcription : Réflexions de Gina Wilson
[00:00:00 Montage d'une série d'images. Texte à l'écran : Leadership; Politiques; Gouvernance; Innovation.]
Narratrice : Les fonctionnaires, les leaders d'opinion et les spécialistes de partout au Canada se penchent sur les idées qui façonnent la fonction publique : le leadership, les politiques, la gouvernance, l'innovation et bien plus encore.
[00:00:16 Texte à l'écran : Voici la série Analyses et réflexions, réalisée par l'École de la fonction publique du Canada.]
Narratrice : Voici la série Analyses et réflexions, réalisée par l'École de la fonction publique du Canada.
[00:00:26 L'écran s'estompe et l'on voit Gina Wilson.]
Cara Vandale : Aujourd'hui, nous accueillons une personne qui, durant une carrière remarquable, s'est trouvée au cœur même de certaines des décisions les plus déterminantes prises par ce pays, et qui apporte à ces instances un point de vue tout à fait unique. Bienvenue, Gina Wilson.
Gina Wilson (ancienne sous-ministre de Services aux Autochtones Canada) : Merci. Merci de me recevoir.
Cara Vandale : Nous sommes ravis de vous accueillir parmi nous, et nous aimerions commencer par en savoir un peu plus sur vous et votre parcours. Je me demandais si vous pourriez nous dire où; vous êtes née, et peut-être nous en dire un peu plus sur l'endroit où; vous avez grandi.
Gina Wilson : Certainement. Je suis Algonquine. Je viens donc du territoire des Algonquin·es, sur lequel nous nous trouvons d'ailleurs aujourd'hui.
[00:01:10 On voit une affiche représentant Kitigan Zibi Anishinabeg, accompagnée de la mention « © P199, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons ».]
Gina Wilson : Je suis originaire de Kitigan Zibi Anishinabeg, qui se trouve à environ 90 milles, 90 kilomètres au nord d'ici, et c'est là que j'ai grandi. Je suis née à Maniwaki, la ville située juste à côté de Kitigan Zibi, dans un cadre vraiment magnifique.
[00:01:26 Une image d'un lac et une image d'une forêt à Maniwaki s'affichent, accompagnées de la mention « © Fralambert, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons ».]
Gina Wilson : Nous avons des lacs et des forêts, et c'est un endroit merveilleux où; grandir, même si parfois, ce n'est pas vraiment un endroit merveilleux où; grandir, mais nous y reviendrons. Kitigan Zibi est une communauté d'environ 1 500 personnes vivant dans une réserve; nous avons une école, des services administratifs et des services de police.
[00:01:53 On voit une image du bâtiment des services communautaires de Kitigan Zibi Anishinabeg, accompagnée de la mention « © P199, Domaine public, via Wikimedia Commons ».]
Gina Wilson : Nous offrons de nombreux services, et nous formons également une communauté qui évolue et qui progresse. C'est là que j'ai grandi, et là où; je continue de me sentir chez moi.
Cara Vandale : Et que faisaient vos parents?
Gina Wilson : Quand j'ai dit que ma vie n'était pas toujours facile, c'est parce que ma mère était très jeune quand elle m'a eu – elle avait 16 ans, si vous pouvez l'imaginer – et mon père était un peu plus âgé. Il avait été dans l'armée. Il était revenu à la réserve, ils se sont mis ensemble, et c'est là que je suis née. Mon petit frère est lui aussi né à Maniwaki, et c'est là que nous avons grandi ensemble. Mes parents ont divorcé assez tôt dans ma vie, et les choses sont devenues un peu plus difficiles par la suite.
Cara Vandale : Je sais que vous avez déclaré que vos deux grands-mères avaient été les influences déterminantes de votre vie. Pourriez-vous nous parler d'elles?
Gina Wilson : Tout à fait, et je leur attribue d'ailleurs une grande partie de mon propre développement et de mon éducation. C'étaient deux femmes très fortes et résilientes qui ont joué un rôle important dans mon éducation. Ma mère était peut-être jeune, mais j'avais deux grands-mères qui étaient très présentes pour elle et pour moi pendant mon enfance. Elles ont sans aucun doute eu une très forte influence sur moi, en tant que personnes très influentes, de solides dirigeantes au sein de la communauté, mais aussi très bienveillantes et très résilientes.
Cara Vandale : Merveilleux. Y a-t-il autre chose que vous aimeriez partager au sujet de la communauté? Vous avez évoqué des moments difficiles, en disant que c'est un endroit merveilleux, mais qui comporte aussi son lot de défis.
Gina Wilson : Oui, c'est un endroit merveilleux pour grandir, entouré de toute sa famille élargie. Quand je parle de moments difficiles, je sais bien, comme beaucoup d'entre nous le savent dans de nombreuses communautés des Premières Nations, qu'il y a beaucoup de difficultés. Notre enfance a donc été difficile, car nous avons grandi dans la pauvreté; je ne dis pas cela pour dire que nous n'avions pas beaucoup de biens matériels, car nous étions riches de notre environnement, riches de notre famille, riches des plantes médicinales qui poussaient autour de nous, mais nous avons bel et bien dû faire face à de nombreuses difficultés liées à diverses dépendances. J'ai grandi en étant confrontée à de nombreux cas de dépendance à l'alcool, et à beaucoup de violence. Voilà donc les aspects de la vie dans les réserves et de la vie en communauté qui, je dirais, sont les plus difficiles et les plus éprouvants.
Cara Vandale : Et puis, à un moment donné, vous avez quitté la communauté pour aller à l'Université d'Ottawa. Comment s'est déroulé votre parcours, pour quitter votre communauté et décider d'aller à l'université? Je serais aussi curieux de savoir ce que vous étudiez, ou le sujet ou la personne qui influençait votre façon de penser à cette époque.
Gina Wilson : J'avais de bons résultats à l'école. J'ai quitté l'école secondaire à l'âge de 15 ans et je suis parti m'installer à Ottawa.
[00:05:20 Une image du Collège algonquin est affichée.]
Gina Wilson : Et j'ai fréquenté le Collège algonquin pendant quelques années, où; je m'en suis bien tiré, puis je suis allée à l'Université d'Ottawa, où; je m'en suis bien tiré aussi.
[00:05:24 Une image de l'Université d'Ottawa est affichée.]
Gina Wilson : En réalité, la raison de mon départ, c'était surtout le désir de m'enfuir. J'ai brièvement évoqué ces défis au début, et le désir de quitter la communauté était en fait une aspiration qui m'animait tout au long de mes études secondaires. Pour être tout à fait franche, quitter ma maison était quelque chose que j'avais vraiment envie de faire. Curieusement, après cinq années d'études postsecondaires et l'ouverture d'esprit qu'une université peut apporter, j'avais envie de rentrer à la maison. C'est pourquoi j'ai voulu retourner dans ma communauté pour y apporter ma contribution, comme beaucoup d'étudiant·es autochtones. Ils veulent venir en aide à leurs compatriotes, et c'est exactement ce que je voulais faire. Je voulais rentrer chez moi après cela, oui.
Cara Vandale : D'accord, et je crois que cela avait aussi un rapport avec ce que vous étudiez.
Gina Wilson : Oui. J'ai un diplôme en sciences sociales. Je ne savais pas trop quoi en faire. J'ai ressenti le besoin de m'engager ou de participer à la lutte contre la surreprésentation des Autochtones dans le système juridique. Je commençais à prendre conscience que, même au regard de ma propre éducation, il y avait des aspects sur lesquels je voulais travailler. Les dépendances constituaient l'un des enjeux. La violence en était un autre. Même la peur que nous avions des travailleurs et travailleuses sociaux quand nous étions enfants était un aspect sur lequel je voulais travailler. J'ai donc l'impression que toutes ces expériences que j'ai vécues quand j'étais enfant, adolescente et étudiante du secondaire sont des choses auxquelles je voulais revenir, et que je voulais aborder. Les sciences sociales constituaient un bon moyen de le faire. En fait, à l'époque, je croyais que j'allais devenir avocate. Avant d'entrer à la faculté de droit, j'ai suivi des études en sciences sociales avec une spécialisation en criminologie, en me disant : « Bon, ça semble être un bon tremplin vers la faculté de droit », mais le programme de criminologie de l'Université d'Ottawa était tout simplement fascinant, et j'ai dû me demander si je voulais poursuivre mes études ou obtenir ce diplôme, ce que j'ai fait, et j'avais hâte d'entrer sur le marché du travail. Donc, je ne suis jamais devenue avocate, mais j'ai tout de même eu une belle carrière.
Cara Vandale : Merveilleux. Et en tant que personne qui revenait dans sa communauté pour y exercer le métier de travailleuse sociale, comment avez-vous été accueillie? L'accueil a-t-il été favorable? Faisiez-vous partie des rares membres de la communauté de Kitigan Zibi à être revenus en tant que travailleuse sociale? Vous avez mentionné que vous souhaitiez changer la façon dont les gens perçoivent les travailleurs et travailleuses sociaux dans votre communauté.
Gina Wilson : Je dirais que ma communauté a toujours cru – et continue de croire – en notre propre capacité en tant que peuple. Nous n'avions pas beaucoup de diplômé·es universitaires à l'époque. Bien sûr, à mon retour à la maison, on m'a proposé un emploi consistant à travailler sur une enquête sur la violence familiale, puis à mettre sur pied un refuge d'urgence pour les femmes qui existe encore aujourd'hui, la Waseya House. J'ai continué à travailler dans d'autres domaines de la santé et des services sociaux; j'ai aidé à mettre sur pied un centre de traitement des dépendances qui existe encore aujourd'hui, le Centre de traitement Wanaki, et j'ai vraiment accompli beaucoup de travail communautaire et de développement pendant environ cinq ans. J'ai été bien accueillie, bien sûr, parce que je viens de là-bas et que je connais les gens. Et pour en revenir à l'éducation, cela a été en quelque sorte une source de guérison pour moi, de travailler sur ces enjeux après les avoir vécus, après avoir fait l'expérience de ces traumatismes particuliers, puis d'accompagner d'autres personnes dans leur processus de guérison par rapport à ces mêmes traumatismes. J'ai l'impression que cela a été, pour moi, une sorte de bouclage de la boucle et un excellent point de départ pour une carrière dans la fonction publique, plus précisément au sein de la fonction publique des Premières Nations.
Cara Vandale : À ce propos, vous avez fini par vous joindre à l'Assemblée des Premières Nations (APN) et par y travailler. Qu'est-ce qui a motivé ce changement?
Gina Wilson : Eh bien, il était temps de passer à autre chose. Encore une fois, comme nous étions dans la région d'Ottawa, mon mari était sur le point de revenir à Ottawa à ce moment-là, et nous voulions nous réinstaller en ville. Alors, j'ai posé ma candidature auprès de l'APN, et j'ai obtenu un poste de conseillère en protection de l'enfance, toujours dans le domaine des services à l'enfance et à la famille. J'y suis ensuite devenue directrice des services de santé et services sociaux, puis cheffe de la direction de l'AFN, un poste qui combinait les fonctions de cheffe de la direction et de cheffe de cabinet du chef national de l'époque, Ovide Mercredi.
[00:10:37 Une photo d'Ovide Mercredi est affichée à côté du texte « © Themightyquill, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Common ».]
Gina Wilson : J'ai passé environ cinq ans à travailler à l'AFN, où; j'ai beaucoup appris sur la stratégie nationale, j'ai eu des contacts plus réguliers avec le gouvernement, mais j'ai aussi eu l'occasion de voyager dans pratiquement toutes les régions du pays et de visiter des communautés des Premières Nations d'un océan à l'autre. Ce fut une expérience d'apprentissage fabuleuse, et j'attribue cela à l'engagement continu de la fonction publique des Premières Nations, engagement pour lequel je leur suis très reconnaissante.
Cara Vandale : Puis, à un certain moment, alors que vous travailliez à l'APN, l'occasion s'est présentée de vous joindre la fonction publique fédérale. Comment avez-vous pris cette décision? Avez-vous eu l'impression qu'il s'agissait d'un compromis?
Gina Wilson : Oui, vous avez visé juste. J'ai réfléchi à ce que j'allais faire ensuite, et à ce moment-là, je voulais rester à Ottawa. J'avais deux jeunes enfants, je n'étais pas tout à fait prête à déménager ailleurs, alors j'ai regardé autour de moi et je me suis dit : « Bon, qu'est-ce qu'il y a ici, à Ottawa? » Eh bien, c'est ici que se trouve le plus grand employeur, à savoir le gouvernement fédéral. À l'époque, je venais tout juste de terminer une période au sein de l'AFN où; j'avais organisé des manifestations antigouvernementales et dénoncé haut et fort les manquements du gouvernement fédéral envers les Autochtones. J'étais une porte-parole de cette cause, et je le suis toujours, mais à l'époque, je m'exprimais davantage en public. C'était un choix assez intéressant, car j'avais une mentore qui tenait vraiment à ce que je me joigne à la fonction publique. Elle pensait que je pouvais changer les choses, que je pouvais agir différemment de l'intérieur. Je me suis dit : « Pourquoi ne pas tenter le coup? » Je verrai comment cela se passe; si cela me plaît, tant mieux, et sinon, eh bien, je pourrai toujours faire autre chose, mais je suis entrée dans la fonction publique fédérale avec une vision un peu idéaliste du monde et de la façon dont il peut changer. Je pense que je n'ai jamais abandonné cette vision idéaliste, mais j'ai appris à aborder le changement de façon un peu plus progressive et pragmatique.
Cara Vandale : Passons à ce que beaucoup qualifieraient de moment décisif de votre carrière. Vous étiez la sous-ministre responsable de la supervision de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens et vous avez joué un rôle clé, en tant que partenaire fédéral, dans les excuses présentées par le premier ministre aux survivant·es en 2010. Expliquez-nous cela en détail.
[00:13:34 La présentation d'excuses aux anciens élèves des pensionnats indiens par le premier ministre du Canada est affichée.]
Gina Wilson : Je dirais que cela a été l'un des moments forts de ma carrière. Le fait que le système des pensionnats indiens ait touché tant de personnes que je connaissais, que j'aie pris conscience de l'histoire de ce système tout au long de ma vie, et que j'aie pu en arriver à travailler directement avec des survivant·es et à mettre en œuvre une convention de règlement très importante appelé Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, a été extrêmement gratifiant, mais aussi très, très difficile, je dirais, sur le plan émotionnel, car c'est un travail qui s'accompagne d'un sentiment de traumatisme par procuration que l'on porte en soi. Il faut donc reconnaître cela comme faisant partie intégrante du travail. Cela a toutefois été véritablement gratifiant de pouvoir participer à ce qui a constitué un tournant très important, je dirais, dans les relations entre les Autochtones et le gouvernement fédéral grâce à ces excuses, et je me sens tout simplement très privilégiée et chanceuse d'y avoir pris part, d'avoir pu contribuer à ce travail, mais surtout, ce jour-là, d'avoir pu apporter un peu de réconfort, de l'apaisement et une certaine guérison aux survivant·es des pensionnats indiens. Je continue à dire que cela a été un moment fort, et je continuerai à le dire. Quand je repense à la question de la réconciliation, dont on peut parler, je sens que vraiment l'impression que cela a été un tournant : c'est à ce moment-là que nous avons commencé à parler davantage de la réconciliation en tant que concept, en tant que parcours, etc. Alors, merci de m'avoir posé la question. C'était un très beau souvenir.
Cara Vandale : Et y a-t-il quelque chose au sujet de cette journée que vous aimeriez aborder? Y a-t-il eu des moments marquants en coulisses que le public n'aurait pas vu?
Gina Wilson : Mes collègues pourraient raconter des centaines d'anecdotes sur ce qui s'est passé ce jour-là sur la Colline du Parlement. Ce fut une journée très mouvementée pour nous, les fonctionnaires qui travaillent dans les coulisses en nous efforçant de faire en sorte que tout se déroule de la manière la plus parfaite possible. Il ne fait aucun doute que, dans les coulisses, tout ne s'est pas déroulé aussi parfaitement qu'on aurait pu l'espérer. Et je crois que bon nombre des membres de l'équipe ont travaillé du matin au soir, pendant environ six semaines d'affilée avant les excuses. Nous fonctionnions donc un peu sur l'adrénaline, mais nous étions aussi complètement épuisé·es. Je dirais que nous étions conscient·es de l'importance de ce que nous faisions, et que nous étions donc tout à fait à la hauteur de la tâche. Et parfois, dans la fonction publique, c'est ainsi que les choses se passent. Il y a ces hauts et ces bas où;, parfois, on travaille très fort, puis on a besoin de reprendre un peu son souffle; et c'est certainement ce que j'ai fait après cette journée-là. Nous avions des anecdotes amusantes sur des drapeaux qui disparaissaient, sur des gens qui se perdaient, comme je l'ai dit, plein d'histoires, plein de bons moments, mais aussi plein de moments très émouvants; mais il y a un jour qui restera à jamais gravé dans ma mémoire comme un véritable tournant et comme une journée formidable.
Cara Vandale : Je suis curieuse d'en savoir plus sur une autre journée qui a sans doute été très mémorable pour vous, puisque vous êtes la première femme autochtone à occuper le poste de sous-ministre au sein de la fonction publique fédérale.
[00:17:30 Un communiqué de presse du gouvernement fédéral datant de 2017 s'affiche, intitulé « Le premier ministre annonce des changements aux échelons supérieurs de la fonction publique », avec un passage surligné qui se lit comme suit : « Gina Wilson, actuellement sous-ministre déléguée de la Sécurité publique, devient sous-ministre de la Condition féminine, à compter du 23 mai 2017. »]
Cara Vandale : Et je suis curieuse de savoir ce que vous avez ressenti à ce moment-là; et selon vous, qu'est-ce que cela a représenté pour les personnes qui regardaient?
Gina Wilson : Pour ma part, cela a été intéressant, parce que j'ai été un peu prise par surprise, et on entend souvent parler de la nomination au poste de sous-ministre. J'ai reçu un message à l'improviste à mon bureau : quelqu'un m'a dit que le préposé avait appelé, qu'il s'appelait Wayne Wouters, et la personne qui occupait le poste de mon adjoint administratif à l'époque m'a répondu : « Je lui ai dit que vous étiez occupée aujourd'hui, mais peut-être une autre fois. » Et là, j'ai réagi en disant : « Quoi? Rappelez son bureau, s'il vous plaît, et voyons ce qu'il veut. » Je suis allée à son bureau, où; il m'a effectivement expliqué qu'il me donnait une promotion au sein d'Emploi et Développement social Canada (EDSC), et que j'allais rejoindre les rangs des sous-ministres; c'est vraiment passionnant, et c'était un grand honneur de me faire proposer ce poste. À ce moment-là, il m'a dit : « Mais vous comprenez bien que vous allez devenir un modèle à suivre? » Et je ne comprenais pas cela, alors j'ai répondu en quelque sorte : « Oui, oui, d'accord, je suppose que oui. » Je n'avais pas tout à fait saisi toute la portée de ce qu'il comprenait de cette décision. J'ai fini par le comprendre avec le temps – pas du jour au lendemain, mais j'ai fini par le comprendre –, ce que cela signifiait non pas pour moi, mais pour les autres membres de la fonction publique; j'entends par là les employé·es autochtones, mais aussi les employé·es issus de minorités ethniques et les autres employé·es appartenant à des groupes en quête d'équité. Quand j'ai commencé à recevoir de leurs nouvelles, j'ai compris quelle était ma mission.
Cara Vandale : Et est-ce que cela vous a semblé être un lourd fardeau? Est-ce que cela représentait un lourd fardeau à porter, d'être un modèle à suivre?
Gina Wilson : Peut-être, à certains moments. Je veux dire, je l'ai accepté. Dès mon premier jour au sein du gouvernement fédéral, lorsque j'y suis entré, j'ai tout de suite constaté qu'il n'y avait pas beaucoup d'employé·es autochtones. J'ai fini par comprendre – et cela a été un véritable défi à l'époque – que le système n'avait pas été conçu pour tenir compte des réalités des Autochtones ni pour répondre à leurs besoins. Je me sentais parfois un peu seule, je dirais, et j'avais vraiment envie de créer ou de mettre en place des réseaux de soutien pour les employé·es autochtones, notamment au moyen de réseaux, du recrutement, du maintien en poste, du perfectionnement et de la gestion des talents, etc. Je crois que j'ai défendu cette cause dès le tout début, et le fait d'être désormais en mesure d'exercer une réelle influence dans ce domaine était une responsabilité que j'ai pleinement assumée. J'ai considéré cela comme une priorité dans ma carrière. Est-ce que c'est difficile? Je suppose que pour certains d'entre nous, cela peut parfois être difficile, parce que c'est vous qui l'enseignez aux autres. C'est vous qui racontez nos vécus. Je crois que, parfois, c'est vous aussi qui êtes confronté·e à une discrimination systémique. Par contre, je n'ai pas vraiment passé beaucoup de temps à m'attarder sur les opposant·es ou sur ce type de personnes. Je me suis concentré sur les personnes qui étaient prêtes à changer les choses. Je me suis concentré sur les allié·es. Je me suis concentré sur les personnes qui étaient là pour appuyer la cause que je défendais, et je crois que c'est une approche plus efficace et davantage fondée sur les actifs qu'autre chose.
Cara Vandale : J'aimerais en savoir un peu plus sur la genèse du rapport Unis dans la diversité.
[00:21:46 Une diapositive s'affiche avec le texte suivant :
« Unis dans la diversité : une voie vers la réconciliation »
« Accueillir, respecter, appuyer et inclure pleinement les Autochtones dans la fonction publique fédérale »
« Rapport final des Cercles interministériels sur la représentation des Autochtones »
« Le 4 décembre 2017 ».]
Gina Wilson : Oui. Il est intéressant de noter que mon ancien adjoint, Michael Wernick, qui occupait alors le poste de greffier adjoint, m'a demandé si je souhaitais assumer le rôle de championne du sous-ministre pour les employé·es autochtones. Je suppose qu'il me voyait m'occuper de différentes initiatives pendant que je travaillais pour lui. Il a demandé : « Cela vous intéresserait? » Et j'ai répondu : « Que fait une sous-ministre championne, au juste? » Et il m'a dit : « Eh bien, il faut connaître les enjeux, il faut défendre les intérêts de ces employé·es et les représenter dans différents contextes. » Et j'ai répondu : « Je le fais déjà, alors autant en profiter pour porter le titre qui va avec. » Et, quand je suis devenue championne, il existait une méthode pour y parvenir. La recette ne m'a pas plu, et j'avais envie de faire quelque chose de différent. J'ai, une fois de plus, réuni un groupe de député·es et de sous-ministres adjoint·es désireux de travailler avec moi sur ce dossier, et j'ai mis sur pied un comité ainsi qu'un groupe de travail. Nous nous sommes mis au travail, et j'ai pu compter sur l'aide précieuse de fonctionnaires exceptionnel·les, notamment Nadine, Pat, entre autres – des gens qui ont retroussé leurs manches et qui se sont vraiment mis à rédiger et à collaborer avec le comité. Nous avons mené une enquête. Il s'agissait de l'enquête la plus exhaustive jamais menée auprès des Autochtones au sein de la fonction publique, qui incluait aussi bien les employé·es à la retraite que les jeunes, et la participation a été vraiment, vraiment exceptionnelle. Et lorsque le rapport a finalement été publié et que nous avons commencé à mener des consultations à son sujet, nous avons reçu un accueil tout simplement extraordinaire de la part des employé·es autochtones et des réseaux autochtones, qui ont déclaré : « C'est cela, c'est le plan d'action, c'est ce que nous attendions depuis longtemps. » J'ai été très encouragée par cette réaction, par cette réponse. Nous avons organisé une cérémonie en présence d'une aînée qui a parlé d'Unis dans la diversité, de ce qu'elle ressentait, c'était Lee à l'époque, et elle avait le sentiment que c'était le cœur même de ce travail. C'est ainsi que nous l'avons baptisé Unis dans la diversité.
Cara Vandale : C'est formidable, et ce rapport a vraiment eu une incidence considérable. Il y a toutefois un point sur lequel je voulais vous interroger : le rapport a en effet mis en lumière un aspect quelque peu préoccupant concernant le maintien en poste des employé·es autochtones.
[00:24:20 Une diapositive s'affiche avec un extrait de rapport, dont le passage suivant est en surbrillance : « 3. Recherche sur les pratiques exemplaires en matière de recrutement et de maintien en poste des Autochtones ».]
Cara Vandale : Il existe de nombreuses stratégies de recrutement, mais de nombreux employé·es autochtones quittent la fonction publique, et continuent de le faire. À votre avis, pourquoi cela continue-t-il à se produire?
Gina Wilson : Dans la fonction publique, nous n'avons pas souvent l'occasion de voir les résultats immédiats de notre travail. Parfois, dans la fonction publique, il faut voir les choses à long terme, et je dirais que nous avons sans aucun doute réalisé des progrès en matière de recrutement. Il y a certains ministères qui réussissent très bien à attirer du monde, et vous avez tout à fait raison. Cela permet de maintenir l'intérêt et l'engagement des gens, et de leur faire accomplir un travail qui a du sens. J'ai également indiqué que le système, l'entreprise, n'est pas structuré ni conçu pour tenir compte nécessairement des réalités et des vécus des Autochtones. Alors, que faisons-nous? Il y a eu, je dirais, des programmes qui ont obtenu des résultats tout à fait exceptionnels dans la mise en place de ces systèmes qui tiennent compte des réalités autochtones. Je pense, par exemple, au Programme d'apprentissage en technologies de l'information pour les personnes autochtones, qui offre certaines mesures de soutien dans ce domaine.
[00:25:38 La page Web du gouvernement du Canada consacrée au Programme d'apprentissage en technologies de l'information pour les personnes autochtones s'affiche.]
Gina Wilson : Il y a quelques années, des initiatives ont été mises en place auprès des étudiant·es, notamment l'initiative Opportunité d'emploi pour étudiants autochtones.
[00:25:48 Une page Web du gouvernement du Canada intitulée « Programme d'emploi pour étudiants et étudiantes autochtones du CNRC » s'affiche, avec le texte suivant :
« Faites partie de la prochaine génération de leaders autochtones »
« Le Programme d'emploi pour étudiants et étudiantes autochtones du CNRC est une initiative unique qui habilite les personnes autochtones en leur offrant une expérience pratique et la possibilité d'acquérir des compétences précieuses dans le monde de la R-D. Le CNRC s'engage à promouvoir la diversité et l'inclusion et à favoriser un engagement significatif. »]
Gina Wilson : Ce sont des programmes qui, selon moi, vont véritablement au cœur de certains des problèmes auxquels sont confrontés les employé·es autochtones dans un système colonial. Cela représente encore un défi, c'est certain. Certains milieux de travail réussissent bien mieux que d'autres, certaines unités de travail obtiennent de meilleurs résultats que d'autres, et certains ministères parviennent mieux que d'autres à maintenir leurs employé·es autochtones en poste. Il s'agit encore d'un travail en cours, il reste beaucoup à faire, mais je crois que nous pouvons y arriver.
Cara Vandale : Gina, dans combien de ministères avez-vous travaillé, et auprès de combien de ministres avez-vous exercé vos fonctions?
Gina Wilson : En fait, j'ai travaillé dans huit ministères fédéraux différents, et dans certains cas, j'y suis retourné non pas une, mais deux fois.
[00:26:37 Le texte suivant s'affiche à l'écran :
« Expérience professionnelle »
« Depuis juillet 2022 – Sous-ministre des Services aux Autochtones »
« 2020-2022 – Sous-ministre des Femmes et de l'Égalité des genres et de la Jeunesse et sous-ministre déléguée principale de la Diversité, de l'Inclusion et de la Jeunesse »
« 2019 – Sous-ministre de la Sécurité publique et conseillère principale auprès du Bureau du Conseil privé »
« 2017-2019 – Sous-ministre des Femmes et de l'Égalité des genres »
« 2015-2017 – Sous-ministre déléguée de la Sécurité publique »
« 2014-2015 – Sous-ministre déléguée de l'Emploi et du Développement social »
« 2013-2014 – Sous-ministre adjointe principale, Traités et gouvernement autochtone, Affaires autochtones et Développement du Nord Canada »
« 2011-2013 – Sous-ministre adjointe, Gestion des mesures d'urgence et opérations régionales, Sécurité publique Canada »
« 2008-2011 – Sous-ministre adjointe principale, Opérations régionales, Affaires indiennes et du Nord Canada»
« 2006-2008 – Sous-ministre adjointe, Résolution des questions des pensionnats indiens, Affaires indiennes et du Nord Canada »
« 2005-2006 – Directrice générale, Engagement, Partenariats, Secrétariat des affaires autochtones, Bureau du Conseil privé »
« 2003-2005 – Directrice générale, Affaires autochtones, Ressources humaines et Développement des compétences Canada »]
Gina Wilson : J'ai changé plusieurs fois de poste au sein de ces huit ministères. Des ministres? J'ai côtoyé 10 ministres depuis que je siège parmi les député·es : trois ministres du Parti conservateur et sept ministres du Parti libéral. J'ai noué avec chacun d'entre eux une relation unique et très particulière. Leur travail est extrêmement exigeant, et j'ai le plus grand respect pour tous ceux et celles avec qui j'ai eu l'occasion de collaborer. Chacun·e a son histoire, et j'ai tout simplement tiré profit de cette expérience.
Cara Vandale : Cela m'amène à une autre question. Je me demande comment vous parvenez à concilier vos différents chapeaux : celui de sous-ministre, chargée de conseiller un·e ministre ou de nouer des relations avec cette personne, celle de porte-parole des Autochtones, mais aussi celui de fonctionnaire, et tout en composant maintenant avec le volet politique? Comment faites-vous pour gérer toutes ces dimensions en même temps?
Gina Wilson : J'ai déjà dit que j'avais toujours travaillé dans des milieux plutôt sécuritaires. Et il arrive souvent, dans la fonction publique, que nous rencontrions des gens très ouverts qui cherchent à comprendre toutes sortes de points de vue et de perspectives. J'ai toujours eu l'impression d'être écoutée, même lorsque le message était parfois difficile à entendre. C'est certain, j'aurais conseillé les ministres et j'aurais endossé mon rôle de représentante des Autochtones pour dire : « C'est vraiment absurde, vous ne devriez pas faire cela, parce que voilà les répercussions que cela aura sur cette communauté, ou bien que c'est quelque chose que vous devriez vraiment envisager de faire », et je ne pense pas nécessairement avoir jamais changé de chapeau, pour passer d'un chapeau fédéral à un chapeau autochtone; tout cela fait partie de la personne que vous êtes : être capable d'offrir des conseils crédibles, honnêtes et pertinents en matière de politiques publiques, avec les ministres qui prennent des décisions en fonction de cela; quelles que soient ces décisions, c'est à vous, en tant que fonctionnaire, de les mettre en œuvre. Je n'ai jamais vraiment ressenti de conflit notable entre ces différentes facettes de ma personnalité. Elles font toutes partie de moi.
Cara Vandale : Je crois que vous avez parlé de « marcher dans des mondes » et de « marcher dans plusieurs mondes à la fois », mais cela semble être quelque chose de très naturel.
Gina Wilson : C'est très naturel. Oui, je dirais bien cela, et certain·es parlent de « vivre entre deux mondes ». Certain·es ont qualifié cela d'« approche à double perspective ». En réalité, la fonction publique peut en tirer un immense bénéfice lorsque l'on offre des conseils fondés sur un vécu, car on apporte ainsi des conseils que d'autres n'ont peut-être pas, ainsi que des points de vue qu'ils ne partagent pas. Il ne fait aucun doute que la diversité des points de vue constitue un atout pour les politiques publiques.
Cara Vandale : J'aimerais maintenant orienter la discussion vers la question de la réconciliation. Et je me demande : à quoi ressemble concrètement la réconciliation au sein d'un ministère fédéral lors d'une journée de travail ordinaire?
Gina Wilson : Je suppose qu'il est très tentant de mettre en avant des éléments comme les annonces, les programmes, les politiques ou encore certaines façons de mener les opérations qui comportent un élément ou un aspect autochtone, mais ce n'est pas nécessairement ainsi que je conçois la réconciliation. Pour moi, la réconciliation représente avant tout un changement dans la relation entre le gouvernement fédéral et les Autochtones, et ce changement comprend en grande partie une redéfinition de la manière dont nous interagissons. Par exemple, la réconciliation ne peut pas se limiter à un simple aspect transactionnel. Elle ne peut pas le faire. En fait, c'est une relation, une relation à long terme. Par « transaction », j'entends : on se rend sur place, on établit une stratégie, on tient une consultation, on envoie une lettre, on reçoit une réponse, puis on repart et on s'occupe de ses affaires. Cela peut donner l'impression d'être une réconciliation sur le moment, mais en réalité, il s'agit d'une transaction. La réconciliation est une relation à long terme. Toute personne qui travaille sur cette consultation, ce programme ou cette initiative doit en assurer le suivi, entretenir cette relation, et être en mesure de réajuster les systèmes en place afin qu'ils reflètent les attentes du groupe autochtone. Cela fait tout de même beaucoup de systèmes dans une grande entreprise. Et je crois que, dans de nombreux domaines, cela commence à prendre forme dans certaines régions, là encore, à l'instar du travail mené en matière de maintien en poste. Certaines unités de travail s'en sortent mieux que d'autres; certains ministères sont intégrés de bien plus près que d'autres; c'est encore un travail en cours.
Cara Vandale : Selon vous, y a-t-il des compétences particulières que les fonctionnaires fédéraux pourraient développer davantage pour contribuer à la réconciliation?
Gina Wilson : Ce n'est pas tant une question de compétences à ce stade, mais je dirais qu'il faudrait commencer par acquérir des connaissances et être en mesure de comprendre les réalités autochtones. C'est pourquoi j'invite toujours les fonctionnaires à inclure, dans leur plan d'apprentissage, non seulement un cours à l'École – même si les cours dispensés à l'École sont excellents –, mais aussi à se plonger réellement dans la communauté, à participer à des événements, à se rendre là où; se trouvent les Autochtones, et à découvrir les réalités de leur vécu. C'est sans aucun doute quelque chose que j'invite l'ensemble des fonctionnaires à faire en vue d'acquérir ces connaissances et cette compréhension. Compétences? Je crois que l'une des compétences que nous possédons au sein de la fonction publique est celle de la mobilisation et de l'établissement de relations, entre autres. Je pense qu'il s'agit d'une compétence très utile à acquérir auprès des Autochtones. Être capable de s'asseoir, d'échanger avec un groupe d'Autochtones, de dirigeant·es autochtones, d'observer comment les autres interagissent avec ces Autochtones et ces dirigeant·es, et de parvenir, dans une certaine mesure, à trouver des solutions et à favoriser la compréhension lors de ces échanges : je pense que c'est un ensemble de compétences qu'il est bon de perfectionner.
Cara Vandale : Et qu'en est-il des mentalités? Comment faire évoluer les mentalités de manière plus efficace?
Gina Wilson : Oui, c'est une excellente question, car lorsque nous agissons selon notre propre vision du monde, nous avons une certaine façon de voir le monde. Et quand on en vient à comprendre d'autres personnes, on se rend compte que leur point de vue est différent. Je me souviens d'une fois où; je suis descendue d'un taxi avec la personne qui me supervisait; nous nous sommes arrêtés devant une statue, une de ces statues coloniales que l'on trouve quelque part à Ottawa – je ne me souviens même plus de quoi il s'agissait –, et quand nous sommes sortis du taxi, il m'a dit : « C'est beau, n'est-ce pas? » Et j'ai dit : « C'est la chose qui a le plus l'air colonial que je n'aie jamais vu. » Et il s'est tout simplement arrêté et a répondu : « Je n'avais jamais vu les choses sous cet angle, je n'avais jamais envisagé les choses comme vous venez de le faire. » J'ai eu de nombreuses occasions de côtoyer des gens de la fonction publique : lorsque je disais des choses spontanément et que j'apportais simplement un point de vue différent, les personnes qui étaient ouvertes à l'apprentissage s'en rendaient compte et cherchaient à comprendre; elles comprenaient qu'elles devaient changer leur façon de penser. C'est une chose qui n'est pas facile à faire. On ne peut pas enseigner comment changer de mentalité. Vous pouvez essayer de concevoir un cours, mais ce serait en fait assez difficile. Il faut vraiment interagir avec les Autochtones et passer du temps avec eux pour commencer véritablement à passer du statut de simple observateur à celui de véritable allié.
Cara Vandale : Et en tant que personne qui a présenté son point de vue et donné aux gens matière à réflexion sur des sujets nouveaux ou différents, vous avez sans aucun doute été une agente du changement au sein de la fonction publique. Quel conseil donneriez-vous aux futurs dirigeant·es qui souhaitent devenir des agent·es du changement, remettre en question le statu quo ou, comme vous l'avez mentionné plus tôt lorsque vous disiez ne pas aimer la « recette »; comment changer cette « recette »?
Gina Wilson : Oui, il y a aujourd'hui beaucoup de jeunes fonctionnaires qui se joignent au gouvernement fédéral, des intermédiaires, des gestionnaires intermédiaires qui sont déjà en poste et qui, chacun à leur manière, apportent des changements, qu'il s'agisse de mesures très subtiles ou d'initiatives de grande envergure. Mon conseil à une personne qui souhaite créer ce changement, c'est de devenir elle-même un·e meilleur·e dirigeant·e. Concentrez-vous sur vos propres capacités et compétences. Perfectionnez vos compétences en leadership en observant la façon dont les autres dirigent et en prenant des notes sur ce que vous appréciez chez ces dirigeant·es, ce que vous n'appréciez pas chez eux, mais aussi en communiquant votre vision de manière très efficace, c'est-à-dire en étant capable d'expliquer de façon respectueuse ce que vous souhaitez changer, et ce, tant auprès de vos employé·es, avec vos partenaires, avec vos patron·nes et vos superviseur·es. Vous l'exprimez très clairement : c'est le changement que j'aimerais voir, quel qu'il soit. Cela peut être vraiment minuscule. Ou bien énorme. Cela pourrait être n'importe laquelle de ces choses, mais il est important de le communiquer. Voilà quelques-uns des conseils que je donnerais. Je pourrais continuer un peu, mais je vais m'arrêter là.
Cara Vandale : J'aimerais beaucoup approfondir un peu plus cette question, si c'est possible. Je m'intéresse à la mobilisation horizontale. Comment faire en sorte que des collègues qui ne partagent peut-être pas votre point de vue adhèrent à votre vision?
Gina Wilson : J'ai siégé à bon nombre de ces tables et je dirais que j'ai eu, au cours de ma carrière, des patron·nes, des adjoint·es, des sous-ministres adjoint·es et des directeurs et directrices généraux vraiment formidables et solidaires, qui m'ont adressé un regard un peu curieux, parfois perplexe, mais qui essayaient de comprendre, je dirais, d'où; je venais, et je pense que l'approche que j'ai adoptée consistait à le faire de manière positive, d'accord? Vous pouvez vous montrer très franche et très ferme dans vos opinions, tout en le faisant d'une manière respectueuse et bienveillante. C'est un aspect important de la façon dont j'essaie d'influencer les autres autour de la table. Je me demandais toujours : « Comment mes aînées aborderaient-elles ce sujet? Comment s'exprimeraient-elles de cette façon? » Puisque mes aînées étant de formidables modèles, notamment mes grands-mères, comment s'y prendraient-elles pour enseigner de cette manière? J'ai toujours adopté une approche très réfléchie dans mes échanges lors des réunions et des discussions lorsque je souhaite influencer un résultat, un programme ou une initiative, et je dirais que cette approche m'a bien réussi. C'est peut-être différent pour les autres, mais c'est ainsi que j'ai exercé une influence.
Cara Vandale : J'aimerais beaucoup connaître votre point de vue sur la question suivante. Si une jeune Algonquine venait vous voir aujourd'hui et vous disait qu'elle envisageait une carrière dans la fonction publique fédérale… Que lui diriez-vous?
Gina Wilson : Je dirais que c'est une chose enrichissante, c'est une carrière gratifiante. Comme je l'ai dit, j'ai eu beaucoup de chance. J'ai eu le privilège de voir ce que j'ai vu, de participer à ce à quoi j'ai participé, d'exercer une influence là où; je l'ai fait, et d'être témoin des changements historiques les plus marquants au Canada en ce qui concerne les Autochtones et le gouvernement fédéral; c'est donc très gratifiant à cet égard. J'ajouterais que c'est tout aussi exigeant, et que tout dépend de la façon dont on se comporte et dont on surmonte ces défis. Je dirais aussi qu'il faut prendre soin de soi, car le milieu de travail peut avoir une incidence sur notre bien-être; on y apporte parfois ses émotions – après tout, tout le monde est humain – et lorsqu'on s'investit pleinement, il est important de prendre soin de soi. Pour assurer la conciliation travail-vie personnelle, y compris les relations avec ses collègues et toutes ces relations en général, il faut soi-même être en bonne santé. Si vous souhaitez être au service de la population canadienne et lui venir en aide, vous devez d'abord prendre soin de vous-même.
Cara Vandale : Vous arrivez au terme d'une longue et belle carrière dans la fonction publique. Si vous imaginez la situation dans 5 ou 10 ans, quelle orientation aimeriez-vous que la fonction publique prenne? Et selon vous, qu'est-ce que cela signifie de pouvoir y arriver? Quel conseil aimeriez-vous donner aux dirigeant·es qui sont encore en poste?
Gina Wilson : Je vais peut-être m'attarder un peu sur ce dernier point concernant le mieux-être. La pandémie a été difficile à vivre pour les gens. Au Canada, certains problèmes liés au mieux-être ont fait surface et sont aujourd'hui visibles dans la rue. Je tiens à insister une fois de plus sur le fait que nous devons prendre soin de nous-mêmes si nous voulons prendre soin de nos équipes, de nos employé·es et de nos milieux de travail. Nous devons d'abord nous concentrer sur nous-mêmes; je tiens donc à insister sur cet aspect. J'espère que, dans 5 ans, la fonction publique accordera une attention toute particulière à cette question. Deuxièmement, j'aimerais beaucoup voir une fonction publique qui comprenne vraiment, vraiment bien la notion d'apprentissage, et je ne dis pas cela parce que cela me rappelle l'École ici, mais parce que c'est en fait l'un des aspects les plus gratifiants de notre travail : pouvoir assimiler de l'information, apprendre de nouvelles choses, travailler dans différents ministères, accomplir différentes tâches. Il est certain que les gens arrivent et veulent en quelque sorte se concentrer sur les politiques, parce qu'ils sont des spécialistes des politiques. Rendez-vous aux opérations : c'est là que vous découvrirez parfois où; se trouve vraiment l'essentiel, à certaines étapes de votre carrière. Je souhaite que la fonction publique continue de s'investir avec ardeur dans l'apprentissage de nouvelles choses et de trouver toujours autant de plaisir et de joie dans l'apprentissage. Je pense d'ailleurs qu'il est important que nous accordions également la priorité à cet aspect, compte tenu des besoins en matière de bien-être, d'apprentissage, etc. Je constate que ce gouvernement le fait assez souvent, et qu'il nous montre comment s'y prendre. Je crois que la fonction publique doit apprendre à établir des priorités de manière impitoyable en ce qui concerne notre charge de travail, et je pense que certaines des initiatives visant à mieux cibler nos efforts, à simplifier les processus, ou autre, sont de très bon augure pour ce type de fonction publique. Je pense que, d'ici 5 ans, nous serons sur la bonne voie pour y parvenir.
Cara Vandale : Gina Wilson, fonctionnaire, pionnière et fière femme algonquine, qui a consacré sa carrière à améliorer le fonctionnement de nos institutions au profit de tous les citoyen·nes de ce pays. Merci beaucoup pour le temps que vous nous avez offert, pour votre sincérité, et pour la sagesse dont vous nous avez fait profiter aujourd'hui. Chi Miigwech. Je vous remercie encore.
Gina Wilson : Miigwech. Merci.
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