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Améliorer l'intendance environnementale et les politiques grâce à la science autochtone (IRA1-V74)

Description

Cet enregistrement d'événement porte sur la manière dont la science autochtone permet d'améliorer l'intendance environnementale et d'éclairer les politiques publiques, alors qu'on présente le fruit du travail de Myrle Ballard visant à faire le pont entre les systèmes de savoirs autochtones et occidentaux à l'échelle gouvernementale, universitaire et communautaire.

Durée : 01:20:12
Publié : 27 octobre 2025
Type : Vidéo


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Améliorer l'intendance environnementale et les politiques grâce à la science autochtone

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Transcription : Améliorer l'intendance environnementale et les politiques grâce à la science autochtone

[00:00:01 Le logo animé de l'EFPC apparaît à l'écran.]

[00:00:03 Le logo s'estompe pour laisser place au Dr Jordan Hollman.]

Dr Jordan Hollman (Environnement et Changement climatique Canada) : Bonjour. Bienvenue à notre événement d'aujourd'hui intitulé « Améliorer l'intendance environnementale et les politiques grâce à la science autochtone ». Je suis le Dr Jordan Hollman et je serai votre animateur aujourd'hui. Je suis agent de l'évaluation environnementale à la Direction générale de la protection de l'environnement chez Environnement et Changement climatique Canada. Avant d'aller plus loin, j'aimerais souligner que je m'adresse à vous depuis Ottawa, le territoire traditionnel non cédé du peuple des Algonquins Anichinabés. Je vous encourage à prendre un moment, où que vous soyez, pour reconnaître le territoire autochtone traditionnel où vous vous trouvez aujourd'hui.

[00:00:51 La caméra recule pour montrer le Dr Jordan Hollman et la Dre Myrle Ballard assis ensemble.]

Je suis très heureux de vous présenter notre invitée d'aujourd'hui, la Dre Myrle Ballard. La Dre Ballard est titulaire d'une Chaire de recherche du Canada et professeure agrégée à la faculté des sciences de l'Université de Calgary. Elle travaille au département de la terre, de l'énergie et de l'environnement. Elle est une universitaire anichinabée de la Première Nation du lac St. Martin et titulaire d'un doctorat en gestion des ressources naturelles et de l'environnement. Elle est formée à la fois à la science occidentale et à la science autochtone, c'est donc en quelque sorte la personne idéale pour nous aider à combler ce fossé. Ses recherches portent sur la science autochtone, en particulier sur les connaissances environnementales et la compréhension écologique intégrées dans les modes de connaissances autochtones.

De 2022 à 2024, la Dre Ballard a été la première directrice de la Division des sciences autochtones à Environnement et Changement climatique Canada. À ce titre, elle a été la principale responsable de la création de la première division permanente des sciences autochtones du gouvernement du Canada, qui a permis de faire progresser l'intégration des sciences autochtones dans la politique environnementale et la prise de décision. Cette initiative s'inscrit dans le cadre de l'engagement du Canada en faveur de la réconciliation, et répond à l'appel de la Commission de vérité et réconciliation du Canada en faveur de l'intégration des systèmes de connaissances autochtones au sein du gouvernement et dans le milieu universitaire.

Les recherches de la Dre Ballard consistent notamment à documenter les conséquences des inondations et les mesures d'intervention d'urgence déployées dans sa communauté d'origine, la Première Nation du lac St. Martin, et dans les régions avoisinantes. Elle explore également l'utilisation de l'anishinaabemowin comme référence pour le suivi des changements de l'écosystème, en analysant comment les noms initiaux des lieux et des caractéristiques naturelles peuvent refléter des indicateurs environnementaux. Sur ce, c'est un honneur de vous avoir parmi nous, Dre Ballard.

[00:03:06 Une diapositive apparaît à l'écran : La triple perspective, l'intendance anichinabée Les lois et la surveillance de la biodiversité. Myrle Ballard, Ph. D.

Département de la terre, de l'énergie et de l'environnement Faculté des sciences, Université de Calgary, Calgary (Alberta) (Logo de l'Université de Calgary dans le coin inférieur droit)]

[00:03:22 Une diapositive apparaît à l'écran : Aperçu La triple perspective Nos relations La science autochtone Les lois de l'intendance anichinabée et autochtone La science occidentale]

Dre Myrle Ballard (Sciences autochtones et durabilité) : Oui. Je vous remercie de m'avoir invitée. Cet après-midi, je vais parler du travail que je fais, principalement dans le cadre de la triple perspective, de l'intendance anichinabée et des lois et de la surveillance de la biodiversité, à l'aide de la triple perspective. Je vais faire une présentation, mais je ne serai pas la seule à parler pendant cette présentation. Je sais que vous allez me poser des questions, et chaque fois qu'une diapositive apparaîtra, si vous en avez envie, vous pouvez intervenir.

La discussion d'aujourd'hui porte sur les recherches que je mène sur la triple perspective, et plus particulièrement sur nos relations, la science autochtone et la science occidentale. Dans le cadre de la science autochtone, nous avons les lois sur l'intendance anichinabée, que je vais décrire plus en détail.

[00:03:41 Une diapositive apparaît à l'écran : La science autochtone Un système de connaissances distinct, éprouvé par le temps et méthodologique qui peut améliorer et compléter la science occidentale (ECCC 2022) Les pratiques et les systèmes de connaissances des peuples autochtones, qui sont ancrés dans leurs traditions culturelles et leurs relations avec le contexte autochtone (ECCC 2022) Elle donne naissance à diverses technologies, comme la chasse, la pêche, la culture de végétaux, la navigation, l'architecture, l'art et la guérison (Cajete 2000) Elle consiste dans la connaissance des plantes, du comportement des espèces, de la terre et de l'eau Elle n'est pas ancienne, mais est en constante évolution en temps réel]

La science autochtone est très précise, elle est différente des connaissances autochtones, des systèmes de connaissances autochtones. Si on parle de systèmes de connaissances autochtones, il faut aussi parler de systèmes de connaissances occidentaux, parce que nous comparons toujours les deux sciences, nous comparons le travail avec la science autochtone et la science occidentale. Et elle diffère aussi du savoir traditionnel, ce n'est pas la même chose, ce sont deux choses très différentes. La science autochtone porte sur les connaissances détenues par les peuples autochtones depuis des temps immémoriaux. Il s'agit d'une science en temps réel, en constante évolution. Elle n'est pas statique, elle est en constante évolution.

La science autochtone connaît les terres, les eaux, parce qu'il s'agit d'événements en temps réel, d'activités en temps réel. Les scientifiques autochtones sont les premiers à intervenir sur le terrain. Ça signifie, par exemple, s'il y a un accident, qu'il est arrivé quelque chose, c'est une ambulance qu'il vous faut. Ils sont les premiers intervenants en cas d'accident. Et parce que les peuples autochtones, bien évidemment, ont ce lien avec la terre et les eaux. Ils savent ce qui se passe sur la terre. Ils sont les premiers intervenants et ils transmettent ces connaissances pour que nous puissions tous agir en conséquence.

Dr Jordan Hollman : Oui. Ce qui est intéressant et que j'aimerais soulever, c'est ce dont vous avez parlé, que la science autochtone n'est pas seulement une vieille connaissance, une connaissance historique. Quand on parle de, vous savez, c'est presque comme une chose vivante. Et quand j'essaie de le regarder du point de vue de la science occidentale, elle est vraiment construite sur la méthode scientifique. Vous avez des observations et des hypothèses, puis vous construisez. Et quand je vous écoute en parler, j'ai l'impression que la science autochtone repose également sur des observations, des observations multiples et répétées. C'est bien ça?

Dre Myrle Ballard : Oui. Oui, tout à fait, parce que la science autochtone est la connaissance de la terre, et elle repose sur des observations, des observations répétées. Les Autochtones savent quand tout va bien et quand tout va mal. C'est pourquoi les observations répétées, c'est la même méthode que la science occidentale, mais c'est un peu différent. C'est à la fois des aspects qualitatifs et quantitatifs, parce qu'on utilise ces deux systèmes pour déterminer ce qu'est la science, dans le cas de la science autochtone. Par exemple, quand les peuples autochtones fabriquent des médicaments, il s'agit d'une méthode quantitative, mais c'est la même chose que d'aller dans un laboratoire pour faire des expériences, que vous faites une analyse quantitative, et c'est la même chose que la science autochtone. Les scientifiques autochtones savent qu'il ne faut pas prendre de plantes qui proviennent d'une zone contaminée pour faire des médicaments. Elles doivent être loin de ces endroits, où il n'y a pas de contamination. Et ça implique un… quand vous prenez nos sens, par exemple, les plantes doivent avoir une certaine texture au toucher, elles doivent goûter d'une certaine manière, elles doivent sentir d'une certaine manière, et aussi, vous devez entendre ce qu'il y a dehors. Et tous ces éléments sont quantitatifs. Et quand vous prenez… quand vous fabriquez des médicaments, vous devez constamment vous adapter à la couleur du médicament que vous fabriquez. Et les plantes qui doivent être cueillies doivent l'être à un certain moment, vous ne pouvez pas aller cueillir les plantes n'importe quand, elles doivent avoir une certaine apparence. Il y a aussi des protocoles pour la cueillette des plantes, les plantes médicinales par exemple. Et les changements dans l'eau, aussi, les Autochtones savent quand il y a des changements dans l'eau, parce qu'ils associent certains insectes, certaines plantes à l'eau. Quand un cheval boit de l'eau, c'est que l'eau est bonne. Quand un cheval ne boit pas d'eau, et n'importe quel autre animal sauvage, par exemple, c'est une bonne indication pour savoir si l'eau est bonne.

Dr Jordan Hollman : Oui. Et je suis curieux. C'est très intéressant de constater que la science autochtone comporte également un volet quantitatif important. Et je suis curieux de savoir si la science autochtone est semblable à la science occidentale, dans ce sens où il y a une sorte de processus itératif d'apprentissage au fil du temps, comme si un élément s'ajoutait au suivant et qu'on apprenait au fur et à mesure qu'on voyait ce qui fonctionnait. Comment construire une sorte de science vivante?

Dre Myrle Ballard : Oui. Ça se construit au fil du temps. Par exemple, l'eau, parlons-en. La connaissance de l'eau par les peuples autochtones s'est construite au fil du temps, c'est un processus itératif parce qu'ils savent comment était l'eau. Par exemple, dans le cas d'anishinaabemowin, les mots utilisés sont des noms de lieux précis. Ils connaissent l'eau, le nom des lieux, de certains points du bassin versant, de l'écosystème. Ils ont été nommés en fonction de leur rôle dans l'écosystème. Le processus change. C'est un processus itératif où les connaissances sont construites les unes sur les autres, mais en même temps, ils savent que c'est là que la différence devient importante. Ils connaissent les noms initiaux des espaces et des lieux, par exemple autour de l'eau, parce que ce sont eux qui vivent dans la région, qui l'utilisent, contrairement à un scientifique occidental qui est simplement envoyé dans une

région, y reste un certain temps, puis s'en va. La prochaine fois, ce sera peut-être un scientifique différent qui viendra, mais pour les peuples autochtones, c'est toujours la même chose et les connaissances se construisent, elles se construisent les unes sur les autres. Ils connaissent les changements qui se produisent depuis les noms initiaux, après l'histoire orale, la tradition orale et les événements qui se déroulent en temps réel.

Dr Jordan Hollman : Oui, c'est une façon très intéressante de penser, parce que, prenons un scientifique occidental, vous allez le voir et vous lui dites que dans la science autochtone, le nom d'un lieu vous renseigne à son sujet. Et lui se dirait que ce n'est pas fondé sur des données ou sur la science. Mais ce qui est important et ce que j'entends, c'est qu'il faut comprendre que c'est une manière d'être différente, une manière culturelle de transmettre le savoir. Ce n'est pas parce que les noms ont une unique signification pour la culture occidentale ou coloniale, le nom fait presque partie de ce processus scientifique. C'est en quelque sorte de cette manière que les connaissances ont été sécurisées et transmises, ce qui ne veut pas dire qu'elles n'ont jamais été quantitatives, ni que nous ne les associons pas à la science normale. Ça fait partie de la culture et de la manière dont elles sont transmises. C'est… oui, c'est très intéressant.

Dre Myrle Ballard : Oui. La connaissance n'est pas ancienne, elle est en constante évolution et se fonde sur des événements et des changements en temps réel. L'important, dans le cadre de la triple perspective, ce sont nos relations, c'est-à-dire tout ce qui existe en dehors des humains. Par exemple, les terres, les eaux, toutes les espèces, la flore et la faune, ce sont là nos relations. Les peuples autochtones savent que nous vivons avec nos relations et que nous en sommes responsables. Nos relations, en raison du lien étroit des peuples autochtones avec la terre et, comme je l'ai dit, du fait qu'ils sont les premiers intervenants face à tout ce qui se passe sur les terres, remontent jusqu'aux espèces. Les peuples autochtones sont la voix de nos relations. C'est donc important d'écouter nos relations, ce qu'elles ont à dire, parce que leur voix compte. Nous devons apprendre à écouter ce que dit l'eau, parce qu'en tant que scientifiques, nous prenons toujours des décisions pour l'eau, pour la terre et pour les espèces. Et nous arrêtons-nous jamais pour leur demander ce qu'ils veulent, ce qu'ils souhaitent? Notre relation avec la triple perspective consiste à nous arrêter, à apprendre à écouter la terre, à apprendre à écouter l'eau. Qu'est-ce que l'eau nous dit exactement, et nous devons écouter ce qui ne va pas avec l'eau.

Dr Jordan Hollman : Oui, et j'aime beaucoup cette triple perspective dans votre recherche parce que – et vous pouvez m'aider à m'assurer que je comprends bien – mais le modèle le plus courant pour la science autochtone, c'est quelque chose que j'ai entendu appeler l'approche à double perspective, où vous avez la perspective de la science occidentale et la perspective de la science autochtone, et vous essayez de les tisser ensemble. Et votre triple perspective apporte un troisième élément, à savoir la connaissance de la terre et la voix de la terre elle-même. C'est bien ça? Donc…

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : Oui. Et c'est très intéressant pour moi parce que souvent, et je ne sais pas si c'est un aspect de la culture occidentale ou si nous sommes simplement comme ça en tant que personnes, mais nous voyons… nous nous demandons ce que nous avons besoin, ce que nous avons besoin de la terre, ce que nous exigeons de l'eau. Et nous ne nous demandons

pas vraiment ce que veut la terre, ce dont elle a besoin. Est-ce que c'est une bonne compréhension de ce que vous…

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : … voulez dire avec la triple perspective?

Dre Myrle Ballard : Oui, vous… Oui, je pense que vous y être presque… (rires)

Dr Jordan Hollman : J'y suis presque, j'ai un peu progressé.

Dre Myrle Ballard : Vous y arrivez, oui. Nous progressons. Je pense que c'est très important de comprendre, par exemple, qu'en grandissant, et c'est ma mère qui m'a appris à connaître ce qui m'entoure, en me parlant du bruit que font les feuilles, de la façon dont les arbres, quand il y a du vent, le bruit des feuilles, le bruit de la pluie qui arrive, ce sont là les indicateurs. Et quand la terre est détruite, par exemple, la recherche que j'ai menée portait sur les inondations, les inondations causées par les humains, c'est-à-dire anthropiques, et sur les changements de ce qui était un moyen de subsistance durable dans la communauté, et où la terre a été complètement détruite, décimée par l'inondation. Il faut observer les changements dans le paysage et la végétation et déterminer les indicateurs de ces changements. C'est là que la connaissance de la terre par les peuples autochtones est vraiment importante, parce que ce sont eux qui vivent sur place et qui savent reconnaître ces changements.

Si les grenouilles vivent dans… nous vivons près de l'eau, dans un sens ou dans l'autre, c'est leur habitat. Les peuples autochtones savent que s'il n'y a pas de grenouilles, s'ils n'entendent pas le son des grenouilles, et c'est courant quand vous vivez à la campagne, au printemps, vous entendez des grenouilles. Quand j'ai parlé aux aînés dans le cadre de mes recherches, ils m'ont dit qu'ils avaient nommé la plupart de ces indicateurs de changement. Quand il n'y a plus de grenouilles, quand on ne les entend plus, ça signifie que quelque chose ne va pas avec la terre. Ils ont également nommé des oiseaux qui ont disparu à cause des inondations et du changement dans le paysage. Par exemple, si un scientifique occidental se rendait au lac St. Martin et constatait qu'il n'y a pas d'eau, le rapport qu'il rendrait indiquerait qu'il n'y a pas d'eau. Mais ce que le scientifique occidental ne parvient pas à saisir, c'est l'histoire des changements qui s'opèrent sur la terre. Le scientifique occidental n'était pas là lorsqu'il y a eu une inondation, lorsqu'elle a détruit les moyens de subsistance des populations ou déplacé les petits animaux. C'est donc important d'avoir, de savoir, d'être là pour bien saisir cet aspect de la connaissance. Vous devez… vous devez le vivre.

Dr Jordan Hollman : Oui. C'est intéressant. Et vous avez parlé tout à l'heure de la science autochtone comme d'une chose vivante, et peut-être qu'une partie de cette connaissance autochtone, de l'histoire, est presque comme une condition de base. Et vous savez, je le présente à ma manière de scientifique occidental, n'est-ce pas? Vous avez des conditions de base et vous parlez aussi du son des grenouilles ou d'autre chose, et c'est un indicateur. Et c'est peut-être différent de la science occidentale, si nous cherchons un indicateur dans l'eau, nous mesurons un paramètre précis dans l'eau. Mais quand vous faites intervenir la troisième perspective et la terre qui parle, les grenouilles vivent le changement dans l'eau, elles savent que l'eau a changé. Et si ça les fait agir différemment, et encore une fois, je présente les choses à ma façon occidentale… il y a des processus scientifiques occidentaux tout à fait normaux qui

alimentent tout ça, mais c'est tellement complexe. Mais la grenouille le fait pour vous, cet élément complexe. Elle sent la terre, elle sait que quelque chose la change et elle vous le dit.

Est-ce que c'est une bonne analogie? J'essaie de le traduire dans la science occidentale pour moi-même.

Dre Myrle Ballard : Oui. C'est une bonne analogie. Et à partir de là, c'est la raison pour laquelle c'est une triple perspective, parce que vous devez utiliser les trois regards. Celui de notre relation, celui de la science autochtone et celui de la science occidentale. Vous devez utiliser les trois. Parce que pour être plus proactifs, pour protéger, pour conserver, nous devons utiliser les trois sciences. La perspective de nos relations est vraiment essentielle, parce que c'est l'objectif permanent, d'apprécier le travail d'ECCC, c'est-à-dire la protection, la manière de protéger et de conserver. N'est-ce pas? Alors, qu'est-ce que nous voulons protéger, qu'est-ce que nous voulons conserver? Nous voulons faire ce que nous pensons devoir faire. Comme je l'ai dit, les trois perspectives sont les regards de nos relations, ils demandent à nos relations de quoi elles veulent être protégées. Que veulent-elles conserver? Veulent-elles que leurs habitats soient protégés du développement, de l'exploration, etc.?

Dr Jordan Hollman : Et la science occidentale? Comment l'intégrer? Quand on dispose de certains indicateurs et qu'on a les connaissances nécessaires, est-ce qu'on commence à examiner des paramètres précis à l'aide de la science occidentale? Qu'est-ce qu'on fait?

Dre Myrle Ballard : Oui. Je vais vous l'expliquer plus en détail.

Dr Jordan Hollman : Je vais vous laisser présenter votre diapositive et vous pourrez alors l'expliquer.

[00:21:39 Une diapositive apparaît à l'écran : La triple perspective Une série de trois cercles équidistants sont disposés en triangle autour d'un autre cercle central portant l'inscription « Triple perspective ». Ces cercles forment trois parties égales d'un cercle plus grand. Le cercle supérieur est intitulé « Science autochtone » et entre celui-ci et le centre se trouvent les thèmes « Lois anichinabées : création, nature, langue, traditions ». Le cercle de gauche est intitulé « Nos relations » et entre celui-ci et le centre se trouvent les thèmes « Terre, Eau ». Le dernier cercle, à droite, est intitulé « Science occidentale » et entre lui et le centre se trouvent les thèmes « Biologie, Physique, Écologie, etc. » L'image porte la mention © Myrle Ballard, 2021.]

Dre Myrle Ballard : D'accord, oui. Par exemple, ce sont nos relations, la protection de la flore, de la faune, toutes les espèces. Ces photos proviennent toutes de ma communauté, si ça vous intéresse. Oui, ce sont toutes mes photos. Oui. Voici le cadre, et vous pouvez voir en haut que quand je parle aux aînés, j'utilise beaucoup de données probantes, parce que vous devez être précis dans les espaces et les lieux dont vous parlez. L'utilisation des noms autochtones est très importante, parce que c'est elle qui nous renseigne sur l'histoire de la terre, sur l'état originel de la terre ou des eaux, etc. À partir de là, nous pouvons commencer à développer les autres indicateurs de changement. Il ne s'agit pas… La science autochtone concerne les lois anichinabées d'intendance, c'est-à-dire la loi de la nature, la loi de la création, la loi des traditions et la loi de la langue. Tous ces éléments sont importants pour l'intendance, et je vais les définir dans la prochaine diapositive. Et dans le bas à gauche, en ce qui concerne l'eau et les poissons, ce sont nos relations. Si nous parlons au nom des poissons, ils nous disent que quelque chose ne va pas avec les eaux, et les eaux aussi, et les indicateurs aussi, que quelque chose ne va pas avec nos relations, par exemple, l'eau, le changement de couleur de l'eau, comme la façon dont (inaudible)… vous parlez de la science occidentale. Le changement de couleur de l'eau est un indicateur de la température de l'eau et de ce qu'elle contient. Et la science occidentale, c'est ma recherche. C'est dans la région du lac St. Martin que j'ai effectué les recherches, la surveillance, etc. Et ceux-ci sont très importants. Je voudrais parler du cadre de la triple perspective, de ce que peut être la science occidentale, et des différentes disciplines qui nous sont familières, avec par exemple la biologie, la chimie, etc. Ou encore l'ingénierie, parce qu'il s'agit de sciences occidentales.

[00:23:24 Une diapositive apparaît à l'écran : Ballard : Les lois anichinabées comparées aux méthodes occidentales. Une colonne énumère la Loi de la création, la Loi de la langue, la Loi de la nature et la Loi des traditions. Une deuxième colonne énumère la biodiversité, les écosystèmes et les biomes, la nature, le ciel et l'astronomie, l'écologie aquatique, la gestion, la conservation et la protection. Une ligne rouge relie chaque élément de la première colonne à chaque élément de la deuxième colonne.]

Dr Jordan Hollman : Oui, et il semble que la science autochtone intègre plus directement les valeurs, alors que la science occidentale est quelque peu, disons, agnostique en ce qui concerne les valeurs. C'est en quelque sorte très direct, voici les données, voici ce qu'elles nous disent. Mais à mon avis, la science autochtone construit directement les valeurs.

Dre Myrle Ballard : Oui. Je vais passer cette diapositive.

[00:23:52 Une diapositive apparaît à l'écran : Loi de la nature : loi concernant la façon dont la Terre a été créée; but initial des eaux, des terres, de l'air, de la flore et de la faune (cycles). Loi de la langue : science intégrée dans la langue autochtone concernant le rôle et le but de la loi de la nature (approche territoriale, espaces et lieux). Loi de la création : toute la vie sur Terre; équilibre, harmonie. Loi des traditions : enseignements de toutes les lois de la nature (Relationnel, Njinay, Patawa, Les sept enseignements)]

Dre Myrle Ballard : Par exemple, en ce qui concerne la loi de la nature, nous parlons de la science autochtone. La loi de la nature concerne l'état de l'écosystème, le système à son état originel. J'aimerais parler du système, des systèmes terrestres, de l'écosystème, tel qu'il était avant que les eaux ne soient détournées, par exemple, avant que des barrages ne soient construits, avant qu'il n'y ait une contamination de l'eau, disons par les égouts, qui détournent leurs déchets dans la rivière.

Donc, avant ça… c'est ce qu'est la loi de la nature, avant la contamination. La loi de la langue est très importante, parce qu'elle est liée à la loi de la nature. C'est une loi de la langue qui fait partie du conducteur. Par exemple, si je veux que vous compreniez l'anishinaabemowin aussi bien que moi, vous commencerez à comprendre les racines des espaces et des lieux qui portent des noms autochtones. La Saskatchewan est un très bon exemple. Saskatchewan est le mot anglicisé de Kisiskâciwan, qui signifie là où l'eau s'écoule, et ce nom a été donné avant les frontières, avant les frontières de la Saskatchewan. C'est un exemple de la façon dont les paysages changent, parce que si vous pensez à la Saskatchewan, elle est très plate. Il y a une certaine partie de la Saskatchewan qui a un contenu minéral très élevé, comme les champs de sel, ou le potassium, différents minéraux. Quand on regarde le paysage, on constate que les

peuples autochtones connaissaient bien le paysage et savaient tout de lui. À partir de là, on peut commencer à parler aux gens, puis trouver, en utilisant les deux sciences, autochtone et occidentale, les indicateurs d'un changement au fil du temps.

Dr Jordan Hollman : Quand vous intégrez ces deux éléments ensemble, occidental et autochtone, cherchez-vous… vous avez vos indicateurs scientifiques occidentaux, vous cherchez peut-être des choses précises, et ensuite quel type d'indicateurs viendrait de la partie autochtone dans cet exemple?

Dre Myrle Ballard : Oui. Par exemple, le nom autochtone serait la donnée de base, d'accord, le nom autochtone. Saskatchewan. Ce que signifiait la Saskatchewan à l'époque où elle a été nommée, comment elle a été nommée, pourquoi elle a été nommée. Quand vous commencez à identifier les changements au fil du temps, vous commencez à comprendre comment ces changements se produisent et vous commencez à suivre les changements dans le sol, par exemple, les arbres, est-ce qu'il y avait des arbres avant? Et l'identification de la salinité du sol, etc. Il y a différentes choses que vous surveillez.

Dr Jordan Hollman : Oui, et je pense que nous y reviendrons peut-être plus tard dans votre présentation, mais je suis vraiment curieux de savoir si vous avez des suggestions, une fois que vous avez obtenu ces informations, comment les utiliser? Oui. Mais..

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : Oui.

Dre Myrle Ballard : Notre loi de la création se réfère à tout, la Terre entière, tout. Elle comprend les corps célestes, les étoiles, c'est très important, parce que les Autochtones utilisaient les étoiles pour la navigation avant, ça fait partie du système. La loi des traditions fait référence aux enseignements traditionnels. Et c'est vraiment important aussi, parce que je parle l'anishinaabemowin, et beaucoup de mots qui ont été enseignés… je n'aime pas utiliser ce mot, qui ont fait partie de mon éducation, c'est un meilleur mot, parce qu'on ne m'a pas enseigné, comme on ne m'a pas enseigné de m'asseoir, vous voyez?

Dr Jordan Hollman : Oui.

Dre Myrle Ballard : … Voici la signification de ce mot, ce n'est pas ça.

Dr Jordan Hollman : Ça se mêle globalement à la vie, n'est-ce pas?

Dre Myrle Ballard : Oui, ça fait partie de la vie quotidienne. Les enseignements, par exemple, ressemblent beaucoup à l'éthique, à ce que nous appelons l'éthique, mais ce n'est pas de l'éthique. Ils font partie de la vie, de notre vie, de la vie quotidienne, de la façon dont nous traitons ce qui nous entoure. Nous avons des mots qui nous sont inculqués. Par exemple, le mot Njinay, qui s'adresse à soi-même. C'est un mot qui m'a été dit, de ne pas faire de mal à quoi que ce soit, j'en subirai les conséquences. C'est un peu comme le karma, mais pas tout à fait.

Dr Jordan Hollman : Oui, mais plus direct, plus dans l'instant?

Dre Myrle Ballard : Plus… oui, ça vous parle. C'est ce qui a guidé mon comportement. Patawa, ce n'est pas envers soi-même, mais envers les autres. D'autres souffriront de ce que vous faites. C'est ce que veut dire Patawa.

Dr Jordan Hollman : Oui.

Dre Myrle Ballard : Et les sept enseignements aussi, on nous apprend à respecter, à aimer, tout. Ça en fait partie. Aussi, une partie des autres enseignements consiste à prendre soin de ce qui est ici pour les sept générations suivantes. C'est très important. La préservation. Tout est dans la conservation, la préservation. La protection, tout. Oui.

Dr Jordan Hollman : Oui. Et je pense qu'à bien des égards, c'est une valeur partagée avec…

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : … au moins Environnement et Changement climatique Canada, de préserver l'avenir.

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : Et comprendre que ce n'est pas seulement pour nous, et que c'est…

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : … C'est plus grand que ça, c'est plus important que ça.

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : Oui.

Dre Myrle Ballard : Oui. C'est aussi une question de relations. Parce qu'une partie de la triple perspective concerne nos relations, la relation que nous avons avec tout, oui.

[00:31:06 Une diapositive apparaît à l'écran : Ce qui n'est pas la science autochtone. Des images de l'eau et de la terre sont présentées.]

La science autochtone est la loi de la nature, et quand nous commençons à modifier l'écosystème, les eaux, nous endommageons l'eau, nous endommageons les terres, et ce qui se trouve dans les terres, ce qui vit sur les terres.

Par exemple, voici une photo de ma communauté du lac St. Martin, prise en 2011, après environ 60 ans d'inondations. Il y a beaucoup plus d'histoire derrière, mais je ne vais pas entrer dans les détails. En haut à gauche, un canal ouvert a été construit pour détourner les eaux des inondations. La photo du bas montre le barrage de Fairford, une petite structure de contrôle de l'eau située à l'ouest du lac St. Martin, qui a causé beaucoup de dégâts aux terres du lac St.

Martin.

[00:32:16 Une diapositive apparaît à l'écran : Science autochtone : holistique, exempte de contamination, pure, formules, couleur, cohérence, saisons et temps, repos et régénération, conditions météorologiques, espèces, orale, terre, pas à vendre : utilisée seulement au besoin.
Science occidentale : compartimentée, exempte de contamination, pure ou mixte, formules, couleur, cohérence, saisons, repos et régénération, conditions météorologiques, espèces, écrite, salle de classe, à vendre : produit de masse.]

Il s'agit simplement d'une comparaison entre la science autochtone et la science occidentale, je ne vais pas entrer dans les détails. Beaucoup de gens connaissent les bases, alors je ne vais pas entrer dans les détails. Mais la différence, je pense, c'est que la science autochtone est plus holistique et que la science occidentale est plus compartimentée.

Et c'est là que nous devons travailler davantage ensemble, parce que la science occidentale… Je ne pense pas que la science occidentale puisse apprendre de la science autochtone, si elle commence à inclure la science autochtone dans le travail qu'elle fait, parce que les sciences sont les mêmes - différentes, des concepts différents pour certaines, mais c'est la même chose. Quand je parle de pont et de tissage, la division de la science autochtone, il s'agit de pont, de tressage et de tissage. Je pourrais peut-être en parler un peu plus.

[00:33:24 Une diapositive apparaît à l'écran : Méthodologie : tradition orale, histoire orale, narration, recherche participative communautaire, écoute, aînés et aînées, détentrices et détenteurs du savoir, et jeunes. Des images d'aînés et de membres de la communauté sont présentées.]

Les ponts et le tressage, et quand je parle des premiers intervenants, ce sont eux qui savent ce qui se passe sur le terrain, s'il y a quelque chose d'anormal, les observations, si quelque chose n'a pas le bon goût, ce qu'ils voient. Ça, c'est un concept de tressage. Avec la division de la science autochtone, il y a un pont, c'est-à-dire que quand vous construisez un pont, par exemple, vous construisez un pont pour relier des éléments, n'est-ce pas? Comme un pont au-dessus d'une rivière, pour relier des terres, etc. Oui, c'est un lien. C'est aussi le cas pour la science autochtone et la science occidentale : vous créez un pont. Et je sais que vous avez une question.

Dr Jordan Hollman : Oui. J'étais juste en train de réfléchir et de regarder votre dernière diapositive. Et quand vous parlez de… vous savez, cette diapositive montre la compartimentation de la science occidentale, et vous parlez de faire le pont entre les deux. J'ai une formation, je suis un scientifique, un ingénieur, et je suis extrêmement passionné par la science, mais surtout en parlant avec vous, une chose devient évidente : la science, la science occidentale a une limite. Vous pouvez vous concentrer sur des détails et obtenir une compréhension presque parfaite si vous travaillez suffisamment dur, mais les systèmes environnementaux sont tellement complexes et il y a tellement de choses dans l'eau et dans l'air. Imaginez que vous essayiez de prévoir le temps qu'il fera plus de deux semaines à l'avance et que vous échouiez parce que le système est trop complexe.

Et je vous écoute parler de la terre, du lien, de la terre, d'être sur la terre, des premiers intervenants et de la voir, j'entends cette possibilité de faire le lien entre la science autochtone et ce que je suis. Il y a toutes ces connaissances supplémentaires qui permettent peut-être de considérer l'ensemble du système, ce qui est fascinant et peut constituer une perspective très

utile à apporter. Parce que… mon domaine de recherche, par exemple. Quand j'ai fait mon doctorat, il portait sur un domaine précis, d'accord, et je suis devenu très bon dans ce domaine. Mais si vous me demandez comment c'est lié à l'élément suivant, puis à l'autre et ainsi de suite, j'aurai peut-être une réponse ou deux, mais je finirai par ne plus connaître la suite. Mais j'ai l'impression que la science autochtone… vous savez, je commence par le bas, et vous par le haut, vous voyez toute l'image. Je n'ai même pas de question, j'ai juste… vous m'avez vraiment fait réfléchir, c'est tout.

Dre Myrle Ballard : Oui. Oui, et c'est là toute la différence. La science autochtone est holistique parce qu'elle concerne tout, elle ne se limite pas à un seul domaine. Mais, comme je l'ai dit quand j'ai décrit les inondations, ce qui se passe lorsqu'elles se produisent, ce n'est pas seulement une question d'eau, ce sont les espèces qui sont touchées, celles qui vivent dans les trous dans le sol, les poissons, tout, les oiseaux qui avaient l'habitude d'avoir un habitat à cet endroit. Oui, out est affecté.

Dr Jordan Hollman : Oui. Il y a tellement de choses qui entrent en jeu que si vous vouliez l'étudier avec la science occidentale, vous auriez besoin de tellement de personnes et de disciplines différentes. Mais si vous regardez simplement le tableau dans son ensemble et que vous… Oui, je suis fasciné d'entendre, au fur et à mesure de votre présentation, comment faire ce tissage ou comment faire ce pont parce que je me dis, comment l'utiliser dans mon travail? Comment l'intégrer dans ce que je fais ou dans ma pratique?

Dre Myrle Ballard : Oui. Je pense que la clé, c'est le pont, parce que c'est là que, comme je l'ai dit, vous devez construire cette connexion, quelle qu'en soit la forme, vous devez construire ce pont, cette connexion pour relier les deux ensemble. Et les peuples autochtones, la science autochtone, c'est être la voix de ceux qui sont touchés, c'est être la voix de nos relations. Et c'est là que c'est vraiment important. Les scientifiques autochtones, comme je vous ai donné l'exemple des enseignements, ce sont des enseignements, mais personne ne nous dit de nous asseoir et « Aujourd'hui, je vais vous enseigner ». Il ne s'agit pas de ça, mais de chaque jour. Il s'agit de la vie. Et c'est là la différence, c'est qu'il s'agit de la terre. Chaque jour, ce que quelqu'un a dit du temps qu'il fait.

Par exemple, je le répète souvent. Ma mère parle de la façon dont le soleil se couche. À partir de là, elle nous dit le temps qu'il fera dans les prochains jours, la prochaine semaine, en fonction de la couleur du coucher de soleil et de sa largeur, de l'intensité de certaines couleurs.

Et ça fait partie de la connaissance, comme les feuilles, la direction du vent, le bruit qu'il fait, tout! Et la façon dont les oiseaux chantent… quand quelque chose va se produire, ils le sentent, parce qu'ils connaissent les changements et quand ils vont se produire, selon les conditions météorologiques. Par exemple, les espèces, elles aussi, ont des partenaires, elles s'accouplent pour la vie. Nous pensons qu'elles n'ont pas d'émotions, mais elles en ont et elles souffrent d'un chagrin d'amour quand elles perdent leurs partenaires. Et nous n'en pensons rien, mais quand nous leur infligeons de la douleur, elles souffrent de la douleur.

Dr Jordan Hollman : Oui. Et en ce moment je me dis, vous parlez de ce chagrin d'amour et de l'éloignement. Je pense à vous, à votre parcours professionnel, à la science communautaire, à la science autochtone, et à ce qui en découle. Et puis, je suppose qu'il faut avoir un certain courage pour partir, entrer au gouvernement, où c'est vaste, c'est structuré, et maintenant de

devenir professeure, titulaire d'une Chaire de recherche du Canada, où c'est aussi très structuré. Qu'est-ce que ça signifie d'essayer de prendre quelque chose qui est basé sur la communauté et de l'intégrer d'une manière ou d'une autre dans ces systèmes plus vastes, le milieu universitaire, le gouvernement, qui ne sont pas vraiment basés sur la communauté? À quoi ressemble ce processus pour vous dans cette partie du travail?

Dre Myrle Ballard : Oui, c'est parfois très difficile, parce qu'il s'agit de faire tomber les barrières, d'ouvrir les portes, de faire éclater ces cloisons qui existent, de les briser et de changer les gens. J'ai l'impression d'être toujours en train d'expliquer, et d'expliquer encore. Et je suppose que ça fait partie du défi, du travail que je fais. Même les termes qui nous sont si familiers, il faut les changer parce que les mots sont si puissants. Les mots, je vais en parler un peu, la langue, ma langue.

La langue que je parle, c'est l'anishinaabemowin, même le mot Anishinaabe, il signifie… naabe signifie homme, mais nous ne faisons pas la distinction, nous n'avons pas de pronoms dans ma langue. Nous ne disons pas il, elle, nous, ils ou elles. Naabe veut dire homme, mais nous ne le considérons pas comme tel. C'est difficile à expliquer, ce n'est pas comme la langue anglaise. Anish, nish c'est la terre, Anishinaabe. Et le son que je fais quand je parle, c'est ma langue, indenaniw. Indenaniw, c'est là que mes mots se forment. Inde, cœur. Vous avez probablement entendu l'expression « Les mots peuvent vous briser le cœur »?

Dr Jordan Hollman : Mm-hmm.

Dre Myrle Ballard : Faites attention à ce que vous dites, vous pouvez blesser d'autres personnes avec votre langue. Eh bien, nous le savions bien avant, à cause de l'association, le corps, le corps fait partie de l'écosystème, il fait partie de nos enseignements avec la façon dont nous interagissons avec la terre, avec nos relations. Avec cette loi de la langue, nous avons des directions : nord, est, ouest, sud. Vous connaissez? Pour le nord, nous disons Giiwedinong, ce qui signifie nord dans ma langue. Giiwe signifie rentrer à la maison. Waabanong – waabang, ça signifie demain. Ouest, Ningaabii'anong, Ningaa, ou tout se dissout. Ces mots sont donc très… ils décrivent la direction. Par exemple, nord, Giiwedinong, quand je suis allée au Chili ces trois dernières semaines, j'ai rencontré un chercheur qui faisait des recherches sur les oiseaux qui vont au Chili pour… l'hiver, ils vont au sud pour…

Dr Jordan Hollman : La migration?

Dre Myrle Ballard : Oui, la migration. La migration, parce qu'il fait chaud là-bas. Quand c'est l'automne ici, c'est le printemps là-bas. Ils y vont, volent, et les oiseaux sont si étonnants, ils sont vraiment fascinants. Quoi qu'il en soit, il faisait des recherches sur les oiseaux de la baie d'Hudson et il m'a demandé, quand je parlais d'où je venais et que je lui décrivais. Les oiseaux sont un très bon exemple, parce qu'ils voyagent du nord au sud. Giiwedinong, ils rentrent à la maison au printemps, en été, ils rentrent chez eux – Giiwe signifie maison – pour élever leur couvée, pour la reproduction. Plus de vie, comme si c'était un cycle. Il y a des mots qui sont si

importants, ils ajoutent à la fondation de nos enseignements, de notre compréhension des cycles, des écosystèmes.

Dr Jordan Hollman : Pensez-vous que la compréhension des mots serait un bon point de départ pour les personnes qui souhaitent se mobiliser davantage?

Dre Myrle Ballard : Oui, absolument. Parce que ma langue est l'une des premières langues au Canada, et que l'anglais et le français sont les deuxième et troisième langues. Je pense que les Canadien·es devraient apprendre quelques langues autochtones, ce devrait être une obligation, comme nous sommes obligés d'apprendre l'anglais ou le français.

Dr Jordan Hollman : Je suis curieux de savoir si vous avez rencontré et discuté avec différentes nations, différentes cultures autochtones? Parce que c'est bizarre, mais plus on apprend, quand on grandit dans la culture occidentale, on entend « peuples autochtones », ou « premiers peuples », et quand on est jeune, on s'imagine qu'il s'agit d'un seul groupe de personnes, vous voyez? Mais ce n'est pas le cas, c'est plusieurs nations différentes. Je suis curieux de savoir si l'importance des mots dans la science autochtone est commune à toutes les nations ou si c'est plutôt propre aux…

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : … anichinabés?

Dre Myrle Ballard : Non, c'est la même chose pour les peuples autochtones du monde entier. Comme je l'ai dit, quand j'étais au Chili ces trois dernières semaines, nous avons pu rendre visite au peuple autochtone du Chili, les Mapuches, et nous avons pu visiter différents endroits du Chili. Je suis allée sur la grande île de Chiloé. Nous nous sommes rendus dans un village isolé (inaudible), situé à 2 000 mètres au-dessus du niveau de la mer, juste à la frontière avec l'Argentine, et nous avons visité des écoles. Il y a beaucoup de similitudes entre les peuples autochtones, qui nomment également leurs lieux en fonction du rôle de l'écosystème, et c'est ce qui est commun aux peuples autochtones et à leur intendance.

Dr Jordan Hollman : Oui, et c'est fascinant d'entendre que c'est à l'échelle mondiale, parce que ça implique presque que ce n'est pas quelque chose qui est seulement culturel au Canada, où nous sommes, mais peut-être que c'est né d'un lien avec la terre.

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : Oui.

[Dre Myrle Ballard : Oui, Bon, poursuivons. (Rires) Donc, le travail que je fais, la méthodologie, je travaille beaucoup avec les détenteurs du savoir, les aînés et les personnes qui connaissent la terre. La photo de gauche, c'est à nouveau ma communauté. Le lac St. Martin, j'ai beaucoup travaillé ici. Cette zone en particulier sur la carte s'appelle The Narrows. Pourquoi l'appelle-t-on The Narrows? Est-ce qu'elle semble étroite en ce moment?

Dr Jordan Hollman : Non.

Dre Myrle Ballard : Non. On l'appelait The Narrows parce qu'elle était étroite. Et quand je parle de la façon dont les moyens de subsistance étaient auparavant, nous avions beaucoup de bétail quand j'étais petite. J'ai grandi avec beaucoup de tâches associées à l'élevage du bétail, prendre l'eau, amener le bétail à l'eau, les nourrir, faire les foins, etc. C'est dans cette zone qu'ils faisaient passer le bétail de la rive nord, c'est-à-dire ici, à la rive sud du lac St. Martin, et c'est ma mère en avant, en t-shirt bleu. L'eau était peu profonde, l'état naturel de l'eau, la loi de

la nature était l'eau peu profonde. C'est pourquoi on l'a appelé Narrows. Ils faisaient passer leur bétail d'un côté à l'autre pour aller brouter. C'était assez peu profond pour que le bétail ne soit pas emporté. Ils avaient l'habitude de traverser à cheval et en calèche, c'était là qu'ils allaient pendant l'été, et c'était assez peu profond. Aujourd'hui, ce n'est plus possible de faire traverser du bétail, ni des chevaux et des calèches. C'est pourquoi c'est si important, les noms des espaces et des lieux, qui proviennent des connaissances des personnes qui vivent dans leur région. Si vous venez de l'extérieur, vous ne connaîtrez jamais l'histoire de cette terre.

Dr Jordan Hollman : Oui. En parlant de ce changement, je me demande maintenant comment la science autochtone aborde le changement au fil du temps Parce que l'humain modifie la terre, comme vous l'avez montré avec certains des canaux qui détournent l'eau. Les terres subissent également des modifications naturelles au fil du temps. Dans ma tête, je me dis aussi que le changement climatique va probablement entraîner d'importants changements dans les terres. Comment la science autochtone perçoit-elle ce changement, en particulier les changements naturels qui n'étaient peut-être pas simplement un canal, mais…?

Dre Myrle Ballard : Oui. C'est pourquoi c'est important. Il y a des changements naturels. Par exemple, l'eau, les peuples autochtones savent que les inondations se produisent naturellement une fois tous les 50 ans environ, et qu'il s'agit d'un processus naturel de purification de la nature. C'est ainsi qu'il prépare la terre à une nouvelle croissance, à la régénération d'une nouvelle vie sur la terre. Mais pour nos scientifiques occidentaux, l'inondation, c'est « Oh, c'est une inondation! Nous devons rediriger l'eau, nous devons la détourner. » Ils ne permettent pas à la terre de s'occuper naturellement d'elle-même. C'est pourquoi nous devons commencer à écouter la terre plutôt que de prendre des décisions que nous pensons être bonnes. Bien souvent, ce ne sont pas de bonnes décisions et nous faisons plus de mal que de bien. Parce que nous n'avons jamais demandé à l'eau ce qu'elle voulait. Nous n'avons jamais demandé à l'eau ce qu'elle voulait.

Dr Jordan Hollman : Oui. C'est tellement fascinant, cette réflexion sur la science autochtone a une vision plus large de certains de ces processus naturels, et est davantage dans l'acceptation. Oui.

Dre Myrle Ballard : Oui.

[00:51:23 Une diapositive apparaît à l'écran : La pharmacie d'Aki comparé aux produits fabriqués en laboratoire. Une image de forêt est présentée à côté d'une image de produits pharmaceutiques.]

Oui. C'est encore une fois ma région. Cette photo a été prise sur le Big Rock. On l'appelle Big Rock, parce que si vous allez dans ma communauté, une grande partie est… ma communauté s'appelle Obashkodeyaang. Ça signifie terre de la prairie. Mais si vous vous y rendez

aujourd'hui, vous verrez l'envahissement des arbres, ce n'est plus une prairie. La croissance est très variée. C'est donc un gros rocher dans la prairie. Et c'est réellement un rocher. Le lac St. Martin a été créé par une météorite, et c'est l'un des résultats de cette météorite. Avec le temps, beaucoup de choses ont poussé et c'est idéal pour les bleuets. Il y a toutes sortes d'arbres qui poussent, des arbres médicinaux. Pendant la COVID, nous avons utilisé beaucoup de cèdre à l'intérieur de notre maison pour tuer tout ce qui se trouvait dans l'air. Et je n'ai jamais contracté la COVID, je n'ai jamais été malade parce que nous avions nos propres médicaments, que nous prenions dans la terre. Et les médicaments que nous avons proviennent de la terre, contrairement à ceux que l'on trouve dans les produits manufacturés.

[00:52:52 Une diapositive apparaît à l'écran : La science autochtone : Le feu et les plantes. Des images d'arbres, de feuilles et de bleuets sont présentées.]

C'est à nouveau une photo de Big Rock. Les provinces qui contrôlent le brûlage, en interdisant les feux, provoquent l'accumulation des vieux arbres, ce qui fait que, pendant une saison sèche, tous les vieux arbres s'accumulent, pendant des années et des années. Et s'il y a un éclair ou une étincelle accidentelle qui se produit sur la terre, tout s'enflamme. C'est le Big Rock, où j'ai discuté avec les aînés et où ils m'ont raconté des histoires avant le brûlage contrôlé par les provinces, où ils avaient l'habitude de cueillir beaucoup de bleuets. Depuis une cinquantaine d'années, les bleuets n'y poussent plus. Et puis, il y a quelques années, un feu – enfin, un feu naturel causé par la foudre. J'ai oublié ce que c'était. Mais le feu a traversé la région et a brûlé une grande partie des vieux arbres, et depuis quelques années, il n'y a plus que des bleuets. J'ai moi aussi participé à la cueillette, je le sais personnellement. Nous avons cueilli des bleuets sauvages, et c'est grâce au brûlage des vieilles broussailles et de la nouvelle végétation. Des bleuets ont poussé à cause du feu naturel.

Dr Jordan Hollman : Oui. Et c'est fascinant d'entendre que même s'il n'y avait pas de bleuets, vous saviez qu'il y en aurait à un moment ou à un autre parce que…

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : Oui.

[00:54:37 Une diapositive apparaît à l'écran : Les plantes et les peoples autochtones : le riz sauvage.]

Dre Myrle Ballard : Il s'agit de la région de Whiteshell. Dans le cadre de nos activités, nous allions cueillir du riz sauvage chaque automne, depuis toujours. Nous allions dans un canoë. J'ai commencé à faire de la cueillette très jeune, j'étais enfant (rires) et j'ai appris dans le cadre de mon éducation. J'aimerais vous demander, quelle est, selon vous, la relation entre la cueillette du riz sauvage et… quelle est l'importance de la cueillette du riz sauvage et de l'écosystème?

Dr Jordan Hollman : Je pense que c'est pour défricher la terre en partie. C'est évident que vous le ramassez parce que vous en avez besoin, mais du point de vue de la terre, peut-être que vous défrichez la terre, peut-être que vous aidez à répandre les graines, mais je ne sais pas. J'imagine. Pouvez-vous nous en parler?

Dre Myrle Ballard : Oui. Nous partons en canoë et l'eau est très peu profonde. Ce n'est pas de la terre, il pousse dans l'eau.

Dr Jordan Hollman : D'accord.

Dre Myrle Ballard : Oui. Il pousse dans l'eau; il ne pousse pas sur la terre. Vous n'auriez donc pas le point! (rires)

Dr Jordan Hollman : Wow.

Dre Myrle Ballard : Nous allons cueillir le riz à l'automne, lorsqu'il est prêt à être récolté. Et vous pouvez voir sur la photo de gauche. Il est prêt à être récolté. Vous pouvez voir que les grains de riz sont bruns. Quand vous allez sur l'eau, vous prenez un canoë, et il y a toujours une personne à l'avant qui dirige le canoë, et la personne à l'arrière est celle qui fait la cueillette. C'est un processus où le riz est haut, probablement environ… il pousse à partir de l'eau, probablement environ six pieds, huit pieds. Vous allez dans ces rizières, je suppose que vous les appelez ainsi, elles sont dans l'eau, et vous y allez en canoë et vous cueillez, vous frappez, cueillez. Et nous vendions ce riz. Mais ce qui se passe aussi, c'est que nous aidons le riz à se régénérer parce qu'il ne tombe pas entièrement dans le canoë; une grande partie tombe et repousse.

Dr Jordan Hollman : D'accord. J'ai donc eu au moins un peu raison. Avec les graines…

Dre Myrle Ballard : Vous avez un peu raison, oui.

Dr Jordan Hollman : Oui.

Dre Myrle Ballard : Un crochet.

Dr Jordan Hollman : D'accord.

Dre Myrle Ballard : Oui. Et cette activité a changé parce qu'il y a beaucoup d'autres bateaux mécaniques qui passent au-dessus du riz et qui détruisent les champs.

[00:57:13 Une diapositive apparaît à l'écran : Étude de cas : Utiliser l'anishinaabemowin pour la surveillance de la biodiversité – Le bassin hydrographique du lac Winnipeg. Une carte du bassin du lac Winnipeg d'Environnement Canada est présentée.]

Avons-nous le temps de parler un peu de mes recherches? Mes recherches portent sur le bassin hydrographique du lac Winnipeg et sur l'identification des noms autochtones utilisés le long du bassin. Parce que les noms autochtones ont la signification originale donnée à ces lieux en fonction de leur rôle dans l'écosystème par les peuples autochtones.

Dr Jordan Hollman : Le nom peut pratiquement vous dire à quoi ressemblait la région dans le passé? C'est un état de référence, en quelque sorte?

Dre Myrle Ballard : Oui, ce que c'était, la référence. Oui.

Dr Jordan Hollman : D'accord.

Dre Myrle Ballard : Oui. C'est pourquoi c'est important que le nom identifie la référence, la condition initiale du nom d'origine (inaudible).

Dr Jordan Hollman : Oui. En tant que chercheur, je me dis que si on sait qu'il existe une condition initiale et qu'on sait qu'il y a un changement, on peut trouver des possibilités d'effectuer des études, et ensuite…

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman :  … Peut-être… Je suis en train de tisser, ou bien à côté de la plaque (inaudible)?

Dre Myrle Ballard : Oui, vous commencez à tisser. (rires)

Dre Myrle Ballard : Le pont consisterait à travailler avec les peuples autochtones tout au long du processus, à travailler avec elles. Ils peuvent nous dire les noms d'origine, et comment les conditions étaient avant. Et nous, en tant qu'Occidentaux, nous irons là-bas avec nos outils, nos petits outils et nos gadgets, pour identifier, prélever des échantillons, les rapporter aux laboratoires et confirmer avec les peuples autochtones. Une collaboration.

Dr Jordan Hollman : Oui, d'accord. C'est… oui. Je suis content que vous vous soyez arrêté pour en parler, parce que ça aide à voir l'image en entier, comment mettre tout ça ensemble.

Dre Myrle Ballard : Oui. Vous commencez à comprendre. Oui.

Dr Jordan Hollman : Oui. Et votre dernière question, si vous avez le temps, je pense qu'il nous reste environ 30 minutes, pour le nombre de diapositives qu'il vous reste.

Dre Myrle Ballard : D'accord. Je crois que nous sommes à peu près à mi-chemin, mais je vais aller plus vite maintenant.

Dr Jordan Hollman : Oui. D'accord.

Dre Myrle Ballard : D'accord. Ce ne sont là que quelques-uns des concepts de la triple perspective, de nos relations, de la science autochtone et de la science occidentale. J'en ai déjà parlé, alors poursuivons.

[00:59:28 Un article de 2024 de CBC News intitulé « Southern Chiefs ask courts to give Lake Winnipeg Charter rights to life, liberty, security » (Les chefs du Sud demandent aux tribunaux d'accorder au lac Winnipeg des droits à la vie, à la liberté et à la sécurité en vertu de la Charte) est présenté.]

Je reviens à la triple perspective et au fait de donner une voix à nos relations. Une organisation de chefs du sud du Manitoba remet en cause Manitoba Hydro et le gouvernement provincial pour sa négligence à l'égard du lac Winnipeg. Le groupe s'exprime au nom du lac Winnipeg,

parce que nous devons lui donner une voix. Nous devons demander au lac Winnipeg, qu'est-ce que tu veux? Qu'est-ce qui ne va pas? Qu'est-ce qu'on peut faire pour t'aider? Et c'est de ça qu'il s'agit, la triple perspective, donner une voix à l'eau, lui demander ce qu'elle veut, pour quoi elle a besoin d'aide.

Dr Jordan Hollman : Et j'adore ça. Qui parle au nom du lac?

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : Oui.

Dre Myrle Ballard : Et le lac Winnipeg, si vous le voyez - est-ce qu'il y a un pointeur ici?

Dr Jordan Hollman : Non.

Dre Myrle Ballard : Peu importe, le lac Winnipeg est composé du bassin nord et du bassin sud, et il y a aussi une partie étroite où ils se connectent. Les gens parlent du lac en le comparant à un corps humain. Le bassin nord et le bassin sud sont reliés par la partie étroite qu'ils appellent le rein du lac. Et vous savez ce que fait un rein, n'est-ce pas?

Dr Jordan Hollman : Oui. Il nettoie les toxines.

Dre Myrle Ballard : Oui. Il nettoie les toxines, et c'est la même chose. Et si on interfère avec cette partie étroite, on interfère en fait avec le processus de nettoyage du lac.

Dr Jordan Hollman : Oh, d'accord.

Dre Myrle Ballard : Oui. Et le lac Winnipeg, le bassin sud, est vraiment très contaminé.

[01:01:30 Une diapositive apparaît à l'écran : L'intendance autochtone de l'eau et nos relations. L'octroi de droits légaux sur les masses d'eau fait partie des efforts déployés par les Autochtones pour les protéger. Depuis des siècles, les peuples autochtones dépendent des cours d'eau, qui constituent leur principale voie de communication, leur source de nourriture et leur pharmacie naturelle. L'eau a été menacée par l'industrie et le développement de barrages hydroélectriques, dont les effets néfastes sur l'environnement et la société l'emportent souvent sur les avantages des énergies renouvelables. La conservation et la protection de l'environnement par les peuples autochtones donnent des résultats. Les peuples autochtones sont les premiers à réagir à l'AKI, la terre et l'eau. Ils sont les premiers à savoir que quelque chose ne va pas.]

Certains jours d'été, on ne peut pas se baigner parce que les niveaux d'algues sont élevés et que c'est très toxique. Des journées chaudes.

Dr Jordan Hollman : Oui. Et je me demande, parce que je sais que le lac Winnipeg est une priorité, comment introduire une partie du savoir autochtone, en situation où ça ne va pas, mais où nous devons guérir? Oui.

Dre Myrle Ballard : Oui. Nous devons donc demander à l'eau ce qu'elle veut. Nous ne pouvons plus prendre de décisions, ce que nous pensons être juste. L'eau doit nous dire ce qu'elle veut.

Dr Jordan Hollman : D'accord.

Dre Myrle Ballard : Il existe d'autres exemples dans le monde où l'eau est considérée comme une personne morale, où elle a des droits. En tant qu'Autochtones, intendants autochtones des terres et de nos nations, nous devons défendre ces eaux et ces terres.

[01:02:35 Une diapositive apparaît à l'écran : Rivière Magpie. Fleuve Amazone. Rivière Whanganui. Un bruissement d'ailes de corbeau résonne dans l'air frais. Les griffes d'un castor grattent les roches sur le rivage. Les blocs de glace en amont gémissent et craquent sous l'effet de la montée des eaux. C'est le printemps à la rivière Magpie. Une image de la rivière Magpie est présentée. L'image est étiquetée (Photo : CBC, 2024).]

Dre Myrle Ballard : Quelques exemples, par exemple au Québec, à la rivière Magpie, ce sont les Cris qui ont pris l'initiative. Le fleuve Amazone et le fleuve Wanganui en Nouvelle-Zélande, ce sont les peuples autochtones et les Māori qui ont demandé à ce que le fleuve Wanganui soit considéré comme une personne morale. Voici une très bonne description, en bas de page, de la rivière Magpie. « Un bruissement d'ailes de corbeau résonne dans l'air frais. Les griffes d'un castor grattent les roches sur le rivage. Les blocs de glace en amont gémissent et craquent sous l'effet de la montée des eaux. C'est le printemps à la rivière Magpie. »

Ça vous donne une idée de la vie de la rivière, de ses gémissements et de ses coassements, de la façon dont elle prend vie. Comme se réveiller, quand vous vous réveillez, parfois vous gémissez et faites crisser votre corps (inaudible).

Dr Jordan Hollman : Oui, vous avez mal au dos et…

Dre Myrle Ballard : Oui, vous avez mal au dos. Oui, c'est la même chose. Dans cette description, on peut sentir la vie des eaux, des rapides.

Dr Jordan Hollman : Oui.

[01:03:46 Une diapositive apparaît à l'écran : Nos relations.]

Dre Myrle Ballard : Il s'agit de ma communauté du lac St. Martin. Et si vous regardez la terre, beaucoup de peuplements d'arbres dans leur région sont morts. Les aînés et les détenteurs de savoirs décrivent cette situation comme une remontée de la nappe phréatique, parce que le lac St. Martin est en quelque sorte un réservoir de rétention entre le lac Manitoba et le lac Winnipeg. Il est relié par deux rivières, la rivière Fairford et la rivière Dauphin. La rivière Fairford part du lac Manitoba et se jette dans le lac St. Martin, puis ce lac et la rivière Dauphin se jettent dans le lac Winnipeg. C'est une sorte de réservoir de rétention. Les poissons font également partie de l'écosystème. La nappe phréatique, à cause des inondations constantes des années soixante, de Fairford et de Manitoba Hydro sur le lac Winnipeg, n'a pas d'endroit où aller et monte. Et il y a beaucoup de ces peuplements dans la région qui ne sont que des peuplements d'arbres morts.

La photo de droite est celle d'un pêcheur sur le lac Winnipeg. Les algues causent beaucoup de dommages aux poissons, s'il y en a trop. Nous avons un nom autochtone pour les algues, qui signifie qu'elles font partie de l'écosystème, mais qu'elles détruisent s'il y en a trop.

Dr Jordan Hollman : Oui.

Dre Myrle Ballard : Oui, ce n'est pas bon.

[01:05:32 Une diapositive apparaît à l'écran : Perturbateur de la biodiversité : Canal de sortie du lac St. Martin.]

C'était… je ne pense pas que ce soit sur la photo précédente, il a été construit pour détourner les eaux de crue du lac St. Martin en 2011. C'est un canal qui se jette dans le lac Winnipeg. La construction et les eaux souterraines de la rivière Dauphin ont également subi des dégâts considérables, et les efforts déployés pour remédier aux dommages causés n'ont fait qu'aggraver la situation.

Dr Jordan Hollman : Hmm. Oui.

Dre Myrle Ballard : Ils essaient de construire un autre canal sur la rive sud du lac St. Martin, à l'extrême sud du lac St. Martin, où ils veulent relier un canal de la rive sud du lac au lac Manitoba. Et ce nouveau canal va détruire les autres habitats de nos relations, parce que c'est une eau peu profonde à cet endroit, et beaucoup d'oiseaux et de sauvagine s'y rendent. C'est là qu'ils vivent. C'est là qu'ils passent leurs étés, c'est là qu'ils se reproduisent. Oui.

Dr Jordan Hollman : J'ai une question qui me revient à l'esprit : le point de vue de la science autochtone sera-t-il toujours de conserver la terre telle qu'elle est? Y a-t-il des moments où les changements ou les détournements opérés par l'humain peuvent être positifs, ou est-il toujours préférable de laisser la terre dans son état le plus naturel?

Dre Myrle Ballard : C'est préférable de la laisser naturelle. Dites-moi, quels sont les exemples de changements positifs provoqués par l'humain?

Dr Jordan Hollman : Oui, je pense que la question, c'est surtout que nous faisons des changements pour travailler autour de nous.

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : Par exemple, s'il y a une ville et que nous la construisons là – et c'est souvent le cas, les gens veulent vivre près de l'eau et ils construisent dans la zone inondable.

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : Et après, on tente d'y remédier après coup, alors qu'on n'aurait peut-être pas dû construire dans la zone inondable. C'est difficile, parce que positif, non positif. Je pense que les personnes qui vivent dans la zone inondable verraient probablement d'un bon œil que

l'on mette un terme à leurs inondations, mais c'est évident que la situation est bien plus complexe que ça.

Dre Myrle Ballard : Oui, beaucoup plus complexe.

Dr Jordan Hollman : C'est une question de perspectives, n'est-ce pas?

Dre Myrle Ballard : Oui. À qui ça profite?

Dr Jordan Hollman : Oui.

Dre Myrle Ballard : Par exemple, si vous voulez construire votre maison le long de la rivière, parce que c'est l'endroit idéal où les propriétés au bord de l'eau sont chères. Mais en cas d'inondation, c'est-à-dire si votre maison est inondée, les compagnies d'assurance doivent payer. En cas d'inondation due au changement climatique, les eaux sont détournées et on commence à construire ces structures de contrôle artificielles pour sauver ces maisons à un million de dollars, mais quelque part, quelqu'un en souffre.

Dr Jordan Hollman : Oui.

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : Oui. Ou la terre change, et alors peut-être…

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : … Peut-être parce qu'elle est si complexe qu'on ne sait pas comment elle va changer, exactement, tout ça.

Dre Myrle Ballard : Oui.

Dr Jordan Hollman : Oui.

[01:09:03 Une photo d'un pêcheur dans une rivière est présentée.]

Dre Myrle Ballard : Oui. Nous arrivons à la fin de ma présentation. Comme je l'ai dit, la recherche que je fais implique les trois perspectives, la perspective occidentale, et une collaboration très étroite avec les aînés et les détenteurs du savoir, parce qu'ils identifient les sites, les endroits problématiques.

[01:09:30 Une diapositive apparaît à l'écran : La loi de la nature interrompue. Nos relations : La terre pleure… « Quand la terre est traumatisée, les gens ressentent ce traumatisme et sont eux-mêmes traumatisés. » Deux photos du lac St. Martin en 2011 sont présentées.]

Et quand la terre est perturbée, quand la terre est détruite, la terre pleure. Et quand la terre est traumatisée, ça nous affecte. Ce sont les personnes qui ressentent ce traumatisme et qui sont

traumatisées. Et c'est une épreuve. C'est holistique. Si vous avez endommagé quelque chose, quelque chose d'autre sera également endommagé.

Les aînés parlent des poissons. Ils connaissent les habitudes des poissons, leur habitat, le débit de l'eau, et ils savent quand le débit de l'eau n'est pas normal, si le débit normal de l'eau va dans une certaine direction, et que l'eau s'écoule à l'envers. Ils savent tout ça, c'est pourquoi la science autochtone est si importante, parce qu'ils savent quand les choses se produisent, quand… Oui. Quand un problème survient sur la terre, ils sont les premiers à intervenir et à alerter les scientifiques occidentaux, puis ils commencent à travailler ensemble.

[01:10:38 Une diapositive apparaît à l'écran : Perturbation de la loi de la nature. Habitudes des poissons, habitats, débits d'eau et courants. « À la période de l'année où les poissons se trouvaient jadis à leurs lieux du printemps, ils se trouvent maintenant à leurs lieux de l'automne. » « Avec dix filets, on a attrapé une seule boîte de poissons. » (Détenteurs et détentrices du savoir, 2016)]

Dr Jordan Hollman : Oui. Et je me demande, quand vous parlez de la connaissance de la façon dont les choses étaient et de l'emplacement de ces lieux. Quand j'entends parler des dommages causés à certaines terres, ou des changements qu'elles ont subis et que j'entends aussi que la science autochtone n'appartient pas au passé, qu'elle est nouvelle et vivante, comment la science autochtone aborde-t-elle les choses? Disons qu'une zone est en train de guérir et de se rétablir, mais peut-être qu'elle ne redeviendra pas comme avant, peut-être qu'il y aura une nouvelle normalité. Comment la science autochtone intègre-t-elle de telles informations?

Dre Myrle Ballard : Oui. C'est de la science qu'il s'agit. Les peuples autochtones ont cette capacité d'adaptation. Et quand des changements surviennent indépendamment de leur volonté, ils ont la capacité de s'adapter. Ça fait partie de leur processus d'apprentissage et de leurs observations. La vie continue.

Dr Jordan Hollman : Mm-hmm.

Dre Myrle Ballard : Mais je ne devrais pas dire ça, parce que quand quelque chose est détruit, ça détruit aussi des moyens de subsistance, ça détruit un mode de vie. La vie continue, peut-être dans une autre direction, mais c'est ainsi.

Dr Jordan Hollman : Oui.

Dre Myrle Ballard : Oui. Et les différentes directions peuvent être positives ou négatives.

Dr Jordan Hollman : Oui. Ou les deux.

Dre Myrle Ballard : (Inaudible)

[01:12:12 Une diapositive apparaît à l'écran : Science autochtone et science occidentale. Des images des détenteurs du savoir sont présentées.]

Oui. Il s'agit de travailler avec des détenteurs du savoir, j'ai combiné l'histoire orale, la tradition orale, et j'ai fait beaucoup de recherches sur le terrain. Et j'utilise des équipements modernes, des technologies modernes, j'utilise beaucoup de drones, beaucoup d'images satellites, et je

compare ce qui est dit par les détenteurs du savoir à ce qui est là, je compare, c'est toujours un va-et-vient.

[01:12:47 Une diapositive apparaît à l'écran : Résumé : La double perspective. La triple perspective S'écouter les uns les autres pour prendre des décisions mieux informées. La recherche, de la politique à l'action.]

Et c'est tout!

[01:12:50 Une diapositive apparaît à l'écran : Miigwech. Des questions? Une image de pêcheurs sur un bateau faisant un signe de la main est présentée.]

Je suis à la fois une scientifique autochtone et une scientifique occidentale, je combine les deux systèmes de connaissances.

Dr Jordan Hollman : Oui. C'est une perspective tellement fascinante. En sortant de ce cadre communautaire, vous vous êtes retrouvée à l'opposé, dans le milieu universitaire et gouvernemental, où tout est si grand et si rigide. Je suis curieux de savoir, quand vous êtes arrivée au gouvernement, que la structure était si grande et que vous essayiez de mettre en place la division de la science autochtone, quels étaient, selon vous, les plus grands défis, ou peut-être ceux qui le sont encore, sur lesquels les gens devraient mettre l'accent?

Dre Myrle Ballard : Il y a beaucoup de défis. Et une partie importante consiste à changer les mentalités, c'est le plus grand défi. Parce que quand on va à l'école, dès l'école primaire, on nous enseigne une façon occidentale de penser, de traiter l'information, et cette façon de penser ne fait pas nécessairement partie de ce que nous sommes en tant que Canadien·nes. Cette façon de penser qui nous vient des Occidentaux, qui nous vient de différentes parties du monde, ils ont apporté leurs connaissances et les ont imposées. Et c'est comme ça que nous sommes formés à penser. Nous sommes formés à une manière précise d'apprendre, et je pense que ça fait partie du défi, de changer ces mentalités d'où elles viennent. C'est en partie par la décolonisation de ces mentalités, parce que la décolonisation est un long chemin. Il faut décoloniser la façon dont on nous enseigne, la façon de penser. Décoloniser ces enseignements qui ont été apportés par les premiers explorateurs qui sont arrivés dans le Nouveau Monde, comme ils l'ont appelé. Il n'était pas nouveau. Il n'était pas nouveau, nous étions déjà là. Mes ancêtres étaient ici!

Dr Jordan Hollman : Oui.

Dre Myrle Ballard : Et c'est basé sur les notes, les lettres qui ont été écrites et envoyées à leurs rois et reines. La façon dont ils nous décrivent, nous, mes ancêtres qui ont vécu ici, comme des sauvages qui ne savent rien. Parallèlement, nous avions déjà nos propres connaissances, notre propre science autochtone, bien avant que la science occidentale ne soit introduite ici.

Dr Jordan Hollman : Oui, et je n'envie pas le défi que vous devez relever, parce que vous arrivez dans des espaces qui ont leur propre façon de penser. Vous pourriez probablement m'entendre dire aujourd'hui, que j'essaie d'adapter les informations que vous me donnez à cette façon de penser, parce que c'est comme ça qu'on m'a appris à penser depuis que je suis enfant. Oui. Et c'est un énorme défi que vous avez entrepris, et vous progressez petit à petit, espérons-le.

Dre Myrle Ballard : Oui. Et si on prend ECCC, il compte probablement 80 % de scientifiques occidentaux qui y travaillent, comme vous, vous êtes occidental, vous êtes un scientifique formé à l'occidentale. Et où avez-vous fait vos études? Dans les institutions occidentales. Les institutions formées à l'occidentale où on enseigne la science occidentale. On vous enseigne probablement que votre façon d'apprendre est la seule, qu'elle est au-dessus de la science autochtone. Une partie du défi consiste à changer les mentalités et les termes utilisés.

Dr Jordan Hollman : Oui. Et que diriez-vous à quelqu'un qui est dans ma position. Je suis à Environnement Canada, je fais du travail scientifique, du travail environnemental, et je vous écoute et je me dis, c'est vraiment intéressant, peut-être que je devrais essayer de l'incorporer ou peut-être que je devrais essayer de… Est-ce que le premier pas est simplement un changement de mentalité, ou est-ce qu'il y a quelque chose de tangible avec lequel vous pensez que les gens pourraient commencer et s'accrocher?

Dre Myrle Ballard : Oui, je pense que c'est une prise de conscience que la science occidentale n'est pas l'apogée. Il y a aussi la science autochtone. Mais peu à peu, les gouvernements, même nationaux et internationaux, commencent à reconnaître l'importance de la science autochtone et à l'inclure dans un grand nombre de rapports et de travaux politiques.

Dr Jordan Hollman : Oui, et ce sera très intéressant de voir où ira la division des sciences autochtones maintenant que vous êtes retournée dans le milieu universitaire pour vous concentrer sur votre recherche, et voir comment tout ça sera utilisé. Oui. Vous savez, je me demande parfois si c'est un défi qui doit être relevé d'en haut, parce que c'est généralement comme ça que le changement se produit dans les grandes structures, mais c'est un mode de pensée occidental. Et si la science autochtone est basée sur la communauté, je ne sais pas, peut-être que ça doit venir d'en bas. Je ne connais pas les réponses, mais j'ai beaucoup à réfléchir après cette journée. Et je lance un défi à tous ceux et celles qui nous écoutent : même si vous ne pouvez rien faire de concret, pensez-y et réfléchissez à d'autres perspectives et à la façon dont d'autres personnes envisagent les choses, parce que c'est fondamentalement différent. Essayer de penser, essayer de m'adapter à votre façon de penser, c'est un défi en soi, n'est-ce pas? Oui.

Dre Myrle Ballard : Merci de m'avoir reçue. J'ai beaucoup apprécié cette conversation.

Dr Jordan Hollman : Oui. Oui, et c'est ainsi que s'achève l'événement d'aujourd'hui. Merci beaucoup, Dre Ballard. C'était une conversation vraiment intéressante pour moi. J'espère que ça vous a plu. J'espère que les personnes qui nous regardent ont eu l'occasion de l'apprécier également, d'en tirer quelque chose d'intéressant, de se poser des questions, de changer leur façon de voir les choses. Votre rétroaction est très importante pour nous, et j'invite donc tous ceux et celles qui nous regardent à remplir l'évaluation électronique que vous recevrez dans les prochains jours à propos de cette présentation. Et l'École propose d'autres événements. Je

vous encourage à visiter leur site Web, à nous suivre et à vous inscrire à toutes les futures occasions d'apprentissage qui vous intéressent. Alors, encore une fois, merci pour tout. Merci beaucoup. Dre Ballard, c'était merveilleux. Et oui, passez une bonne journée. Merci.

Dre Myrle Ballard : Miigwech.

[01:20:01 Le logo animé de l'EFPC apparaît à l'écran.]

[01:20:07 Le logo du gouvernement du Canada apparaît à l'écran.]

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