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Préserver et revitaliser les langues autochtones au Canada (IRA1-V82)

Description

Cet enregistrement d'événement porte sur la Loi sur les langues autochtones et sur les initiatives en cours pour préserver, revitaliser et renforcer les langues autochtones partout au Canada.

Durée : 01:27:02
Publié : 28 janvier 2026
Type : Vidéo


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Préserver et revitaliser les langues autochtones au Canada

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Transcription : Préserver et revitaliser les langues autochtones au Canada

Descriptif de l'EFPC – HAP-116 Préserver et revitaliser les langues autochtones au Canada

[00:00:00 Logo animé de l'EFPC.]

[00:00:08 Josianne Paul apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Josianne Paul, Canada School of Public Service / École de la fonction publique du Canada.]

Josianne Paul : Bonjour, je m'appelle Josianne Paul et je suis directrice intérimaire de l'équipe des politiques et des relations stratégiques à l'École de la fonction publique du Canada. Je suis heureuse d'animer cet événement sur la préservation et la revitalisation des langues autochtones au Canada.

Avant d'aller plus loin, je tiens à souligner que je me trouve aujourd'hui à Ottawa sur le territoire non cédé du peuple Anishinaabe Algonquin dont la présence ici remonte à des temps immémoriaux. Je reconnais et je remercie la terre sur laquelle nous vivons et travaillons ainsi que les personnes qui en ont pris soin.

Plusieurs d'entre vous nous rejoignent aujourd'hui depuis différentes régions du pays. Je vous invite à prendre un moment pour reconnaître le territoire que vous occupez.

Saviez-vous qu'il y a plus de 70 langues autochtones au Canada? Les langues cries qui comptent plus de 100 000 locuteurs, l'inuktitut et l'ojibwé, sont les langues les plus fréquemment déclarées parlées et cela par plus de deux tiers de la population autochtone.

Le Dr Wade Davis, anthropologue et titulaire de la chaire de leadership en cultures et écosystèmes en péril à l'Université de la Colombie-Britannique, a déclaré en 2019 qu'« une langue, bien sûr, n'est pas seulement un ensemble de règles grammaticales ou un vocabulaire. C'est un éclat de l'esprit humain, le véhicule par lequel l'âme d'une culture particulière entre dans le monde matériel. Chaque langue est une forêt ancienne de l'esprit, un bassin versant de la pensée, un écosystème de possibilités sociales, spirituelles et psychologiques. » Chacune est une fenêtre sur un univers, un monument à la culture qui lui a donné naissance et dont elle exprime l'esprit.

Sur les 7 000 langues mortes, la moitié n'est pas enseignée aux enfants. Tous les quinze jours, un·e aîné·e s'éteint et emporte dans la tombe les dernières syllabes d'une langue ancienne. Toutes les deux semaines, une autre langue disparait.

Ces mots d'une profonde sagesse ont une connotation particulière, car à la clôture de l'Année internationale des langues autochtones en 2019, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté une nouvelle résolution désignant la période de 2022 à 2032 comme la décennie internationale des langues autochtones. La résolution a déclaré qu'il était essentiel d'attirer l'attention sur la perte critique des langues autochtones et la nécessité urgente de les préserver, de les revitaliser et de les promouvoir et qu'il fallait prendre des mesures urgentes au niveau national et international pour y arriver.

Cette année nous célébrons le cinquième anniversaire de la Loi sur les langues autochtones par le Canada qui a reçu la sanction royale en 2019.

Notre panel d'invité·es de marque a une expérience dans le soutien et la préservation des langues autochtones. Nous apprendrons aujourd'hui comment la Loi a vu le jour et comment nous pouvons mieux préserver, revitaliser et promouvoir les langues autochtones.

Merci de vous être joint·es à nous aujourd'hui. Maintenant que j'ai planté le décor, j'aimerais inviter nos conférenciers et conférencières à se présenter

[00:03:32 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : et à nous en dire un peu plus sur leur point de vue et leur expérience en matière de préservation et de revitalisation des langues autochtones au Canada. Je demanderai à chacun·e d'entre vous de faire une brève présentation et de participer ensuite à la discussion. Nous demandons aux apprenant·es qui souhaitent poser des questions de ne pas hésiter à le faire au cours de la présentation. Vous pouvez le faire en utilisant la fonction de clavardage qui se trouve dans le coin supérieur droit de votre écran, et nous répondrons à autant de questions que possible au cours de la discussion.

Donc, pour les participants qui souhaitent poser des questions durant les présentations, sentez-vous libres de le faire dans la langue de votre choix. Vous pouvez le faire en cliquant sur la partie droite, en haut de votre écran et nous allons essayer de répondre à un maximum de questions durant la période de discussion.

Donc, maintenant commençons.

Sans plus attendre, commençons. Tasha, voulez-vous vous présenter et dire quelques mots, s'il vous plaît?

[00:04:30 Tasha Cloutier apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Tasha Cloutier, Canadian Heritage / Patrimoine canadien.]

Tasha Cloutier : Absolument. Bonjour. Bonne Journée nationale des peuples autochtones. C'est toujours un jour de grande fête. C'est toujours un jour spécial pour nous. Nous participons généralement à un événement quelque part. Je tiens à vous remercier d'être présent·es aujourd'hui et de passer avec nous une partie de la Journée nationale des peuples autochtones.

Je m'appelle Tasha Cloutier. Je suis née Tasha Paul et je viens de la Première Nation de Woodstock, au Nouveau-Brunswick. Notre langue s'appelle [langage autochtone] et est une langue menacée. Il ne reste que quelques douzaines de locuteurs et locutrices. C'est en toute humilité et avec un grand sens des responsabilités que je viens vous parler aujourd'hui de la Loi sur les langues autochtones.

Personnellement, je travaille actuellement à la Direction générale des langues autochtones au ministère du Patrimoine canadien. J'y suis depuis un an et j'aime beaucoup mon travail dans cette unité. J'aimerais vous parler un peu de la Loi, de sa genèse et de ce que nous en faisons.

Comme l'a dit Josianne, il y a plus de 70 langues autochtones au Canada. Nombre d'entre elles sont uniques et comportent des éléments clés liés à la culture et à l'identité. Les trois quarts des langues sont en voie de disparition, mais aucune n'est considérée comme étant en sécurité. Lors du recensement de 2021, seules 237 000 personnes ont déclaré pouvoir tenir une conversation dans une langue autochtone, ce qui représente environ 13 % de la population autochtone.

Beaucoup d'entre vous connaissent la Commission de vérité et réconciliation et ses 94 appels à l'action. Trois d'entre elles concernent les langues autochtones, soit les appels 13, 14 et 15. Il s'agit notamment de la reconnaissance législative de l'utilisation des langues autochtones comme un droit, de la création de la Loi et de la création de ce que l'on appelle le Bureau du commissaire aux langues autochtones.

La Loi elle-même a été élaborée en partenariat entre Patrimoine canadien et des représentant·es de l'Assemblée des Premières Nations, de l'Inuit Tapiriit Kanatami et du Ralliement national des Métis, qui ont fait appel à leurs propres groupes de gouvernance, à des expert·es linguistiques, à des universitaires et à d'autres personnes pour guider son élaboration. Cette collaboration a permis de garantir que la loi reflète les contextes géographiques, politiques et culturels distincts qui influencent les peuples autochtones dans la préservation, la promotion et la revitalisation de leurs langues.

L'une des pierres angulaires, ou l'un des principes clés de cette Loi est qu'elle reconnaît pour la première fois que les langues autochtones font partie des droits des peuples autochtones qui sont confirmés à l'article 35 de la Constitution. Elle offre aux Autochtones des possibilités concrètes de collaborer à l'élaboration des politiques liées à la mise en œuvre de la Loi. Elle a créé le Bureau du commissaire aux langues autochtones. Elle comporte [inaudible] qui facilite la coopération entre les gouvernements autochtones, les organisations et les gouvernements provinciaux et territoriaux.

Et surtout, elle commence à établir des mesures visant à faciliter un financement adéquat, durable et à long terme pour les peuples autochtones. Elle décrit les différents rôles de l'institution fédérale en ce qui concerne la fourniture de services dans les langues autochtones là où la capacité et la demande existent. Elle prévoit également des examens, un examen parlementaire tous les trois ans et des examens indépendants tous les cinq ans.

J'aimerais aborder les modèles de financement qui ont été élaborés. Patrimoine canadien a travaillé en collaboration avec les partenaires des Premières Nations, des Métis et des Inuits pour élaborer des modèles de financement fondés sur les distinctions pour les langues, qui s'éloignent des processus ministériels de type « appel à propositions ». L'année dernière, nous avons introduit de nouveaux modèles de financement élaborés conjointement.

Ces modèles visent à accroitre l'autonomie et le contrôle des Autochtones sur les décisions de financement et à introduire des accords de financement à plus long terme qui soutiennent des stratégies pluriannuelles, essentiellement dans le but de s'éloigner d'un financement année après année basé sur des propositions. Ceux et celles d'entre vous qui travaillent dans le domaine des subventions et des contributions comprennent à quel point il est difficile pour les organisations de maintenir le rythme requis pour faire partie du système de subventions et de contributions.

Ils s'éloignent de ce type d'approche et passent d'une approche unique à une approche adaptée aux besoins de nos partenaires. Je trouve très stimulant de travailler au sein de ma direction générale avec des personnes qui s'occupent des opérations et de la politique et qui travaillent très dur pour s'assurer que nous donnons le maximum de contrôle aux peuples autochtones, au lieu de maintenir des processus d'appels à propositions. Depuis 2019, le Canada a investi environ un milliard de dollars pour la période allant de l'exercice 1920 jusqu'à 2028-2029, dont 162,7 millions de dollars pour soutenir la Loi sur les langues autochtones.

Par ailleurs, nous travaillons toujours en collaboration avec nos partenaires autochtones : les organisations autochtones nationales, les gouvernements autochtones autonomes, les organisations sous différentes formes pour veiller à ce que leurs priorités et leurs besoins linguistiques soient satisfaits au mieux avec les fonds disponibles. Essentiellement, nous soutenons plusieurs projets et priorités linguistiques qui sont propres aux besoins des communautés et des organisations.

On m'a demandé de parler du Bureau du commissaire aux langues autochtones et de vous donner un aperçu de ses activités. Je l'appellerai désormais le BCLA, c'est-à-dire le Bureau du commissaire aux langues autochtones. Il s'agit d'une entité indépendante du gouvernement du Canada. Son mandat est de soutenir les peuples autochtones dans leurs efforts pour revendiquer, revitaliser, maintenir et renforcer les langues, de modérer la résolution des litiges et d'examiner les plaintes prévues par la Loi, ainsi que de sensibiliser le public à la richesse et à la diversité des langues autochtones. Je vous encourage à le suivre sur les médias sociaux. Il est très actif et propose beaucoup de publications avec des vidéos et du matériel, et vous verrez ce qu'il fait sur le terrain. Il est également chargé de soutenir l'innovation par l'utilisation de la technologie et de différentes approches de l'enseignement et de la revitalisation des langues autochtones.

Nous travaillons avec lui. Nous avons une relation bilatérale pour le soutenir dans le système fédéral. Cette année, son rapport annuel contiendra des informations fournies par différents ministères, afin de lui donner une idée des mesures de chaque ministère pour mettre en œuvre la Loi sur les langues autochtones. Il a publié deux rapports sur son site Web et il en publiera un nouveau cet automne.

La Loi elle-même définit le rôle des institutions fédérales dans l'accès aux services dans les langues autochtones. Elle indique où se trouvent la capacité et la demande. En 2021-2022, notre ministère a lancé un Comité directeur interministériel des sous-ministres adjoint·es (SMA) sur les services en langues autochtones. Il est coprésidé par mon SMA et Emploi et Développement social Canada. Nous avons également dressé un inventaire de l'accès actuel aux services fédéraux en inuktut, au Nunavut, car il était tout à fait logique de commencer par là, compte tenu de l'importance de la population parlant l'inuktut. En 2022, nous avons également commencé à étudier des projets pilotes avec nos partenaires inuit·es, afin d'orienter l'élaboration éventuelle de règlements sur l'accès aux services fédéraux.

Voilà donc l'aperçu de la Loi sur les langues autochtones au niveau fédéral, dans la fonction publique. Je suis prête à répondre à toutes vos questions. D'un point de vue personnel, il a été très gratifiant de pouvoir travailler avec ce texte législatif, de pouvoir parler à nos partenaires et d'écouter leurs besoins uniques.

Ça peut être difficile. Josianne le disait tout à l'heure en citant le Dr Wade Davis qui parlait de la mort des aîné·es. Nos partenaires nous disent souvent que la perte d'un·e aîné·e a une répercussion si profonde sur une communauté et sur une langue. C'est parfois difficile, c'est beaucoup de travail, mais j'aime vraiment le faire. C'est tout pour l'instant, à moins qu'il y ait des questions plus tard dans la discussion. Je vous remercie.

[00:14:11 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci, Tasha. C'est vraiment génial de voir qu'il s'agit d'un travail de cœur et de tête. J'aime la façon dont vous le décrivez. Je voudrais maintenant donner la parole à Terry Aulda. Terry, la parole est à vous.

[00:14:40 Terry Audla apparaît en plein écran.]

Terry Audla : [Langue autochtone] Encore une fois, je vous remercie infiniment. Bonne Journée nationale des peuples autochtones. Je suis très heureux de prendre la parole aujourd'hui sur les langues autochtones et de partager mon expérience en tant qu'Inuit ayant grandi au Nunavut. Tout récemment, en 2008, le gouvernement du Nunavut a adopté la Loi sur les langues officielles, qui reconnaît l'inuktut, l'anglais et le français comme langues officielles sur le territoire pour les Inuit es.

La langue inuite, ou l'inuktut, comprend l'inuinnaqtun, qui est parlé dans la partie occidentale du Nunavut, et l'inuktitut. Lors du recensement de 2006, bien qu'elle soit la langue maternelle de 83 % de la population, seulement 64 % des personnes interrogées ont déclaré utiliser l'inuktut à la maison. Ça représente une baisse de 12 % au cours des dix années précédentes. Ça s'explique en partie par une population très jeune, dont l'âge médian à l'époque était de 23 ans, contre 39 à 40 ans au Canada.

J'ai eu l'immense privilège de travailler dans cet environnement et de retrouver ma langue. En grandissant dans le Haut-Arctique, à Resolute Bay, je l'avais presque perdue à un certain moment. C'est principalement dû au fait qu'il s'agissait d'une communauté très transitoire, et plusieurs locuteurs et locutrices ne parlant pas l'inuktitut venaient s'y installer. L'inuktut n'était pas enseigné à l'école et, au fil du temps, il était de moins en moins parlé. C'est en travaillant en tant que représentant auprès d'organisations inuites et en rendant compte à un conseil unilingue parlant l'inuktut que j'ai pu retrouver ma langue.

C'est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. Comme Josianne l'a mentionné dans son introduction, il ne s'agit pas seulement de mots. C'est une lentille qui vous permet de comprendre et de connaître le monde qui vous entoure. Je dis souvent que plus on connaît de langues, plus on a une compréhension globale de tout concept dont on parle, selon la langue.

Je suis très heureux, une fois de plus, d'être présent aujourd'hui et de répondre à vos questions. J'ai également eu l'immense privilège de me rendre en Nouvelle-Zélande et d'observer ce qui a été fait pour protéger la langue Māori, les foyers de revitalisation linguistique qu'elle possède, l'aspect des langues officielles au niveau national et la manière dont le Māori est enseigné de la maternelle à la douzième année. Les jeunes Māori sont en mesure de préserver leur langue et leur culture en Nouvelle-Zélande. Malheureusement, nous n'en sommes pas encore là.

Au Nunavut, on s'efforce encore d'intégrer cette notion dans le système éducatif. À l'heure actuelle, la langue est proposée de la maternelle à la douzième année. Malheureusement, les enfants qui suivent le volet inuktut jusqu'à la quatrième année doivent commencer à rattraper le programme d'apprentissage de l'anglais qui leur est proposé dès la cinquième année. Parfois, ces élèves prennent du retard. Dans certains cas, certain·es abandonnent malheureusement l'école parce qu'ils ou elles ont été laissé·es pour compte dans ce domaine. Des travaux sont en cours en vue d'amener cette mesure jusqu'à la douzième année.

J'ai également eu le privilège, en tant que président de l'Inuit Tapiriit Kanatami, de travailler avec Mary Simon, aujourd'hui gouverneure générale, à la normalisation de la langue écrite de l'inuktut, étant donné que le système d'écriture lui-même a été créé par des gens qui ne parlaient pas l'inuktitut, sous le nom d'écriture syllabique. C'est un système que nous partageons avec les Inuits et les Cris en ce qui concerne l'écriture basée sur les syllabes réelles de notre langue inuktut. Les travaux sont en cours pour tenter de modifier cette situation afin d'obtenir un système unifié de langue et d'écriture.

Encore une fois, merci Josianne. Je m'en tiendrai là pour l'instant, mais je reste à votre disposition pour toute question.

Merci encore.

[00:20:32 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci beaucoup Terry d'avoir partagé votre expérience. C'est très instructif. Mandy Bayha est également avec nous aujourd'hui. J'aimerais maintenant lui donner la parole.

Mandy, c'est à vous.

[00:20:50 Mandy Bayha apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Mandy Bayha, Western Arctic Field Unit, Parks Canada / Mandy Bayha, Unité de gestion de l'Arctique de l'Ouest, Agence Parcs Canada.]

Mandy Bayha : [Langue autochtone.] Bonjour, je m'appelle Mandy Bayha. J'aimerais faire une petite prière. Les aîné·es qui m'ont élevée et qui continuent à s'impliquer activement dans toutes les sphères de notre communauté nous rappellent sans cesse de toujours placer le Créateur au premier plan dans tout ce que nous faisons. J'ai voulu leur témoigner mon respect et leur rendre hommage en commençant par une prière. J'aimerais aussi remercier Terry et Tasha pour leurs présentations. C'était très bien. Bonne Journée nationale des peuples autochtones.

Je m'appelle Mandy Bayha. Je vous appelle de Délı̨nę, sur les rives du Grand lac de l'Ours sur les Territoires du Nord-Ouest, dans le territoire des Dénés du traité 11. Je suis une Dénée du Sahtu, une femme du Grand lac de l'Ours. Juste derrière moi, c'est le Grand lac de l'Ours. C'est le lac où mon peuple a vécu pendant des milliers et des milliers d'années, et je suis très honorée de pouvoir le représenter aujourd'hui.

Je suis gestionnaire du site du parc pour le lieu historique national Saoyú-ʔehdacho, situé ici à Délı̨nę. Nous faisons également partie de l'Unité de gestion de l'Arctique de l'Ouest. Je suis relativement nouvelle à mon poste. J'y travaille depuis un peu plus d'un an, et je suis ici pour partager une histoire sur la façon dont la langue est incorporée dans le travail que nous faisons au quotidien.

Un peu d'histoire sur l'accord lui-même. Nous suivons un style de cogestion, ce qui est très intéressant. Lorsque les leaders de l'époque ont voulu créer ce lieu historique, le seul modèle qui leur paraissait vraiment logique et qui les intéressait était celui de la cogestion. Ça signifie que nous avons des représentant·es dans notre style de gestion. Nous gérons et prenons des décisions pour le lieu historique par l'intermédiaire des conseillers et conseillères et des personnes qui siègent dans notre conseil de gestion. Le conseil de gestion est composé de membres nommé·es par Parcs Canada, ainsi que de personnes nommées par le gouvernement Got'ı̨nę de Délı̨nę local.

Fait intéressant, juste au moment où j'ai pris mes fonctions, nous avons également accueilli deux nouvelles personnes, une à la coprésidence et l'autre en tant que membre désigné·e. Nous étions trois employé·es nouvellement arrivé·es à Parcs Canada ici à Délı̨nę. Nous avons passé notre première réunion assis à apprendre, écouter et comprendre l'esprit qui sous-tendait la volonté de nos concitoyen·nes de désigner ici un lieu historique. Pourquoi? Lors de notre première réunion du conseil, nous avons constaté qu'autour de la table, nous étions tous et toutes des Autochtones issu·es de la communauté qui parlaient couramment notre première langue.

J'aimerais reconnaître que je suis privilégiée, car je parle couramment ma langue maternelle et l'anglais est ma deuxième langue. Je comprends que la langue n'est en sécurité nulle part, y compris ici, même si nous sommes vraiment privilégié·es du fait que nous sommes un peuple solide, lié à notre culture et à notre langue au sein de la communauté. C'est toujours un combat de le transmettre à nos jeunes et c'est le combat que nous ressentons et que nous menons tous et toutes ensemble.

Dans le cadre de notre première réunion du conseil, nous nous sommes automatiquement mis à parler notre propre langue. Deux aîné·es siègent également au conseil, et une seule personne est responsable de la traduction pour l'unique membre du groupe de travail qui vient soutenir notre conseil, notre directrice générale. Il est vraiment intéressant de constater que nous n'avons plus vraiment de traduction pour notre langue. Nous avons une traduction en anglais. Plus intéressant encore, c'est le chemin que nous parcourons ensemble.

En utilisant automatiquement notre langue, nous étions instantanément déjà connecté·es aux aîné·es, à la vision, parce que nous faisons partie de cette conscience dénée. C'est ce que nous sommes en tant que peuple déné. Lorsque nous sommes connectés à cette vision du monde, nous savons que l'indicateur pour comprendre dans quelle vision du monde nous pensons et vivons est la langue. Lorsque nous utilisons notre langue de manière naturelle, ça signifie qu'il y a un espace sécuritaire sur le plan culturel. Qu'il y a un espace qui nous est propre et dans lequel nous nous sentons à l'aise. En général, lorsque nous commençons à utiliser l'anglais naturellement, nous comprenons qu'il ne s'agit pas vraiment d'un lieu sécuritaire sur le plan culturel, qu'il s'agit d'un environnement largement colonial, où il est difficile de communiquer si l'on ne parle pas en anglais.

En parlant notre langue, nous sommes immédiatement connectés à l'esprit de ce site historique, dont l'objectif principal est de faire connaître l'histoire du [Langue autochtone] Sahtu à notre peuple et à sa terre. Nos aîné·es disent que notre langue est un don. Elle a un esprit en soi, mais elle est aussi un don du Créateur, et donc sainte.

Les êtres humains qui ont été créé·es ont également reçu le don de leur propre esprit, qui est notre langue. Elle nous relie également à la terre, car c'est notre environnement et nos relations avec les animaux qui nous ont permis d'apprendre cette langue. Ce lien est si profond et si ancien qu'il transcende le temps et l'espace.

Lorsque nous parlons de lieux historiques et d'intendance, de protection et de préservation des terres, il y a toujours un élément à prendre en compte : comment connecter nos jeunes à la terre? Parce que nous savons que la langue prospère et est forte lorsque nous la parlons. C'est pourquoi la terre est si importante pour nous. Il ne s'agit pas seulement de notre survie. Il ne s'agit pas seulement de notre alimentation. C'est ce que nous sommes. C'est une extension de ce que nous sommes en tant qu'êtres humains que d'être connecté·es de cette manière.

La langue est vraiment le pilier de notre culture, le pilier de ce que nous sommes. Lorsque nous parlons de langue, nous parlons de quelque chose d'énorme. Nous parlons de vision du monde, de contexte de socialisation, de transfert de connaissances entre générations. Tant de concepts représentés par un seul mot : langue. Comme l'anglais, elle ne rend pas toujours justice aux choses que nous essayons d'expliquer.

Depuis toujours, les Autochtones tentent d'expliquer que tout est holistique, que nous devons penser de façon globale, non seulement pour nos générations et pour nous-mêmes aujourd'hui, mais aussi pour l'avenir, tout en se souvenant du passé. Notre langue est l'outil, le mécanisme qui nous aide à le faire. Lorsque nous utilisons une langue, nous sommes tout de suite connectés au passé, au présent et à l'avenir.

Je suis très enthousiaste quant au travail que notre conseil de gestion propose de faire, aux objectifs que nous essayons d'atteindre, et ce toujours dans l'esprit de soutenir notre gouvernement Got'ı̨nę de Délı̨nę, qui est notre gouvernement autochtone local. C'est un travail qui se fait toujours dans un esprit de promotion, de protection de la langue, de la culture, de l'identité.

Avec la vision du monde, la vision globale et la vision holistique, nous parlons également d'indicateurs. Parce que je donne aussi des cours de langues lorsqu'ils sont offerts. Il m'arrive aussi d'être une mentore dans ce domaine. Je suis également mentore pour le Programme mentor-apprenti, tout simplement parce que je sais que c'est un privilège de parler ma langue, et je considère qu'il est de ma responsabilité personnelle de faire ce que je peux pour la partager, la transmettre et l'enseigner autant que je le peux.

Pour les nouvelles apprenantes et nouveaux apprenants, c'est très difficile d'apprendre sa première langue dans une vision différente du monde. Vous êtes enraciné·e dans une vision du monde différente de la vôtre en tant que Déné·e. Lorsque nous enseignons la langue et que l'on nous demande des choses simples comme se présenter ou dire bonjour, les échanges du quotidien, ils n'existent pas vraiment dans le contexte de notre vision du monde. Nous avons quelque peu fait évoluer certains éléments de notre langue. Nous établissons un lien entre nos jeunes, ceux et celles qui apprennent notre langue, et leur histoire. Parce que même quelque chose d'aussi simple que de parler de ses relations, de ses parents, de ses liens familiaux, relève d'un modèle et d'une compréhension complètement différents dans notre perspective et notre vision du monde de ce qu'ils sont dans le contexte occidental.

Par exemple, nous avons plusieurs mots pour oncle et tante. Nous précisons s'il s'agit de notre tante ou d'un parent du côté de notre mère ou de notre père. Et ça crée à son tour une structure sociale énorme et complexe. Les méthodes, les protocoles et les lois dont nous disposons façonnent notre structure sociale. Mais c'est essentiellement la langue qui a été le mécanisme et le véhicule qui nous relie à tous ces éléments simultanément.

La langue en elle-même est importante, absolument. Mais lorsqu'il s'agit d'indicateurs, en particulier d'indicateurs sociaux de la santé. On ne peut parler de langue et d'identité sans parler de colonisation, de revitalisation, de réconciliation. Et c'est parce que la structure sociale actuelle des communautés dans lesquelles nous vivons, ou des réserves, ou des établissements à travers le Canada, n'est pas un espace culturel traditionnel. Ces endroits sont des espaces imposés que nous avons appris à parcourir au fil de l'histoire.

Qu'est-ce que ça signifie? Je ne sais pas. Aujourd'hui, nous avons la chance d'avoir ces conversations. Nous avons la chance qu'il y ait maintenant un intérêt pour comprendre les histoires des peuples autochtones, leur vision du monde et ce que ça signifie en cette période de réconciliation.

Pour en revenir à la Loi, elle ne nous donne pas vraiment de permission ou de validation. Elle fait partie de nous. C'est certainement un bon début, car c'est la première fois dans notre histoire en tant que Canadiennes et Canadiens que nous recevons cette reconnaissance. Mais ça ne signifie pas qu'elle n'a jamais été valable. Il y a tant de choses à dire, et j'ai hâte d'en parler. Je suis très reconnaissante d'avoir été invitée ici pour parler de la langue et de son importance, des éléments auxquelles elle nous relie. J'ai également l'impression que nous aurions besoin de plus de temps. Il y a tant à dire à ce sujet. Il y a tant d'histoires à raconter. Je suis simplement très reconnaissante d'être invitée dans cet espace et d'entendre d'autres personnes. J'ai vraiment hâte de poser des questions et d'avoir d'autres conversations. J'aimerais dire, Mahsi. Merci.

[00:32:46 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci, Mandy. On voit vraiment tout le cœur que vous y mettez, et c'est beau à voir, je dois l'admettre.

Maintenant nous allons poursuivre avec Gaëlle. Donc Gaëlle Mollen, j'aimerais lui céder la parole pour nous dire quelques mots sur sa perspective.

[00:33:14 Gaëlle Mollen apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Gaëlle Mollen, Canadian Museum of History and Canadian War Museum / Gaëlle Mollen, Musée canadien de l'histoire et Musée canadien de la guerre.]

Gaëlle Mollen : Merci beaucoup, Josianne. [langue autochtone.]

Bonjour à tous. Mon nom est Gaëlle Mollen. Je viens de la communauté Innu d'Ekuanitshit sur la Côte-Nord. J'ai dit en inno quelques mots, en disant que l'inno c'est ma langue maternelle et que le français, deuxième et l'anglais la troisième. Je remercie ma mère tous les jours de m'avoir transmis la langue parce que je sais que ce n'est pas…

Désolée, j'ai quelqu'un à ma porte mais… J'ai dit juste dans quelques mots que je remercie ma mère de m'avoir transmis la langue maternelle qui est l'innu-aimun. Je travaille au Musée canadien de l'histoire. Le musée qui est situé sur le territoire non cédé des Algonquins Anishinaabe. Donc moi, je travaille au Musée canadien de l'histoire à Gatineau. Je suis conseillère en langues autochtones. C'est un poste qui est tout nouveau, récemment, qui a été créé en 2022. Ce poste-là découle en fait, de la réorientation des musées.

Donc, le musée a créé un cadre pour les relations avec les Autochtones et dans ce cadre-là qui mettait en lien les relations; ce que le musée faisait avec les peuples autochtones, il y avait la création d'un poste qui était conseiller en langues autochtones et ce poste-là visait justement à augmenter la visibilité des langues autochtones à travers les deux institutions, le Musée canadien de l'histoire et le Musée canadien de la guerre.

Donc nous… Juste vous donner un bref historique de l'histoire du Musée. La plupart des collections du Musée, en fait, 55 pour cent des collections que le musée a est autochtone; beaucoup en ethnographie et aussi beaucoup en archéologie. Donc le matériel que le musée possède a été récolté au courant des 150 dernières années. Ça l'a été récolté auparavant par des anthropologues qui allaient dans les communautés et allaient à la rencontre des communautés autochtones.

Donc il y avait des enregistrements qui ont été faits, des photographies, des films, tout ce qui peut impliquer la langue, que nous, on a encore au musée.

Donc nous, vraiment, dans les collections, comme j'ai mentionné, on a beaucoup…

J'ai oublié de vous mentionner que c'est vraiment ouvert, c'est aux communautés autochtones. Donc on est vraiment en train d'identifier dans nos archives tout le matériel qui comporterait des langues autochtones. Vraiment, on est ouvert à collaborer avec toutes les communautés autochtones. Donc, mon rôle est tout nouveau mais c'est vraiment d'augmenter la visibilité des langues autochtones. De travailler en collaboration avec les communautés autochtones.

Donc c'est pas mal ça pour moi. merci.

[00:32:46 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci beaucoup Gaëlle. Je te trouve très bonne d'être restée concentrée. Donc, on va continuer.

Nous allons poursuivre avec les discussions en panel. Vous en avez parlé un peu,

[00:36:34 Josianne Paul apparaît en plein écran.]

Josianne Paul : lors de vos présentations. J'aimerais maintenant vous entendre parler un peu de la façon dont les langues autochtones sont intégrées dans votre travail et dans votre organisation. Pouvez-vous me donner des exemples sur la manière dont les langues autochtones sont incluses dans votre travail, dans votre organisation, des exemples un peu plus spécifiques?

[00:36:55 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Je vais commencer par Terry, car vous semblez avoir quelques exemples à nous donner.

[00:37:05 Terry Audla apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Terry Audla, Canada School of Public Service / Terry Audla, École de la fonction publique du Canada.]

Terry Audla : Merci, Josianne. Actuellement, je travaille à l'École de la fonction publique du Canada. J'ai commencé il y a un mois. Malheureusement, au sein du système fédéral, en dehors du Nunavut, l'inuktut n'est pas beaucoup parlé. Mais je sais qu'il existe des initiatives au Nunavut pour lesquelles la fonction publique fédérale s'est efforcée de fournir ses services en inuktut.

Je parlerai de la façon dont, au début de ma carrière, lorsque mon inuktut n'était pas aussi bon, je l'ai récupéré en travaillant avec les organisations inuites représentatives et en devant rendre compte à des membres du conseil, pour la plupart unilingues. C'était tout juste après la ratification de l'Accord sur les revendications territoriales du Nunavut. J'ai eu la chance d'être embauché pour travailler à la création de leur régime de gestion des terres.

Le concept de propriété foncière est une notion étrangère pour les Inuits, l'idée de passer en revue tous les aspects techniques de ce que ça signifie d'avoir un titre de propriété, de gérer ces terres, et tous les autres intérêts qui interviennent dans les aspects de la gestion foncière : les agent·es de protection de la nature, les écologistes, les entreprises d'extraction de minerais, etc. Mon rôle consistait à aider à gérer ces terres au nom des Inuits.

Lors de mon premier rapport au conseil, je me suis efforcé, en tant que fier Inuit, de le faire en inuktut. Mais j'en suis arrivé à un point où je ne pouvais plus parler l'inuktut à cause des termes techniques. Le terme qui m'a vraiment gêné et qui m'a obligé à parler anglais, est le système d'information géographique. C'était au printemps. Je me suis senti tellement mal. Puis à l'automne, je devais faire un autre rapport au conseil.

Entre le printemps et l'automne, j'ai pris l'été pour me rendre dans chaque communauté où nous avons mis en place des comités locaux des terres et des ressources. Dans toutes ces communautés, de la sphère [inaudible] du Haut-Arctique à la communauté la plus méridionale, Sanikiluaq, dans les îles Belcher de la baie d'Hudson, j'ai rencontré chacun·e des membres de ces comités et nous avons passé en revue tous les aspects de la gestion des terres, le régime, les aspects techniques, les concepts et tout le reste.

J'ai ensuite fait un rapport au conseil à l'automne et j'ai réussi. J'ai parlé la langue. J'ai fait mon rapport en inuktut, et c'est l'un des moments dont je suis le plus fier, parce que les membres du conseil se sont souvenu·es de moi au printemps, quand je bafouillais. Quand je suis revenu à l'automne et que j'ai fait mon rapport entièrement en inuktut, j'ai reçu une ovation.

C'est l'un des moments dont je suis le plus fier. C'est quelque chose qui m'est cher. C'est une chose à laquelle je ne renoncerai plus jamais. C'est un véritable cadeau que de pouvoir parler l'inuktut. Si je peux contribuer de quelque manière que ce soit à préserver la langue, je le ferai. Et c'est une chose qui, selon moi, ne peut qu'enrichir les autres. Je m'en tiendrai là pour l'instant. Merci, Josianne.

[00:41:30 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci, Terry. Mandy, vous avez également abordé ce sujet lorsque vous avez parlé de la façon dont votre conseil a naturellement évolué, en parlant votre langue maternelle, ainsi qu'en la reliant à la façon dont vous concevez le monde. Pouvez-vous nous donner un exemple un peu plus concret de la façon dont vous l'avez appliqué dans la gestion du lieu dont vous vous occupez.

[00:42:05 Mandy Bayha apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Mandy Bayha, Western Arctic Field Unit, Parks Canada / Mandy Bayha, Unité de gestion de l'Arctique de l'Ouest, Agence Parcs Canada.]

Mandy Bayha : Mahsi. Terry, c'était une merveilleuse histoire, et félicitations. Ça fait chaud au cœur. Merci, Josianne.

Ici, à Délı̨nę, sur le lieu historique national Saoyú-Ɂehdacho, notre conseil de gestion se tient entièrement dans la langue. Je sais également lire et écrire dans la langue, ce qui me permet d'apporter mon aide et mon soutien pour l'établissement des procès-verbaux dans cette langue. Ce qui est vraiment important, c'est que ces histoires viennent naturellement. Nous connectons avec les aîné·es qui sont là avec nous, mais nous connectons aussi avec l'importance de ce qu'était la vie sur cette terre avant la colonisation.

Nous avons également la chance que ce fossé générationnel causé par la perte des connaissances, ou ce fossé intergénérationnel de transfert de connaissances se situe entre mes grands-parents et moi. Ce sont mes parents qui sont allés au pensionnat où a eu lieu une grande partie de cette déconnexion. Nous avons vraiment de la chance ici, à Délı̨nę, de pouvoir parler aux aîné·es ou aux personnes de l'âge de mes grands-parents pour comprendre un mode de vie. C'est ce qui compte vraiment pour nous, en tant que Déné·es, c'est ce que nous sommes.

Qu'est-ce que ça signifie? Lorsque nous avons été créé·es de cette manière, c'est notre destin d'être créé·es tel·les que nous sommes. Peu importe le peuple autochtone ou les personnes que nous sommes, nous sommes né·es avec un destin et nous avons reçu les dons, l'esprit et le soutien dont nous avons besoin. Je suis née dans cette vie en tant que femme Sahtúgot'ı̨nę, avec les dons de ma langue, de ma culture et de tous les liens de mes ancêtres et de la terre. Je l'ai souvent répété par le passé, probablement parce que l'un·e de mes mentor·es ou de mes aîné·es l'avait dit et que ça m'est resté en tête : « Si vous vouliez parler à la terre, ou au lac, à quoi ressemblerait cette conversation? ».

Nous parlons maintenant de reconnaissance des terres, et j'essaie de ne pas froncer le nez à ce sujet, parce que si vous voulez vraiment rendre hommage, parler et établir une relation avec la terre ou le lac lui-même, qui est la seule façon de protéger, de préserver et de conserver, vous devez avoir une relation juste et équilibrée avec les éléments qui sont autour de vous.

En tant que peuple autochtone depuis des milliers d'années, c'est ce que nous sommes devenu·es. Vivre dans cet équilibre, c'est ce que nous sommes.

Et c'est notre responsabilité, non pas envers quelqu'un d'autre, mais envers le Créateur, ainsi qu'envers les générations futures, car c'est un cadeau pour nous de bien vivre. Nous avons été tellement aimé·es par le Créateur que ce sont des cadeaux qui nous permettent de bien vivre, de prospérer, d'aimer, de donner tous ces concepts que nous pensons être fondamentaux en tant qu'êtres humains, d'avoir de l'amour et du respect. Ce sont les fondements d'une vie juste et en équilibre avec la terre.

Si vous vouliez parler à la terre, où que vous soyez, elle vous répondrait dans la langue autochtone des habitantes et habitants de la région, parce que ce peuple autochtone est le prolongement vivant de la terre elle-même. Même les noms avec lesquels nous nous identifions viennent de la terre. Je suis un être humain qui s'écoule du Grand lac de l'Ours, ce qui est essentiellement une traduction directe de ce que signifie Sahtúgot'ı̨nę.

Avec cette cogestion, nous avons une organisation de Parcs Canada qui a également pour mandat de conserver, de protéger et de promouvoir. Aujourd'hui, avec la réconciliation, nous écoutons vraiment, nous essayons d'intégrer et d'honorer des éléments comme la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et la vérité et la réconciliation. Je veux vraiment féliciter l'Unité de gestion de l'Arctique de l'Ouest, mes collègues et ceux et celles avec qui je travaille d'avoir pris ce projet à cœur, d'avoir toujours créé un endroit sûr où je peux être moi-même en tout temps, et qui me permet aussi de me vanter un peu du fait que nous avons un pourcentage élevé de gestionnaires autochtones dans cette unité de gestion.

Mais je m'éloigne du sujet. Je reviens à un exemple de ce que nous voulons faire, même avec les stratégies des domaines clés, la mission et le mandat, ou même ce que représente le lieu historique, simplement en étant capables d'écouter ces histoires, de comprendre un mode de vie, ce que ça signifie, de se préparer pour l'avenir. Nous avons également quatre prophètes dans notre histoire récente en tant que saints et saintes dans notre communauté, qui guident et dictent une grande partie de ce que nous avons fait jusqu'à présent. De l'autonomie gouvernementale à tout ce que nous faisons politiquement, c'est vraiment guidé par et sur les fondations des aîné·es et de leurs histoires, de qui ils et elles étaient et de leurs chef·fes spirituel·les.

Nous avons vraiment de la chance d'avoir encore ce lien. Mais même avec les objectifs et les projets que nous avons pour ce lieu, notre travail consiste vraiment à relier nos jeunes à la terre, à l'histoire, à créer des zones sûres, ouvrir ces territoires traditionnels aux familles et aux communautés, car c'est là que nous obtenons la guérison. C'est là que nous vivons bien. C'est ainsi que nous découvrons et révélons le destin de notre peuple Sahtúgot'ı̨nę. Comment le partager avec le monde? Comment partager cette histoire de vie saine et d'équilibre et comment honorer les terres sur lesquelles nous vivons?

C'est de ces questions que parle notre conseil, et c'est tellement beau et inspirant. Ce n'est plus seulement une réunion du conseil. Nous parlons d'objectif et de destin et de la manière dont nous pouvons travailler ensemble. Comment faire tomber ces obstacles et comment établir des relations entre nous pour mener à bien cette grande tâche? Ce n'est pas quelque chose qu'un·e seul·e d'entre nous peut faire, nous devons travailler ensemble pour pouvoir réaliser cette grande vision. Je n'ai jamais assez de temps pour parler de ces sujets passionnants, j'en resterai là pour l'instant. Mahsi.

[00:47:57 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci, Mandy. J'aimerais maintenant donner la parole à Gaëlle, et ensuite à Tasha. Vous avez parlé de la manière dont les langues autochtones sont incluses dans votre travail. Mais l'une des questions que je me pose est la suivante : « Quel avantage avez-vous trouvé en appliquant des mesures et en prenant soin des langues autochtones dans votre travail? ».

Donc, qu'est-ce que vous avez appris dans les avantages d'inclure les langues autochtones dans votre travail au quotidien? Qu'est-ce que vous avez vu que ça l'a apporté? Je vais commencer par Gaëlle et ensuite je vais me tourner vers Tasha.

[00:48:46 Gaëlle Mollen apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Gaëlle Mollen, Canadian Museum of History and Canadian War Museum / Gaëlle Mollen, Musée canadien de l'histoire et Musée canadien de la guerre.]

Gaëlle Mollen : Oui. Bien en fait, comme j'ai mentionné plus tôt, nous, le Musée canadien de l'histoire fait partie de l'un des musées les plus visités au Canada. Je crois que le Musée accueille annuellement à peu près un million de visiteurs, que ce soit des Canadiens ou des visiteurs internationaux. Donc nous, le Musée, le mandat c'est d'accroitre la connaissance par rapport aux cultures et aussi à l'histoire canadienne. En rendant les langues autochtones visibles au Musée, ça permet justement aux visiteurs aussi mais aux autres Canadiens de voir que les langues autochtones sont encore très présentes ici au Canada.

Juste pour vous mentionner quelques exemples, où plus tôt je n'ai pas pu répondre à la question précédente. Depuis que j'ai commencé mon emploi en tant que conseillère, pour les gens qui sont déjà allés au Musée ou qui ne sont jamais allés, le Musée possède beaucoup de guides du visiteur en plusieurs langues, en français, en anglais mais aussi dans plusieurs autres langues internationales, mais il n'y avait aucune langue autochtone qui était présente. Donc la première année on a fait traduire notre Guide du visiteur en Anishinaabemowin, en inuktitut et en mitchif. Dans le fond, c'est les trois langues qui représentaient les trois groupes autochtones du Canada.

Ça c'est vraiment quelque chose que le Musée va continuer à faire, à traduire le Guide du visiteur en plusieurs langues autochtones. Donc, quand un autochtone va entrer au Musée, au moins il va pouvoir avoir le Guide du visiteur dans sa langue maternelle, dans sa langue, en fait. Donc ça c'est vraiment juste un aspect que j'étais très fière de mentionner, parce que c'est quelque chose que, lorsque j'ai commencé à travailler au Musée en tant que hôtesse, il y a quelques années de ça, bien avant de ça, il n'y avait aucun pamphlet, aucun guide du visiteur, aucune langue autochtone qui était présente.

Donc ça c'est vraiment un grand pas que le Musée a fait. Donc c'est un engagement que le Musée va faire, de continuer à traduire les Guides du visiteur en langues autochtones.

Aussi, ce que j'ai oublié de mentionner c'est que les langues autochtones maintenant font partie, lorsque le Musée fait des expositions, va toujours s'assurer qu'il y ait la présence au moins d'une langue autochtone si l'exposition comporte des artéfacts autochtones. Donc c'est ça que le Musée veut vraiment inclure, les langues autochtones dans les expositions, en plus du français et de l'anglais.

Donc le fait vraiment, tu sais, de travailler avec les langues autochtones et de travailler aussi dans un musée national, ça fait en sorte que les Canadiens sont plus conscients que les langues autochtones existent mais qu'il y a aussi une variété de langues autochtones, qu'il n'y a pas qu'une seule langue autochtone mais qu'il y en a plus de 70, comme tu l'as mentionné, Josianne. C'est vraiment un des avantages et c'est quelque chose dont je suis très fière de pouvoir faire, de travailler sur les langues autochtones et de travailler aussi en collaboration avec les communautés. Merci.

[00:51:33 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci, Gaëlle. Tout ce que vous avez dit est vrai, le fait que vous preniez le temps de traduire dans plusieurs langues autochtones le guide du visiteur du musée et que vous preniez le temps d'inclure ces langues autochtones dans votre événement. Ça fait partie de l'éducation. Et de vous faire voir par les autres. Ça aide les gens à vous comprendre et à entendre ce que vous avez à dire. C'est une étape importante vers une société plus inclusive.

J'aimerais maintenant passer la parole à Tasha pour explorer un peu les avantages. Vous m'avez dit que vous parliez avec des gens et que vous aviez beaucoup d'histoires personnelles. Avez-vous constaté certains des avantages liés à l'inclusion des langues autochtones, au travail sur ce sujet et à la mise en œuvre de la Loi dans le cadre de votre travail? J'aimerais que vous en parliez.

[00:52:31 Tasha Cloutier apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Tasha Cloutier, Canadian Heritage / Patrimoine canadien.]

Tasha Cloutier : Merci, Josianne. J'aimerais d'abord dire que je suis encore assise ici, en train d'écouter les récits de Mandy, Terry et Gaëlle, et je me sens enracinée et centrée dans le fait que vous êtes dans une communauté, que vous entendez les récits des aîné·es. Vous intégrez vos langues dans votre travail quotidien, et ça me rend un peu « jalouse », mais ce n'est pas le bon mot. Ça me réconforte, parce qu'en vivant à Ottawa et très loin de chez moi, je n'ai pas accès à mes aîné·es ou à ma langue. C'est tellement beau quand j'entends comment les gens l'appliquent au quotidien dans leur travail.

Il y a quelques questions qui ont été posées pendant la discussion en panel. L'une d'entre elles, en particulier, est la suivante : « Quels sont les avantages de l'intégration des langues autochtones dans votre travail et votre organisation? ». Une autre personne nous a demandé, après l'adoption de la Loi sur les langues autochtones, ce que le gouvernement fédéral fait lui-même pour aider à revitaliser les langues autochtones auprès des fonctionnaires au niveau fédéral. J'ai quelques réflexions à ce sujet.

Dans notre travail, si les cinq premières années de mise en œuvre de la Loi ont été axées sur le soutien aux communautés et aux organisations et sur la mise à disposition de fonds pour que des personnes comme Mandy puissent continuer à offrir des cours et à apprendre la langue, nous avons beaucoup travaillé en partenariat avec le Bureau de la traduction du gouvernement fédéral, et je ne veux pas parler en leur nom, mais ces gens ont travaillé très dur pour adapter leurs services en langue autochtone. Ils ont été en mesure de publier des traductions dans un grand nombre de langues différentes. Gaëlle sait probablement de quoi je parle.

De notre côté, même si c'est très fédéral et très bureaucratique, lorsque des communiqués de presse sont publiés par nos ministres, par Services aux Autochtones Canada, par Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada (RCAANC), par mon ministre ou par d'autres ministres, nous les traduisons dans plusieurs langues, souvent celles qui sont les plus utilisées, ou dans certaines des langues les plus répandues. Le Bureau de la traduction a assurément travaillé dur pour augmenter sa capacité et trouver plus de traductrices, de traducteurs et d'interprètes pour pouvoir aider tout le monde, et pas seulement les ministères fédéraux, à intégrer les langues autochtones dans leur travail. C'est une chose que j'ai observée au cours de la dernière année.

L'une des questions était très importante : « Que fait le gouvernement fédéral pour aider à revitaliser les langues auprès des employé·es? ». Je peux honnêtement dire que nous n'en sommes qu'au tout début. Je sais que des personnes comme Gina Wilson ont commencé à poser des questions à ce sujet. Récemment, à la fin de l'année dernière, le Sénat a mené une étude sur la Loi sur les langues autochtones, que vous pouvez consulter. Il a formulé un certain nombre de recommandations différentes, dont l'une concernait le fait que c'était un « sujet tabou » et qui a été soulevé à de nombreuses reprises. Elle consistait à savoir comment nous pouvons, ou devons, rémunérer les employé·es autochtones lorsqu'ils ou elles sont tenu·es de travailler dans une langue autochtone pour fournir des services au public. C'est un sujet tabou qui a été mentionné tant de fois. Le gouvernement devra se pencher sur la question au cours des prochaines années. Il devra au minimum déterminer comment commencer à rémunérer les employé·es autochtones qui possèdent ces compétences et qui sont en mesure de fournir des services dans les langues autochtones.

En tant que femme malécite travaillant dans la RCN en territoire algonquin, comment l'entreprise qui m'emploie m'aide-t-elle à revitaliser ma ou mes langues? Nous n'en sommes qu'au début, mais je pense qu'il y aura d'autres conversations à ce sujet à l'avenir. C'est un sujet qui sera très présent au cours des deux prochaines années. C'est tout pour moi. Merci.

[00:57:01 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Terry, la parole est à vous. Vous souhaitez ajouter quelque chose?

Terry Audla : Oui. Je voulais juste ajouter à ce que Tasha disait à propos de l'importance de pouvoir proposer la langue autochtone de la région où l'on se trouve.

[00:57:26 Terry Audla apparaît en plein écran.]

Terry Audla : J'ai eu la chance de diriger l'équipe fédérale au Nunavut en tant que directeur général régional de RCAANC, chargé de l'élaboration et de la rédaction du plan d'aménagement des terres du Nunavut. J'ai fini par devenir le principal porte-parole de l'équipe fédérale. C'était la première fois que les fonctionnaires au niveau fédéral recevaient des compliments et avaient réellement le sentiment que le gouvernement fédéral participait activement aux discussions, car j'ai pu m'adresser à la délégation en inuktut.

Ça a permis de rehausser notre profil et, en même temps, de multiplier les possibilités de discussion, simplement parce que nous avons pu communiquer avec les Inuits en inuktut. Et c'est quelque chose de vital. Ça donne de la crédibilité à la fonction publique fédérale. Si vous vous trouvez dans une certaine région, vous devez vous assurer que les personnes pour lesquelles vous travaillez vous comprennent et que vous êtes en mesure de communiquer avec elles. C'est un objectif que le gouvernement fédéral s'efforce vraiment d'atteindre, et ça ne fait que renforcer les services que nous fournissons en tant que fonctionnaires.

[00:59:05 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci, Terry. En fait, c'est une transition parfaite parce que nous allons passer à la portion questions et réponses de la conversation, où nous répondrons à quelques questions.

Nous avons déjà répondu à certaines d'entre elles lors de nos discussions et de nos présentations, mais j'aimerais vous poser une question. Celle-ci vient un peu de moi et un peu de mon collègue. Parfois, en tant que fonctionnaires, nous nous sentons un peu impuissant·es. Nous aimerions savoir ce qui, selon vous, pourrait aider les fonctionnaires à soutenir les langues autochtones à l'avenir?

Donc qu'est-ce que l'on peut faire en tant que fonctionnaire pour aider ce mouvement-là pour maintenir les langues et les revitaliser?

Qui veut répondre? Mandy, la parole est à vous.

[01:00:04 Mandy Bayha apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Mandy Bayha, Western Arctic Field Unit, Parks Canada / Mandy Bayha, Unité de gestion de l'Arctique de l'Ouest, Agence Parcs Canada.]

Mandy Bayha : C'est vraiment difficile pour les gens de faire partie de ce grand système, et je vous comprends tout à fait quand vous parlez de sentiment d'impuissance. Mais tout comme la langue est un indicateur de beaucoup de choses plus importantes et complexes, la solution est également importante et complexe, et il n'y a pas vraiment de réponse unique.

Par exemple, nous disposons de services de traduction. On nous demande toujours si nous aimerions que les choses que nous publions soient traduites dans notre langue. Nous avons des traductrices et des traducteurs. Mais nous avons également besoin de championnes et de champions de la langue dans nos communautés. Nous devons réellement concevoir des parcours de carrière avec des langues qui sont enracinées. Car un jour, ou peut-être dans quelques décennies, aurons-nous encore des traductrices, des traducteurs et des interprètes à notre disposition? Parce qu'à l'heure actuelle, le gouvernement fédéral s'efforce vraiment de dépendre et de s'appuyer sur des traductrices et traducteurs ou d'autres professionnel·les.

Mais si nous ne prenons pas cette question au sérieux et si le gouvernement fédéral ne commence pas à travailler avec ses propres organismes, par exemple dans le domaine de l'éducation et de la formation, comment pouvons-nous le promouvoir? Parce que nous devons faire en sorte que les jeunes le réalisent également. À quoi bon apprendre ma langue si elle n'est pas valorisée ou nécessaire? Parce que ces jeunes ont des rêves, des espoirs et des objectifs personnels : aller à l'université, travailler ou gagner leur vie.

Dans ce cas, en particulier dans les petites communautés isolées, et je suis certaine que c'est la même chose dans les systèmes de réserve, comment la langue peut-elle être un mécanisme pour les aider à avoir une vie meilleure si elle n'est pas valorisée dans d'autres espaces? Si, par exemple, l'un·e de nos jeunes souhaitait apprendre leur langue, mais pouvait entre-temps être accrédité·e comme traducteur ou traductrice officiel·le, enseignant·e ou autre. Nous disposons de programmes d'études exceptionnels, élaborés par nos leaders linguistiques actuel·les, mais personne ne se présente pour prendre la relève et poursuivre ce travail.

En tant que partenaires, en tant que gouvernement fédéral, au-delà de cette Loi qui fournit des fonds, nous devons intégrer cette question et collaborer avec la communauté pour former ces champion·nes et valoriser réellement, véritablement les langues autochtones. Le respect, la valeur et la place particulière qu'elles occupent dans le contexte de notre société en général laisseront des traces et inciteront les leaders linguistiques à se manifester.

Nous devons d'abord nous assurer de créer des lieux sûrs pour que les gens puissent parler leur langue, et s'y intéresser. Mais il s'agit d'un problème tellement plus important qui nécessite beaucoup plus de travail et de temps, et il n'y a aucune raison [inaudible], mais je m'en tiendrai là. Quoi qu'il en soit, je tenais à le mentionner parce que je sais que c'est difficile pour beaucoup de gens, en particulier les Canadiennes et Canadiens, qui veulent aider, qui veulent participer à la réconciliation. C'est difficile parce que beaucoup de gens ne savent pas comment aider. Comment soutenir ces efforts?

Ces conversations sont d'excellents moyens de commencer à trouver des solutions. Mais il s'agit d'une question bien plus vaste que celle de savoir ce que nous faisons au quotidien. En dehors des personnes qui parlent la langue couramment, parlez-la quand même. Parlez-la autant que possible. Nous devons trouver des moyens de la valoriser. Il y a des espaces pour que nos jeunes commencent à se manifester et à devenir des leaders linguistiques. C'est ce dont nous avons besoin. Nous avons besoin de formation et de soutien pour que ces éléments fassent partie intégrante de notre quotidien. Merci.

[01:04:11 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci, Mandy. Tasha, je vous vois hocher la tête. Je pense que vous êtes d'accord avec ce que Mandy a dit.

Tasha Cloutier : Je suis d'accord avec tout ce que dit Mandy. C'est la conclusion à laquelle je suis arrivée aujourd'hui. Tout le monde a besoin de plus de Mandy dans sa vie.

Josianne Paul : Vous voyez? Mandy, vous aurez un poste à plein temps pour venir nous parler dans les années à venir.

[01:04:11 texte à l'écran : Discussion: Preserving and Revitalizing Indigenous Languages in Canada / Discussion: Préserver et revitaliser les langues autochtones au Canada.]

Josianne Paul : La prochaine question s'adresse à Gaëlle.

Donc, Gaëlle, on parlait de problème de traduction, de problème d'avoir les gens, la continuité dans la langue. Il y a quelqu'un qui se posait la question : Comment au Musée on gère justement ces problèmes-là de traduction, de traduire dans des langues autochtones, quand il y a différents dialectes, des manques de traducteurs? Comment on peut continuer à faire des efforts dans le sens de la revitalisation et la promotion des langues autochtones quand on fait face à des défis comme ceux-là?

[01:05:20 Gaëlle Mollen apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Gaëlle Mollen, Canadian Museum of History and Canadian War Museum / Gaëlle Mollen, Musée canadien de l'histoire et Musée canadien de la guerre.]

Gaëlle Mollen : Oui. C'est vrai que… Oui, c'est vrai que c'est un peu compliqué pour trouver justement pour nos guides, de trouver le bon dialecte à choisir, de trouver les bonnes personnes qui vont traduire le texte. Dans le fond, nous, comment on fonctionne, c'est qu'on va toujours préférer de travailler avec un membre de la communauté. C'est sûr qu'il y a des langues que c'est un peu plus difficile de trouver justement des gens qui vont pouvoir le traduire. Donc on fait souvent affaire avec le Bureau de la traduction. Je sais que c'est vraiment… dépendamment justement des langues, ce n'est pas toujours facile de trouver des gens en communauté qui vont pouvoir nous aider à faire la traduction. Mais c'est toujours quelque chose que l'on priorise.

Donc nous au Musée on est vraiment conscient que dans les archives on possède encore beaucoup de matériel qui est non identifié encore. Donc c'est vraiment quelque chose que l'on est en train de travailler, d'identifier le matériel qui se trouve dans les archives pour justement le digitaliser le matériel, pour ensuite le partager aux communautés, surtout pour les communautés dont les langues sont endormies ou qui sont vraiment en danger. Donc on est vraiment en train de travailler sur ça. Vraiment à partager l'information aussi, parce que je sais que ce n'est pas tout le monde qui connait ce que le Musée possède. Donc de partager l'information, c'est vraiment quelque chose d'important pour nous. Merci.

[01:06:45 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci. Je sais que ce n'est pas facile, et le fait de se rapprocher des communautés est souvent le meilleur moyen d'y parvenir et de créer ces ponts qui sont plus que nécessaires pour s'assurer que l'on aborde également l'aspect culturel de la langue. Il ne s'agit pas seulement de traduire, il s'agit de transmettre ce qu'elle représente réellement pour la culture du peuple. J'ai une autre question à poser. Elle porte sur la manière dont les médias sociaux pourraient contribuer à encourager les jeunes à renforcer leur maîtrise de la langue autochtone. Je suis persuadée que ce n'est pas une mauvaise idée, car certaines personnes quittent leur région, de plus en plus souvent pour s'installer en ville, et se retrouvent un peu éloignées et souhaitent renouer avec leurs racines.

Qui souhaite répondre à cette question? Allez-y, Terry.

[01:08:00 Terry Audla apparaît en plein écran.]

Terry Audla : Merci. J'ai déjà mentionné dans mon introduction que j'ai eu le privilège de constater les mesures que prend la Nouvelle-Zélande pour protéger la langue Māori à l'aide de foyers de revitalisation linguistique. Il s'agissait essentiellement d'aîné·es à qui on faisait appel. Chaque jour, ils et elles s'asseyaient avec les enfants en âge préscolaire et parlaient en langue Māori, riche de sa propre culture, de ses propres légendes et contes, et de la création même du peuple Māori. Ça a permis d'inculquer à ces enfants d'âge préscolaire des bases très solides pour que la langue Māori reste forte.

J'ai découvert que pour l'inuktut, il y a maintenant une maison d'édition qui publie dans la langue, et la quantité de matériel publié, c'est une grande partie de ce avec quoi j'ai grandi, [langue autochtone], toutes ces légendes avec lesquelles j'ai grandi. Les avertissements de ma mère, qui me disait de me tenir loin des eaux libres et des fissures dans la glace. Elles sont si riches dans leur compréhension du bien et du mal, des conséquences d'un mauvais comportement, ou d'un comportement imprudent. Elles font envie à Hans Christian Andersen.

Une chose qui, à mon avis, ne peut qu'enrichir notre nation, c'est d'avoir tous ces récits, de les mettre en évidence, de les diffuser sur les sites de médias sociaux et de les rendre facilement accessibles pour que nos jeunes puissent lire et comprendre ces contes d'origine et ces légendes, et comment le monde a été créé, comment les gens ont été créés. À mon avis, ça ne fait que solidifier le véritable tissu de notre nation.

[01:10:26 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci, Terry. Mandy, la parole est à vous.

[01:10:35 Mandy Bayha apparaît en plein écran.]

Mandy Bayha : J'aimerais d'abord mentionner que là où je viens, dans l'Arctique, pas aussi haut que Terry, mais tout de même, c'est l'un des climats les plus rudes du monde.

Et ce que j'ai appris des histoires, des aîné·es et des gardien·nes du savoir, c'est que nous ne nous sommes pas contenté·es de survivre à des conditions difficiles, nous nous sommes épanoui·es, nous avons profité de la vie. Et je me demande, comment est-ce que c'est possible? Parce que nous sommes des expert·es dans l'art de l'adaptation. Nous nous adaptons souvent très bien et rapidement à des circonstances imprévisibles. Notre identité profonde et la manière dont nous en sommes arrivés là constituent une excellente réponse, une excellente source d'inspiration pour les contenus destinés aux réseaux sociaux.

Certes, nous ne vivons plus dans les conditions difficiles d'autrefois, mais il n'en reste pas moins que les jeunes de ma génération, en particulier, vivent une vie très différente de celle de leurs grands-parents et arrière-grands-parents. Néanmoins, nous sommes toujours Déné·e, nous sommes toujours là. Et ce que nous avons toujours su faire, à chaque période de notre histoire, c'est observer ce qui nous entoure, prendre ce que nous avons et l'adapter, qu'il s'agisse de quelque chose qui nous appartient ou qui nous a été apporté. Peu importe ce qui se passait autour de nous, nous nous sommes adapté·es. Nous utilisons ces nouveaux éléments comme des outils pour continuer à faire vivre ces parties importantes et vitales de notre identité.

Je pense que les médias sociaux sont extraordinaires. Oui, il y a la technologie. Tous ces éléments qui laissent place à la créativité pour commencer à revitaliser la langue sur ces plateformes. J'aime voir les gens écrire sur Facebook, ou ailleurs, et essayer d'écrire dans la langue. L'une des choses les plus importantes à garder à l'esprit, en particulier dans ces espaces, c'est que, comme pour toute langue en général, nous devons être aimables les un·es envers les autres.

Ça demande beaucoup de vulnérabilité d'apprendre sa langue pour la première fois, sans être capable de bien la parler. Ce que j'entends de ceux et celles qui apprennent la langue, c'est le manque d'assurance. Et ça me dérange vraiment personnellement, parce que ce qui empêche nos jeunes d'essayer d'apprendre, c'est la peur et la timidité, ils et elles se sentent vulnérables. Nous devons tous et toutes être aimables, les encourager et les soutenir, et non pas dire « ça ne s'écrit pas comme ça » ou « ça ne se dit pas comme ça ». Il existe des moyens d'amener avec amour les gens à se connecter à leur langue, car il s'agit d'une expérience spirituelle très vulnérable, profondément enracinée dans la guérison.

En réalité, la seule façon d'y arriver est par la gentillesse. Si nous sommes devenu·es ce que nous sommes, c'est parce que nous avons réussi à nous adapter. Je suis tout à fait partante. Il y a de nouvelles choses passionnantes à apprendre dans le processus de création de contenu. C'est ce que l'on voit de nos jours. C'est très courant de voir des gens apprendre leur langue ou la transmettre. C'est très valorisant.

En tant que mère, je suis extrêmement heureuse que mes enfants grandissent à une époque où ils et elles peuvent se reconnaître à travers les influenceurs et influenceuses, à travers l'espace, où la langue est écrite. Ce n'est plus quelque chose qui est caché. Ce n'est plus quelque chose que vous devez cacher de vous-même. Je suis vraiment reconnaissante que mes enfants vivent une expérience différente de la mienne, de celle de ma mère ou de celle de mes grands-parents. Nous avons de plus en plus ces conversations et ces plateformes pour partager, et c'est incroyable. Mahsi.

[01:14:12 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci, Mandy. Tasha, voulez-vous ajouter quelque chose?

[01:14:25 Tasha Cloutier apparaît en plein écran.]

Tasha Cloutier : Oui. L'année dernière, j'ai assisté à une conférence linguistique de la Métis Nation. Un grand nombre d'intervenant·es sont venu·es des différents groupes de gouvernements. Il existe de nombreux dialectes du michif, il y avait donc des locuteurs et des locutrices de tous les dialectes. C'était une excellente conférence.

Il y avait un enseignant à cette conférence. Il s'appelle Samson LaMontagne. Samson a une page Instagram. Je crois qu'il n'a fait que quelques vidéos. Il a raconté son histoire, et il a fait quelques vidéos en parlant le michif et en essayant de rendre la chose amusante. Et ça a fonctionné. Il est la personne la plus inspirante qui soit, je vous encourage à vous renseigner sur lui. Il est un excellent influenceur sur les médias sociaux pour la revitalisation du michif. J'ai eu un réel coup de cœur pour lui.

C'est un enseignant, et il a probablement déterminé que c'était la meilleure façon d'atteindre ses élèves. Je le suis depuis ce moment et il est très amusant à regarder.

Beaucoup d'influenceurs et d'influenceuses sur les médias sociaux ramènent la langue et essaient d'encourager plus de jeunes, et des gens comme moi qui suis sur les médias sociaux, à apprendre différentes phrases.

Je m'en suis souvenue d'une chose récemment. Il n'y a qu'un seul locuteur dans ma famille, mon oncle Mike. Je lui ai écrit et je ne vous dirai pas pour quelle raison. En fait, je vais vous dire pourquoi. Je songeais à peut-être me faire tatouer. Je n'ai jamais eu de tatouage auparavant. Et j'aimerais que ce soit dans la langue des Malécites. J'essayais de trouver des mots.

Je lui écris en disant : « Mon oncle, pouvez-vous me dire comment on dit "résilient" dans la langue des Malécites? ». Il m'envoie un court enregistrement de lui disant « résilient ». Mais, comme l'a dit Mandy, c'était une phrase entière. Ça ressemblait à [elle sourit et marmonne des mots inintelligibles]. J'ai encore l'enregistrement sur mon téléphone. Je l'ai cherché il y a quelques minutes.

Et j'ai dit : « Mon oncle, non, j'ai besoin d'un seul mot ». Il m'a dit : « Tasha, ce n'est pas comme ça que fonctionne notre langue ». Parce que ce qu'il a fait, c'est vraiment décrire de manière très distincte ce que signifie être résilient. Je ne me souviens pas exactement de ce qu'il a dit, mais ça voulait dire quelqu'un qui est capable de résister à la tempête. C'était très, très précis et pas du tout un seul mot.

Comme Mandy l'a dit tout à l'heure et ça m'a vraiment interpellée, nos langues sont belles en ce sens qu'elles ne sont pas littérales, c'est ce que je veux dire. Il faut beaucoup de belles descriptions pour dire quelque chose qui semble simple en anglais, mais qui ne l'est pas dans nos langues. Je voulais partager cette histoire, puisque j'en ai eu l'occasion.

Mais pour en revenir au sujet, regardez Samson LaMontagne et d'autres influenceurs et influenceuses, et leurs façons de ramener la langue et d'amener les gens à suivre le mouvement grâce à la technologie. Merci.

[01:17:27 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci. Pour continuer sur le sujet, sur comment les choses se traduisent dans d'autres langues.

[01:17:34 Josianne Paul apparaît en plein écran.]

Josianne Paul : Terry, vous m'avez dit hors ligne que vous aimeriez en dire une peu plus sur la façon dont le système d'information géographique se traduit en inuktut. Souhaitez-vous poursuivre sur le sujet?

[01:17:54 Terry Audla apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Terry Audla, Canada School of Public Service / Terry Audla, École de la fonction publique du Canada.]

Terry Audla : Oui, et c'est une transition parfaite à ce que disait Tasha. C'est cette expression très technique en anglais qui m'a vraiment posé problème quand je faisais rapport à l'Inuit Uqausinginnik Taiguusiliuqtiit et que j'avais le privilège de me rendre dans chaque communauté pour discuter avec tous les comités locaux chargés des terres et des ressources de tous les concepts et de la situation des Inuits sur leurs terres, en essayant de comprendre la terminologie et la façon dont les choses sont dites lorsqu'il s'agit de tous ces termes techniques liés à la gestion des terres.

Pendant une réunion avec un de ces comités, les membres étaient regroupé·es autour des cartes de leur région, qu'ils et elles connaissaient bien. À chaque fois, l'un·e des aîné·es a mis le doigt sur la carte. Dès que l'aîné·e posait le doigt sur la carte, on pouvait sentir qu'il ou elle quittait la pièce. L'aîné·e vivait et revivait l'endroit où il ou elle avait grandi, où il y avait une faune abondante, où il y avait des zones considérées comme sacrées.

C'est à ce moment-là que j'ai compris que c'était ce que je voulais saisir dans un format numérique. C'est un système d'information géographique. Lorsque je leur ai expliqué ce concept, c'était une expérience très révélatrice, parce que les langues des différentes cultures sont si importantes pour décrire le monde dans lequel elles vivent. Et comme l'a dit Tasha, ce n'est pas littéral au sens propre, c'est en fait une description de votre situation actuelle sur cette planète. Lorsque je suis revenu avec la terminologie du système d'information géographique en inuktut, c'est ce qui m'a vraiment aidé à faire mon travail et à aider les Inuits à gérer ces terres.

Je souhaitais le partager, et je vous remercie, Tasha, de me l'avoir rappelé.

[01:20:19 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Tasha, voulez-vous ajouter quelque chose?

Tasha Cloutier : Non, pas du tout. C'est parfait.

Josianne Paul : Désolée. [inaudible.]

Tasha Cloutier : C'était parfait, je n'ai rien à ajouter. C'était génial.

Josianne Paul : Parfait. Je voulais juste m'assurer que je vous avais donné à tous et toutes la possibilité de partager tout ce que vous aviez à dire.

Pour conclure, j'aimerais demander à chacun·e d'entre vous de me dire, en quelques secondes, quel est le plus grand enseignement que vous avez tiré de votre travail dans le domaine de la préservation et de la revitalisation des langues autochtones? Nous pourrions commencer par vous, Gaëlle.

Donc, Gaëlle, est-ce que tu peux me donner ta plus grande leçon apprise, rapidement, à ce niveau-là?

[01:21:04 Gaëlle Mollen apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Gaëlle Mollen, Canadian Museum of History and Canadian War Museum / Gaëlle Mollen, Musée canadien de l'histoire et Musée canadien de la guerre.]

Gaëlle Mollen : Oui. Bien en fait, je vais parler personnellement. Dans le fond, j'ai déjà mentionné que la langue inno c'est ma langue maternelle. Vraiment, la plus grande leçon que j'ai apprise et tout ça en travaillant avec les langues, c'est vraiment de la parler constamment, de la transmettre et de vraiment prendre du temps pour la langue elle-même. Habitant dans la région de Gatineau, Ottawa, je suis très loin de la Côte-Nord. Donc il n'y a pas vraiment beaucoup de locuteurs de ma langue maternelle ici à Gatineau. Donc je parle avec ma sœur qui habite ici avec ma mère tous les jours en inno et je transmets aussi la langue à ma fille. Donc vraiment la transmission est quelque chose que l'on doit prioriser à la maison, parce que la transmission d'une langue commence à la maison et par la suite à l'école.

Mais c'est cela, de résister malgré le fait que le français et l'anglais sont vraiment les langues dominantes. J'essaie vraiment chaque jour de parler ma langue le plus possible.

[01:22:03 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Vivez-la et gardez-la en vie. Même si ce n'est qu'au niveau de votre famille, c'est important de ne pas abandonner. En gros, c'est ce que je comprends de ce que vous avez dit.

Une autre personne souhaite partager un enseignement qu'elle a appris? Mandy.

[01:22:25 Mandy Bayha apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Mandy Bayha, Western Arctic Field Unit, Parks Canada / Mandy Bayha, Unité de gestion de l'Arctique de l'Ouest, Agence Parcs Canada.]

Mandy Bayha : Je ne suis pas sûre qu'il s'agisse vraiment d'un enseignement tiré, mais plutôt de ma première grande prise de conscience. Parce que j'ai grandi avec cette langue comme langue maternelle, je n'ai pas vraiment compris que je me trouvais dans des visions différentes du monde. Je m'exprimais dans ma langue en grandissant, et j'ai ensuite appris l'anglais, je n'ai pas compris qu'il y avait une différence jusqu'à ce que je devienne mère pour la première fois.

J'étais enceinte de mon premier fils, mon grand-père était assez âgé à ce moment-là et je savais qu'il ne pourrait probablement pas être là pour voir mon petit garçon devenir un homme. Je me suis donc assise avec lui. Je suis rentrée chez moi pendant un certain temps parce que je ne vivais pas ici à l'époque. Je suis rentrée à la maison et je me suis assise avec lui pendant une semaine entière. Chaque jour, je l'ai enregistré. Je lui ai dit : « Grand-père, tu ne seras plus là quand mon fils sera plus grand, alors quelles paroles de sagesse, quelles connaissances veux-tu lui transmettre pour que je puisse les lui faire écouter quand il sera plus grand? » Et pendant toute une semaine, c'est ce que nous avons fait. Nous avons juste parlé. Je me suis dit que j'allais écrire un livre sur la vie de mon grand-père en me basant sur les histoires qu'il m'avait racontées.

Mais ensuite, je n'ai pas pu. Je me suis demandé pourquoi. Je me suis rendu compte que le système éducatif vous conditionne à penser les choses de manière linéaire, et que mon grand-père, lorsqu'il me parle, a une compréhension du temps complètement [différente]. Tout est question de relations. Je me suis dit : « Oh mon Dieu ». Je me disais : « Bon, il est né en mille neuf cents quelques », et ensuite je suivais l'ordre chronologique.

Mais non. J'étais assise et je l'écoutais. Au moment de ma visite, j'étais simplement dans le moment présent, mais quand j'y suis retournée après sa mort, c'est en écoutant ses histoires que j'ai eu ma plus grande réalisation. Je n'avais aucune idée que je pensais également à une vision du monde différente lorsque je parlais ma langue ou que je parlais en anglais. C'est ce que je recherche en permanence comme indicateur de nombreuses choses.

C'est pourquoi je pense que les personnes qui s'apprêtent à apprendre leur langue doivent être très indulgentes avec elles-mêmes, car le contexte dans lequel nous socialisons dans notre langue est également menacé. Ce n'est pas facile d'apprendre une langue quand il y a toute une vision du monde, une culture, une façon de penser, de connaître et d'être impliqué·e dans cette langue. Soyez indulgent·e avec vous-même et considérez-le comme un moyen de vous connecter à qui vous êtes, à votre histoire, à votre famille. Et merci. Mahsi.

[01:24:47 Écran partagé : Josianne Paul et les panélistes apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Josianne Paul : Merci. Désolée, j'ai eu du mal à réactiver mon micro. Ça devait se produire au moins une fois au cours de cet événement.

Je pense que ça conclut l'événement d'aujourd'hui. Merci beaucoup d'avoir partagé avec nous votre expérience professionnelle, mais aussi de nous montrer comment elle est liée à votre expérience personnelle et vécue.

[01:25:12 Josianne Paul apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Josianne Paul, Canada School of Public Service / École de la fonction publique du Canada.]

Josianne Paul : Les langues sont des choses vivantes. Comment les langues sont des choses vivantes avec lesquelles il faut travailler pour les préserver, les revitaliser et les voir grandir.

[01:04:11 Texte à l'écran : Closing Remarks: Preserving and Revitalizing Indigenous Languages in Canada / Conclusion: Préserver et revitaliser les langues autochtones au Canada.]

Josianne Paul : Si nous voulons les voir grandir et s'épanouir, nous devons prendre soin d'elles autant que de notre culture et de nous-mêmes. Il y a beaucoup de choses sur lesquelles nous devrons réfléchir. Je constate en vous regardant à l'écran que, comme moi aujourd'hui, cette conversation nous amène à une réflexion plus profonde, après avoir écouté ce que vous avez partagé avec nous aujourd'hui. Je suis profondément reconnaissante d'avoir eu l'occasion de discuter avec vous aujourd'hui.

Au nom de l'École de la fonction publique du Canada, je tiens à vous remercier à nouveau, ainsi que l'ensemble de notre auditoire qui, partout au pays, a pris le temps de recevoir le savoir qui nous a été transmis aujourd'hui et de participer à la discussion. J'espère que vous avez apprécié l'événement autant que j'ai aimé le modérer aujourd'hui et que vous en repartirez inspirés tout comme moi. Donc l'École a encore d'autres événements et des cours à offrir. Je vous encourage à visiter notre site Web pour trouver plus d'informations.

Je vous encourage à visiter notre site Web pour vous tenir au courant de ce que l'École a à offrir.

Et encore une fois, Encore une fois,merci. Merci. Miigwech. Je vous souhaite une excellente journée. À toutes et à tous. Merci. Au revoir.

[01:26:52 Le logo animé de l'EFPC apparaît à l'écran.]

[01:26:58 Le mot-symbole du gouvernement du Canada apparaît à l'écran.]

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